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Posts Tagged ‘doux’

Un corps m’est échu (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Un corps m’est échu : qu’en ferai-je enfin,
Tellement unique et tellement mien ?

La douce joie de vivre et respirer,
D’où me vient-elle, et qui en remercier ?

Étant fleur et jardinier à la fois,
Je ne suis seul dans la geôle ici-bas.

Et sur la vitre de l’éternité
Ma chaude haleine a pu se déposer.

Ses empreintes, comme des ornements,
Déjà se déchiffrent malaisément.

Que l’instant s’envole avec la buée !
Mon cher dessin, rien ne peut l’effacer.

***

Дано мне тело — что мне делать с ним,
Таким единым и таким моим?

За радость тихую дышать и жить,
Кого, скажите, мне благодарить?

Я и садовник, я же и цветок,
В темнице мира я не одинок.

На стекла вечности уже легло
Мое дыхание, мое тепло.

Запечатлеется на нем узор,
Неузнаваемый с недавних пор.

Пускай мгновения стекает муть —
Узора милого не зачеркнуть!

(Ossip Mandelstam)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: (La) Pierre
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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DEMANDES (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2019




    
DEMANDES

De tes petites mains serrées
et tu ne sais pas si tu as le droit
avant de t’endormir
tu vas demander tout doux

que les hiboux ne pleurent pas
que tu n’aies plus de chagrin
que la clef ne ferme pas
mais ouvre

et que tout soit là
pour l’arrivée des rêves
pour qu’ils puissent entrer
et sortir

De tes petites mains serrées
et tu ne sais pas si tu as le droit
avant de t’endormir
tu demanderas tout cela

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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BOUCHE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2019




    
BOUCHE

La bouche — la première
qui me mit sur les lèvres
le rose de l’aurore, encore
j’en acquitte l’arôme en pensées de beauté.

Bouche enfant, bouche aimée
disant des mots hardis,
et si douce à baiser.

***

BOCCA

La bocca
che prima mise
aile mie labbra il rosa dell’aurora, ancora
in bei pensieri ne sconto il profumo.

O bocca fanciullesca, bocca cara,
che dicevi parole ardite ed eri
cosí dolce a baciare.

(Umberto Saba)

 

Recueil: Comme on cherche un trésor
Traduction: Franc Ducros
Editions: La Dogana

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Rien n’est saisissable du jour ni de la nuit (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



Illustration
    
rien n’est saisissable du jour ni de la nuit
et les mots mêmes
on ne les habite que par défaut
comme la lumière ses lampes
comme le baiser la bouche

sois douce avec l’invisible
dans ma main posée sur ta main
il n’y a pas de consolation
mais une patience
qui nous tient prêts
au bord du gouffre et de la joie

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Lettre à la femme aimée au sujet de la mort Fresque peinte sur un mur obscur
Traduction:
Editions: Cheyne

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Minuit Automne (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




    
Minuit Automne
à Florence Delay

Des pattes fines sur le toit la nuit sans lune
Le bruit mat d’une pomme qui tombe dans l’herbe
Les pattes qui tricotent doux sûrement un loir
On entend très haut dans le ciel un très fin cri d’oiseau
Que font les grives mauvis à voler à cette heure?
Et moi qu’est-ce que je fais à ne pas encore dormir?

J’aimerais avoir des mains légères de lingère
Je plierais ma tristesse comme du linge frais
qui sent encore la bonne chaleur du fer à repasser
Je la rangerais dans le tiroir de la commode
et je serais tranquille simplement l’ami des loirs
qui ont des pattes si fines et le bout du museau rose
l’ami des grives qui ont le jabot piqueté de confettis noirs
Je serais sage comme une grosse pomme tombée dans l’herbe
Je dormirais comme la pomme J’aurais des rêves légers
où les jeunes filles d’autrefois la plupart maintenant mortes
me diraient gravement des choses sans gravité
et me regarderaient avec de grands yeux clairs

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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PREMIER AMOUR (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019




    
PREMIER AMOUR
(Nous sommes à la bordure d’une forêt).

MOI
Je ne vous prendrai même pas la main, j’ai besoin
seulement de vous faire une déclaration d’amour…
non pas d’amour dans le ciel, ni sur terre… D’amour
dans le néant qui suivra mon coeur arrêté, d’un amour
que trente ans je ne sentirai m‚me pas, d’un amour
que; seul un peu de coeur éphémère imagera d’éternité.

ELLE
Je ne suis qu’une pauvre fille. Je ne fus jamais
que cruelle envers vous et je sais que jamais je ne pourrais être que cruelle encore.
Je suis une créature comme toutes les autres. Vous
me parlez et je ne peux comprendre.

MOI
Mais votre voix muettement est douce.

ELLE
Je ne veux pas de l’apparence que l’imagination
me donne.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rien (Edith Södergran)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019




    
Rien

Te t’inquiète pas, mon enfant, il n’y a rien,
tout est comme tu vois : la forêt, la fumée, la fuite des rails.
Quelque part, là-bas, dans un pays lointain,
il y a un ciel plus bleu et un mur couronné de roses
ou un palmier et un vent plus doux –
et c’est tout.
Il n’y a rien que la neige sur la branche du sapin,
il n’y a rien à baiser de ses lèvres chaudes,
toutes les lèvres deviennent froides, avec le temps.
Mais tu dis, mon enfant, que ton cœur est fort
et que vivre pour rien, c’est pire que mourir.
Que lui voulais-tu à la mort ?
Ne sens-tu pas le dégoût que dégagent ses frusques ?
Rien n’est plus écœurant que de mourir de sa propre main.
Comme ces courts instants où fleurit le désert,
nous devons aimer les longues heures de maladie de la vie
et les années contraintes où se concentre le désir.

(Edith Södergran)

 

Recueil: Le pays qui n’est pas, et Poèmes
Traduction: Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini
Editions: De la Différence

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Tapis de mousse (Albert de Neuville)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2019



Tapis de mousse

Sur un tapis de mousse, à l’ombre,
Je disais: Vivre est doux,
Lorsque j’y découvris des insectes sans nombre
S’entre-déchirant comme nous.

***

L’ennemi

Sur sa couche funéraire
Pour toujours endormi,
Je regarde mon ennemi
Et je reconnais un frère.

(Albert de Neuville)

 

 

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MIDI (Tomás Segovia)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019



Illustration 
    
MIDI

Imprégnée de lumière, aveugle d’ardeur,
entourée de l’air dense
où s’enfoncent les bruits
comme de grosses pierres sourdes,
gît mollement la terre.

Masses et rondeurs se déploient
en une belle et barbare impudicité
aux côtés de laquelle j’aimerais m’allonger,

et avec des silences avides elle m’incite
à dormir durement abattu
dans la tiédeur obscure de ses vallées,

éteignant enfin cette flamme obstinée
contre la douce terre sans mémoire.

(Tomás Segovia)

 

Recueil: Cahier du nomade
Traduction: Jean-Luc Lacarrière
Editions: Gallimard

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UN IMMENSE DÉSESPOIR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

Edvard Munch - Melancholía,   00

UN IMMENSE DÉSESPOIR

Un immense désespoir
Noir
M’atteint
Désormais, je ne pourrais
M’égayer au rose et frais
Matin.

Et je tombe dans un trou
Fou,
Pourquoi
Tout ce que j’ai fait d’efforts
Dans l’Idéal m’a mis hors
La Loi ?

Satan, lorsque tu tombas
Bas,
Au moins
Tu payais tes voeux cruels,
Ton crime avait d’immortels
Témoins.

Moi, je n’ai jamais troublé,
Blé,
L’espoir
Que tu donnes aux semeurs
Cependant, puni, je meurs
Ce soir.

J’ai fait à quelque animal
Mal
Avec
Une badine en chemin,
Il se vengera demain
Du bec.

Il me crèvera les yeux
Mieux
Que vous
Avec l’épingle à chapeau
Femmes, au contact de peau
Si doux.

(Charles Cros)

Illustration: Edvard Munch

 

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