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Poésie

Posts Tagged ‘droit’

Quelquefois (Elise Turcotte)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2017



    

Quelquefois, elle (Maria, sa fille)
s’arrête de jouer et me demande de venir la consoler.
Je la console.
Même si je ne sais pas de quoi.

C’est une chose que son père n’a jamais su faire pour moi.
Ni aucun homme d’ailleurs.

Quand on pleure, il faut passer une sorte d’examen,
être capable de dire pourquoi, et, si on réussit,
on a le droit d’être serrée dans leurs bras.

(Elise Turcotte)

Illustration: Edvard Munch

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En lisant le sutra (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2017



En lisant le sutra
j’ai décidé
D’aller droit

***

Reading the sutra
I decided
To go straight

(Jack Kerouac)

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ASSIÉGÉ (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Philippe Cognée
    

ASSIÉGÉ

Je construis un pilier titubant de mon sang
pour qu’il se tienne droit quand je descends la rue.
La chose est liquide, elle s’écoulera d’autant
plus rapidement si la colline est pentue.

Combien font des bonds périlleux ces fontaines
près desquelles je suis un voyageur téméraire !
Dans de maternelles ténèbres, Seigneur, je Te prie
garde ces sources qu’un doigt de soleil tarirait.

Est-ce l’écume subite qui fait du monde un globe,
une image jaillissant d’un ruisseau pourpré.
Mais que le cristal se brise, elle aurait alors
une qualité intemporelle, mais pas le rêve.

Il arrive que je sente l’île de moi-même
un mercure argenté qui glisse et court,
tournant en lui des miroirs qui se démènent
sous la pression d’un million de pouces.

Puis il faut cette nuit que je parte en quête d’un
inconnu hier que le voyant je reconnais,
dont le contact, expédient ou miracle,
me met la panique et coupe mon envolée.

Avant que le jour se lève je remonte la rue,
accompagné, jusqu’à un lieu berceur au-dessus.
Voilà que mes veines dans des cabanes pourpres
gardent les sauvages et sots passagers de l’amour.

Tout n’est pas perdu, disent-ils, tout n’est pas perdu,
mais avec le surprenant savoir des aveugles
leurs doigts flanchent de sentir un si fragile mur
supporter le siège de tout ce qui n’est pas moi !

***

THE SIEGE

I build a tottering pillar of my blood
to walk it upright on the tilting street.
The stuff is liquid, it would flow downhill
so very quickly if the hill were steep.

How perilously do these fountains leap
whose reckless voyager along am I!
In mothering darkness, Lord, I pray Thee keep
these springs a single touch of sun could dry.

It is the instant froth that globes the world,
an image gushing in a crimson stream.
But let the crystal break and there would be
the timeless quality but not the dream.

Sometimes I feel the island of my self
a silver mercury that slips and runs,
revolving frantic mirrors in itself
beneath the pressure of a million thumbs.

Then I must that night go in search of one
unknown before but recognized on sight
whose touch, expedient or miracle,
stays panic in me and arrests my flight.

Before day breaks I follow back the street,
companioned, to a rocking space above.
Now do my veins in crimson cabins keep
the wild and witless passengers of love.

All is not lost, they say, all is not lost,
but with the startling knowledge of the blind
their fingers flinch to feel such flimsy walls
against the siege of all that is not I!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Poème sur mes pensées (Antoni Lange)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

pont en feu

Poème sur mes pensées

Où que tu sois, tu as toujours envie de partir,
Tu voudrais être à un autre endroit, en ce moment,
Tu t’es mis en tête que ton sort peut changer et devenir
Comme l’étoile qui brille, ailleurs… Tu y penses chaque jour !

Où que tu sois, tu souhaites seulement partir au loin,
Car ta place, tu le sais, ne se trouve nulle part, ici-bas —
Et tu vogues, toujours déchiré dans tes pensées profondes,
Et dans l’erreur, tu suis sans cesse des vagues qui te repoussent.

Où que tu sois, tu cherches seulement à fuir, fuir au loin,
Peu importe où, là où tu n’existes, car partout où tu n’es pas,
Tes chagrins non plus n’y sont pas — et ce désespoir sans voix
Ne t’effraie plus, là-bas… Pousse au loin ta barque, et rame !

Où que tu sois, tu es toujours porté vers cet ailleurs,
Où tu cesses à jamais d’être dans l’espace et le temps,
Pour toujours — là-bas — où que tu sois, jusques
Aux portes de l’éternité — cette demeure est la tienne.

***

J’ai construit un pont —
J’ai relié les bords des deux rives, de façon
À pouvoir, sur-le-champ, quitter
La première rive, pour rejoindre l’avenir des féeries…
Derrière moi, des lignées sombres sont restées,
Emplies de rêves et de baisers,
Et de désillusions…
Et, bien que je regrette de les laisser,
Il me faut pourtant partir au loin —
Je dois aller vers ces pays impossibles à mesurer…
Quand bien même je souhaiterais revenir sur mes pas,
Une voix m’appelle et crie : Brûle tes souvenirs !
Oh, je voudrais tellement revenir en arrière —
Rejoindre le soleil d’or de ma jeunesse…
Mais, cette voix m’a dit :
Oublie ce que tu sais et avance au loin,
Avance tout droit
Vers l’autre rive !…
… J’ai traversé la rive et rejoint l’autre bord —
Alors, j’ai mis le feu au pont…

(Antoni Lange)

 

 

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Il arrive toujours un moment (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



    

 
Il arrive toujours un moment où la route est fatiguée d’aller tout droit

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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L’un va tout droit (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Gao Xingjian

 

L’un va tout droit,
L’autre tourne en rond,
Attend le retour à la maison du père,
Attend l’amie du temps passé.
Mais moi je vais — derrière moi le malheur,
Ni droit ni de travers,
Vers nulle part et vers jamais,
Comme les trains qui déraillent.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Dans le train (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



Dans le train.
Le premier plan tourne à toute allure
tandis que l’arrière-plan est proche de la fixité centrale.
Foncer, aller droit,
c’est longer des cercles.

(Laurent Albarracin)

 Illustration

 

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CONJUGAISON D’AMOUR … POUR UN ENFANT (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2017



CONJUGAISON D’AMOUR … POUR UN ENFANT

Un vent d’Amour a conjugué
Au « présent » le verbe s’aimer
Et c’est ainsi qu’en doux murmures
La vie engendra le « futur ».

Le « passé », « simple ou composé »
De rêve et de réalité
Se voit subitement refait
Par un désir « plus-que-parfait » …

Au « présent » du « conditionnel »
L’espérance prendra des ailes
Criant son bonheur à tout prix
D’un « verbe » haut ! Avec des si …

Si l’on peut ceci … ou cela …
Si l’enfant est beau comme un Roi …
S’il a la grâce de sa mère …
La force tranquille de son père …

Mais, le « futur » n’en a que faire
Il dort … tout au creux de sa mère
Ne demandant que de l’Amour
A partager jour après jour.

Il pourra bientôt « conjuguer »
A tous les « temps » le « verbe » aimer
Et celui d’ « être » à part entière
Au milieu de cet Univers !

Le « passé » a fermé ses portes
C’est le vent d’Amour qui l’emporte
Il se tient fier, droit comme un if
Le Bonheur est « impératif » ! …

(Jacqueline Commard)

 Illustration: Jean Louis Jabalé

 

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Les Jarretières (Léon Xanrof)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Les Jarretières

Le rouge va bien sur le noir.
– Quand je m’en irai à Séville
– et que j’aurais quatre douros,
– j’achèterai des jarretières pour ma belle.

J’achèterai des jarretières rouges,
– avec une devise brodée,
– et je les attacherai moi-même
– sur la cuisse ronde, au-dessus du genou.

La fille que j’aime a de la nuit dans les cheveux,
– et du soleil sur la peau dorée ;
– Ses seins droits ont la pointe sanglante :
– ils ont blessé tant de coeurs…

Ses yeux sont des étoiles noires ;
– sa bouche, une grenade mûre et parfumée ;
– ses dents, des perles sans tache…
– Ce n’est pourtant rien de cela que j’aime.

Ce qui me rend fou d’amour,
– c’est la courbe gracieuse de sa jambe,
– qu’emprisonne la soie noire,
– à travers laquelle transparaît la chair rose.

Lorsqu’elle danse le fandango,
– et que je l’accompagne sur ma guitare,
– toutes les filles sont jalouses d’elle,
– et tous les garçons de moi.

Par le Christ ! Lorsque sa jambe nerveuse,
– plie et bondit avec des tournoiements,
– noire dans l’envolement blanc des jupes,
– je deviens fou et ne sais plus ce que je joue.

En mon coeur s’allume le désir,
– et je voudrais enlever ma belle et l’emporter,
– la couvrir de caresses folles et troublantes,
– et me griser de ses baisers embaumés.

Car ce que j’aime en ma brune,
– ce n’est pas le flot noir et plein de reflets de sa chevelure,
– ni son oeil caché sous la paupière comme une guêpe dans une rose :
– C’est la rondeur de sa jambe et la petitesse de son pied.

Lorsque j’aurai quatre douros, j’irais à Seville,
– et j’achèterai pour ma maîtresse des jarretières,
– que je veux attacher moi-même au-dessus du genoux.
– Le rouge va si bien sur le noir !

(Léon Xanrof)

 Illustration: Tatieva 

 

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Je suis un fanatique de la paix (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Je suis un fanatique de la paix :
un meurtrier noir aux yeux bleus
massacre des cheveux bouclés

Des cheveux droits dévastés
détruisent des peaux noires
découpent bien ma chair
un autre parcellise mon sang.

Seuls ceux sans couleur,
seul le transparent sont bons :
ils me laissent dormir
sans terreur la nuit
et je regarde au travers d’eux
pour voir le ciel.

(Yehuda Amichai)

 Illustration: Arunas Zilys

 

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