Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘dorer’

Rêverie (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020




    
Rêverie

Oh ! laissez-moi ! c’est l’heure où l’horizon qui fume
Cache un front inégal sous un cercle de brume,
L’heure où l’astre géant rougit et disparaît.
Le grand bois jaunissant dore seul la colline.
On dirait qu’en ces jours où l’automne décline,
Le soleil et la pluie ont rouillé la forêt.

Oh ! qui fera surgir soudain, qui fera naître,
Là-bas, – tandis que seul je rêve à la fenêtre
Et que l’ombre s’amasse au fond du corridor, –
Quelque ville mauresque, éclatante, inouïe,
Qui, comme la fusée en gerbe épanouie,
Déchire ce brouillard avec ses flèches d’or !

Qu’elle vienne inspirer, ranimer, ô génies,
Mes chansons, comme un ciel d’automne rembrunies,
Et jeter dans mes yeux son magique reflet,
Et longtemps, s’éteignant en rumeurs étouffées,
Avec les mille tours de ses palais de fées,
Brumeuse, denteler l’horizon violet !

(Victor Hugo)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’AUTOMNE A DES RAISINS… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2020



Illustration: Brad Kunkle
    
L’AUTOMNE A DES RAISINS…

L’automne a des raisins et de tardives fleurs,
Il a des pommes rouges, des pommes dorées,
Et, depuis quelque temps, je le vois, plus rêveur,
Porter toute une quantité de chrysanthèmes.
Même il a réuni son peuple d’hirondelles
Et les cigognes et les grives et les grues
Et les a fait toutes partir, en vols épais,
Pour des lieux où s’en vont en troupeaux les nuages.
Les marronniers pleuraient, les peupliers, les ormes,
Tout comme j’ai pleuré sur un sommet désert,
Car l’automne m’a pris, m’a pris à tout jamais
La jeune fille que j’aimais et qui m’aimait.

(Mihai Beniuc)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il devrait n’être point de désespoir pour toi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2020



 

 

Il devrait n’être point de désespoir pour toi
Tant que brûlent la nuit les étoiles,
Tant que le soir répand sa rosée silencieuse,
Que le soleil dore le matin.

Il devrait n’être point de désespoir, même si les larmes
Ruissellent comme une rivière :
Les plus chère de tes années ne sont-elles pas
Autour de ton cœur à jamais ?

Ceux-ci pleures, tu pleures, il doit en être ainsi ;
Les vents soupirent comme tu soupires,
Et l’Hiver en flocons déverse son chagrin
Là où gisent les feuilles d’automne

Pourtant elles revivent, et de leur sort ton sort
Ne saurait être séparé :
Poursuis donc ton voyage, sinon ravi de joie,
Du moins jamais le cœur brisé.

***

There should be no despair for you
While nightly stars are burning —
While evening sheds its silent dew
Or sunshine gilds the morning —

There should be no despair — though tears
May flow down like a river —
Are not the best beloved of years
Around your heart forever ?

They weep — you weep — It must be so —
Winds sigh as you are sighing,
And winter pours its grief in snow
Where autumn’s leaves are lying

Yet they revive — and from their fate
Your fate can not be parted
Then man journey onward not elate
But never brokenhearted —

(Emily Brontë)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Pleurer sur le couchant… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Guy Baron
    
Pleurer sur le couchant…

Pleurer sur le couchant d’un glorieux soleil
qui dès l’aube prochaine dorera l’orient,
s’affliger que de vastes pouvoirs aient à céder au destin,
qui par cette chute même voient décupler leur force,
reculer devant la douleur et sa lutte amicale, sans laquelle
la joie ne pourrait être, faire une terreur de la mort
qui, souriante, nous invite à une autre vie au-delà
et sert de pont au souffle qui survit ;
le désespoir, l’angoisse et la douleur tragique
de ces yeux fixes et secs, ou ces larmes funestes
qui déchirent le coeur qu’elles voudraient soulager,
et toute la hideuse compagnie de nos humaines peurs
sont nés de la folie de croire que l’espace
d’une vie si frêle puisse restreindre l’homme immortel.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tableau de Paris à cinq heures du matin (Marc-Antoine Désaugiers)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
Tableau de Paris à cinq heures du matin

L’ombre s’évapore
Et déjà l’aurore
De ses rayons dore
Les toits alentours
Les lampes pâlissent,
Les maisons blanchissent
Les marchés s’emplissent :
On a vu le jour.

De la Villette
Dans sa charrette,
Suzon brouette
Ses fleurs sur le quai,
Et de Vincenne,
Gros-Pierre amène
Ses fruits que traîne
Un âne efflanqué.

Déjà l’épicière,
Déjà la fruitière,
Déjà l’écaillère
Sautent au bas du lit.
L’ouvrier travaille,
L’écrivain rimaille,
Le fainéant baille,
Et le savant lit.

J’entends Javotte,
Portant sa hotte,
Crier : Carotte,
Panais et chou-fleur !
Perçant et grêle,
Son cri se mêle
A la voix frêle
Du noir ramoneur.

L’huissier carillonne,
Attend, jure, sonne,
Ressonne, et la bonne,
Qui l’entend trop bien,
Maudissant le traître,
Du lit de son maître
Prompte à disparaître,
Regagne le sien.

Gentille, accorte
Devant ma porte
Perrette apporte
Son lait encor chaud ;
Et la portière,
Sous la gouttière,
Pend la volière
De Dame Margot.

Le joueur avide,
La mine livide,
et la bourse vide,
Rentre en fulminant ;
Et sur son passage,
L’ivrogne, plus sage,
Rêvant son breuvage,
Ronfle en fredonnant.

Tout, chez Hortense,
Est en cadence ;
On chante, on danse,
Joue, et cætera…
Et sur la pierre
Un pauvre hère,
La nuit entière,
Souffrit et pleura.

Le malade sonne,
Afin qu’on lui donne
La drogue qu’ordonne
Son vieux médecin ;
Tandis que sa belle,
Que l’amour appelle,
Au plaisir fidèle,
Feint d’aller au bain.

Quand vers Cythère,
La solitaire,
Avec mystère,
Dirige ses pas,
La diligence
Part pour Mayence,
Bordeaux, Florence,
Ou les Pays-Bas.

« Adieu donc, mon père,
Adieu donc, mon frère,
Adieu donc, ma mère,
– Adieu, mes petits. »
Les chevaux hennissent,
Les fouets retentissent,
Les vitres frémissent :
Les voilà partis.

Dans chaque rue,
Plus parcourue,
La foule accrue
Grossit tout à coup :
Grands, valetaille,
Vieillards, marmaille,
Bourgeois, canaille,
Abondent partout.

Ah ! quelle cohue !
Ma tête est perdue,
Moulue et fendue,
Où donc me cacher !
Jamais mon oreille
N’eut frayeur pareille…
Tout Paris s’éveille…
Allons nous coucher.

(Marc-Antoine Désaugiers)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le boulanger (Jean Aicard)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



Illustration: Alfred Desplanques
    
Le boulanger

— Que fais-tu là, boulanger ?
— Je fais du pain, pour manger.
Tu vois je pétris la pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— Mais tu gémis, boulanger
— Je gémis… sans m’affliger :
Je geins, en brassant la pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— Qu’as-tu fait là, boulanger ?
— J’ai, pour faire un pain léger,
Mis du levain dans la pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— Que dis-tu donc, boulanger ?
— J’ai mes pelles à charger,
Quand J’aurai coupé ma pâte
Le monde à faim ; je me hâte

— Et puis après, boulanger ?
— Dans mon four, je vais ranger
Tous mes pains de bonne pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— N’as-tu pas chaud, boulanger ?
— Si ; mais pour m’encourager,
La chaleur dore ma pâte
Que je retire en grand-hâte.

— Merci, brave boulanger
Le monde pourra manger !

(Jean Aicard)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Hommage à la Vie (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020




    
Hommage à la Vie

C’est beau d’avoir élu
Domicile vivant
Et de loger le temps
Dans un coeur continu,
Et d’avoir vu ses mains
Se poser sur le monde
Comme sur une pomme
Dans un petit jardin,
D’avoir aimé la terre,
La lune et le soleil,
Comme des familiers
Qui n’ont pas leurs pareils,
Et d’avoir confié
Le monde à sa mémoire
Comme un clair cavalier
A sa monture noire,
D’avoir donné visage
A ces mots : femme, enfants,
Et servi de rivage
A d’errants continents,
Et d’avoir atteint l’âme
A petit coups de rame
Pour ne l’effaroucher
D’une brusque approchée.
C’est beau d’avoir connu
L’ombre sous le feuillage
Et d’avoir senti l’âge
Ramper sur le corps nu,
Accompagné la peine
Du sang noir dans nos veines
Et doré son silence
De l’étoile Patience,
Et d’avoir tous ces mots
Qui bougent dans la tête,
De choisir les moins beaux
Pour leur faire un peu fête,
D’avoir senti la vie
Hâtive et mal aimée,
De l’avoir enfermée
Dans cette poésie.

(Jules Supervielle)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MADEMOISELLE SANS SOUCI (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020



Illustration: Andrzej Malinowski
    
MADEMOISELLE SANS SOUCI

Mademoiselle Sans Souci
vêtue de rien d’un peu d’été
Mademoiselle Tôt Partie
à peine là vite en allée

Toute nue dorée de paresse
Mademoiselle Rire aux Larmes
juste habillée de mes caresses
Mademoiselle Fausse Alarme

Rapportez-moi d’où vous allez
Mademoiselle Feu de Paille
un pas perdu deux sous trouvés
trois échos couleur de murailles

le sable roux du sablier
le blond sourd de l’automne proche
le bleu gris du ciel embrouillé
le fuyant d’un pas qui s’approche

Rapportez-moi d’où vous allez
les vraies nouvelles d’où nous sommes
Mademoiselle Voix Voilée
Mademoiselle Profond Somme.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

En latin en chinois en letton (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020




    
En latin en chinois en letton
à mille voix à l’unisson
en rime ou sans raison
de trente-six façons
je vais te dire
te dire que je t’aime.

Guirlandes et flonflons
serpentins et lampions
flûtes et accordéon
de trente-six façons
je vais te dire
te dire que je t’aime.

De trente-six façons
et même un peu plus
parce que
quand on aime
on ne compte pas
oh non
on ne compte pas.

Alors commençons :

je t’aime comme ci
et comme ça

salsifis
et rutabaga

salé poivré
très épicé

grillé doré
ou crudités

salade de fruits
pizza raviolis

ananas et poule au riz
sans oublier

trois cuillerées
de crème fouettée

Ah oui
l’amour me donne
de l’appétit

(Bernard Friot)

 

Recueil: Je t’aime, je t’aime, je t’aime… Poèmes pressés
Traduction:
Editions: Folio Junior

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Hier soir j’ai donné à une étoile (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



 

Illustration
    
Hier soir j’ai donné à une étoile un message pour Toi :
« Présente », lui dis-je, « mon hommage à cette beauté de lune ».

Je m’inclinai, et dis : « Apporte cet hommage au Soleil
Qui dore l’ âpre roc de sa brûlure ».

Je dénudai ma poitrine, je lui montrai mes blessures.
« Donne des nouvelles de moi », dis-je, « à cet Aimé qui s’abreuve de mon sang ».

De çà de là me balançai, pour que l’enfant — mon coeur — s’apaise,
— Bercé, l’enfant s’endort dans son berceau —.

Ô toi qui à chaque instant soulages cent déshérités comme moi,
Donne à mon coeur-enfant le lait, délivre-nous de ses pleurs !

La demeure du coeur, de toute éternité, est la cité de l’union.
Combien de temps laisseras-tu dans l’exil ce coeur désolé ?

(Mawlana Rûmî)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :