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Poésie

Posts Tagged ‘doux’

O bêtes (René Brock)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



Chien, mésange, crapaud, noire araignée, cétoine,
O bêtes, ô douces, ô bonnes,
Délicates solidités
Fraîches comme le basilic,
O patientes,
A la merci, à la merci.
Mes camarades dans les herbes,
Mes frères dans le temps.

(René Brock)

 

 

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Liberté (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

Rockwell Kent  o1_1280 [1280x768]

Liberté

Le vent impur des étables
Vient d’ouest, d’est, du sud, du nord.
On ne s’assied plus aux tables
Des heureux, puisqu’on est mort.

Les princesses aux beaux râbles
Offrent leurs plus doux trésors.
Mais on s’en va dans les sables
Oublié, méprisé, fort.

On peut regarder la lune
Tranquille dans le ciel noir.
Et quelle morale ?… aucune.

Je me console à vous voir,
A vous étreindre ce soir
Amie éclatante et brune.

(Charles Cros)

Illustration: Rockwell Kent

 

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LA CHANSON DU PETIT AIGLON (David Scheinert)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



aiglon

LA CHANSON DU PETIT AIGLON

Petit aiglon dans l’aire,
II faut dormir tout doux.
A la nuit printanière
Succède l’aube des loups.

Petit aiglon dans l’aire,
Il faut te reposer,
Pour égaler ton père
Dans l’art de déchirer.

Petit aiglon dans l’aire,
Il faut fermer les yeux
En louant les bergères
Qui font de toi un dieu.

(David Scheinert)

 

 

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Fleur d’oranger (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Fleur d’oranger

Tes compagnes, ô jeune fille! ont cherché ce matin
dans la campagne humide de rosée une fleur
pour former ta parure virginale.
Tu vas nous quitter pour suivre celui que tu aimes,
tu ne partageras plus nos danses et nos jeux.
Accepte cette fleur d’oranger, c’est son doux parfum
qui nous a conduites vers elle.
Nous nous sommes approchées de l’arbre,
et la fleur d’oranger nous a dit:

Vous cherchez un bouquet pour orner le sein d’une fiancée.
Cueillez-moi.
Je suis blanche comme elle, douce comme elle;
semblable à la chasteté, mon parfum dure longtemps encore
après qu’on m’a cueillie.
Fleur des fiancées, lui avons-nous demandé,
pourquoi portes-tu des fruits sur ta branche?
Elle nous a répondu.
Je suis l’emblème de la mariée: amante encore,
elle est mère; la femme vit auprès de ses enfants,
la fleur à côté du fruit.

Alors nous l’avons cueillie.
Partage cette branche d’oranger, jeune fille,
mets-en la moitié dans tes cheveux,
l’autre moitié sur ton sein.
C’est le dernier don de tes chères compagnes.
Ce soir nous te conduirons à l’église, et ta mère en t’embrassant
fermera derrière toi la porte de la maison de l’époux.
Conserve notre guirlande et notre bouquet, jeune fille,
conserve-les bien, et puisses-tu, quand la fleur d’oranger sera fanée,
ne pas regretter le temps où tu étais blanche comme elle.

(J.J. Grandville)

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Veillée d’Avril (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Veillée d’Avril

Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,
Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves
Je tords mon cceur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or

Et voilà qu’à songer, me revient un accord,
Un air bête d’antan, et,sans bruit tu te lèves
O menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Écoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

(Jules Laforgue)

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VAINE MURAILLE (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
VAINE MURAILLE

Une jeune mère
une bête douce
s’assied près de moi,
me sourit, et je
souris, l’enfant dort.
Insondable joie
du printemps banal,
encore un peu, les marronniers seront en fleurs,
nous trois ensemble au fond du jour,
et combien d’autres…
Vaine muraille
la personne
quand tu t’écroules
on est si bien
dans la lumière.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les après-midi d’automne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2019



Les après-midi d’automne

Oh! les après-midi solitaires d’automne!
Il neige à tout jamais. On tousse. On n’a personne.
Un piano voisin joue un air monotone;
Et, songeant au passé béni, triste, on tisonne.

Comme la vie est triste! Et triste aussi mon sort.
Seul, sans amour, sans gloire! et la peur de la mort!
Et la peur de la vie, aussi! Suis-je assez fort?
Je voudrais être enfant, avoir ma mère encor.

Oui, celle dont on est le pauvre aimé, l’idole,
Celle qui, toujours prête, ici-bas nous console!…
Maman! Maman! oh! comme à présent, loin de tous,

Je mettrais follement mon front dans ses genoux,
Et je resterais là, sans dire une parole,
À pleurer jusqu’au soir, tant ce serait trop doux.

(Jules Laforgue)


Illustration

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L’oreiller d’un enfant (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



 

Aron Wiesenfeld   Immigrant

L’oreiller d’un enfant

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d’enfants, pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n’ont jamais d’oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil, ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir …

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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Ménilmontant (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



 

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Ménilmontant

Ménilmontant mais oui madame
C´est là que j´ai laissé mon cœur
C´est là que je viens retrouver mon âme
Toute ma flamme
Tout mon bonheur…
Quand je revois ma petite église
Où les mariages allaient gaiement
Quand je revois ma vieille maison grise
Où même la brise
Parle d´antan
Elles me racontent
Comme autrefois
De jolis contes
Beaux jours passés je vous revois
Un rendez-vous
Une musique
Des yeux rêveurs tout un roman
Tout un roman d´amour poétique et pathétique
Ménilmontant!

Quand midi sonne
La vie s´éveille à nouveau
Tout résonne
De mille échos
La midinette fait sa dînette au bistro
La pipelette
Lit ses journaux
Voici la grille verte
Voici la porte ouverte
Qui grince un peu pour dire « Bonjour bonjour
Alors te v´là de retour? »

Ménilmontant mais oui madame
C´est là que j´ai laissé mon cœur
C´est là que je viens retrouver mon âme
Toute ma flamme
Tout mon bonheur…
Quand je revois ma petite gare
Où chaque train passait joyeux
J´entends encor dans le tintamarre
Des mots bizarres
Des mots d´adieux
Je suis pas poète
Mais je suis ému,
Et dans ma tête
Y a des souvenirs jamais perdus
Un soir d´hiver
Une musique
Des yeux très doux les tiens maman
Quel beau roman d´amour poétique
Et pathétique
Ménilmontant!

(Charles Trenet)

 

 

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SONNET (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

John Keats

SONNET

La ville retenait mon âme prisonnière !
Qu’il m’est doux aujourd’hui de contempler l’immense
Et pur visage du ciel — déjà ma prière
Vers le sourire de l’azur monte et s’élance.

Quel bonheur enfin de se laisser choir à terre,
Le corps las et le coeur tout rempli de silence,
Et de lire, blotti au creux d’un talus vert,
Une histoire d’amour, de tendre nonchalance.

Et puis, rentrant le soir très tendrement, d’entendre
Le chant de Philomèle et de suivre de l’oeil
Un nuage qui vogue et refuse d’attendre.

Hélas, la journée est tombée comme une feuille,
Ou comme une larme de séraphin pieux
Qui glisse doucement dans l’éther lumineux.

(John Keats)

 

 

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