Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘doublure’

Corbeau! (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2017



Avec une doublure de canari,
ils essayaient de me tromper.
Mais moi, sans trêve, je disais:
« Corbeau! Corbeau! »
Ils se sont lassés.

(Henri Michaux)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Boire très calme (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



Illustration
    
Boire très calme
la foudre inattendue;
la tige découverte après l’étang de pierre,
et revenir encore à l’incendie parfait,
rêveur sous la paille,
et vénérer la paille où l’incendie se fait,
tenter contre la mort ce simple appareillage
où ne pendent aux mâts que des voiles de flammes

Quelqu’un au bord du vertige,
une doublure agile,
un miroir de blessures.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nocturne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Nocturne

Le sang n’est pas nu sous les robes pâles
dont la soif monte au corps de l’amant ;
passeur sans lassitude le simple sang des femmes
ne coule qu’une fois pour cent mille blessures.

Laissez en repos ce veilleur suave
dont le vol aux lèvres donne un goût de roses
bénissez le feu de cette doublure
qui sait cheminer dans les plis du marbre

— et ton sang lui-même saurais-tu l’atteindre
qui perce ton coeur d’appels sans écho ? –
ton sang dont tu vis, ton sang solitaire
long pleur assouvi par aucun sanglot
joyau sans pareil qui veut son pareil
ton sang dont tu vis, ton sang dont tu meurs
le sang n’est pas nu sous les robes pâles
ton désir est vain comme tout espoir.

Par les rues l’homme de songes
marche sur la neige morte dans la ville aveugle
un feu de lune dans son char
par les rues guidant son cheval
avec le double éclair dans le brouillard
de ses yeux clairs

Des femmes sont en prières qui n’ont plus d’amour
derrière les volets
des vierges s’éteignent au frisson des faims
beaux sangs tentés de partages.

Par les rues l’homme de songes
va sur la neige morte dans la ville aveugle
et nul ne l’entend
la femme morte de son coeur marche en avant
belle de l’éternel hiver
et blanche.

Un cor rouillé de chasse sans gibier brille à son cou
il rit, il passe, il rit et n’éveille personne
dans la ville fanée glissant vers les cyprès
dans la ville où seuls les miroirs se souviennent.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Un passant sur la terre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Un passant sur la terre emporte son âme
mal pliée sous le coeur sans doublure
et se jette, avec son ombre, dans une porte
qui le happe comme s’il ne devait plus sortir.

Du soleil saute sur le dos des vaches
et tombe, foulé, au seuil des étables.
Les nuages gagnent du retard,
hésitent dans le ciel mal éclairé.

Une femme se baigne dans un miroir.
Elle y est si nue qu’elle n’a plus de regard
et elle monte à fleur d’eau, allégée d’elle-même
et de toutes les lignes qui la séparent du monde.

Le ciel frôle la terre de ses antennes
et cherche un peu d’eau entre les herbes
pour retrouver sa route dans la nuit,
qui approche, faite de feuilles mortes et de baisers.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ça Va Venir, Découragez-vous Pas (La Bolduc)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



 

Illustration: Karak   
    
Ça Va Venir, Découragez-vous Pas

Mes amis, je vous assure
Que le temps est bien dur
Il faut pas s’ décourager
Ça va bien vite commencer
De l’ouvrage, y va en avoir
Pour tout le monde, cet hiver
Il faut bien donner le temps
Au nouveau gouvernement
{Refrain:}
Ça va v’nir puis ça va v’nir mais décourageons-nous pas
Moi, j’ai toujours le coeur gai pis je continue à turluter
(Turlute)
On se plaint à Montréal
Après tout, on n’est pas mal
Dans la province de Québec
On mange notre pain bien sec
Y a pas d’ouvrage au Canada
Y en a ben moins dans les États
Essayez pas d’aller plus loin
Vous êtes certains de crever d’ faim
{au Refrain}
Ça coûte cher de c’ temps-ici
Pour se nourrir à crédit
Pour pas qu’ ça monte à la grocerie
Je me tape fort sur les biscuits
Mais j’ peux pas faire de l’extra
Mon p’tit mari travaille pas
À force de me priver d’ manger
J’ai l’estomac ratatiné
{au Refrain}

Me voilà mal amanchée
J’ai des trous dans mes souliers
Mes talons sont tout d’ travers
Et pis le bout qui r’trousse en l’air
Le dessus est tout fendu
La doublure toute décousue
Les orteils passent à travers
C’est toujours mieux que d’ pas en avoir
{au Refrain}
Le propriétaire qui m’a loué
Il est bien mal amanché
Ma boîte à charbon est brûlée
Et puis j’ai cinq vitres de cassées
Ma lumière disconnectée
Pis mon eau est pas payée
L’ont pas besoin de v’nir m’achaler
M’a les saprer en bas d’ l’escalier
{au Refrain}

(La Bolduc)

 

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MON ENDORMIE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017




MON ENDORMIE…

Mon endormie, il faut que tu me dises
Ce que tu vois dans ces bas-fonds herbeux
Où loin de moi chaque nuit tu t’enlises.

Ne me dis pas que ce sont là des jeux,
Que ma pensée agile vocalise :
Tu le sais bien que de toi je ne veux

Que ce toi-même inconnu de toi-même
Cette autre en toi qui pourrit sous ta peau
Tandis qu’au jour tu tends ton diadème,

Cette poreuse épave sous les eaux
D’un monde feint qui est pour nous le même
Et qui confond les pas de nos troupeaux.

Pour n’être plus ton fantôme envieux,
Ton séparé, ton damné qui rumine
De t’abolir afin de t’aimer mieux,

Tu le sais bien qu’il me faut tes racines,
Les frondaisons de tes poumons bulbeux,
Les moindres voeux de tes doublures fines,

Ta jouissance enfin, qui jette au feu
Ce que ta chair en ma chair imagine.

Dis, que vois-tu dans ces bas-fonds herbeux ?

(Jean Rousselot)

Illustration: Andrzej Malinowski

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Portrait (Maurice Henry)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Portrait

Tes yeux ce ne sont pas tes yeux mais la doublure de la nuit

tes mains ce ne sont pas tes mains mais une virgule à collerette

tes cuisses ce sont des hélices pour chasser le mal de dents

et tes dents justement c’est un arbre dont les racines tiennent dans leurs mains mes oreilles

Ta chevelure pleut sur mes paupières quand il fait beau

tes pieds de suie fraîche descendent des cintres lorsque j’appelle un taxi

Sur tes ongles poussent se développent et se multiplient des plantes qui sont mes joues

Avec tes rubans tu lies nos étreintes

et avec tes genoux c’est mon nez que tu nourris

Tes lèvres ce ne sont pas tes lèvres mais un troupeau de bœufs sur les pâturages de mon sang

(Maurice Henry)

Illustration: Albert-Joseph Pénot 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nuit d’été (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2016



Nuit d’été

Un dîner pour les dieux habitant l’air
Nos doublures en cette nuit que garde le jour
Des pensées nous protègent, une haie de fleurs
Au balcon sombre s’éclaire en papillons
Cueillant en rêve leur miel au fond du ciel
Tout baigne dans une paix sans bord
La porte de verre suspend l’image du monde
Nos traces nous tiennent: un chapeau et des gants
Le vin non bu des heures brille dans les verres
Notre absence nous absout laissant la place
À ce qui est dehors sans fermer l’oeil
Quand passe au loin l’aile rapide de la nuit

(Heather Dohollau)

 Illustration: Francine Van Hove

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »