Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘drap’

SOMMEIL ET REPAS (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2021



Illustration: Eugène Carrière
    
SOMMEIL ET REPAS

Le souffle de la nuit est ton drap, la ténèbre se couche contre toi.
Elle t’effleure la cheville et la tempe, te réveille à vie et sommeil,
elle te traque et déniche dans un mot, un désir, une pensée,
elle couche avec chacun d’eux, elle t’appâte et débusque.
Elle te peigne le sel des cils et te le donne à manger, à l’écoute de tes heures,
elle en recueille le sable et te le sert à table.
Et ce que, rose, elle fut, ombre et eau, elle te le verse.

(Paul Celan)

Recueil: Choix de poèmes
Traduction: Jean-Pierre Lefebvre
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

De quelle main la toucher (Benoît Conort)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2021



venus_endormie_Titien

Il y a bien de la nuit étendue sur elle

La bouche close ignore le goût d’autres lèvres

Toute une nuit s’étend

Sur le ventre immobile blancheur froissée des draps

Que creuse un corps indifférent

De quelle main la toucher

Avancer vers elle

Qui ne bouge pas?

Il y a tant de nuit soudain

La main se retire

Se replie sur sa nuit

En dévore les larmes

Mais d’autres corps s’offrent

D’autres rivières serpentent

Dans le réel des géographies

Vertiges reflets je vous renie

O l’ivresse à la vigne du corps

Les seins libres et le sexe

Dans l’herbe respirent lentement

(Benoît Conort)

 

Illustration: Le Titien

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | 1 Comment »

Autre chose (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2021


l_02342532

sentir l’odeur du linge
séché dehors sur un fil
comme un soleil après l’hiver
et se dire qu’avec le drap
qu’on plie à deux
dans la maison
on range toujours chacun
des coins de son histoire
dans les armoires
ou sous les piles de mots
qu’on entasse
et qui finissent par peser lourd
entre ce qu’on vit
et ce qu’on écrit
quand on ouvre les fenêtres
pour la chaleur de pièces
et qu’on se demande
si c’est quelque chose qui finit
ou qui commence
cette drôle d’envie
d’aller voir dans la boite aux lettres
alors qu’aujourd’hui
le facteur ne passe pas

(François de Cornière)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , | 1 Comment »

Si Monsieur et Madame veulent monter (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2021



C’est le chambre où il est mort.

Fenêtres portes courant d’air on emporte
on rapporte on lave on balaie on secoue
on frotte
Les murs ont l’air d’être comme avant
Les draps sont blancs

« Si Monsieur et Madame veulent monter leur chambre est prête »

(Pierre Albert-Birot)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 3 Comments »

DITES! DITES! (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2021



DITES! DITES!

Ah ! dites, dites
Où sont passés les troglodytes?

Où sont passés les troglodytes?
Où sont passés les Mohicans?
Et Blériot avec son biplan ?
Et l’Arabie pas Séoudite ?

Où sont passés les fiacres
Qu’étaient couverts de nacre?
Et les cochers boiteux
Qui devenaient le Diable en moins de deux?

Où sont passées les Amazones
Qui n’avaient qu’un sein comme bouclier?
Où est parti le puits de Dôme ?
Que sont devenus les Alliés ?

La guerre de Cent Ans ? Celle de Soixante-Dix ?
Et celle de Trente Ans?
Et Vercingétorix
Mon ancêtre, mon Gaulois,
Où donc est-il passé avec ses guêtres et ses oies?

Où sont passés les habitants
Des cavernes du bon vieux temps
Qui s’éclairaient modestement
Au moyen de vers luisants ?

Où sont passés les Thermopyles?
Où sont passés les Thermidors ?
Et les Anglais qu’ont pris la pile
Quand Jeanne d’Arc était en or ?

Et Léontine la femme à Léon ?

Et ce monsieur Napoléon
Qui donnait son foie
A tous les soldats
Et faisait semblant d’être là
Même quand il était dans les draps
Avec la Joséphine extra?

Et Samson? Et Dalila ?

Ah ! dites, dites
Y’en a des choses qui existent.

Moi, je veux bien. Moi, je vous crois.
Mais faut vraiment avoir la Foi!

(René de Obaldia)


Illustration: Johann Heinrich Wilhelm Tischbein

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A FORCE CE N’EST PLUS MAMAN (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2021



A FORCE CE N’EST PLUS MAMAN

Maman est actrice de cinéma.
Elle est belle comme les images de chocolat
Et l’on voit souvent
Des hommes qui se tuent pour l’embrasser sur les dents!
Mais à force, ce n’est plus maman.
A force de la voir
Avec un tas de gens qui ont un tas d’histoires
Avec un tas de gens que je ne connais pas
Et qui ont toujours l’air de l’aimer plus que moi
A force, ce n’est plus maman.
Et les soirs qu’elle vient me border
Encore toute peinturlurée
Dans une robe avec des voiles comme un grand navire,
Vite je lui souris et fais semblant de dormir.

Alors elle s’envole sur la pointe des pieds
Et je puis tranquillement pleurer
Sous les draps
Pour que le monde entier ne m’entende pas.

(René de Obaldia)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Trouvé dans l’héritage (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2021



Trouvé dans l’héritage

Initiales
entrelacées
devenues anonymes
sur les draps de lit
d’un défunt amour.

(André Frénaud)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

PREMIER JOUR (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2021




    
PREMIER JOUR

Des draps blancs dans une armoire
Des draps rouges dans un lit
Un enfant dans sa mère
Sa mère dans les douleurs
Le père dans le couloir
Le couloir dans la maison
La maison dans la ville
La ville dans la nuit
La mort dans un cri
Et l’enfant dans la vie.

(Jacques Prévert)

 

Recueil: Les poètes et la ville
Traduction:
Editions: Le cherche midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Moi j’irai dans la lune (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021



Moi, j’irai dans la lune
Avec des petits pois,
Quelques mots de fortune
Et Blanquette, mon oie.

Nous dormirons là-haut
Un p’tit peu de guingois
Au grand pays du froid
Où l’on voit des bateaux
Retenus par le dos.

Bateaux de brise-bise
Dont les ailes sont prises
Dans de vastes banquises
Et des messieurs sans os
Remontent des phonos.

Blanquette sur mon coeur
m’avertira de l’heure :
Elle mange des pois
Tous les premiers du mois.

Elle claque du bec
Tous les minuits moins sept.
Oui, j’irai dans la lune !
J’y suis déjà allé
Une main dans la brume
M’a donné la fessée,

C’est la main de grand-mère
Morte l’année dernière.
(La main de mon Papa
Aime bien trop les draps !)

Oui, j’irai dans la lune,
Je vais recommencer.
Cette fois en cachette
En tenant mes souliers.

Pas besoin de fusée
Ni de toute une armée,
Je monte sur Blanquette
Hop ! on est arrivé.

(René de Obaldia)

Illustration: Corinne Delhaye

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Cependant que la mort s’arrière (Kamal Ibrahim)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2021



Cependant que la mort s’arrière
Je déchiffre le Drap qui marche un peu
Je démonte sa peau
Je l’aide à voir CE genou de mots

(Kamal Ibrahim)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :