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Posts Tagged ‘dormeur’

QUELQUE CHOSE IMPERCEPTIBLE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Vincent Lafargue
    
QUELQUE CHOSE IMPERCEPTIBLE

Le froissement du vent dans les arbres peut-être.
Ou le cri dans la nuit de la chouette chassant,
Ou que sais-je ? Un volet. Il grince à la lisière
De la fenêtre. Éveillant à peine le dormeur.
Non, tu ne comprends pas, répète infiniment
Le tilleul qui s’étire sous l’odeur de ses feuilles.
Le chat de la source dort sous le bronze de la fontaine
De ses yeux d’aveugle sourit aux choses familières,
Comme au secret de l’ombre, une passée de vent,
Un savoir près de se révéler, s’égarent, dont l’ermite,
Au milieu de la nuit, ravive sa prière.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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MANÈGE (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018



Graziella Sarno coeur_d_arlequin-

MANÈGE

Elles sont passées une à une
comme sur les chevaux de bois
brunes aux regards de chamois
blondes aux longs cheveux de lune

Elles sont passées une une
mes colombelles d’autrefois
lorsque je suivais leurs convois
au temps de mes bonnes fortunes

Elles sont passées une une
des semaines ou bien des mois
j’allais pour elles chaque fois
leur décrocher un bout de lune

Dormeuses sous mes baldaquins
bonjour bonsoir et sans rancune
elles sont passées une à une
quand j’avais le coeur arlequin

(Louis Calaferte)

 Illustration: Graziella Sarno

 

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A TRAVERS LES BRANCHES (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2018



Illustration: Françoise Arbelot    
    
A TRAVERS LES BRANCHES

Quand je suis là
Quand je ne pense plus à refermer les bras
Quand l’âme trop longtemps polit sa feuille blanche
Quand je sens des oiseaux s’éveiller de mes hanches
Tu peux tout effacer
Si tu laisses les branches

Mais je vous porte en moi libres cités du feu
Trèfles couleur de sang
Vertus des gerbes chaudes
Chanvres liés à la nuque épaisse du dormeur

O végétal
O main fragile sur le coeur
Cri du coquelicot qui tourne dans l’étable
Espace traversé de strideurs
O ma table
Boiteuse dont le pied est un môle berceur
Le vent rumine au bord des marbres et des fleurs.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Voici que le silence a les seules paroles (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



    

Voici que le silence a les seules paroles
Qu’on puisse, près de vous, dire sans vous blesser ;
Laissons pleuvoir sur vous les larmes des corolles ;
Il ne faut que sourire à ce qui doit passer.

À l’heure où fatigués nous déposons nos rôles,
Au même lit secret les dormeurs vont glisser ;
Par chaque doigt tremblant des herbes qui nous frôlent,
Vous pouvez me bénir et moi vous caresser.

C’est à votre douceur que mon sentier m’amène.
De ce sol lentement imprégné d’âme humaine,
L’oubli, lent jardinier, extirpe les remords.

L’impérissable amour erre de veine en veine ;
Je ne veux pas troubler par une plainte vaine
L’éternel rendez-vous de la terre et des morts.

(Marguerite Yourcenar)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Les Charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: La Flûte enchantée

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L’étrange douceur (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




Illustration


L’ÉTRANGE DOUCEUR

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s’est mis à chanter
Des fleurs naissent c’est peut-être
Que mon corps est enchanté

Que je suis lumière et feuilles
Le dormeur des porches bleus
L’églantine que l’on cueille
Les soirs de juin quand il pleut

Dans la chambre un ruisseau coule
Horloge aux cailloux d’argent
On entend le blé qui roule
Vers les meules du couchant

L’air est plein de pailles fraîches
De houblons et de sommeils
Dans le ciel un enfant pêche
Les ablettes du soleil

C’est le toit qui se soulève
Semant d’astres la maison
Je me penche sur tes lèvres
Premiers fruits de la saison.

(René Guy Cadou)

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Chambre d’à côté (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Eugène Carrière
    
Chambre d’à côté

A travers une nuit en plein jour
Vaguement j’ai rencontré la mort.
Nul lévrier ne l’accompagne ;
Elle vit dans les étangs disséqués,
Fantômes gris de pierre nébuleuse.

Pourquoi dans le sommeil, glissée avec la peur,
Cette peur imprévue fait-elle frémir le dormeur ?
Voyez l’oubli vaincu et la peur de tant d’ombres blanches
Sur les pâles dunes de la vie,
Ni ronde ni bleue, mais lunatique,
Avec ses blanches lagunes, ses bois
Où le chasseur s’il le veut fait la chasse au velours.

Mais aucun lévrier n’accompagne la mort.
D’un grand amour elle n’aime que les oiseaux,
Oiseaux toujours muets, comme l’est le secret,
Et ses grandes couleurs formant un tourbillon.
Tout autour du regard fixement métallique.

Et les dormeurs défilent comme des nuages
Au fil d’un ciel trompeur où se heurtent les mains,
Les mains d’ennui qui chassent des velours, des nuages négligents.

Sans vie il vit solitaire profondément.

***

Habitación de al lado

A través de una noche en pleno día
Vagamente he conocido a la muerte.
No la acompaña ningún lebrel;
Vive entre los estanques disecados,
Fantasmas grises de piedra nebulosa.

c Por qué soñando, al deslizarse con miedo,
Ese miedo imprevisto estremece al durmiente ?
Mirad vencido olvido y miedo a tantas sombras blancas
Por las pálidas dunas de la vida,
No redonda ni azul, sino lunática,
Con sus blancas lagunas, con sus bosques
En donde el cazador si quiere da caza al terciopelo.

Pero ningún lebrel acompaña a la muerte.
Ella con mucho amor sólo ama los pájaros,
Pájaros siempre mudos, como lo es el secreto,
Con sus grandes colores formando un torbellino
En torno a la mirada fijamente metálica.

Y los durmientes desfilan como nubes
Por un cielo engañoso donde chocan las manos,
Las manos aburridas que cazan terciopelos o nubes descuidadas.

Sin vida está viviendo solo profundamente.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Tout cela par amour (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Marc Chagall
    
Tout cela par amour

On renverse les géants des bois pour faire un dormeur,
On renverse les instincts comme des fleurs,
Des désirs comme des étoiles,
Pour ne faire qu’un homme et son stigmate d’homme.

Qu’on renverse aussi des empires d’une nuit,
Monarchies d’un baiser,
Ne signifie rien ;
Qu’on renverse les yeux, qu’on renverse les mains comme des statues vides,
En dit peut-être moins.

Mais cet amour fermé de ne voir que sa forme,
Sa forme écarlate parmi la brume
Veut imposer la vie, comme un automne soulevant tant de feuilles
Vers l’ultime ciel
Où des étoiles
Donnent leurs lèvres à d’autres étoiles,
Où mes yeux, ces yeux-là,
S’éveillent en d’autres yeux.

***

Todo esto por amor

Derriban gigantes de los bosques para hacer un durmiente,
Derriban los instintos como flores,
Deseos como estrellas,
Para hacer sólo un hombre con su estigma de hombre.

Que derriben también imperios de una noche,
Monarquías de un beso,
No significa nada;
Que derriben los ojos, que derriben las manos como estatuas
vacías,
Acaso dice menos.

Mas este amor cerrado por ver sólo su forma,
Su forma entre las brumas escarlata,
Quiere imponer la vida, como otoño ascendiendo tantas
hojas
Hacia el último cielo,
Donde estrellas
Sus labios dan a otras estrellas.
Donde mis ojos, estos ojos,
Se despiertan en otros.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Comme la peau (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Comme la peau

Fenêtre orpheline aux cheveux d’habitude,
Cris du vent,
Atroce paysage entre cristal de roche,
Prostituant les miroirs vivants,
Fleurs clamant à grands cris
Leur innocence antérieure aux obésités.

Ces cavernes aux clartés vénéneuses
Saccagent les désirs, les dormeurs ;
Clartés comme langues fendues
Pénétrant les os jusqu’à trouver la chair,
Sans savoir qu’au fond il n’y a pas de fond,
Il n’y a rien, qu’un cri,
Un cri, un autre désir
Sur un piège de pavots cruels.

Dans un monde de barbelés
Où l’oubli vole en dessous du sol,
Dans un monde d’angoisse,
Alcool jaunâtre,
Plumes de fièvre,
Colère dressée vers un ciel de honte,
Un jour de nouveau ressurgira la flèche
Abandonnée par le hasard
Quand une étoile meurt comme l’automne pour oublier
son ombre.

***

Como la piel

Ventana huérfana con cabellos habituales,
Gritos del viento,
Atroz paisaje entre cristal de roca,
Prostituyendo los espejos vivos,
Flores clamando a gritos
Su inocencia anterior a obesidades.

Esas cuevas de luces venenosas
Destrozan los deseos, los durmientes;
Luces como lenguas hendidas
Penetrando en los huesos hasta hallar la carne,
Sin saber que en el fondo no hay fondo,
No hay nada, sino un grito,
Un grito, otro deseo
Sobre una trampa de adormideras crueles.

En un mundo de alambre
Donde el olvido vuela por debajo del suelo,
En un mundo de angustia,
Alcohol amarillento,
Plumas de fiebre,
Ira subiendo a un cielo de vergüenza,
Algún día nuevamente resurgirá la flecha
Que abandona el azar
Cuando una estrella muere como otoño para olvidar
su sombra.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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DÉDICACE A L’INCONNUE DE LA SEINE (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



DÉDICACE A L’INCONNUE DE LA SEINE

Dormeuse aux lèvres de soleil,
Dormeuse au sourire d’eau calme
Où dérivent de lents nuages,
Oh ! sous ta paupière close
La rosée de ton regard,
Ma fileuse d’aurores douces,
Ma dormeuse nue dans la robe
Profonde et soyeuse des fleuves
Je murmure ton nom de songe à ton oreille,
Je te parle des grands vaisseaux qui appareillent,
Je t’offre les joyaux qui brûlent dans les vagues
Ou que l’écume heureuse roule
Sur les plages de mon enfance,
Je caresse les tourterelles qui roucoulent
Aux tièdes nids de tes aisselles,
Tu souris et tu ne t’éveilles
De ton grand sommeil enchanté.
Il fait bon, si bon dans ton rêve,
O mon enfant, ma si tendre inconnue
Silencieuse, ô ma décapitée.

Toi qui circules dans ma vie
Comme une source dans la terre,
Et je connais ta voix amie,
Fleur de printemps parmi l’hiver,
Toi qui me lies et me délivres
De mes murs et de mes décombres,
Magicienne qui ravives
Mon ciel des couleurs de l’enfance,
Belle de jour, belle de nuit,
Soleil de tous mes paysages,
Navire près de mes rivages,
Ile proche dans mes naufrages,
Refuge en mes déserts de neige,
Azur sur tous mes continents,
Comment, comment te nommerai-je
Sans que tu meures de ton nom ?

(Paul-Alexis Robic)

Illustration

 

 

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Retour (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Retour

C’est l’amour que je n’aime plus
dormez en paix mes pâles mortes
le sang de mai recloue ma porte
c’est l’amour qui ne m’aime plus.

Je prends le poids d’avoir vécu
en pèlerine à mes épaules
où vais-je ? j’ai perdu mon rôle
hélas, trouvée, ma vie n’est plus.

Mon enfance monte jusqu’ici
comme les fleurs, beau toit des prés
embaument, mortes, le fenil
dormeuses pour combien d’années ?

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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