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Posts Tagged ‘douillet’

Une Louise dans chaque port (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2019



Illustration: René Leforestier

    

Une Louise dans chaque port

C’était au bon temps des voiles latines
Nous, on naviguait sur la Madelon
Le patron c’était Jules d’Essertines
Il était beau comme Apollon
Il fallait le voir commander sa barque
Oeil clair, torse nu, gorgé de soleil
Plein de majesté, comme un vrai monarque
Doré ma foi jusqu’aux orteils
Un tombeur de charme, et un tout bon type
Les belles partout guettaient son retour
Il aimait la vie, il aimait sa pipe
Son bateau, le vin, et l’amour

(Refrain)
Car après Dieu seul maître à bord
Comme tous les marins du monde
Il avait pour son réconfort
Une Louise dans chaque port

Par le Bouveret, c’était, grassouillette
L’Angèle une blonde aux jolis yeux pers
Qui lui tricotait maillots et chaussettes
Pour qu’il s’enrhume pas l’hiver
A Thonon l’Irma, la belle cafetière
L’abreuvait d’amour et de vin clairet
Mais il apprenait les belles manières
Avec une Anglaise à Revers
Y avait l’Amanda, la muse de Morges
Qui lui donnait tout dans sa véranda
Son corps, son esprit, sa superbe gorge
C’était lui l’amant d’Amanda

(Au refrain)

On le surnommait parfois « Fend-la-bise »
Mais le plus souvent « Jules-le-tombeur »
Pour bien bourlinguer entre les Louises
Fallait un fort navigateur
Y avait les maris, y avait les tempêtes
Le soleil, la pluie, et le calme plat
On restait des jours sans bouger en quête
D’un souffle d’air et puis voilà
Le coup de Vauder, escale à l’auberge
Douchy où l’Esther, l’ange du quartier
Lui jouait au piano « La prière d’une vierge »
Qu’il exauçait bien volontiers

(Au refrain)

Mais le vent tournait, rabattait les voiles
Et la Madelon, chargée de graviers
Mettait cap à l’ouest, et Jules en sandales
Veillait au grain sans sourciller
Le vent fraîchissait, on voyait les grèves
Défiler ma foi vite et joliment
Puis on débarquait au port de Genève
Ahuri sans savoir comment
Pour nous accueillir, toutes les grandes gueules
De Piogre étaient là, ça faisait du bruit
La grande Lulu disait : « Pas de meule
J’emmène Jules pour la nuit »

(Au refrain)

C’était le bon temps, mais trop de Louises
Et trop de bordées, c’est bien épuisant
C’est ainsi qu’un soir, notre Fend-la-bise
Il allait sur ses cinquante ans
En faisait escale au port de Villeneuve
Est tombé, ma foi, mort en plein bonheur
Dans les bras douillets d’une jolie veuve
On peut bien dire « au champ d’honneur »
Au navigateur de charme et d’eau douce
On a fait alors un bel enterrement
Toutes étaient là, les blondes, les rousses
Toutes les perles du Léman

Et les pirates de tous bords
Pour fleurir la tombe où repose
Désormais celui qui est mort
D’une Louise dans chaque port

(Jean Villard–Gilles)

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RETOUCHE A L’ANGOISSE (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

RETOUCHE A L’ANGOISSE

Celles qui passent dans la voix d’autrui
semblent sortir d’un crime.
Femmes,
la tête de la nuit roule du fond du ciel.
La solitude partage son manteau,
la peur son intérieur douillet.

(Daniel Boulanger)

Illustration: Jean Libon

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PEU IMPORTE (Hélène Laugier)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018




Peu importe
où elle est sise
cette île imprécise,
elle me berce au creux douillet
de mon rêve parfait,
ses musiques exotiques
« steel band » ou romantiques
sont transmises
par une brise invisible,
l’âme en est toute imprégnée,
caressée par les vents alizés.

Peu importe
où elle est sise
cette île exquise,
nul ne peut la voir
mon île imaginaire ;
elle m’habite toute entière
et je m’y réfugie
à coeur perdu ;
elle est ma tour d’ivoire,
mon espoir ;
le voyage en effet
n’est qu’un joli mirage,
je me repais de si belles images,
d’un paysage
que je dessine à ma guise
sur une palette exquise.

Je choisis mes couleurs
au gré de mon humeur,
alors peu importe
où elle sise
cette terre promise
sise où je veux,
quand je veux,
l’on y est si heureux…

(Hélène Laugier)

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CABANE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017




    
CABANE

La cabane était douillette et des roses trémières
Ornaient la porte quand il chuchota au travers.
Le soleil sur le seuil était d’un jaune ardent
Lorsqu’elle ouvrit à cet homme ou cet ouragan.

À présent la cabane s’effondre au vent d’hiver
Les cloisons tombent où dans le péché ils s’aimèrent.
Et la longue et blanche pluie balaie toute la cabane
Comme une vieille sorcière de son balai de paille !

***

CABIN

The cabin was cozy and hollyhocks grew
Bright by the door till his whisper crept through.
The sun on the sill was yellow and warm
Till she lifted the latch for a man or a storm.

Now the cabin falls to the winter wind
And the walls cave in where they kissed and sinned.
And the long white rain sweeps clean the room
Like a white-haired witch with a long straw broom!
From Blue Mountain

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Traversée de la France (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Traversée de la France

D’un champ l’autre, la terre écrit son poème,
insère les arbres sur les côtés,
nous laisse tisser nos sentiers
dans le monde autour des terres labourées.

Des fleurs lancent dans le vent des cris de joie,
l’herbe pousse, qui leur offre un lit douillet,
le ciel bleuit et salue, tilleul à la main,
le soleil file de douces chaînes.

Des hommes vont, qui ne sont pas perdus —
terre, ciel, lumière et forêt —
renaissants à chaque printemps,
jouent au jeu de la Toute-Puissance.

***

Fahrt durch Frankreich

Erde dichtet Feld an Feld,
flicht die Bäume ein daneben,
läßt uns unsere Wege weben
urn die Acker in die Welt.

Blüten jubeln in dem Winde,
Gras schiefß auf, sie weich zu betten,
Himmel blaut und grüsst mit Linde,
Sonne spinnt die sanften Ketten.

Menschen gehen unverloren —
Erde, Himmel, Licht und Wald —
jeden Frühling neugeboren
spielend in das Spiel der All-Gewalt.

(Hannah Arendt)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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AUBE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2016



AUBE

Lorsque les doigts de l’aube éparpillent les brumes
Et que le vent musarde à travers les roseaux,
De leurs nids bien douillets s’envolent les oiseaux,
Après avoir secoué le sommeil de leurs plumes.

(Jean-Baptiste Besnard)

 

 

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Ô SOMMEIL… (Giovanni Della Casa)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



Ô SOMMEIL…

Ô sommeil, ô toi de la douce, moite, ombreuse
Nuit calme fils ; ô toi qui, aux mortels dolents
Donnes le réconfort, l’oubli douillet de maints
Cruels tourments qui font leur vie âpre et morose;

Secours enfin ce coeur languissant, qui ne trouve
Point de repos, et soulage un corps harassé
Et frêle; vole vers moi, ô sommeil, et viens
Entendre et replier sur moi tes ailes sombres.

Où donc est le silence, que l’éclat du jour
Fait fuir? Où, les songes furtifs, mal assurés,
Dont l’empreinte sans cesse accompagne ta marche?

Las, je t’implore en vain, c’est en vain que je flatte
Ces ombres noires et glacées. Que cette couche
Est rude ! Ô nuits, qu’amèrement vous me poignez !

***

O SONNO…

O sonno, o de la queta, umida, ombrosa
Nolte placido figlio; o de’ mortali
Egri conforto, oblio dolce de’ mali
Si gravi ond’è la vita aspra e noiosa;

Soccorri al core omai, che langue e posa
Non ave, e queste membra stanche e frali
Solleva : a me ten vola, o sonno, e l’ali
Tue brune sovra me distendi e posa.

Ov’è’l silenzio che’l di fugge e’l lume?
E i lievi sogni, che con non secure
Vestigia di seguirti han per costume?

Lasso, che’nvan te chiamo, e queste oscure
E gelide ombre invan lusingo. O piume
D’asprezza colme! o notti acerbe e dure!

(Giovanni Della Casa)

Illustration: John Henry Fuseli

 

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