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Posts Tagged ‘douce’

La jeune châtelaine (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Alexandr Sulimov -    (3)

La jeune châtelaine

« Je vous défends, châtelaine,
De courir seule au grand bois.  »
M’y voici, tout hors d’haleine,
Et pour la seconde fois.
J’aurais manqué de courage
Dans ce long sentier perdu ;
Mais que j’en aime l’ombrage !
Mon seigneur l’a défendu.

« Je vous défends, belle mie.
Ce rondeau vif et moqueur.  »
Je n’étais pas endormie
Que je le savais par coeur.
Depuis ce jour je le chante ;
Pas un refrain n’est perdu :
Dieu ! que ce rondeau m’enchante !
Mon seigneur l’a défendu.

« Je vous défends sur mon page
De jamais lever les yeux. »
Et voilà que son image
Me suit, m’obsède en tous lieux.
Je l’entends qui, par mégarde,
Au bois s’est aussi perdu :
D’où vient que je le regarde ?
Mon seigneur l’a défendu.

Mon seigneur défend encore
Au pauvre enfant de parler ;
Et sa voix douce et sonore
Ne dit plus rien sans trembler.
Qu’il doit souffrir de se taire !
Pour causer quel temps perdu !
Mais, mon page, comment faire ?
Mon seigneur l’a défendu.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

 

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LA CLÉ DES CHAMPS (Norge)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



LA CLÉ DES CHAMPS

Avec son panier d’escargots,
Fina, la pleutre, la douce, est là qui passe devant la chaumière du sorcier.
Rien qui bouge à l’intérieur, sinon le merle Myrtille
sautillant de crédence en perchoir avec son petit bruit de griffes…
Comme il fait beau, comme tout brille aux murs chaulés de la cuisine.
Fina regarde longtemps. Et quand elle se décide â rentrer au village,
les escargots ont pris la clé des champs
que Fina retrouve un peu plus loin dans l’herbe.

(Norge)

Illustration

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LE BOIS AMICAL (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Charles Courtney Curran 14_L

LE BOIS AMICAL

Nous avons pensé des choses pures
Côte à côte, le long des chemins,
Nous nous sommes tenus par les mains
Sans dire… parmi les fleurs obscures;

Nous marchions comme des fiancés
Seuls, dans la nuit verte des prairies;
Nous partagions ce fruit de féeries
La lune amicale aux insensés.

Et puis, nous sommes morts sur la mousse,
Très loin, tout seuls parmi l’ombre douce
De ce bois intime et murmurant;

Et là-haut, dans la lumière immense,
Nous nous sommes trouvés en pleurant
O mon cher compagnon de silence!

(Paul Valéry)

Illustration: Charles Courtney Curran

 

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AUTRE LENDEMAIN (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Charles Frederic Ulrich brodeuse

AUTRE LENDEMAIN

D’un air languissant et rêveur
Justine a repris son ouvrage ;
Elle brode ; mais le bonheur
Laissa sur son joli visage
L’étonnement et la pâleur.
Ses yeux qui se couvrent d’un voile
Au sommeil résistent en vain ;
Sa main s’arrête sur la toile,
Et son front tombe sur sa main.
Dors et fuis un monde malin :
Ta voix plus douce et moins sonore,
Ta bouche qui s’entrouvre encore,
Tes regards honteux ou distraits,
Ta démarche faible et gênée,
De cette nuit trop fortunée
Révéleraient tous les secrets.

(Evariste Parny)

Illustration: Charles Frederic Ulrich

 

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Chanson de la cage ouverte (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



klimt.beethoven-frieze2De fleurs et de nuits je voudrais
De silence et d’écume de rosée et de ciel
Je voudrais ma soeur étrangère
Mon absente mon éloignée ma douce
Obstinée, ma chaude chaste corolle
Mon cristal noir mon écho prisonnier,
De sources, de monts purs et de chants je voudrais
Ma flamme lisse, mon rêve printanier
Te parer.

De regards oubliés, de mots égarés
J’aimerais, de mains végétales
De bouches plus fraîches plus glissantes
Que la rivière luisante du sommeil,
De soleil neuf et hardi,
De sourires d’enfance, de liberté,
Ma passagère, ma grâce, mon instant
De prairie éternelle, j’aimerais
Te recréer.

D’épaisses vertes forêts futures, je rêve,
De terres ignorées que recèlent tes yeux
D’étoiles à trouver au ciel de notre sang
De routes vierges promises aux signes de nos mains
De savanes joyeuses, je rêve, et de rives
Et de violentes cités, je rêve, ma voyageuse
Mon appel, mon apeurée, mon incertaine,
De mille horizons à venir je rêve
De te combler.

(Georges-Emmanuel Clancier)

Illustration: Gustav Klimt

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Les deux amitiés (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Alexandr Sulimov -    (8)

Les deux amitiés

Il est deux Amitiés comme il est deux Amours.
L’une ressemble à l’imprudence ;
Faite pour l’âge heureux dont elle a l’ignorance,
C’est une enfant qui rit toujours.
Bruyante, naïve, légère,
Elle éclate en transports joyeux.
Aux préjugés du monde indocile, étrangère,
Elle confond les rangs et folâtre avec eux.
L’instinct du coeur est sa science,
Et son guide est la confiance.
L’enfance ne sait point haïr ;
Elle ignore qu’on peut trahir.
Si l’ennui dans ses yeux (on l’éprouve à tout âge)
Fait rouler quelques pleurs,
L’Amitié les arrête, et couvre ce nuage
D’un nuage de fleurs.
On la voit s’élancer près de l’enfant qu’elle aime,
Caresser la douleur sans la comprendre encor,
Lui jeter des bouquets moins riants qu’elle-même,
L’obliger à la fuite et reprendre l’essor.
C’est elle, ô ma première amie !
Dont la chaîne s’étend pour nous unir toujours.
Elle embellit par toi l’aurore de ma vie,
Elle en doit embellir encor les derniers jours.
Oh ! que son empire est aimable !
Qu’il répand un charme ineffable
Sur la jeunesse et l’avenir,
Ce doux reflet du souvenir !
Ce rêve pur de notre enfance
En a prolongé l’innocence ;
L’Amour, le temps, l’absence, le malheur,
Semblent le respecter dans le fond de mon coeur.
Il traverse avec nous la saison des orages,
Comme un rayon du ciel qui nous guide et nous luit :
C’est, ma chère, un jour sans nuages
Qui prépare une douce nuit.

L’autre Amitié, plus grave, plus austère,
Se donne avec lenteur, choisit avec mystère ;
Elle observe en silence et craint de s’avancer ;
Elle écarte les fleurs, de peur de s’y blesser.
Choisissant la raison pour conseil et pour guide,
Elle voit par ses yeux et marche sur ses pas :
Son abord est craintif, son regard est timide ;
Elle attend, et ne prévient pas.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

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Le chiffre (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Le chiffre

L’amitié silencieuse de la lune
(je cite mal Virgile) t’accompagne
depuis, cette nuit, aujourd’hui perdue
dans le temps, cette soirée où tes yeux
vagues l’ont déchiffrée pour toujours dans
un jardin, un patio qui sont poussière.
Pour toujours ? Je sais qu’une fois quelqu’un
pourra te dire en toute vérité :
Tu ne reverras pas la lune claire.
Tu viens d’épuiser la somme des chances
que t’accorde le destin. Inutile
d’ouvrir toutes les fenêtres du monde.
Il est tard. Tu ne la trouveras plus.
Nous vivons découvrant et oubliant
cette douce coutume de la nuit.
Regarde. C’est peut-être la dernière.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Lori Earley

 

 

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Etes-vous la nouvelle personne attirée vers moi ? (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Jarek Puczel -11

Etes-vous la nouvelle personne attirée vers moi ?
Pour commencer sachez-le, je suis sûrement fort différent de ce que vous supposez ;
Supposez-vous que vous trouverez en moi votre idéal ?
Croyez-vous qu’il soit si aisé de me voir devenir votre amant ?
Croyez-vous que l’amitié mienne serait une satisfaction sans mélange ?
Croyez-vous que je sois sûr et fidèle ?
Ne voyez-vous pas plus loin que cette façade, cette manière à moi douce et tolérante ?
Vous supposez-vous en train d’avancer sur un sol véritable vers un véritable homme héroïque ?
N’avez-vous point le soupçon, ô rêveur, que ce peut être tout maya, illusion ?

(Walt Whitman)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Jarek Puczel

 

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REQUIESCAT (Oscar Wilde)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



REQUIESCAT

Va doucement, elle est là
Sous la neige qui gîte,
Et peut entendre, parle bas,
Pousser les marguerites.

Ses clairs cheveux d’or
Ternis de rouille,
Elle si jeune et belle encor,
Que la poussière souille.

Blanche comme neige et comme lys pure
Elle ne savait même pas
Qu’elle était femme tant lui furent
Douces les années qu’elle passa.

Planche de bois, dalle de pierre,
Corset d’un trou,
Ma douleur est solitaire,
Elle dort dessous.

Silence, silence, elle ne peut entendre
Le son des lyres ou des sonnets,
C’est avec elle sur ma vie que je vais tendre
Ce voile de terre abandonné.

***

REQUIESCAT

Tread lightly, she is near
Under the snow,
Speak gently, size can hear
The daisies grow.

All her bright golden hair
Tarnished with rust,
She that was young and fair
Fallen to dust.

Lily-like, white as snow,
She hardly knew
She was a woman, so
Sweetly she grew.

Coffin-board, heavy stone,
Lie on her breast,
I vex my heart alone,
She is at rest.

Peace, peace, she cannot hear
Lyre or sonnet,
All my life’s buried here,
Heap earth upon it.

(Oscar Wilde)

 

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Automne (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018


Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison!
A sept ans comme il faisait bon,
Après d’ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison!

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l’encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.

0 temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.

(René Guy Cadou)


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