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Poésie

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Pauvre chapelle (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018



Illustration 
    
Pauvre chapelle effritée
aux parures de poussière,
le printemps dresse une claire
église à tes côtés.

Quelques femmes grelottantes
trottinent dans ton encens.
Mais au-dehors les enfants
font des signes aux roses.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Exorde (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    
Exorde

Qui que tu sois : quand vient le soir,
sors de ta chambre où tu sais tout;
au bord de l’horizon ta demeure est l’ultime :
Qui que tu sois.
De tes yeux qui, las, ont du mal
à quitter le seuil élimé,
lentement tu dresses un arbre
noir face au ciel : svelte et seul.
Et tu as fait le monde. Un monde immense,
semblable au mot qui dans le silence mûrit.
Et comme ton vouloir saisit sa raison d’être,
tes yeux tendrement le libèrent…

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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AINSI SOIT ELLE (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
AINSI SOIT ELLE

Oui, nous ferons la croix ensemble,
Et je te clouerai sur le lit
Et je mêlerai mes membres
Aux tiens, ma petite amie.

Oui, cela ferons ensemble
Et je te prendrai la main
Comme à l’enfant pour descendre
Dans le ravin.

Nous jouirons de nous surprendre
Ainsi liés, oui, c’est promis,
Et caresserons nos cendres,
Avec mépris.

Nous regarderons en face
Nos deux pauvres corps meurtris
Sans y voir malice, et fasse
Que le bon Dieu n’y soit. Ainsi

Nous pourrons tous deux survivre
A cet enfer et paradis
Ainsi nous mourrons, et vive
Après l’hiver, l’âpre fruit.

Car il faut que tout finisse
En splendeur, chemise ou non
Ah! que le jour serait triste
Sans la nuit qui dit son nom.

Le plaisir veut qu’on y pense
Un rien de plus qu’il ne vaut
Que la bête en nous dépense
Son crescendo.

A l’amour rendons les armes,
Il nous dérange si peu!
Sois tel un soldat. Les larmes
Ne sont rien qu’un coup de feu

Qu’à personne l’on destine
Sans savoir pourquoi, comment,
Dresse ton corps et calcine
Ton sempiternel tourment.

Laisse-toi souffrir, ma belle,
Moi je laisse aller mon coeur.
Ainsi le navire appelle
L’ancre. Ainsi l’âme soeur, ma soeur.

(Georges Perros)

 

Recueil: J’habite près de mon SILENCE et 27 autres poèmes
Traduction:
Editions: Finitude

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Au monde, seul avec moi-même (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2018



Au monde, seul avec moi-même, m’ont laissé
Les dieux qui disposent.
Je ne puis rien contre eux, et ce qu’ils m’ont donné,
Je l’accepte et ne demande plus rien.
Ainsi le blé s’incline sous le vent, qui se dresse
Dès lors que le vent cesse.

(Fernando Pessoa)

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FEMME EN FLEURS (Marcelle Delpastre)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

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FEMME EN FLEURS

Femme en fleurs comme un grand châtaignier qui répand ses senteurs puissantes
Tu te dresses sur la campagne, tu flambes de bonnes odeurs,
tu prends le soleil et la pluie à tes rameaux chargés de fruits,
Tu es debout sur la colline, le bleu de l’espace et le vent ruissellent sur toi de la bouche aux talons,
les moissons croissent sur tes bras ; la ronde blondeur de tes seins gonfle le temps des récoltes mûres,
et dans ton sein déjà la nuit profonde se fermente ; déjà la grande mer roule sur toi la courbe de ses vagues.

(Marcelle Delpastre)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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Une maison perdue entre ciel et fumée (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018


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Une maison perdue entre ciel et fumée
Dressée comme un menhir, face à l’hiver qui vient
Une porte de bois qu’on n’a jamais poussée
Depuis le Moyen Âge et la niche du chien
Un chien qui s’est enfui dans la forêt voisine
Depuis cent cinquante ans et qui hurle à la mort
Pour effrayer de loin la bête pharamine
A l’heure où les sorciers mettent leur nez dehors

Une maison qui sent le lard jaune et les pommes
Avec un grand hibou immobile au grenier
Aussi seul qu’un vieux roi qui ne reçoit personne
Trônant sur des bouquins qui perdent leur papier
Photographies de belles au bois décolorées
Par cent ans de silence et qui sourient toujours
Poitrines de soldats fraîchement décorées
Vieilles dames à chignon au regard de vautour

Une maison de pierre au flanc de la montagne
D’où l’on peut voir la mer en montant sur le toit
Où l’on pourrait se croire quelque part en Espagne
Juste entre la Touraine et la Vallée des Rois
Un jardin tout autour où des milliers d’abeilles
Butineraient des fleurs dont j’ignore le nom
Et qui viendraient le soir chanter à mes oreilles
Leurs secrets, sans souci que je comprenne ou non

Une maison sans rien qu’une lampe à pétrole
Qu’on pourrait voir de loin, à trois heures du matin
Quand l’homme que je suis, retournant à l’école
Aux lignes d’un missel apprendrait le latin
Voyageurs inconnus qui ne sauriez qu’en faire
Achetez-la pour moi, je m’installe demain
Si jamais vous trouvez n’importe où sur la Terre
La maison dont je viens de vous faire un dessin

(Bernard Dimey)

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A quoi bon dresser des murailles (Thierry Cazals)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



 

James Zwadlo vbrl

A quoi bon dresser des murailles

dans ta rue, il y a
des passants, des pastèques
des flic-floc dans les flaques
des cagettes d’igname et de manioc
des bazars turcs
des coiffeurs pakistanais
des tailleurs juifs
deux joueurs de go poussant leur pions
sur la nappe en papier
d’un restaurant chinois

ton corps
est prêt à tout accueillir

tout

à quoi bon dresser des murailles
pour séparer les différentes couleurs
du vent?

(Thierry Cazals)

Illustration: James Zwadlo

 

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Résurrection de la rose (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Illustration
    
Résurrection de la rose

La chute d’un ange
De la cime du ciel,
tourbillonnant,
voilà que tombe entre mes bras
une sorte d’ange plumeux
ou peut-être un corbeau géant
ou bien encore un vampire,
on ne sait trop
car la nuit est obscure.

Mais la lune s’étant levée
révèle le plumage noir
d’un grand oiseau
serré contre mon corps

et qui dresse vers moi
non pas un bec
mais un visage
et, dirait-on,
un visage de femme
dont la bouche soudain murmure:
«Je suis ton dernier amour».

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Je crois bien (János Pilinszky)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



 

Je crois bien

Je crois bien que je t’aime;
les yeux clos, je pleure par ta vie.
Cependant vois-tu, les dieux,
la poussière et le temps
dressent de si lourdes collines
entre nous,
que parfois, de l’amour
l’angoisse misérable
et le vertige me saisissent.

Alors, au fond de mon lit j’ai peur
comme la nature à minuit,
silencieuse et immobile.

Puis,
je crois de nouveau que nous sommes l’un à l’autre,
que ma main rejoint la tienne.

(János Pilinszky)

Découvert ici: schabrieres

Illustration: Akseli Gallén-Kallela

 

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LES POÈTES (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
LES POÈTES

Si l’on pouvait rien qu’une fois
prononcer des mots définitifs
comme ceux qui séparent les eaux
guérissent ou ressuscitent les morts

— et le voisin tout à coup retrouve
son visage du dimanche et s’étonne
du mur qu’il a dressé entre nous
pour être seul avec lui-même

comme avec une femme, disait-il,
ou la mer quand elle revient de loin,
les yeux vagues et prête à tout recommencer
— qui, débordant les marges de vaine gloire, qui

refuserait d’accorder sa parole au silence?

(Guy Goffette)

 

Recueil: L’adieu aux lisières
Traduction:
Editions: Gallimard

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