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Poésie

Posts Tagged ‘doux’

La beauté (Radu Bata)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2021




    
La beauté

la beauté c’est marcher
sur le fil du soir
comme une lumière
sur une balançoire

courir les oiseaux
dans l’air doux de l’été
non pas pour les chasser
mais pour les chanter

ressusciter les fées
embrasser les chimères
dans les bras de Morphée
faire jouir l’éphémère

traverser les nuits
avec les hirondelles
jouer à la marelle
dans un champ d’étincelles

effacer en douceur
les peines de la mémoire
afin qu’elle trouve la paix
dans un miroir

jubiler comme un ange
avant le purgatoire
croiser fort les phalanges
dans le noir

(Radu Bata)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le blues roumain
Traduction:
Editions: Unicité

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Les feuilles (Michel Bonté)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2021



Les feuilles

A ceux qui savent les écouter,
Les feuilles font des confidences
Elles ne parlent pas aux branches
Mais aux fibres de notre corps.
Leur doux frémissement d’aile tiède
Creuse des sillons de lumière
Où l’ombre inquiète se loge
Fille de la terre et du ciel,
L’orgueil humain les fait trembler.
Le prix du temps leur est connu
Une saison et puis, et puis…
L’envol blond vers un autre ailleurs.

(Michel Bonté)

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TRANSITION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2021



 

Alfred Stevens , Portrait of a young woman

TRANSITION

Le vent, tiède éclaireur de l’assaut du printemps,
Soulève un brouillard vert de bourgeons dans les branches.
La pluie et le soleil, le calme et les autans,
Les bois noirs sur le ciel, la neige en bandes blanches,
Alternent. La nature a comme dix-sept ans,
Jeune fille énervée, oscillant sur ses hanches,
Riant, pleurant, selon ses caprices flottants.

Pas encor le printemps, mais ce n’est plus l’hiver.
Votre âme, ô ma charmante, a ces heures mêlées.
Les branches noires sont pleines d’un brouillard vert.
Les mots méchants et les paroles désolées,
Sur vos lèvres, bouton d’églantine entrouvert,
Cessent à mes baisers. Ainsi les giboulées
Fondent, et le gazon s’émaille à découvert.

Votre moue est changée en rire à mes baisers,
Comme la neige fond, pâle retardataire,
Aux triomphants rayons du soleil. Apaisés,
Vos yeux, qui me jetaient des regards de panthère,
Sont bien doux maintenant. Chère, vous vous taisez
Comme le vent neigeux et froid vient de se taire.
Votre joue et le soir sont tièdes et rosés.

(Charles Cros)

Illustration: Alfred Stevens

 

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JOLIE MÔME (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021



 

Harding Meyer 1964 - Brazilian Portrait painter -   (4) [1280x768]

T’es tout’ nue
Sous ton pull
Y a la rue
Qu’est maboul’
Jolie môme
T’as ton cœur
A ton cou
Et l’bonheur
Par en d’ssous
Jolie môme
T’as l’rimmel
Qui fout l’camp
C’est l’dégel
Des amants
Jolie môme
Ta prairie
Ça sent bon
Fais-en don
Aux amis
Jolie môme
T’es qu’un’ fleur
Du printemps
Qui s’fout d’l’heure
Et du temps

T’es qu’un’ rose
Eclatée
Que l’on pose
A côté
Jolie môme
T’es qu’un brin
De soleil
Dans l’chagrin
Du réveil
T’es qu’un’ vamp
Qu’on éteint
Comm’ un’ lampe
Au matin
Jolie môme
Tes baisers
Sont pointus
Comme un accent aigu
Jolie môme
Tes p’tits seins
Sont du jour
A la coque
A l’amour
Jolie môme
Ta barrière
De frou-frous
Faut s’la faire
Mais c’est doux
Jolie môme
Ta violette
Est l’violon
Qu’on violente
Et c’est bon
Jolie môme
T’es qu’un’ fleur
De pass’ temps
Qui s’fout d’l’heure
Et du temps
T’es qu’une étoile
D’amour
Qu’on entoile
Aux beaux jours
Jolie môme
T’es qu’un point
Sur les « i »
Du chagrin
De la vie
Et qu’une chose
De la vie
Qu’on arrose
Qu’on oublie
Jolie môme

T’as qu’un’ paire
De mirettes
Au poker
Des conquêtes
Jolie môme
T’as qu’un’ rime
Au bonheur
Faut qu’ça rime
Ou qu’ça pleure
Jolie môme
T’as qu’un’ source
Au milieu
Qu’éclabousse
Du bon dieu
Jolie môme
T’as qu’un’ porte
En voil’ blanc
Que l’on pousse
En chantant
Jolie môme
T’es qu’un’ pauv’
Petit’ fleur
Qu’on guimauv’
Et qui meurt
T’es qu’un’ femme
A r’passer
Quand son âme
Est froissée
Jolie môme
T’es qu’un’ feuille
De l’automne
Qu’on effeuille
Monotone
T’es qu’un’ joie
En allée
Viens chez moi
La r’trouver
Jolie môme

T’es tout’ nue
Sous ton pull
Y a la rue
Qu’est maboule

JOLIE MÔME !

(Léo Ferré)

Illustration: Harding Meyer

 

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LE BONHEUR EST EN MOI… (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021



LE BONHEUR EST EN MOI…
A Carmen.

Le bonheur est en moi comme une eau si tranquille
Que le jour et la nuit n’y mêlent plus leurs eaux
Plus dur que les rochers, plus tremblant que les îles
Comme un bateau s’en va sur deux sillons de laine
Comme un lourd front d’auroch qui partage les eaux

Le bonheur est en moi comme une flûte d’aube
Qui s’allume et s’endort, ô ma rainette d’eau
Ma rainette d’eau claire sur les rives d’argile,
Ce bonheur caressé comme une harpe d’eau.
Douce tête sans nid, douce tête sans rides
Épaule du sommeil, vague au faîte des arbres
Tous les sommeils chantaient en moi comme les eaux

Pour se poser la lune écarte les roseaux
Je retrouve avec toi les printemps éternels
L’arôme des rosiers, les murmures des masques
Les oiseaux sont couchés sur la paille du ciel
Et ton coeur lentement chuchote jusqu’à moi
Doux comme une souris dans le palais des livres
Le rire silencieux de l’herbe déserte

Tout m’entraîne vers toi, tout conspire à ta perte
Ame fraîche, éblouie sous cette averse d’or.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Alexander Sigov

 

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Dans l’angle obscur de la chambre, le piano Songe (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021


 

Dans l’angle obscur de la chambre, le piano
Songe, attendant des mains pâles de fiancée

De qui les doigts sont sans reproche et sans anneau,
Des mains douces par qui sa douleur soit pansée
Et qui rompent un peu son abandon de veuf,
Car il refrémirait sous des mains élargies

Puisqu’en lui dort encor l’espoir d’un bonheur neuf.
Après tant de silence, après tant d’élégies
Que le deuil de l’ébène enferma si longtemps,
Quelle ivresse si, par un soir doux de printemps,

Quelque vierge attirée à sa mélancolie
Ressuscitait de lui tous les rythmes latents :
Gerbe de lis blessés que son jeu lent délie;
Eau pâle du clavier où son geste amusé

— Rafraîchi comme ayant joué dans une eau claire —
Ferait surgir un blanc cortège apprivoisé,
Cygnes vêtus de clair de lune en scapulaire,
Cygnes de Lohengrin dans l’ivoire nageant

Hélas! le piano reste seul et morose
Et défaille d’ennui par ce soir affligeant
Où dans la chambre meurt une suprême rose.

La nuit tombe; le vent fraîchit; nul n’est venu
Et, résigné parmi cette ombre qui le noie,
Il refoule dans le clavier désormais nu
Les possibilités de musique et de joie !

(Georges Rodenbach)

Illustration

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TES MAINS ET LA NEIGE (Mathias Malzieu)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2021



Illustration: Daria Nelson
    
TES MAINS ET LA NEIGE

Tes mains sont plus douces
que l’intérieur d’un flocon de neige
tombé dans une galaxie inversée,
là où il neige seulement

(Mathias Malzieu)

 

Recueil: Le dérèglement joyeux de la métrique amoureuse
Traduction:
Editions: L’ICONOPOP

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Bien plus doux (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021



Les arbres dont les fleurs sont nés
Sont bien plus doux que les regards
Des gens de ce pays
De ce pays où je passe
Où je passe ma vie.

(Pierre Morhange)

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MARINE (Fernand Gregh)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



MARINE

Les mâts geignent sous les voiles,
Doucement,
Et bercent dans le gréement
Les étoiles.

Et le roulis si doux,
Si tranquille,
Que le pont semble immobile
Devant nous,

Et qu’à travers le ciel libre,
Au vent frais
Où l’écheveau des agrès
Tremble et vibre,

On dirait que, dans l’air bleu,
Oscillante,
C’est toute la nuit qui, lente,
Roule un peu…

A peine si la mer gronde
Aux bords sourds
D’un récifs que bat toujours
L’eau profonde.

L’humble odeur des foins fauchés
Du rivage
Glisse avec l’odeur sauvage
Des rochers.

L’ombre est orageuse et chaude ;
Dans les flots,
Un marsouin, près des hublots,
Souffle et rôde.

Et, sourd murmure à l’avant
Monotone,
J’écoute l’eau qui moutonne
En rêvant.

Oui, ce soir, dans le silence
De la nuit,
Le monde sans fin, sans bruit,
Se balance…

Et je suis aussi bercé
Sur l’eau grise
Je me sens parmi la brise
Balancé,

Au long murmure de la grève
Doux amer,
Par deux infinis, la mer
Et le rêve…

(Fernand Gregh)

Illustration: Geneviève Goulley

 

 

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Quand tu te tiens dans la proximité du centre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2021



Illustration: Josephine Wall
    
Quand tu te tiens
dans la proximité du centre
la moindre parcelle de vie
est intégrée à la sphère

Avoir la force de t’arracher
aux joies plaisirs émotions
que te donnent tes semblables

Pour boire à cette source
où capiteuse se fait la vie

Combien seul
combien étranger à ce monde
celui que le manque
contraint à chercher
une vie plus haute

Instants
de folle ébriété

Quand un même flux
mêle en son torrent
la lumière et les eaux

Ce feu doux
de l’amour
quand l’oeil
a clarifié la flamme

Femme
c’est de toi
que me vient la vie
et je n’en finirai pas
de te louer te célébrer

que comprendre

comment rendre compte

parfois c’est le dégoût
la détresse

cette fureur du sang
parce que tout avorte

que chaque effort est vain

que rien n’échappe à la faux

ou parfois
c’est cette vénération cette joie
jubilante cette suffocante
lumière

et chaque visage m’émeut
alors jusqu’aux larmes

je déambule
dans la rue
parmi la foule

désobstrué
transparent
anonyme

avec
oui
avec
comme une lumière invaincue
qui pétille
et bat dans mes veines

minutieusement
goulûment
je vois les visages
happe cette vie
qui déferle

je me livre à chacun
je me love en chacun

en moi
s’enlacent des regards
se nouent des étreintes
s’ébauchent des nuits d’amour

et soudain me saisit
le sentiment suffocant
du mystère de la vie

hautes lames
de l’immense

dévotion éperdue

spacieux vertige

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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