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Posts Tagged ‘doux’

Vacances (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

Nikolay Butkovskiy 023

Vacances

Tiède est le vent
Chaud est le temps
Fraîche est ta peau
Doux, le moment

Blanc est le pain
Bleu est le ciel
Rouge est le vin
D’or est le miel

Odeurs de mer
Embruns, senteurs
Parfums de terre
D’algues, de fleurs

Gai est ton rire
Plaisant ton teint
Bons, les chemins
Pour nous conduire

Lumière sans voile
Jours à chanter
Millions d’étoiles
Nuits à danser

Légers, nos dires
Claires, nos voix
Lourd, le désir
Pesants, nos bras

Tiède est le vent
Chaud est le temps
Fraîche est ta peau
Doux, le moment

Doux le moment…
Doux le moment…

(Esther Granek)

Illustration: Nikolay Butkovskiy

 

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FRAGMENTS POUR DOMINER LE SILENCE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018




FRAGMENTS POUR DOMINER LE SILENCE

I
Les forces du langage sont les dames solitaires,
désolées, qui chantent à travers ma voix que j’écoute
au loin. Et loin, sur le sable noir, gît une fille dense
de musique ancestrale. Où est la véritable mort ? J’ai
voulu m’éclairer à la clarté de mon manque de clarté.
Les bouquets se meurent dans le souvenir. La gisante
niche en moi avec son masque de louve. Celle qui
n’en put mais et implora des flammes et nous
brûlâmes.

II
Quand s’envole le toit de la maison du langage et
que les mots n’abritent plus, je parle.

Les dames en rouge se sont égarées dans leurs
masques et pourtant elles reviendront sangloter
parmi les fleurs.

La mort n’est pas muette. J’entends le chant des
endeuillés colmater les lézardes du silence. J’entends
tes pleurs très doux fleurir mon silence gris.

III
La mort a restitué au silence son prestige envoûtant.
Et je ne dirai pas mon poème, mais si, je dois le dire.
Même si le poème (ici, maintenant)
n’a pas de sens, ni de destin.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Frank Cadogan Cowper

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UN MARIAGE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



UN MARIAGE

Un garçon comme ça se rencontre rarement :
bon comme le pain, vif comme la poudre,
fort comme un turc, doux comme un mouton.
Et une fille comme ça :
belle comme le jour, fraîche comme la rose,
pure comme l’or se rencontre rarement.

Eh bien, ils se rencontrèrent.
Ils ont une fille laide comme un pou
et une vie bête comme chou.

(Norge)

 

 

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Oh le doux champagne (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



oh le doux champagne
de tes vagues un peu
tiédies

pardon de ne pas être devenue
une sirène
ce soir …

(Katell Antoine)

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Madame, autour de vous tant de grâce étincelle (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018


 


Albert Lynch _A_Lady_With_A_Fan

 

Madame, autour de vous tant de grâce étincelle.
Mens blanda in corpore blando.

Madame, autour de vous tant de grâce étincelle,
Votre chant est si pur, votre danse recèle
Un charme si vainqueur,
Un si touchant regard baigne votre prunelle,
Toute votre personne a quelque chose en elle
De si doux pour le coeur,

Que, lorsque vous venez, jeune astre qu’on admire,
Éclairer notre nuit d’un rayonnant sourire
Qui nous fait palpiter,
Comme l’oiseau des bois devant l’aube vermeille,
Une tendre pensée au fond des coeurs s’éveille
Et se met à chanter !

Vous ne l’entendez pas, vous l’ignorez, madame.
Car la chaste pudeur enveloppe votre âme
De ses voiles jaloux,
Et l’ange que le ciel commit à votre garde
N’a jamais à rougir quand, rêveur, il regarde
Ce qui se passe en vous.

(Victor Hugo)

Illustration: Albert Lynch

 

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Amitié (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



Illustration
    
Amitié
À Yves Miramont,
à la mémoire de sa mère,

Poète, je t’écris en ce jour de malheur,
Je t’écris ma plus belle page
Pour te dire que je partage
Ta douleur.

Ma poésie, hélas ! n’a pas grande valeur.
Mais tu lui ouvriras ta porte,
Car d’un ami elle t’apporte
Le coeur.

Quand on est las, quand on est triste,
Il est doux,
Il est doux de savoir qu’il existe
Un vieil ami qui pense à vous.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Bonheur simple et doux (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

Paul Cézanne apples-and-biscuits-1895 [1280x768]

Bonheur simple et doux

On ne sait pas si ce sont les chaises
Avec leur bon visage de paille,

Les mésanges qui se chamaillent
Dans l’ombre fraîche de la haie

Ou la claire rangée de hêtres
Qu’on voit d’ici par la fenêtre,

Si ce sont les moutons familiers
Qui broutent l’or du calendrier

Ou le sourire de ma mère
Qui coud, assise dans la lumière,

Qui font ce bonheur simple et doux
Comme une pomme sur la table

Et cette paix si admirable
Qu’on jetterait à genoux.

(Maurice Carême)

Illustration: Paul Cézanne

 

 

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Le givre (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



givre [800x600]

Le givre

Mon Dieu ! Comme ils sont beaux
Les tremblants animaux
Que le givre a fait naître
La nuit sur ma fenêtre

Ils broutent des fougères
Dans un bois plein d’étoiles,
Et l’on voit la lumière
A travers leurs corps pâles.

Il y a un chevreuil
Qui me connaît déjà ;
Il soulève pour moi
Son front d’entre les feuilles.

Et quand il me regarde,
Ses grands yeux sont si doux
Que je sens mon cœur battre
Et trembler mes genoux.

Laissez moi, ô décembre !
Ce chevreuil merveilleux.
Je resterai sans feu
Dans ma petite chambre.

(Maurice Carême)

Illustration

 

 

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La pierre (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
la pierre fut plus douce que l’ombre

la langue descendit dans la gorge
elle n’en revint pas

ils cherchèrent le nom du pain
le nom de l’eau

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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À TIERCE (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
À TIERCE
Mon Dieu, enseigne-moi ta voie.
Ps. 118. (Office de Tierce.)

Mon Maître, enseignez-moi dans notre solitude
Ce qu’il faut que je fasse, où je dois me plier…
Je ne sais rien. Daignez me mener à l’étude,
Donnez une leçon à ce pauvre écolier.

L’entendra-t-il hélas ! cet ignorant docile
Mais qui redoute, ayant si peu d’habileté,
De trouver au début votre loi difficile ?
Ah ! Maître prenez garde à ma débilité…

Me parlez-vous ?… D’où me vient cette chaleur douce
Qui pénètre mon âme et l’embaume, et l’endort ?
Cet éblouissement, ces pleurs, cette secousse ?…
C’est plus clair que la vie et plus sûr que la mort.

Combien, ô Vérité, m’es-tu nouvelle et fraîche,
Révélée à mes os sans livre, sans écrit,
Sans raison qui démontre et sans bouche qui prêche,
D’un seul baiser qui me dévore tout l’esprit !…
Je vois… Mon coeur jaillit ! qui pourra l’en empêche !

Rien n’est vrai que d’aimer… Mon âme, épuise-toi,
Coule du puits sans fond que Jésus te révèle,
Comme un flot que toujours sa source renouvelle,
Et déborde, poussée en tous sens hors de moi.

Quels usages prudents te serviront de digue ?
Donne tout ! Donne plus et sans savoir combien.
Ne crains pas de manquer d’amour, ne garde rien
Dans tes mains follement ouvertes de prodigue.

Qu’aimeras-tu ? Quel temps perdrons-nous à ce choix ?
Aime tout ! Tout t’est bon. Sois aveugle, mais aime
Le plus près, le plus loin, chacun plus que toi-même
Et, comment ce miracle, ô Dieu? tous à la fois.

Celui qui t’est pareil, celui qui t’est contraire.
Et n’aime rien uniquement pour sa beauté :
L’enchantement des yeux leur est trop vite ôté,
Du charme d’aujourd’hui demain te vient distraire.

N’aime rien pour ses pleurs : les larmes n’ont qu’un jour,
N’aime rien pour son chant : les hymnes n’ont qu’une heure.
Ô mon âme qui veux que ton amour demeure !
Aime tout ce qui fuit pour l’amour de l’amour.

Aime tout ce qui fuit sur la terre où tu passes,
Le long de ton chemin aveugle et sans arrêts :
Les herbes des fossés, les bêtes des forêts,
Les matins et les soirs, les pays, les espaces.

Vie, l’enthousiasme est fort comme la mer
Qui d’un seul mouvement emporte les navires.
Laisse aller tes destins au fil de ses délires
sans goûter si le flot qui te pousse est amer.

Rien n’est vrai que d’aimer, mon âme, et d’être dupe.
Si tu cherches un coeur où reposer ton front
Et si tu te sens lasse au bout de quelque affront,
Qu’est-ce que cet amour que son gain préoccupe ?

Ô prêteuse sans fin de biens jamais rendus,
Laisse abuser chacun de ta folle abondance
Tant que, jetés au vent de l’amour, sans prudence,
Ta paix, tes jours, ta force et ton coeur soient perdus.

Tu pleures ?… Tu rêvais un plus juste partage ?
Quels cris en toi sous le sourire du pardon !
Tu souffres ?… Tu n’as fait que la moitié du don :
Le remède d’aimer est d’aimer davantage.

Donne-toi tellement que tu n’existes plus
Et que dans ton secret, ton silence, ton ombre,
Rien ne bruisse plus qu’autrui ce coeur sans nombre,
Son mal, sa fièvre, au lieu de ton coeur superflu.

Tu ne vis plus… C’est lui qui t’enivre et te mène
Hors de ton bonheur pâle au sien qu’il veut saisir.
Tu n’as plus de désir que sans fin son désir…
Va !… Tu n’as plus de peine au monde que sa peine !

Qui pourra maintenant retrouver ta douleur ?
Rien n’en reste, rien, rien qu’un chant d’oiseau sublime.
Ah ! quelle délivrance est au fond de l’abîme !
Voici ma joie avec son glaive de vainqueur.

Rien n’est vrai que d’aimer, ô mon âme, mon âme,
Qui te reposerait du poids de ton soleil ?
Ni l’ombre de la nuit, ni l’ombre du sommeil,
Ni le temps qui s’enfuit léger comme une femme.

Rien n’est vrai que d’aimer et que d’aimer toujours !
Tes aimés passeront mais ton amour demeure
Malgré les renouveaux qui te changent de leurre
Et les petites morts des petites amours.

Et tant qu’il y aura des vivants, d’heure en heure
Menant leur sort à la rencontre de ton sort
Ou t’ayant devancée au delà de la mort…
Toi-même disparais mais ton amour demeure !

Mon amour ! Mon amour ! quand ce coeur arrêté
Ne te contiendra plus… à ta source première,
À Jésus remontant d’un grand jet de lumière,
Mon amour sois mon Dieu toute l’éternité !

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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