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Poésie

Posts Tagged ‘douter’

Un songe (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020




    
Un songe

Le laboureur m’a dit en songe : « Fais ton pain,
Je ne te nourris plus, gratte la terre et sème. »
Le tisserand m’a dit : « Fais tes habits toi-même. »
Et le maçon m’a dit : « Prends ta truelle en main. »

Et seul, abandonné de tout le genre humain
Dont je traînais partout l’implacable anathème,
Quand j’implorais du ciel une pitié suprême,
Je trouvais des lions debout dans mon chemin.

J’ouvris les yeux, doutant si l’aube était réelle :
De hardis compagnons sifflaient sur leur échelle,
Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.

Je connus mon bonheur et qu’au monde où nous sommes
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes ;
Et depuis ce jour-là je les ai tous aimés.

(René-François Sully Prudhomme)

 

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LE COUTEAU CARNIVORE (Miguel Hernández)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2020



Illustration: Juan Gris
    
LE COUTEAU CARNIVORE

Un couteau carnivore,
aile douce et homicide,
soutient son vol et son éclat
autour de ma vie

Rayon métallique crispé
Affaissé totalement,
me picote le flanc
pour y construit un triste nid.

Mon temple, balcon fleuri
dès mon plus jeune âge
est noir et mon cœur,
sur mon cœur des cheveux gris.

Telle est la mauvaise vertu
du rayon qui m’entoure,
que je vais à ma jeunesse
comme la lune à mon village.

Je collecte avec mes cils
le sel de l’âme et le sel de l’œil
et des fleurs de toiles d’araignées
de ma tristesse je collecte.

Où irai-je sans aller
à rechercher ma perte ?
Ton destin c’est la plage
ma vocation c’est la mer.

Se reposer de ce travail
d’ouragan, d’amour ou d’enfer
n’est pas possible, et la douleur
sera mon éternelle peine.

Mais enfin je peux vaincre,
oiseau et rayon séculaire,
cœur, de la mort
personne ne doit me faire douter.

Suis ensuite le couteau, suis-le
volant, me blessant. Un jour
le temps jauni se retrouvera
sur ma photographie.

***

Un carnívoro cuchillo

Un carnívoro cuchillo
de ala dulce y homicida
sostiene un vuelo y un brillo
alrededor de mi vida.

Rayo de metal crispado
fulgentemente caído,
picotea mi costado
y hace en él un triste nido.

Mi sien, florido balcón
de mis edades tempranas,
negra está, y mi corazón,
y mi corazón con canas.

Tal es la mala virtud
del rayo que me rodea,
que voy a mi juventud
como la luna a mi aldea.

Recojo con las pestañas
sal del alma y sal del ojo
y flores de telarañas
de mis tristezas recojo.

¿A dónde iré que no vaya
mi perdición a buscar?
Tu destino es de la playa
y mi vocación del mar.

Descansar de esta labor
de huracán, amor o infierno
no es posible, y el dolor
me hará a mi pesar eterno.

Pero al fin podré vencerte,
ave y rayo secular,
corazón, que de la muerte
nadie ha de hacerme dudar.

Sigue, pues, sigue cuchillo,
volando, hiriendo. Algún día
se pondrá el tiempo amarillo
sobre mi fotografía.

(Miguel Hernández)

 

Site : http://artgitato.com/
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Espagnol
Editions:

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DÉJÀ (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



DÉJÀ

Bouger fouiner jeter
les yeux au vent courir
tenter de ralentir
en agrippant les branches
roulées par l’avalanche
du sable des années
les maux les joies les voix
un peu de vie qui bat
et doute de finir.

Qu’est-ce qui est passé?

(Jean Mambrino)

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Devant les cerisiers en fleur (Mayuzumi Madoka)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2019




    
Devant les cerisiers en fleur
on ne peut douter
des lendemains

***


(Mayuzumi Madoka)

 

Recueil: Haikus du temps présent
Traduction: Corinne Atlan
Editions: Philippe Picquier

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J’ai encore douté (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2019



Illustration: Natori Shunsen
    
J’ai encore douté :
Avec le visage aimé
Tant de ressemblance !
Comme vous vous jouez de moi,
Dieux espiègles de l’amour !

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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Complices (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2019




    
Complices

Nous sommes les complices
d’une grande et belle évasion
il y a celui qui aime
celui qui lit
celui qui écrit
celui qui rêve
celui qui refuse
celui qui plante
celui qui marche
celui qui joue
celui qui nie
celui qui apprend
celui qui doute
celui qui se moque
celui qui se saoule
celui qui dit non
nous sommes tous les complices
d’une grande et belle évasion
nous creusons des tunnels
nous tressons des cordages
nous prenons des notes
nous rusons nous savons
que les détours sont nécessaires
qu’il faut esquiver l’ordre des choses
qu’au bout il y a dehors
demain
dedans

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Sèves écloses (Gaëtane Drouin Salmon)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2019



Sèves écloses

La beauté noie ses ailes
dans la rosée de l’aube

ouvert au mystère
mon oeil chavire
vers le soleil rouge

autour de l’arbre bleu qui doute et tremble
sur la magie de l’eau

nos bras épellent la tendresse
en des voyelles allongées

renaître aux sèves écloses

(Gaëtane Drouin Salmon)


Illustration

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Ne doute pas, ô poète (Ralph Waldo Emerson)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019



 

Sarolta Bán -13

Ne doute pas, ô poète,
mais persiste.
Dis « C’est en moi, et cela sortira ».

(Ralph Waldo Emerson)

Illustration: Sarolta Bán

 

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LE SOLEIL ET LA LUNE (Louis Simpson)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



    

LE SOLEIL ET LA LUNE

« Si le soleil et la lune devaient douter,
Ils disparaîtraient à l’instant. »

Quand j’essaie de penser à ce qu’ils ont en commun
Je dois bien admettre que c’est la paranoïa

Une foi inébranlable en leur propre importance…
Ils voient ce qu’ils veulent.

A coup sûr, la vie est beaucoup plus simple.
Il faut être fou, tout est là.

En fait, je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même.
Je m’assois pour écrire…

Une heure plus tard la table est couverte de mots.
Alors je les raye l’un après l’autre.

***

THE SUN AND THE MOON

« If the Sun and Moon should doubt,
They’d immediately go out. »

When I try to think what they have in common
I have to say, paranoia.

An unshakable belief in their own impo rtance…
They see what they desire.

Certainly, life would be a lot simpler.
You have to be mad, that’s the catch.

As it is, I have no one to blame but myself.
I sit down to write…

An hour later the table is covered with words.
And then I start crossing them out.

(Louis Simpson)

 

Recueil: Nombres et poussière
Traduction:
Editions: Atelier La Feugraie

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L’impie (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019




    
L’impie

Je doute beaucoup de la divinité des dieux
(nous nous parlons à nous-mêmes par leurs bouches)
et je doute que piège trop évasif
le mot Dieu puisse avoir un sens

Mais sur la cheminée de mon bureau
je prie volontiers la statue de bois chinoise
Kuan Yin déesse de la Pitié

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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