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Poésie

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RIEN N’EST RESTE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019



 

Benedetto Fellin Schwebendes Totenschädelstilleben, 1983 1ac

RIEN N’EST RESTE

Rien n’est resté
De notre avoir multiple
De tout ce qui était offert, qui nous a été donné
Dons précieux, étonnants.

Ornements sans prix de la Beauté.

Couronnes, diadèmes, sceptres,
De métal céleste et de soleil,
Pierre et lumière, la matière du monde.

Boucles d’oreilles.

Colliers.

Aucun vêtement ni toit
De la nudité éternelle.
Réverbération et bague.

Lampe de l’amour ou éclat du corps.

(Georges Themelis)

Illustration: Benedetto Fellin

 

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26 MAI 1828 (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018



   Alexandre Pouchkine 
    
26 MAI 1828

Vie, don inutile, don fortuit,
à quoi bon m’es-tu donnée ?
Pourquoi un mystérieux destin
aux supplices m’a-t-il voué ?

Qui donc aux pouvoirs hostiles
du néant m’a rappelé,
chargé le coeur de passions
et rongé l’esprit de doute… ?

J’ai l’âme vide, l’esprit oiseux,
n’ai plus aucun but en vue ;
le bruit monotone de la vie
m’emplit de mélancolie.

***

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: L’heure de la nuit Poèmes
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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La charité (Saint François d’Assise)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018




    
La charité doit aplanir la différence de niveau entre celui qui mendie et celui qui donne ;
mais peu nombreux sont les donateurs qui savent se mettre au même niveau que les mendiants ;
et si le pain est donné et servi au nom du Seigneur,
cela n’ôte point toujours au pain d’autrui son effroyable amertume.

(Saint François d’Assise)

 

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Tu as erré (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018




    
tu as erré
souvent perdu pied
connu des heures
d’épouvante

tu allais crever là
sans avoir rien compris
rien vécu rien accompli

crever de n’avoir pu
te faire naître

un jour
le chemin
s’est ouvert

tu n’as plus fait
que marcher
et au sortir
de la forêt
ayant vaincu
la peur
un autre regard
t’a été donné

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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D’où vient la part qui nous en est donnée? (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Mustapha Merchaoui
    
D’où vient la part qui nous en est donnée? Qui d’autre touche-t-elle?
Les mots ne saisissent pas, rien n’est porté par eux,
comme happés selon le vent, l’élément étranger résiste,
pour que quelques-uns prennent le chemin, la lumière persiste.

***

Was reicht davon her ? Wer ist mitberührt ?
Die Wörter greifen nicht, nichts ist mitgetragen,
wie nach Wind gehascht, das Fremde widersteht,
dass einige den Weg betreten, hält das Licht.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

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Serait-ce donc cela… (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Serait-ce donc cela…

Serait-ce donc cela la fleur de l’amitié
Le geste de douceur la larme sur la joue
Et puis cette tendresse infinie et donnée
Par delà ces chemins qui nous mènent vers où

Nous avons commencé de nous mettre en voyage
Vers l’autre que l’on aime ainsi que frère ou sœur
Ô ces conversations et le doux babillage
Où la voix des amis nous offre le bonheur

Indicible et suave en ses ravissements
Serait-il donc possible de croire en l’amour
En déployant une aile altière et tout grand

Étendue au-dessus des heures et des jours
Lesquels ressembleraient au rythme des amants
S’accompagnant en couple avec un pas si lent

(Jean-Claude Demay)

 

 

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L’air (Joseph Brodsky)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



L’air

L’air a sa vie à lui.
Et qu’à personne il n’est donné
de bien saisir.
Il vit de sa vie bleue
de vent. qui naît au ras des yeux
et court à l’infini.

(Joseph Brodsky)

Illustration

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Jamais n’est lasse d’être nue (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



Illustration: Andrzej Malinowski
    
Jamais n’est lasse d’être nue,
la vendeuse de violettes,
aucun poignard n’agrafe sa jupe
et son corsage est de large tulle.

Dans sa chambre, une seule odeur,
et sur son corps gainé de lait,
et dans son coeur violet,
et dans le sang qui le transperce.

En cette serre de l’été
le printemps conserve ses taches,
et l’on mord la sève de mars,
brasier de mille fleurs modestes.

Les corps de sel fondent de joie
contre la pluie ensorcelée
dont les genoux sont de feuillage
et dont le sexe est de grésil.

O mains vendues aux fleurs
au-devant d’un corps donné,
j’achète vos ailes consacrées
par-dessus le sang de leur proie.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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S’enivrer au milieu des fleurs (Tsoui-Min-Tong)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



Illustration: Edouard Manet
    
S’enivrer au milieu des fleurs

Une année, encore une année
dont le printemps s’écoule ;
En cent années à peine se voit-il
un homme de cent ans.
Combien de fois nous sera-t-il donné,
comme aujourd’hui,
de nous enivrer au milieu des fleurs ?
Ce vin coûterait son pesant d’or
qu’il n’en faudrait pas regretter le prix.

(Tsoui-Min-Tong)

 

 

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Ici, c’est un recoin de la grâce (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



    

Ici, c’est un recoin de la grâce
où la beauté m’est une épée.
Elle a des prête-noms :
rosier, amour, rigueur.

Derrière le rosier est mon amie.
Elle habite ce village,
ne ferme jamais sa porte.

Comment ?
Est-ce ainsi
que vous vivez avec votre âme ?

Oui. Nous sommes chez nous.
Tout est donné :
terre et vie avec démesure.

Le bonheur y entretient
d’étroits rapports avec l’humilité.
Une journée ensoleillée
est un trésor de pauvre.
Je suis ce pauvre.

La porte de service chez mon amie
s’ouvre sur l’éblouissement.
Là, l’espace, au bout d’une longe,
piaffe dans le grand arbre.

Je tiens les rênes du ciel.
La route mène au prodige.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Les Maisons de feuillages

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