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Poésie

Posts Tagged ‘douloureusement’

Trop tard (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Trop tard

Ah! que n’ai-je vécu dans ces temps d’innocence,
Lendemains de l’An mil où l’on croyait encor,
Où Fiesole peignait loin des bruits de Florence
Ses anges délicats souriant sur fond d’or.

Ô cloîtres d’autrefois! jardins d’âmes pensives,
Corridors pleins d’échos, bruits de pas, longs murs blancs,
Où la lune le soir découpait des ogives,
Où les jours s’écoulaient monotones et lents!

Dans un couvent perdu de la pieuse Ombrie,
Ayant aux vanités dit un suprême adieu,
Chaste et le front rasé j’aurais passé ma vie
Mort au monde, les yeux au ciel, ivre de Dieu!

J’aurais peint d’une main tremblante ces figures
Dont l’oeil pur n’a jamais réfléchi que les cieux!
Au vélin des missels fleuris d’enluminures
Et mon âme eût été pure comme leurs yeux.

J’aurais brodé la nef de quelque cathédrale,
Ses chapelles d’ivoire et ses roses à jour.
J’aurais donné mon âme à sa flèche finale
Qu’elle criât vers Dieu tous mes sanglots d’amour!

J’aurais percé ses murs pavoisés d’oriflammes,
De ces vitraux d’azur peuplés d’anges ravis
Qui semblent dans l’encens et les cantiques d’âmes
Des portails lumineux s’ouvrant au paradis.

J’aurais aux angélus si doux du crépuscule,
Senti fondre mon coeur vaguement consolé,
J’aurais poussé la nuit du fond de ma cellule
Vers les étoiles d’or un sanglot d’exilé.

J’aurais constellé d’or, de rubis et d’opales
La châsse où la madone en habits précieux
Joignant avec ferveur ses mains fines et pâles
Si douloureusement lève au ciel ses yeux bleus.

(Jules Laforgue)

Illustration: Fra Angelico

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Oublie ce coeur (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



    

Oublie ce coeur
qui cherche à sortir de ton corps,
douloureusement,
impossiblement tendu
vers cet autre coeur.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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DISGRACE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Goyō Hashiguchi
    
DISGRACE
Inconnu

Mon âme est comme dissoute,
tant j’ai laissé couler de larmes, sur ma couverture de gaze ;
et la cruelle insomnie ne me laisse pas rêver.

Malgré la nuit avancée, une musique et des chants,
retentissent dans un pavillon, proche du mien.
Mon teint n’est pas fané encore…

Pourquoi donc l’Empereur ne m’aime-t-il plus ?…
Ainsi, jusqu’au jour, douloureusement,
je m’interroge, assise auprès du brasero…

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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L’AMOUR (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Yuri Pysar
    
L’AMOUR

Hélas ! si je pense à elle, ma gorge se dessèche, ma tête retombe,
mes seins durcissent et me font mal, je frissonne et je pleure en marchant.

Si je la vois, mon coeur s’arrête, mes mains tremblent, mes pieds se glacent,
une rougeur de feu monte à mes joues, mes tempes battent douloureusement.

Si je la touche, je deviens folle, mes bras se raidissent, mes genoux défaillent.
Je tombe devant elle, et je me couche comme une femme qui va mourir .

De tout ce qu’elle me dit je me sens blessée.
Son amour est une torture et les passants entendent mes plaintes…
Hélas ! Comment puis-je l’appeler Bien-Aimée ?

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’allais par des chemins perfides (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



J’allais par des chemins perfides,
Douloureusement incertain.
Vos chères mains furent mes guides.

Si pâle à l’horizon lointain
Luisait un faible espoir d’aurore;
Votre regard fut le matin.

Nul bruit, sinon son pas sonore,
N’encourageait le voyageur.
Votre voix me dit : « Marche encore! »

Mon coeur craintif, mon sombre coeur
Pleurait, seul, sur la triste voie;
L’amour, délicieux vainqueur,

Nous a réunis dans la joie.

(Verlaine)

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Tout ce que tu possèdes (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

Fidel Garcia 128e

Tout ce que tu possèdes et tout ce que tu possèderas
Tu perdras tout cela
Tu t’apercevras tôt ou tard, rapidement ou lentement
Mais pas forcément douloureusement
Parce que tu peux perdre tout entièrement sans douleur
Même avec joie merveilleuse
Et tu seras illuminé par l’évidence
Que tu n’avais pas et tu n’as pas besoin
De posséder quoi que ce soit
Quoi posséder et pourquoi posséder
Quand tout est donné
Le corps est donné
La terre entière et tout ce qui vit sur la terre
Le ciel entier et tout ce qui vit dans le ciel
Tu peux posséder seulement le malheur
Et ce malheur est faux
Parce qu’il faut que tu saches
Que le malheur véritable n’existe pas
C’est le bonheur qui existe véritablement
Mais tu n’as pas besoin de posséder le bonheur
Parce qu’on est le bonheur

(Edward Stachura)

Illustration: Fidel Garcia

 

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