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Posts Tagged ‘douche’

J’aime les matins (Sarah Kéryna)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Illustration
    
J’aime les matins. Sortir de la douche, la musique.
Mettre de la crème sur ma peau, mettre des odeurs.
Et la lotion sur les cheveux. Et brosser les dents.
Et la vaisselle. Balayer. Place neuve.
L’aspirateur et la radio.
Les poubelles jetées.
Et le thé parfumé.
Les tartines, le beurre et la confiture.

Les mouettes sur les toits. Et les antennes.
Et les avions qui passent.

Légèreté des bruits qui filent.

Le vent fait bouger les rideaux qui vont et viennent,
s’engouffrent dans la fenêtre avec des mouvements
brefs et saccadés comme ceux des danseurs.

Un flottement.

(Sarah Kéryna)

 

Recueil: rappel
Traduction:
Editions: Le Bleu du Ciel

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AUSCHWITZ (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2019



    

AUSCHWITZ

Là-bas, à Auschwitz, loin de la Vistule,
mon amour, le long de la plaine nordique,
dans un champ de mort: froide et funèbre,
la pluie sur la rouille des poteaux
et les barbelés entortillés de l’enceinte :
ni arbre ni oiseaux dans l’air gris
ou surgissant en nous, mais l’inertie
et la douleur que laisse la mémoire
à son silence sans ironie ni colère.

Tu ne veux ni élégies, ni idylles : juste
des raisons à notre destin, ici,
toi qui t’émeus des contrastes de l’esprit,
incertaine d’une présence
claire de la vie. Et la vie est ici,
dans chaque non qui semble être une certitude :
ici nous entendrons pleurer l’ange, le monstre
et nos heures futures
parcourir l’au-delà, qui est ici, éternel
et mouvant, et n’est pas une image
de rêves, de possible pitié.
Ici les métamorphoses, les mythes.
Sans nom de symboles ni de dieu,
ils sont la chronique, les lieux de la terre,
ils sont Auschwitz, mon amour. Pareil au cher corps
d’Alphée et d’Aréthuse qui subitement
se changea en fumée d’ombre.

De cet enfer ouvert par une inscription
blanche : « Le travail vous rendra libre »
s’échappa continuellement la fumée
de milliers de femmes poussées
à l’aube hors des chenils contre le mur
du stand ou suffocant en criant
pitié avec leurs bouches
de squelettes sous les douches à gaz.
Les retrouveras-tu, soldat, dans ton
histoire en forme de fleuves, d’animaux,
ou bien es-tu toi aussi cendres d’Auschwitz,
médaille de silence ?
Il reste de longues tresses enfermées dans des urnes
de verre encore nouées par des amulettes
et les ombres infinies des petits souliers
et des écharpes hébraïques : ce sont les reliques
d’un âge de sagesse et de savoir
où l’homme connaissait la mesure des armes,
ce sont les mythes, nos métamorphoses.

Sur les plaines où l’amour, les pleurs
et la pitié pourrirent, sous la pluie,
là-bas, un non frappait au fond de nous,
un non à la mort, morte à Auschwitz,
afin que dans ce trou elle ne se relève plus
des cendres, la mort.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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PLAISIRS (Bertolt Brecht)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019




PLAISIRS

Le premier regard par la fenêtre au matin
Le vieux livre retrouvé
Des visages enthousiastes
De la neige, le retour des saisons
Le journal
Le chien
La dialectique
Prendre une douche, nager
De la musique ancienne
Des chaussures confortables
Comprendre
De la musique nouvelle
Écrire, planter
Voyager
Chanter
Être amical.

(Bertolt Brecht)

Illustration

 

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Lidl (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



 

Lidl

Lidl

Les allées du Lidl
et les Gitanes
et leurs enfants
et les gâteaux qui rendent gros
et le mauvais whisky
et le papier cul qui se troue
et la queue interminable
et l’air conditionné
me rendent
heureux.
Il y a toujours
des articles improbables
boussoles de survie
casques de moto
réveil station météo
à côté
des petits-beurre
et du gel douche
qui pique
le sguègue.
Et tout ça
pour pas cher !

(Balbino)

 

 

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SUR LE RIDEAU DE DOUCHE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
SUR LE RIDEAU DE DOUCHE

Je pense souvent à vous
sur le rideau de douche
qui représente le monde
les mers les continents.

Les gouttes y font des routes
s’arrêtent sur des villes
des pays où vous êtes
pendant que je suis moi
un peu ailleurs qu’ici.

Je pense alors au temps
aux mers aux continents
qui viennent sous les gouttes d’eau
dessiner un visage
dont j’efface le regard
en ouvrant le rideau.

Ce rideau de la douche
qui écrit doucement
le poème d’un monde
où les distances du monde
se lisent sur des gouttes
dont je garde le goût.

— Mais vous
le savez-vous ?

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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VOYAGE (Salvador Novo)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



 

agaves

VOYAGE

Les figuiers de Barbarie nous tirent la langue ;
quant au maïs, de sa hauteur,
— avec son petit toupet mal peigné
et son cahier sous le bras —
il nous salue de ses manches brisées.

Les agaves font de la gymnastique suédoise
en colonne par cinq cents
et le soleil — de la police secrète —
(il fait son coup en douce)
dénonce notre ridicule fuite
dans la lanterne magique du pré.

Le soir venu, nous nous vengerons
en allumant nos fanaux
et en abattant les forêts.

Un arbre ou l’autre
veut enseigner la philologie.
Les nuages, inspecteurs de monuments,
secouent les maquettes des montagnes.

Qui veut jouer au tennis avec des nopals
et des figuiers de Barbarie
sur le réseau télégraphique ?
Plus tard, nous prendrons un bain russe
dans une chaumière perdue dans la montagne ;
une douche d’arc-en-ciel nous suffira.
Nous nous sécherons avec un stratus.

(Salvador Novo)

Illustration

 

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LE MARCHEUR (Yves Martin)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2015



 

Eugeniusz Zak - Tutt'Art@ (3) [1280x768]

LE MARCHEUR
VOUS NE ME VOLEREZ PAS

Vous ne me volerez pas mon plaisir.
Vous pouvez m’interdire vos femmes, croiser vos filles,
M’abandonner comme une portée de chats,
Me faire payer des prix exorbitants vos zincs.

Vos douches ne me vendangeront pas.
Vous me masquerez l’écolière, l’odeur de myrrhe des pupitres,
Vous cacherez ses cahiers de peur que je les érige.
Vous voulez des murs nets.

Vous ne m’empêcherez pas de prendre de biais, la nuit,
De jouer avec vos chambres, de vouloir nerveux vos livres.
J’ouvre les fenêtres d’une maison que j’ai voulu déserte,
Dingue de chèvrefeuille, légère, vénéneuse comme un ange.

(Yves Martin)

Illustration: Eugeniusz Zak 

 

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Pris dans une douche soudaine (Yokoi Yayu)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2015



Pris dans une douche soudaine
Moineaux de se blottir
Et lutter pour atteindre les feuilles.

(Yokoi Yayu)

 

 

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