Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘dormeuse’

LES ÉLÉMENTS (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration: Victor Nizovtsev 
    
LES ÉLÉMENTS

Dans la terre
il jette le grain
d’où naîtra l’enfant aux yeux verts.

Il demande à la dormeuse
l’eau des rêves, l’océan,
ses monstres, baisers, sirènes.

Il prie le vent de traverser son corps,
de délivrer le coeur
obscur de ses entraves.

Il rêve que le soleil
est une femme rousse
puis noire
puis un lion qui le dévore.

Sur l’épaule de la dame
penchée vers l’eau
la salamandre
posait un bijou noir
taché de feu.

Mais sur le sein
luisait
le lait bleu d’une perle.

Ayant séché nos larmes,
ayant chassé la peur,
elle entrouvrit sa chevelure,
nous dédia sa bouche,
l’espace d’un sourire.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA BELLE DORMEUSE (Ulysse Envers)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




LA BELLE DORMEUSE

Si jolie quand vous dormez,
Si sexy sous vos rondeurs,
Je vous regardais rêver
Dans ce wagon voyageur.

Votre corps était lové
Comme une oeuvre de sculpteur
Qui eût voulu mélanger
L’érotisme et la pudeur.

J’avais très envie d’humer
De vos cheveux les senteurs,
M’approcher pour effleurer
Vos joues d’un doigt cajoleur.

Mais comment vous proposer
Même avec de la douceur,
Mes genoux comme oreiller,
Sans passer pour un dragueur ?

Réveillée pour présenter
Votre titre au contrôleur,
Je vous ai vue fusiller
De vos yeux l’enquiquineur.

Vous m’avez abandonné
A mon sort d’admirateur
En oubliant d’emporter
Votre charme ravageur.

(Ulysse Envers)

Illustration: José Vital Anselmo

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

LA DORMEUSE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Laszlo Gulyas p

LA DORMEUSE

Quels secrets dans son coeur brûle ma jeune amie,
Ame par le doux masque aspirant une fleur?
De quels vains aliments sa naïve chaleur
Fait ce rayonnement d’une femme endormie?

Souffle, songes, silence, invincible accalmie,
Tu triomphes, ô paix plus puissante qu’un pleur,
Quand de ce plein sommeil l’onde grave et l’ampleur
Conspirent sur le sein d’une telle ennemie.

Dormeuse, amas doré d’ombres et d’abandons,
Ton repos redoutable est chargé de tels dons,
O biche avec langueur longue auprès d’une grappe,

Que malgré l’âme absente, occupée aux enfers,
Ta forme au ventre pur qu’un bras fluide drape,
Veille; ta forme veille, et mes yeux sont ouverts.

(Paul Valéry)

Illustration: Laszlo Gulyas

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA DORMEUSE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



LA DORMEUSE

Les yeux ouverts au coeur de la nuit
Les coudes enfoncés dans l’herbe moite
Cette fille fardée d’alluvions
Ecoute au-dessus des fumées du fleuve
Remuer la guerre dans sa bauge de béton
Comme une bête de flamme et d’acier.

Quand elle déploie son ombre dans le ciel
Les villes ont peur de respirer.
L’oreille contre la terre
Elles attendent que les usines s’endorment
Que les feux cessent de brûler
Pour s’étendre dans les ténèbres.

Comme de grands oiseaux antédiluviens
Perchées sur leur patte huileuse
Les machines brillent au fond des temps
Les mâchoires ouvertes dans l’ombre.
Elles rêvent au bonheur des hommes,
Aux habitudes des nuages,
Aux fleurs qui poussent dans les campagnes,
Mais aussitôt qu’elles s’éveillent
Elles referment leurs cisailles.

La dormeuse soulève sa chevelure,
Elle la dénoue et la nuit s’éclaire,
Elle déplie les jambes et les nuées s’entrouvrent,
Elle croise les bras sous la nuque
Et son souffle efface la terreur du ciel.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Henri Matisse

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chaque jour se refait dans la rosée (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Alexey Golovin dream

Chaque jour se refait dans la rosée et froisse
Dans son poing mal fermé des fantômes en tas.

Dans cette longue nuit où nous entrons à peine
Il n’y a que la terre et ses potences la terre et ses bûchers
Rien que l’homme traqué qui essaye toutes les clés
Et retient l’avenir entre ses mains trop courtes
Et fait sauter le coeur imprenable des pierres
Pour trouver le secret balbutiant de la vie
A la seule lueur de son amour perdu.
La dormeuse soulève sa chevelure,
Elle la dénoue et la nuit s’éclaire,
Elle déplie ses jambes et les nuées s’entrouvrent,
Elle croise les bras sous la nuque
Et son souffle efface la terreur du ciel.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Alexey Golovin 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Initiation (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Initiation

Dormeuse, te voici lourde de volupté.
Un fil de songerie erre au coin de ta bouche.
Je contemple parmi les trésors de ta couche
la chaste nudité du corps que j’ai sculpté.

Mes doigts vont effeuiller sur tes paupières closes
les multiples splendeurs de mon nouveau printemps.
Le mois de mai royal s’est couronné de roses
et des pétales d’or jonchent le clair étang.

L’aube nous surprendra dans l’heureuse défaite:
Immobile, le bras replié sur ta tête,
je n’invoquerai point la grâce du soleil.

Dors, ma Princesse, dors. Sur ta nuque d’ivoire
se déploie, impalpable, et la soie et la moire
que tisse entre nos corps le charme du sommeil.

(Jacques Rabemananjara)


Illustration: Théodore Chassériau

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A la croisée (Joseph Brodsky)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



 

A la croisée

L’humidité se glisse dans la chambre, crispant les épaules
de la belle qui dort sourde à tout appel.
Ainsi se crispe la perdrix quand craquent les branches,
l’ange quand il voit le péché.
A la croisée le coton subtil frémit au rythme alterné des haleines.
L’écume de la soie pâle éclabousse, légère
chaises et miroir, issue vitrée par où les choses
sortent de toute impasse.

(Joseph Brodsky)

Illustration: Zinaida Serebryakova

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La dormeuse (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
La dormeuse

Je croyais la douleur éternelle ou cachée.
Mais non ! l’éternité se limite à demain :
Quand on est au printemps n’est-ce pas bien humain
Qu’appréhender l’automne et sa splendeur gâchée?

Le temps passe… Et l’on croit le bonheur sous sa main
Quand de l’oubli, soudain, la feuille est arrachée…
—C’est que l’automne est là, dormant dans la jonchée—
Il a suffi du vent, d’un pas sur le chemin !

Pourquoi nous poursuis-tu, morne et pâle douleur,
Errante parmi nous, sans bruit, comme un voleur,
Suivante de la mort en ce monde lâchée ?

Et pourquoi cet espoir? Pourquoi nous quittes-tu
Pour revenir, claquant des dents, spectre têtu…
Ô Douleur à la fois éternelle et cachée ?

(Bernard de Louvencourt)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Trêve (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



La Trêve

Dans le désert ridé des draps,
la nuit dévêt l’enfance d’une épaule,
sel et soleil aux yeux du survivant

qui suit du doigt le long cheminement
du sang léger au flanc de la dormeuse
et la tiédeur d’une chair hasardeuse.

Les rues se sont vidées de leur venin
et l’on entend les bêtes pacifiques
ruser avec la lune sous les feuilles,

cependant que très loin, dans le brouillard,
la mer remue les algues et les monstres,
à coups de reins, dans son lit froid.

Et c’est la somnolence de l’hiver.

Au creux des meules s’engourdit
la rage têtue des vipères.

(Jean Joubert)


Illustration: Katerina Belkina

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Plages (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Plages

Nous laissons à l’empereur ses murailles
à garder contre la ruse des dieux
et la lampe grise au veilleur de l’aube
et l’arme fiévreuse aux dents du voleur.

Que celui qui rêve d’une tour la bâtisse
et s’y perche loin du sommeil des fleurs,
que l’ambitieux courtise les chiens,
que le jaloux s’agite au lit de ronce.

Il est trop de rumeurs de par la mer
pour tendre l’oreille à ce pauvre bruit
et trop de sel aux plages qui déplient
vers l’eau ce moule d’or et de saveur.

Dormeuse, tu retiens sur ton épaule
assez de sable au blond duvet qui tremble
pour occuper la tendresse du jour

jusqu’à l’instant où nos langues se fondent.

(Jean Joubert)


Illustration:
Alexandre Séon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :