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Dimanche matin (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Dimanche matin

La neige au-dessus des mimosas, les paquets de
journaux près des flaques, la fontaine dans les bois où le
receveur des contributions nettoie sa voiture.

En bas les bâches bleues et rouges tendues sur les piles
de sacs de ciment et les taches de rouille ou de minium sur
les coques des cargos qui viennent de Limassol ou d’Odessa.

Plus loin quelques fleurs mauves dans les rochers
blancs, les nudistes parcourent le sentier des douaniers,
baisers dans les coins, chiens qui flairent, la mer lape les
galets et les retourne comme des pièces fausses.

Au large les yachts frétillent après une semaine de
somnolence, les mouettes virent à l’assaut, claquent un
peu et plongent vers les épluchures que les cuisiniers
laissent tomber dans leur sillage.

Puis l’heure sonne à travers le frisson des branches
et le tintement des câbles métalliques dans l’accalmie de
la circulation.

Soudain le nid du phénix s’enflamme dans les collines et les mots éperdus, comme lâchés après des mois
de claustration, se cherchent dans ma tête au galop.

Alors je ramasse au bord du chemin les fragments
d’un vieux prospectus vantant les mérites d’une voyante, et
m’appuie sur le dossier d’un banc pour écrire ceci au verso.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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Oder blues (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Oder blues

Le poisson de lune
le poisson du désespoir
l’ami des brumes
le sale petit poisson maudit
le douanier des dunes
qui file entre deux eaux
dans les herbiers du lac noir
ne doit être vu ni tard
ni tôt
par les fils de l’Oder
par les simples fils de l’Oder
marins sincères
comme le houblon.

Marika ne laisse pas Hans
pêcher les ondines qui dansent
quand est tombé le soir
sous la lune.
S’il en voit une
Hans ne t’aimerait plus
Hans se moquerait de toi.
Les poissons de lune
se changent en ondines.
Quand il a plu
les ondines dînent
sur la dune
– en robe d’écaille et de soie
pour cacher leur queue –
d’une soupe de poisson
avec des sardines
et des oeufs
de saumon.

Les ondines de fortune
volent les maris aux filles
pour les faire mourir dans l’année
quand la feuille du bouleau est fanée.
Les ondines pillent
leurs soeurs de la terre
en les torturant une à une
au bord de l’Oder.

Le vent du sud le vent bulgare
le vent frôleur de jarres
endort Marika aux berges du lac noir.
Hans se baigne. Une écaille luit
sous la lune
à minuit.
-J’en ai vu une!
-Hans ferme les yeux !
Hans ne te retourne pas !
Hans les anciens dieux
du Walhalla
ne pardonnent pas !
Hans hélas Hans hélas…
Dans la nuit hanséatique
les pieds dans les sables baltiques
semés d’ambre
devant Marika si lasse
et qui tremble
Hans est un roi de pierre déjà
roi surpris
tiré de l’onde
par les sirènes blondes
comme un grand esturgeon
de granit gris.

Tous les soirs
et tous les matins
image facile du destin
dans le port de Stettin
l’Oder où nagent les ondines
l’Oder meurt dans la haute mer.

(Armand Lanoux)


Illustration

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Le bien que rien ne contient (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


 


 

Patricia Traub 14

Le bien que rien ne contient

Il avait son bien.
C’était le seul bien qui lui importait.
Rien ne pouvait le contenir, ni une poche, ni la paume de sa main.
On pouvait, parfois, en capter une trace dans ses yeux.
Il voulait partir. Partir avec son bien. Il fit ses valises.
Aux barrières les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Ils n’avaient pas ouvert ses valises. Il s’en revint avec son bien.
Il se fit couper un vêtement sans plis, ni poches, et se présenta aux barrières, sans bagages.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il s’en retourna. Mais il lui fallait vraiment partir. Avec son bien.
Alors il alla, nu, aux barrières.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il demeura nu. Avec son bien. Que rien ne pouvait contenir.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Patricia Traub

 

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JASON (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 

Illustration: Lady de Sontay
    
JASON
A Jean Cocteau.

Quand les douaniers l’arrêtèrent,
Il fumait une pipe en terre.

Il leur dit, le rire mauvais :
« Si l’on vous demande où je vais,
Vous direz que je suis Jason. »

— C’était l’Homme de la Toison. —

(Mais, sans carte d’identité,
Il fut tout de même arrêté).

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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On joue à se ressembler (René Laporte)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



reflet 80 [800x600]

On vit dans une odeur d’usine et de banlieue
entre les douaniers et la police des sentiments
on joue à se ressembler
dans les reflets des devantures…

(René Laporte)

 Illustration

 

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