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Poésie

Posts Tagged ‘doux’

CHANSON (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



CHANSON

Hélas! hélas!
Que de maux sur terre!
Ah! ah! ah! ah!
Que de plaisirs ici-bas!

– Ah! partons mon désespoir
Loin de ma patrie-
Je vais enfin te revoir, O belle Italie!

– J’ai perdu l’objet charmant
– Qui fut ma maîtresse-
– Entrez chez nous un moment,
Dit la belle hôtesse.

– Plaignez le mal amoureux
Qui me désespère-
Et toi la fille aux doux yeux,
Remplis-moi mon verre.

(Alfred de Musset)


Illustration: Edouard Manet

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Les pins solitaires (Sandro Penna)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Illustration: Paul Madeline
    
Les pins solitaires le long de la mer
désolée ne savent rien de mon amour.
Le vent les éveille, la douce
pluie les baise, le tonnerre
lointain les endort.
Mais les pins solitaires ne sauront
jamais rien de mon amour, jamais rien de ma joie.
Amour de la terre, joie pleine
incomprise. Oh comme tu mènes
loin ! Un jour
les pins solitaires ne verront pas
les lèche la pluie, les endort le soleil —
avec l’amour danser ma mort.

***

I pini solitari lungo il mare
desolato non saneo del mio amore.
Li sveglia il vento, la pioggia
dolce li bacia, il tuono
lontano li addormenta.
Ma i pini solitari non sapranno
mai del mio amore, mai della mia gioia.

Amore della terra, colma gioia
incompresa. Oh dove porti
lontano ! Un giorno
i pini solitari non vedranno
— la pioggia li lecca, il sole li addormenta —
coll’amore danzare la mia morte.

(Sandro Penna)

 

Recueil: PRISMA
Traduction: Bernard Simeone
Editions: OBSIDIANE

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Premier baiser (Robert Calmel)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2017




    
Premier baiser

Pour tous deux en classe primaire
La journée passait en leçons.
Le soir la route familière
Nous ramenait la maison.

Au cours de cet itinéraire
Nous mangions le morceau de pain
Qu’avait prépare notre mère
Avant le départ du matin.

J’essayais avec innocence
De l’embrasser, sans résultat.
Pour surmonter sa résistance
J’ai proposé du chocolat.

Quand elle eut fini ma tablette
J’ai du femer les yeux avant
De sentir ses lèvres discrètes
Sm les miennes un bref instant.

Si ce baiser fut éphémère
Son souvenir subsistera
Si douce fut sa bouche légére
Barbouillée de mon chocolat.

(Robert Calmel)

 

Recueil: Pétales d’Or

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Deux vents doux (Takao Fujiwara)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2017



Deux vents doux
se croisent au carrefour —
Le printemps

(Takao Fujiwara)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Pourtant (Hugo Von Hoffmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017




    
Pourtant, l’ombre de ces vies-là tombe sur les autres vies,
Et douces ou pesantes, toutes sont liées l’une à l’autre
Comme à la terre, et comme à l’air.

(Hugo Von Hoffmannsthal)

 

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Les béatitudes (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



 

 
    
Les béatitudes

Bienheureux ceux qui vont cassés et vermoulus
S’appuyer souriants au mur du cimetière,
Sachant qu’ils sont vivants, tous ceux qui ne sont plus;
Certains d’être attendus par eux dans la lumière
Des paradis prochains dont les portes flamboient:
Bienheureux ceux qui croient.

Bienheureux ceux qui sont assis coeur contre coeur
La nuit sur les seuils noirs ou les vieux bancs de pierre
Dans le parfum des lys et de la vigne en fleur,
Partageant simplement l’ivresse de la terre,
Alors que la blancheur des vergers fous essaime:
Bienheureux ceux qui s’aiment.

Bienheureux les naïfs et bienheureux les fous
Dont les trésors sont faits d’un or impondérable:
Caresses de leur chien, cri d’un oiseau, le doux
Murmure qu’ont le soir les branches des érables
Aux souffles languissants du vent qui les soulèvent:
Bienheureux ceux qui rêvent.

Et bienheureux aussi les tendres dont les yeux
Sont humides quand un violon bégaie
Sous l’archet d’un aveugle, ou que vibre amoureux
Le contralto d’un merle à travers la futaie,
Quand parmi les joncs bleus des clartés d’astres meurent:
Bienheureux ceux qui pleurent.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’ancien nid (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Zinaïda Serebriakova
    
L’ancien nid

Pauvre anciene maison, pauvre ancien nid, je sens,
Et rien qu’en y rêvant, les parfums vénérables:
Odeur de la crédence et du buffet luisant,
Du linge blanc, des fruits mûrissants, de l’étable.

Et rien qu’en y rêvant, je palpe les vieux murs,
Les plats d’étain marqués des fleurs de lys, l’armoire,
Les faïences debout sur le dressoir obscur,
Et, dans un coin comme un miroir, la bassinoire

De cuivre ciselé. Puis je vois les landiers,
La taque avec l’écu de nos ducs de Lorraine,
La bûche qu’on tisonne et le pot sur trois pieds
Dont la complainte lente en sanglots sourds s’égrène.

Qu’on était bien le soir ensemble autour du feu
Où chacun se serrait et se cédait la place,
Parmi le grand silence intime qui délasse
Et pendant qu’au dehors le vent siffle et qu’il pleut.

Que j’en ai savouré des heures merveilleuses
En écoutant chanter la marmite à mi-voix,
Tant l’ambiance était douce et comme soyeuse:
Un nid de roitelet dans la mousse des bois.

Tout repassait au voile des paupières closes:
Les vergers saccagés et les noix qu’on gaulait,
La chasse, les halliers avec leurs feuilles roses,
La source où l’on tendait sous les joncs des lacets

Pour y prendre des rouges-gorges et des grives;
Le retour harassé dans la nuit des chemins,
Les chiens affectueux qui pas à pas vous suivent
Appuyant leurs museaux humides sur vos mains.

Parmi le grand silence intime qui délasse
Et tandis qu’au dehors le vent siffle et qu’il pleut,
En écoutant chanter la marmite à voix basse,
Qu’on était bien le soir ensemble autour du feu!

Répandant sur nous comme une tiédeur d’aile,
La grand’mère rêvait, oubliant son tricot
Et demandait soudain, à la ronde, autour d’elle:
“Mais chacun a-t-il au moins ce qu’il lui faut?”

(Marie Dauguet)

 

 

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Musique slave (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
Musique slave

C’est le concert doux des voix pleureuses,
Vieux chagrins résignés et tendresses
Que l’on méconnut et la tristesse
Des élans réprimés. Effleureuses
Voix sourdes, pleurez comme les ifs
Embrumés qu’échevèle un vent convulsif.

C’est le concert tout en lancinances
Des désirs contraires et la ronde
Des corbeaux et des folles arondes
Par le ciel fleuri d’incohérences:
Rouges pompeux, tristes violets
Dont se mêlent, en accords faux, les reflets.

C’est le concert vraiment sans mesures
Des baisers profonds et des morsures;
Le vibrement nerveux des ciguës
Sous l’archet des bises ambiguës
D’avril où reluit un soleil blond
Que voile une averse blême de grêlons.

C’est surtout l’écart entre le rêve
Et le réel qui, sans nulle trêve,
Par des accents forcenés s’exprime,
Comme une blessure s’envenime,
Puis éclate enfin en gémissant
Et remplit l’horizon noir d’un flot de sang.

(Marie Dauguet)

 

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La tristesse (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
La tristesse

L’âme triste est pareille
Au doux ciel de la nuit,
Quand l’astre qui sommeille
De la voûte vermeille
A fait tomber le bruit ;

Plus pure et plus sonore,
On y voit sur ses pas
Mille étoiles éclore,
Qu’à l’éclatante aurore
On n’y soupçonnait pas !

Des îles de lumière
Plus brillante qu’ici,
Et des mondes derrière,
Et des flots de poussière
Qui sont mondes aussi !

On entend dans l’espace
Les choeurs mystérieux
Ou du ciel qui rend grâce,
Ou de l’ange qui passe,
Ou de l’homme pieux !

Et pures étincelles
De nos âmes de feu,
Les prières mortelles
Sur leurs brûlantes ailes
Nous soulèvent un peu !

Tristesse qui m’inonde,
Coule donc de mes yeux,
Coule comme cette onde
Où la terre féconde
Voit un présent des cieux !

Et n’accuse point l’heure
Qui te ramène à Dieu !
Soit qu’il naisse ou qu’il meure,
Il faut que l’homme pleure
Ou l’exil, ou l’adieu !

(Alphonse de Lamartine)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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La fruste chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
La fruste chanson

Le soleil a fondu la neige,
Plus rouge qu’un coquelicot,
Margot mets ton beau caraco,
Enfile ta jupe de bouège.

Il pleut des fleurs à l’aventure,
Le vent a des meuglements sourds
Comme un taureau qui fait l’amour;
Viens-t-en nous deux à la pâture.

Dans l’odeur des épines blanches
Clignotant leurs yeux de rubis,
Nerveuse échine et maigre hanche,
Les boucs caressent les brebis.

Les crapauds dont la gorge halète,
S’accouplent au chant des coucous.
Ah! Margot, l’amour est bien doux
Pour les gens comme pour les bêtes!

(Marie Dauguet)

 

 

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