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Posts Tagged ‘douloureux’

L’arbre d’automne (Marie-claire d’Orbaix)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2020



Illustration: Martine Rigeade
    
L’arbre d’automne

Peut-être
c’est très douloureux pour toi
cette fuite des feuilles
tout le long de tes branches
Peut-être
tu es arraché
à chaque envol
et tu souffres
dans les bouffées du vent.

Peut-être
je te console
avec ma voix de feuille verte.

(Marie-claire d’Orbaix)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Charabia (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2020



    
Charabia

Nos paroles ne sont guère que des fanfreluches
colmatant mal les brèches et fissures de nos cages à penser,
même si je rêve d’atteindre l’os du verbe, la moelle de la langue,
à laquelle décidément il faudrait faire rendre gorge,
autant dire que l’Impensable n’est plus très loin.
Comme nous sommes futiles, nous autres, êtres humains !
Nous aimons enrober la substance active du néant
dans l’excipient notoire de la logique binaire.
La Raison raisonnante, raisonnable et raisonneuse
résonne si douloureusement dans nos cœurs
qu’on ne saurait lui donner raison.

(Marie-Anne Bruch)

 

Recueil: Revue Cabaret, numéro 31
Traduction:
Editions: Alain Crozier

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QUATRE CANTOS (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



QUATRE CANTOS

Pourquoi verte, l’éternité ?
O douloureuse, ô ineffable
fougère encore repliée
Qui n’a senti en lui crier
les premières feuilles des arbres
ne sait rien de l’éternité.

Brune sous les javelles blondes
Pareille à la terre en été
C’est toujours le matin du monde
Quand nous saluons la beauté.

Qui me sépare de ma mort ?
un miroir où mon âme morte
a perdu le poids de son corps
Qui me sépare de ma vie ?
l’ombre à reculons qui m’épie
et me fascine en me fuyant
Qui me sépare de mon dieu ?
moi innombrable qui me prends
au piège de mes visages
Mais dans l’Ombre où je suis damné
l’Autre muet me dévisage.

Ce corps battu à mort
sur l’aire nue de l’âme
qu’espère-t-il ? le van
qui criblera ses astres.

(Pierre Emmanuel)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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AU BRUIT DES FEUILLES (Roger Vitrac)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



AU BRUIT DES FEUILLES

Viens voir la nuit. Les princesses mortes revivent.
N’entends-tu pas crier les feuilles sous leurs traînes?
Et ces flambeaux d’or sur le chemin de la reine?
Ils sont portés par les pages bleus qui la suivent.

Tu ne te doutais pas qu’il fut ainsi ce parc,
Et tu faillis jeter au puits la clef rouillée.
Oh! regarde, voici passer les chevaliers
croisés de lune. Ils s’en vont mourir quelque part.

Mais rien ne meurt dans ces murs noirs. Une ombre passe,
La grille est entrebâillée. Elle entre : personne.
Des tombes sous les pas. Cette ombre prend la place
Et le rêve est le même.

Entends. Je le chantonne
Comme l’autre mais il est bien plus douloureux
Car j’ai le souvenir de ceux qui en moururent.
C’est pour cela qu’il faut du noir dans tes parures
Et que parmi les lys j’ai mis des cyprès bleus.

(Roger Vitrac)

Illustration: Ernest Biéler

 

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STANCES (Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



STANCES

Pleurez avec moi, tendres fleurs,
Apportez, ormeaux, les rosées
De vos mignardes épousées,
Mêlez vos pleurs avec les pleurs
De moi désolé qui ne puis
Pleurer autant que j’ai d’ennuis !

Pleurez aussi, aube du jour :
Belle Aurore, je vous convie
A mêler une douce pluie
Parmi les pleurs de mon amour,
D’un amour pour qui je ne puis
Trouver tant de pleurs que d’ennuis !

Cygnes mourants, à cette fois
Quittez la Touvre Engoumoisine
Et mêlez la plainte divine
Et l’air de vos divines voix,
Avec moi chétif qui ne puis
Pleurer autant que j’ai d’ennuis !

Oiseaux qui languissez marris,
Et vous, tourterelles fâchées,
Ne contez aux branches séchées
Le veuvage de vos maris
Et pleurez pour moi qui ne puis
Pleurer autant que j’ai d’ennuis !

Pleurez, ô rochers, mes douleurs
De vos argentines fontaines
Pour moi qui souffre plus de peines
Que je ne puis trouver de pleurs,
Pour moi douloureux qui ne puis
Pleurer autant que j’ai d’ennuis !

(Agrippa d’Aubigné)

 

 

 

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Les têtes de morts (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Les têtes de morts

Voyons, oublions tout, la raison trop bornée
Et le coeur trop voyant; les arguments appris
Comme l’entraînement des souvenirs chéris;
Contemplons seule à seul, ce soir, la Destinée.

Cet ami, par exemple, emporté l’autre année,
eût fait parler Dieu! — sans ses poumons pourris,
Où vit-il, que fait-il au moment où j’écris ?
Oh! le corps est partout, mais l’âme illuminée?

L’âme, cet infini qu’ont lassé tous ses dieux,
Que n’assouvirait pas l’éternité des cieux,
Et qui pousse toujours son douloureux cantique,

C’est tout! — Pourtant, je songe à ces crânes qu’on voit.
Avez-vous médité, les os serrés de froid,
Sur ce ricanement sinistrement sceptique?

(Jules Laforgue)


Illustration: Gunther Von Hagens

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MELANCOLIE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



MELANCOLIE

Que de cris, en l’automne, de sanglots !
Toute la forêt rugit, furieuse,
Sur les hauteurs un buccin fait écho
Et la complainte monte, douloureuse.

O viens mon aimée, écoute-moi bien,
Point ne pleure et chasse ta peur nouvelle,
Écoute l’appel profond, ancien
C’est la terre qui nous appelle à elle…

(George Bacovia)

Illustration: François Malespine

 

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Enfin je t’ai roulé, opiniâtre rocher, dans l’abîme (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Gurbuz Dogan Eksioglu  (38)

Enfin je t’ai roulé, opiniâtre rocher,
dans l’abîme.
— Temps,
(perdu ?), pierre, de mon oeuvre pure,
pour vaincre ta laideur grossière ! —

Maintenant, debout, haletant encore,
sur la plaine à nouveau. Là-haut, le ciel
du couchant pacifique, comme une eau de rose,
d’où j’ai rejailli, pur,
le front perlé d’étoiles pâles.

Et entre la poitrine et les bras douloureux,
la sensation divine d’une rose géante,
qui fut — mais quand ? — de pierre.

***

Ya te rodé, canto obstinado,
en el abismo.
— iTiempo
¿perdido?, piedra, de mi obra pura,
para vencer tu fealdad grosera!—

Ahora, de pie, jadeante aún,
otra vez en lo todo llano. Arriba, el cielo
del ocaso pacífico, como un agua rosada,
de donde me he salido, puro,
sudando estrellas pálidas.

Yentre el pecho y los brazos doloridos,
la sensación divina de una jigante rosa,
que fue — ¿cuándo? — de piedra.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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Comme une pierre blanche au fond d’un puits, dort en moi un souvenir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Comme une pierre blanche au fond d’un puits,
Dort en moi un souvenir.
Je ne peux pas, je ne veux pas me battre :
Il est joie, il est souffrance.

Il me semble que si on regardait
De près dans mes yeux on le verrait.
On se sentirait plus triste et plus pensif
Que celui qui entend le douloureux récit.

Je sais que les dieux ont transformé
Des hommes en objets, sans tuer la conscience.
Pour que vive à jamais ce miracle de douleur,
Tu es transformé en un souvenir.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Décembre (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Décembre

Le hibou parmi les décombres
Hurle, et Décembre va finir ;
Et le douloureux souvenir
Sur ton coeur jette encor ses ombres.

Le vol de ces jours que tu nombres,
L’aurais-tu voulu retenir ?
Combien seront, dans l’avenir,
Brillants et purs ; et combien, sombres ?

Laisse donc les ans s’épuiser.
Que de larmes pour un baiser,
Que d’épines pour une rose !

Le temps qui s’écoule fait bien ;
Et mourir ne doit être rien,
Puisque vivre est si peu de chose.

(François Coppée)

Illustration

 

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