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Posts Tagged ‘douleur’

Pleurer sur le couchant… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Guy Baron
    
Pleurer sur le couchant…

Pleurer sur le couchant d’un glorieux soleil
qui dès l’aube prochaine dorera l’orient,
s’affliger que de vastes pouvoirs aient à céder au destin,
qui par cette chute même voient décupler leur force,
reculer devant la douleur et sa lutte amicale, sans laquelle
la joie ne pourrait être, faire une terreur de la mort
qui, souriante, nous invite à une autre vie au-delà
et sert de pont au souffle qui survit ;
le désespoir, l’angoisse et la douleur tragique
de ces yeux fixes et secs, ou ces larmes funestes
qui déchirent le coeur qu’elles voudraient soulager,
et toute la hideuse compagnie de nos humaines peurs
sont nés de la folie de croire que l’espace
d’une vie si frêle puisse restreindre l’homme immortel.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Quels sont ces propos… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Otto Dix
    
Quels sont ces propos…

Quels sont ces propos de tueur et de tué ?
Les glaives ne sont point assez aiguisés ni les flots assez puissants
pour éteindre le feu de notre âme. La mort et la douleur
sont pures conventions d’un plus noble théâtre.
Tel un héros pourchassé par son destin
tombe comme un pilier arraché du monde immense,
ébranlant le coeur des hommes, et que rempli d’effroi
l’auditoire se tait ou pleure, vaincu par le chagrin,
tandis que derrière la scène l’acteur soupire
de soulagement, ôte son masque
et parle aux amis qui l’attendent, ou des coulisses
observe l’accalmie de la scène finale –
de même l’esprit indemne des tués
s’éloignant de nos yeux, ne cesse pas de vivre.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Qui (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020



Illustration: Josephine Wall 
    
Qui

Dans le bleu du ciel, dans le vert des forêts,
quelle main a peint ces rayons de lumière ?
Quand les vents dormaient encore au sein du firmament,
qui les éveilla et leur ordonna de souffler ?

Perdu dans le coeur, dans la caverne de la Nature,
retrouvé dans le cerveau, Il bâtit la pensée ;
tissé dans le dessin et dans l’éclat des fleurs,
saisi dans le réseau lumineux des astres,

Il est la force d’un homme, la beauté d’une femme,
le rire d’un garçon, l’émoi d’une fille ;
et Sa main qui fit tournoyer Jupiter dans le ciel
met tout son art à façonner une boucle.

Tels sont Ses oeuvres et Ses voiles et Ses ombres ;
mais Lui, où est-Il donc ? Par quel nom Le connaître ?
Est-il Brahma ou Vishnu ? Homme ou femme ?
Avec ou sans corps ? Double ou unique ?

Nous aimons un jeune garçon au teint sombre et radieux,
une femme, redoutable et nue, est notre souveraine.
Nous L’avons vu méditer sur la neige des montagnes,
nous L’avons vu à l’oeuvre au coeur des sphères.

Au monde entier nous dirons Ses voies et Son art ;
Il sent l’extase de la torture, de la passion, de la douleur ;
Il jouit de notre chagrin et fait couler nos larmes,
puis à nouveau nous séduit par Sa joie et Sa beauté.

Toute musique n’est que le son de Son rire,
toute beauté le sourire de Sa béatitude passionnée ;
nos vies sont les battements de Son coeur, notre extase les noces
de Râdhâ et Krishna, et notre amour leur baiser.

Sa force retentit dans la sonnerie des trompettes,
c’est Lui qui roule dans le char, qui frappe dans le combat ;
Il tue sans compter et Il est plein de compassion ;
Il combat pour le monde jusqu’à la fin des temps.

Dans la ruée des mondes, dans la houle des âges,
ineffable, puissant, majestueux et pur,
par-delà le dernier pinacle atteint par le penseur
Il trône en Ses royaumes qui demeurent à jamais.

Maître de l’homme et son éternel Bien-Aimé,
Il est proche de nos coeurs, si seulement nous savions Le voir ;
mais notre orgueil nous aveugle et le faste de nos passions,
nous sommes prisonniers de nos pensées, et nous nous croyons libres.

C’est Lui dans le Soleil qui est sans âge et sans mort,
et dans la minuit Son ombre est étendue ;
quand les Ténèbres étaient aveugles et englouties par les Ténèbres,
Il se tenait en elles, immense et solitaire.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Où finit l’espace (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020



Le jaune des bois d’aujourd’hui
est-il celui de l’an d’hier ?

Se répète-t-il, le vol noir
de l’oiseau de mer obstiné ?

Faut-il, là où finit l’espace,
parler de mort ou d’infini ?

Quel poids charge le plus la taille :
les douleurs ou les souvenirs ?

(Pablo Neruda)

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Vers toi (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2020



 

Koloman Moser standing-youth.jpg!HD [1280x768]

Vers toi s’envolent, Dieu, les couteaux de l’injure
Tu es si beau tu es si calme tu es si nu.
Avançons du côté de l’injure,
Les fleurs d’avanie
Seules les perceront le ciel de carton des douleurs humaines.

(Pierre Jean Jouve)

Illustration: Koloman Moser

 

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Si un jour la douleur te sculpte des muscles d’argile (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2020



Si un jour

la douleur te sculpte
des muscles d’argile
sache que dans l’harmonie
réside le processus d’un chaos

(Bernard Montini)


Illustration

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Ma douleur est fière et muette (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2020



 

Jeanie Tomanek sinceyouvebeengone [1280x768]

Ma douleur est fière et muette
et mieux que par les hommes
elle est comprise par les pins sur la lande
et les buissons de genévriers derrière les rochers.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Traverse d’un cri mon cerveau (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 29 février 2020



 

Traverse d’un cri mon cerveau, hirondelle aux quatre douleurs
C’est aujourd’hui le plus ancien printemps
Dans le ciel gris la croix grise du couvent
Et la tempête a métamorphosé les verdures.

(Pierre Jean Jouve)

Illustration

 

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CHAMPS (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020



Wilhelm Hammershoi - bedroom [1280x768]

CHAMPS

Champs.
Masure près de la route.
Obscurité.
Silence de la douleur.

Au loin
Une fenêtre claire.
Qui ?
Une ombre sur elle.

Quelqu’un regarde
Après moi.
Avec moi
Le non-repos
Et le pressentiment
De la mort.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Wilhelm Hammershoi

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DE L’ISOLEMENT (Christine de Pisan)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
DE L’ISOLEMENT

Seulette suis et seulette veux être,
Seulette m’a mon doux ami laissée,
Seulette suis, sans compagnon ni maître,
Seulette suis, dolente et courroucée
Seulette suis, en langueur malaisée
Seulette suis, plus que nulle égarée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

Seulette suis à la porte, en fenêtre,
Seulette suis en un coin bien murée,
Seulette suis pour moi de pleurs repaître,
Seulette suis, dolente ou apaisée,
Seulette suis, que rien tant ne m’agrée,
Seulette suis, en ma chambre enserrée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

Seulette suis partout et en tout aître,
Seulette suis, que je marche ou je siée,
Seulette suis, plus que nul ne peut être,
Seulette suis, de chacun délaissée,
Seulette suis, durement abaissée,
Seulette suis, souvent toute éplorée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

Envoi
Princes, or est ma douleur commencée
Seulette suis, de tout deuil menacée,
Seulette suis, plus sombre que nuitée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

(Christine de Pisan)

 

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