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Poésie

Posts Tagged ‘doué’

L’artiste (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



L’artiste est doué de sens plus aigus que les autres hommes,
il voit, il sent, il appréhende tout un univers hors de la portée commune;
il est pareil à de petits enfants, dans les prairies,
à qui rien n’échappe de la vie infinie sous les grandes herbes.

(François Mauriac)

Illustration

 

 

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ELLE (Evguéni Baratynski)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
ELLE

Elle est douée d’une beauté bizarre
Qui touche l’âme et non les yeux mortels,
Une beauté étrange qui égare
L’amour terrestre et le désir charnel.

Est-elle comme une réminiscence,
Le calme éclat d’un astre protecteur,
Toujours est-il qu’elle offre une défense,
Que sa présence efface le malheur.

Près d’elle on sent comme un pouvoir étrange
Et nos songes étranges lui sont dus, —
Des pensées sans pensée — c’est comme un ange
Dont la beauté est déjà la vertu.

Loin d’elle, lorsque, enfin, le jour s’achève,
Dans un recoin désert et malheureux,
On porte un incompréhensible rêve
Bercé par un ennui mystérieux.

(Evguéni Baratynski)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Si la joie (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




    
Si la joie consiste dans le passage
à une perfection plus grande,
alors la Béatitude doit être le fait
que l’esprit est doué de la perfection même.

(Baruch Spinoza)

 

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MON ORGUE DE BARBARIE (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



MON ORGUE DE BARBARIE

Table de mortalité
égalité inégale
égale inégalité
égalité des crotales
des épines et pétales
même nid pour les oiseaux
égalité des semences
égalité des robots
le temps également beau
pour les égales vacances.

Sur la Terre-Paradis
les casernes bien égales
à tous le même fusil
pour mourir la même balle
même solde et grade égal

toute femme générale
et tous les mâles aussi
mais qui va commander, qui,
les très égales batailles
pour une paix très égale ?
Frère je dis ma prière
pour avoir l’égal derrière
recevant de ton courroux
le même nombre de coups
que je rends égalitaire.

Déchire la peau des mots
c’est le dedans qu’il nous faut
très juste inégalité :
fanfare et fraternité.
Ce n’est ici qu’un passage
on prend si vite de l’âge
fleurs égales inégales
pourquoi tant d’égalité ?

Très inégales naissances
vers les destins inégaux
inégale intelligence
des mieux doués à l’idiot
pour une mort très égale
on vient et l’on part tout nu
puisqu’ainsi Dieu l’a voulu.

(Géo Libbrecht)

 

 

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SUR UN PETIT AIR DE FLÛTE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



Illustration: Maurice Lemaître
    
SUR UN PETIT AIR DE FLÛTE

Dans les temps bucoliques
le poète se disait doué de pouvoirs magiques
tout en se demandant avec inquiétude
où vais-je chercher toutes ces belles choses ?

suis-je une petite machine
qui rédige consciencieusement ce qui lui a été programmé ?
heureusement qu’il y a les ratures
ce qui donne le droit de parler de littérature

(Raymond Queneau)

 

Cent mille milliards de poèmes

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Dommage (Florian Jose Ordonez)(Olivio Laurentino Ordonez)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




    
Dommage

Allez, celle-là on la fait à l’ancienne
Oli, t’es prêt? Bien

Louis prend son bus, comme tous les matins
Il croisa cette même fille, avec son doux parfum
Qu’elle vienne lui parler, il espère tous les jours
Ce qu’il ressent au fond d’lui, c’est ce qu’on appelle l’amour
Mais Louis, il est timide et elle, elle est si belle
Il ne veux pas y aller, il est collé au fond d’son siège
Une fois elle lui a souri quand elle est descendue
Et depuis ce jour là, il ne l’a jamais revue

Ah il aurait du y aller, il aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »

Yasmine a une belle voix, elle sait qu’elle est douée
Dans la tempête de sa vie, la musique est sa bouée
Face à sa mélodie, le monde est à ses pieds
Mais son père lui répétait « trouve-toi un vrai métier »
Parfois elle s’imagine sous la lumière des projecteurs
Sur la scène à recevoir les compliments et les jets de fleurs
Mais Yasmine est rouillée, coincée dans la routine
Ça lui arrive de chanter quand elle travaille à l’usine

Ah elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »
Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »

Diego est affalé au fond du canapé
Il engueule son p’tit frère quand il passe devant la télé (pousse-toi!)
Ses amis sont sortis, il ne les a pas suivi
Comme souvent seul, la lune viendra lui tenir compagnie
Diego est triste, il ne veut rien faire de sa nuit
Il déprime de ne pas trouver la femme de sa vie
Mais mon pauvre Diego, tu t’es tellement trompé
C’était à cette soirée que t’allais la rencontrer

Ah il aurait du y aller, il aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »

Pauline elle est discrète, elle oublie qu’elle est belle
Elle a sur tout le corps des taches de la couleur du ciel
Son mari rentre bientôt, elle veut même pas y penser
Quand il lui prend le bras, c’est pas pour la faire danser
Elle repense à la mairie, cette décision qu’elle a prise
À cet après-midi où elle avait fait sa valise
Elle avait un avenir, un fils à élever
Après la dernière danse, elle s’est pas relevée
Ah elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, ah c’est dommage, ah c’est dommage »

« Ah c’est dommage, ah c’est dommage, ah c’est dommage, ah c’est dommage »
Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »
Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »

Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit « ah c’est dommage, ah c’est dommage, c’est p’t’être la dernière fois »
Vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets
Vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets
Vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets
Vaut mieux vivre avec des remords, c’est ça le secret

Bravo tout le monde, bravo!

(Florian Jose Ordonez)(Olivio Laurentino Ordonez)

Chanteurs Bigflo et Oli

 

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Le lamantin (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
Le lamantin est un être de première main.
Il n’adhère à aucun credo.
Il ne vise aucun au-delà.
Se moque du lendemain.
Peines ou récompenses, paradis ou enfer
— tout cela l’ennuie, insondablement.
Il ne cherche pas à être respectable —
il croît en profondeur.
Il ouvre au silence.
Le lamantin s’exprime —
dans l’insoumission de son discret vertige.

Le lamantin célèbre la lenteur,
la haute justesse des ralentis internes.
Il ne croit pas
au salut par procuration.
Il parie sur
la sagesse
de son propre frémissement.
Il sait s’abandonner;
se laisse inspirer,
renonce à tout point de vue.
La conscience totale est sa seule méthode.
Le lamantin est toujours hors sujet.

Le lamantin n’a aucun principe —
sinon l’absence de tout fondement.
Il porte en lui le grand mystère.
Flotte dans l’inconcevable.
Il ne cherche pas la compétition,
mais l’accomplissement.
Il sort du temps à volonté.
C’est un saint doué d’humour.
Il n’a nul souci d’avoir raison.
N’a que faire
de la mauvaise conscience chronique.
Il préfère l’ouverture à l’amertume.
Le lamantin ne communique pas —
il communie en permanence.

Le lamantin se tient à l’embouchure,
comme un prisme de la création.
Il a le temps,
il fait la planche entre deux eaux.
Il devine
qu’il est une image possible de Dieu —
mais ne s’en soucie guère.
Un bijou facétieux
que n’épuise pas le poids du savoir.
Il sait être grave, mais avec élégance.
Il est pur accueil —
jusqu’à se faire balafrer
par les hélices des hors-bord.
Le lamantin est un Grand Commençant.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Blason du corps féminin (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Blason du corps féminin

« À Oméga ».

Bouche, ailes toujours lyriques
Pouvoir combustible des baisers.

Mains, armes à feu doux
Bien douées aussi
Pour la piraterie en haute mer.

Seins, légendes solaires
Qui planent
Au-dessus de nos abîmes.

Ventre né pour la combustion
Sublime du jour et de la nuit
Ventre complice des volcans.

Hanches, tracteurs joyeux
Qui savent monter à l’assaut
Des meilleures terres de notre sang.

Cuisses, obscure géométrie,
Moulin qui sait broyer
Le grain de la douceur.

Fesses, phares merveilleux
Qui tournent autour
De nos vagues intérieures.

Jambes, herbes sauvages
Qui adorent marcher
Dans nos entrailles mêmes.

Je chanterai aussi
La première des céréales
L’été le plus glorieux de la chair :
Le sexe de la femme!
Je chante l’orchestre où triomphe
Le dimanche du corps de la femme.
Le trône du sel marin, l’élément
Où se réveille notre innocence
Pour nous couvrir de gloire!

Voici le sanctuaire païen,
La source d’hormones fraîches
Où la faim et la soif
La joie et la santé
Notre oubli de la mort
Reçoivent jusqu’au cri
Leur plus haute bénédiction.

Gloire!

(René Depestre)

Illustration: Abel-Dominique Boyé

 

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Ah, rien qu’une fois encore en cette vie ! (Eduard Mörike)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Ah, rien qu’une fois encore en cette vie !

Il y avait une petite porte qui donnait sur les champs,
À l’écart du village. Combien de fois ai-je aimé tirer
Le verrou de cette porte à claire-voie toute noircie
Et relever les branches qui pendaient au-dessus
Tandis qu’elle tournait avec peine sur ses gonds rouillés !-
Or cette porte était de bien des façons douée pour la musique,
Et avait une voix de soprano très acceptable

(Eduard Mörike)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

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La vie (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



Espagne  [800x600]

La vie

Je ne suis plus aussi doué pour la vie désormais.
Parfois je me réveille et ne la reconnais pas.
Les maisons, les voitures, les meubles, les livres sont flous
tandis que les arbres, les oiseaux et les chevaux sont beaux
et distincts. Je comprends aussi la musique
d’une ancienne variété d’avant le dix-neuvième siècle.
Où ai-je été ?
J’ai recompté les fleurs depuis la fenêtre du train
entre Séville et Grenade, ainsi que les taureaux et les oliviers.
Je n’ai pas pu dormir dans la chambre de Lorca parce qu’elle était hantée.
Même le vin que j’ai emporté était hanté.
L’Espagne ne s’est jamais remise de ce meurtre.
Ses nuits sont pleines des dents rouges de la mort.
Il y en a beaucoup qui l’ont rejoint. On ne peut compter,
de haut en bas, les oiseaux et les fleurs en même temps.

***

Life

I’m not so good at life anymore.
Sometimes I wake up and don’t recognize it.
Houses, cars, furniture, books are a blur
while trees, birds, and horses are fine
and clear. I also understand music
of an ancient variety—pre-ninteenth century.
Where have I been?
Recounting flowers from the train window
between Seville and Granada, also bulls and olive trees.
I couldn’t sleep in Lorca’s room because it was haunted.
Even the wine I carried was haunted.
Spain has never recovered from this murder.
Her nights are full of the red teeth of death.
There were many who joined him. You can’t count,
up and down, birds and flowers at the same time.

(Jim Harrison)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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