Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘douce’

Hiver (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Hiver

II faudrait faire un feu… bien grand, bien haut,
Pour que tous les humains se chauffent à sa flamme.

Nous jetterions dedans tel bibelot vieillot,
Tels objets ébréchés, cassés, tel jeu de dames,
Les jouets des enfants, tel autre jeu,
M’entends-tu, chat perché? Et dans ce feu,
Nous éparpillerions, je le proclame,
Tout ce qui semble beau. L’on entendrait soudain
L’incandescente flamme offrir au ciel serein
Les ardeurs de son chant. Les gens d’une même âme,
Ou d’un même pays, se donneraient la main.

Il faudrait faire un feu d’une folle envergure,
Car le givre a couvert les villes et les prés;
Faire sauter la si froide serrure
De nos garde-manger. Et que les jets pourprés
Reçoivent de nos mains leur riche nourriture
Pour donner en retour la chaleur douce et pure.

Il faudrait, oui, faire ce noble feu
Afin que les humains se dégèlent un peu.

(Attila Jozsef)

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Mon Cœur soupire (Bernard de Ventadour)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Alexander Sulimov -    (36)

Mon Cœur soupire

De bonne foi, sans tromperie,
J’aime la plus belle et meilleure.
Mon coeur soupire, mes yeux pleurent,
De trop l’aimer pour mon malheur.
Mais qu’y puis-je si l’amour m’a pris,
Si la prison où il m’a mis
A pour seule clé la merci
Qu’en elle je ne trouve point ?

Cet amour me blesse le cœur
D’une saveur si gente et douce
Que si cent fois par jour je meurs
Cent fois la joie me ressuscite.
C’est un mal de si beau semblant
Que je le préfère à tout bien,
Et puisque le mal m’est si doux,
Quel bien pour moi après la peine !

(Bernard de Ventadour)

Illustration: Alexander Sulimov

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Je vous écris d’un pays pesant (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



Aussi belle que la main de l’aimée
sur la mer.
Aussi seule.

J’écris pour vous.
La douleur est un coquillage.
On y écoute perler le cœur.

J’écris pour vous,
au seuil de l’idylle,
pour la plante aux feuilles d’eau,
aux épines de flammes,
pour la rose d’amour.
J’écris pour rien,
pour les mots luisants
que trace ma mort,
pour l’instant de vie
éternellement dû.

Aussi belle que la main de l’aimée
sur le signe.
Aussi seule.

J’écris pour tous.
Je vous écris d’un pays pesant
comme les pas du forçat,
d’une ville pareille aux autres
où les cris camouflés
se tordent dans les vitrines;
d’une chambre où les cils ont détruit,
petit à petit, le silence.
Vous êtes, destinatrice prédestinée,
ma raison d’écrire;
l’inspiratrice joyeuse du jour et de la nuit.

Vous êtes le col du cygne assoiffé d’azur.

Aussi belle que la main de l’aimée
sur les yeux.
Aussi douce.

Je vous écris avec la chair des mots accourus,
haletants et rouge.
C’est bien vous qu’ils entourent.
Je suis tous les mots qui m’habitent
et chacun d’eux vous magnifie avec ma voix.
J’ai besoin de vous pour aimer,
pour être aimé des mots qui m’élisent.
J’ai besoin de souffrir de vos griffes
afin de survivre aux blessures du poème.
Flèche et cible, alternativement.
J’ai besoin d’être à votre merci
pour me libérer de moi-même.
Les mots m’ont appris à me méfier
des objets qu’ils incarnent.
Le visage est le refuge des yeux pourchassés.
J’aspire à devenir aveugle.

Aussi belle que la main de l’aimée
sur le sourire de l’enfant.
Aussi transparente.

(Edmond Jabès)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Et parfois la douceur (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Et parfois la douceur qui passe une main douce
sur le front de celui qui ne l’attendait pas

(Claude Roy)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , | 2 Comments »

Nous voulons quelque chose (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018


 


 

Daniel Martineau_l Amour Fou

Nous voulons quelque chose comme une fidélité,
Comme un enlacement de douces dépendances,
quelque chose qui dépasse et contienne l’existence ;
Nous ne pouvons plus vivre loin de l’éternité

(Michel Houellebecq)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Daniel Martineau

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Du fond de mon coeur des larmes me viennent (Blaise Cendrars)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



 

bordel jeune fille

[…]
Du fond de mon coeur des larmes me viennent
Si je pense, Amour, à ma maîtresse;
Elle n’est qu’une enfant, que je trouvai ainsi
Pâle, immaculée, au fond d’un bordel.

Ce n’est qu’une enfant, blonde, rieuse et triste,
Elle ne sourit pas et ne pleure jamais;
Mais au fond de ses yeux, quand elle vous y laisse boire,
Tremble un doux lys d’argent, la fleur du poète.

Elle est douce et muette, sans aucun reproche,
Avec un long tressaillement à votre approche;
Mais quand moi je lui viens, de-ci, de-là, de fête,
Elle fait un pas, puis ferme les yeux – et fait un pas.
Car elle est mon amour, et les autres femmes
N’ont que des robes d’or sur de grands corps de flammes,
Ma pauvre amie est si esseulée,
Elle est toute nue, n’a pas de corps – elle est trop pauvre.

Elle n’est qu’une fleur candide, fluette,
La fleur du poète, un pauvre lys d’argent,
Tout froid, tout seul, et déjà si fané
Que les larmes me viennent si je pense à mon coeur.

[…]

(Blaise Cendrars)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je sens la caresse (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018




Je sens la caresse de mes doigts
sur mon cou quand je mets mon col
et je pense avec tendresse
aux douces dames que j’ai connues.

(William Carlos Williams)

Illustration: Orestes Bouzon

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , | 3 Comments »

A Julia Vauvelle morte à dix-neuf ans (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



A Julia Vauvelle
morte à dix-neuf ans

Jeune fille douce et rieuse
Fraîche comme un matin d’été
Gentille abeille travailleuse
Tu fus la grâce et la bonté

Les tiens te pleureront sans cesse
Ayant perdu tout leur bonheur
Ta soeur te garde sa tendresse
Malgré la mort glaçant son coeur

Et l’impression m’est restée
A moi qui te vis un instant
D’une rose pâle penchée
Dans une urne de marbre blanc

(Louise Michel)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

OÙ (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Où sont donc les couleurs
Que mon oeil connaissait
L’herbe était verte
Le ciel gris
Un oiseau noir passait
Rasant la terre
Ce n’est pas une hirondelle
La pluie les parapluies
Ce n’est pas le merle
Qui siffle à tout propos
Ce n’est pas un étourneau
Pilleur et vite envolé
Un oiseau noir passait
Où donc est la chanson
Que je voyais venir
Grise comme patience
Lente comme le temps
Monotone et riante
Silencieuse et belle
Une chanson d’amour
De tendresse peut-être
Douce aussi

Où sont donc mes projets
D’où vient qu’un nom m’échappe
Et que je me taise
Soudain
D’où vient que je ne trouve plus
Le nom de cet oiseau
Le chant de ma chanson

Les mots d’amour
S’enfuient comme des étourneaux
L’herbe est pâle
L’été vient
Le ciel est traversé d’orages
Les couleurs elles-mêmes
Où sont les couleurs…
Les mots du langage…
Où êtes-vous…

(Gilles Vigneault)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce que l’Amour a de plus doux (Hadewijch)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Ce que l’Amour a de plus doux,
ce sont ses violences;
son abîme insondable
est sa forme la plus belle;
se perdre en lui, c’est atteindre le but;
être affamé de lui
c’est se nourrir et se délecter;
l’inquiétude d’amour est un état sûr;
sa blessure la plus grave
est un baume souverain;
languir de lui est notre vigueur;
c’est en s’éclipsant qu’il se fait découvrir;
s’il fait souffrir, il donne pure santé;
s’il se cache, il nous dévoile ses secrets;
c’est en se refusant qu’il se livre;
il est sans rime ni raison et c’est sa poésie;
en nous captivant il nous libère;
ses coups les plus durs
sont ses plus douces consolations;
s’il nous prend tout, quel bénéfice !
c’est lorsqu’il s’en va
qu’il nous est le plus proche;
son silence le plus profond
est son chant le plus haut;
sa pire colère
est sa plus gracieuse récompense;
sa menace nous rassure
et sa tristesse console de tous les chagrins :
ne rien avoir, c’est sa richesse inépuisable.
Mais de l’amour on peut dire aussi
que sa plus haute assurance
nous fait faire naufrage,
et son état le plus sublime
nous coule à fond;
son opulence nous appauvrit
et ses bienfaits sont nos malheurs; ses consolations agrandissent
nos blessures;
son commerce est mainte fois mortel;
sa nourriture est famine,
sa science égarement;
son école nous apprend à nous perdre;
son amitié est cruelle et violente;
c’est quand il nous est fidèle
qu’il nous fuit
sa manifestation consiste à se cacher
sans laisser de traces
et ses dons, à nous voler encore davantage;
ses promesses sont séductrices,
sa parure nous dénude,
sa vérité nous déçoit
et son assurance est mensonge.
Voilà le témoignage
que moi-même et bien d’autres
nous pouvons porter à toute heure,
à qui l’amour a souvent montré
des merveilles,
dont nous reçûmes dérision,
ayant cru tenir ce qu’il gardait pour lui.
Depuis qu’il m’a joué ces tours
et que j’ai appris à connaître ses façons,
je me comporte toute autrement avec lui :
ses menaces, ses promesses,
tout cela ne me trompe plus :
je le veux tel qu’il est, peu importe
qu’il soit doux ou cruel, ce m’est tout un.

(Hadewijch)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :