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Poésie

Posts Tagged ‘durcir’

Visages (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2021




    
Visages qui apaisent

Visages qui ne sont que refus

Visages au regard éteint

Visages que la timidité verrouille

Visages qui inquiètent

Visages creusés par la faim

Visages qui ouvrent la porte
sur une amitié

Visages vides qui ne laissent
pressentir aucun arrière-pays

Visages dévastés par la maladie

Visages empreints d’une bonté
qui réchauffe

Visages durcis par la haine

*

Visages où demeurent les traces
du combat qui les a pacifiés

Visages qui vous font
vous rétracter

Visages trop lisses
sur lesquels rien ne se lit

Visages dont la dureté
vous glace vous scelle les lèvres

Visages douloureux
où affleure un secret
qu’on aimerait connaître

Visages et regards
de ceux qui sombrent

Visages qu’un excès de souffrance
a figés à jamais
au-delà du désespoir

Visages à l’expression
décidée et hautaine

Visages qui rayonnent
une douce lumière
et dont on garde la nostalgie

*

Visages compassés
façonnés par les conventions

Visages qui consentent
au regard qui les pénètre

Visages las impavides
revenus de tout

Visages d’enfants
d’une grâce infinie

Visages concentrés
à l’écoute
du murmure intérieur

Visages dont la beauté
émerveille

Visages qui vous ouvrent
vous dilatent
vous aimantent

Visages visages visages

Une des grandes et inépuisables
richesses de la vie

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Orange (Diana Burazer)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2021



    

Orange
(ou poème d’amour)

Grosse et mûre, je la prends dans ma main gauche,
je la caresse de la droite,
mon index effleure presque tous ses plis.
Les noeuds,
où demeure sa tristesse durcie,
me surprennent toujours par leur taille.
De mes ongles, je fais une première incision.
Pas de résistance particulière,
pas de révolte.
En silence
une larme jaune
marque notre consentement
mutuel au pénible processus qui s’ensuit
et annonce le début.
Le reste en découle:
je lui dénude une épaule,
puis l’autre.
Ensuite la taille.

Bientôt entièrement nue
dans une fine chemisette transparente,
elle tremble devant nos yeux.

Vas-y, partage-la, elle a l’air bonne —
en attendant à une distance d’où
tout a l’air bon.
Je retarde mes derniers gestes
car je sais
qu’une fois nue et partagée
il sera difficile de garder
ne fût-ce que la mémoire
de sa beauté intégrale.

(Diana Burazer)

Traduit du croate par Vanda Miksic

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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L’AMOUR (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Yuri Pysar
    
L’AMOUR

Hélas ! si je pense à elle, ma gorge se dessèche, ma tête retombe,
mes seins durcissent et me font mal, je frissonne et je pleure en marchant.

Si je la vois, mon coeur s’arrête, mes mains tremblent, mes pieds se glacent,
une rougeur de feu monte à mes joues, mes tempes battent douloureusement.

Si je la touche, je deviens folle, mes bras se raidissent, mes genoux défaillent.
Je tombe devant elle, et je me couche comme une femme qui va mourir .

De tout ce qu’elle me dit je me sens blessée.
Son amour est une torture et les passants entendent mes plaintes…
Hélas ! Comment puis-je l’appeler Bien-Aimée ?

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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MARCHE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration: Philippe Amagat
    
MARCHE

Des linges tachés
claquent au fond des terres
où se durcit le blé
le chien poursuit
une robuste vie
qui finira certes
avant celle du maître :
tous deux traînent leurs ombres
parfois se regardant
quand les routes se croisent
dans une étrange paix
où survit la durée
sous un rayon dernier.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pour toi (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017



    

Pour toi, la Rose de mon souffle
Rose durcie jusqu’à la pierre
Pour, entre nous, cette étincelle reine
Sache, comme l’orage à la rose s’allaite,
Que tout ton feu bat dans mes foudres!
Un seul de tes regards les tresse en couronne d’éclat.

(Olivier Larronde)

 

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Jamais l’amour ne fut plus loin (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Jamais l’amour ne fut plus loin
les femmes cachent leur sexe de leurs mains sanglantes
et leur visage blanc n’est plus le soleil
ni même la dernière étoile errante.

La nuit est pleine comme le cour d’un fruit sans graine
et tourne une couronne noire trop grande pour mon front
les femmes ne se couchent plus pour la joie
les femmes ne tendent plus de pièges
les femmes ne vêtent plus leurs entrailles
ne voilent plus leurs lèvres du cri de leur désir
les femmes sont en silence.

Où sont les bien-aimées de ma jeune journée
les enfants du matin, les filles transparentes
les fileuses d’amour sous leur quenouille blonde
la saison neuve durcit son poing sur mon écorce
voici l’été et le bateau croulant dans un soir de galère
vieilles amies de ma chair, restez dans le passé
qui vous garde si belle.

Qu’êtes-vous devenues, embarquées avec moi dans les plis de la mort ?
que la voile noire nous tienne serrés
je ne vois plus qu’elle et votre odeur n’a plus de trouble
je découvre sous l’eau qui troue votre visage
et fait jouer le ciel sous vos cils de combat
l’effigie même de notre reine.

Votre fard coule de chair, votre tunique est décousue de sang
vos os sont nus que le plaisir a nettoyés
comme un chacal aux dents précises
vous êtes nues, hottes d’ivoire, berceaux d’entrailles
doux autrefois de mon amour.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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FEMMES DE MON PAYS (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017



    

FEMMES DE MON PAYS

Femmes de mon pays,
une même lumière durcit vos corps,
une même ombre le repose;
doucement élégiaques en vos métamorphoses.
Une même souffrance gerce vos lèvres,
et vos yeux sont sertis par un unique orfèvre.
Vous,
qui rassurez la montagne,
qui faites croire à l’homme qu’il est homme,
à la cendre qu’elle est fertile,
au paysage qu’il est immuable.
Femmes de mon pays,
vous, qui dans le chaos retrouvez le durable.

(Nadia Tueni)

 

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Visages de jeunes filles (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Andrei Markin           -ImpressioniArtistiche-19 [1280x768]

Visages de jeunes filles,
visage sans « je »,
visages sans capitaine.

Miroirs de la race,
visages encore inhabités
que la volonté n’a pas eu le temps de durcir
et de rendre forteresse.

Visages ouverts,
visages donnés,
mais où il n’y a personne à prendre.

Visages qui ne vous appartiennent pas.
Visages universels.

[…]

J’ai eu le vertige, j’ai le vertige.
Impossible de faire un geste de crainte de tout détruire,
hésitant entre le respect, l’adoration et la convoitise

(Henri Michaux)

Illustration: Andrei Markin 

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Pour ne pas que l’air durcisse (Félix Leclerc)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2017



 

Pour ne pas que l’air durcisse,
les oiseaux y font des trous
comme dans la terre, les vers.

(Félix Leclerc)

 

 

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Le sel (Henri Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Le sel

Il vient de la mer, je le sais
son sel durcit dans ma broussaille
Le soir, s’il me dit : chante !
je deviens fou, mon ombre est folle
je dis la chose sans paroles.
Les gens viennent, les gens se taisent sous la lune.
Et je danse pour le viril
le plus mouvant, plus simple et plus terriblement subtil.
Je meurs, je sombre, délirance
est sous la pointe de mon pied.
Rien, la voix ne m’est rien. C’est son silence contre
toujours plus contre moi
qui révolte l’instant et fait tourner le ciel.

(Henri Bauchau)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration

 

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