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Posts Tagged ‘dure’

Plus dure que les rocs (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Albert-Ernest Carrier -Belleuse 283

Plus dure que les rocs, les côtes et la mer,
Plus altière que l’air, que les cieux et les anges,
Plus cruelle que tout ce que je puis nommer,
Tigres, ours et lions, serpents, monstres étranges,
Tu ris en me tuant et je meurs pour aimer.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Albert-Ernest Carrier

 

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La pierre aqueuse (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


 


Annabelle Verhoye 7

 

La pierre aqueuse

C’était une belle brune
Filant au clair de la lune,
Qui laissa choir son fuseau
Sur le bord d’une fontaine,
Mais courant après sa laine
Plongea la tête dans l’eau,

Et se noya la pauvrette
Car à sa voix trop faiblette
Nul son désastre sentit,
Puis assez loin ses compagnes
Parmi les vertes campagnes
Gardaient leur troupeau petit.

Ah ! trop cruelle aventure !
Ah ! mort trop fière et trop dure !
Et trop cruel le flambeau
Sacré pour son hyménée,
Qui l’attendant, l’a menée
Au lieu du lit, au tombeau.

Et vous, nymphes fontainières
Trop ingrates et trop fières,
Qui ne vîntes au secours
De cette jeune bergère,
Qui faisant la ménagère
Noya le fil de ses jours.

Mais en souvenance bonne
De la bergère mignonne,
Emus de pitié, les dieux
En ces pierres blanchissantes
De larmes toujours coulantes
Changent l’émail de ses yeux.

Non plus yeux, mais deux fontaines,
Dont la source et dont les veines
Sourdent du profond du coeur ;
Non plus coeur, mais une roche
Qui lamente le reproche
D’Amour et de sa rigueur.

Pierre toujours larmoyante,
A petit flots ondoyante,
Sûrs témoins de ses douleurs ;
Comme le marbre en Sipyle
Qui se fond et se distille
Goutte à goutte en chaudes pleurs.

Ô chose trop admirable,
Chose vraiment non croyable,
Voir rouler dessus les bords
Une eau vive qui ruisselle,
Et qui de course éternelle,
Va baignant ce petit corps !

Et pour le cours de cette onde
La pierre n’est moins féconde
Ni moins grosse, et vieillissant
Sa pesanteur ne s’altère :
Ainsi toujours demeure entière
Comme elle était en naissant.

Mais est-ce que de nature
Pour sa rare contexture
Elle attire l’air voisin,
Ou dans soi qu’elle recèle
Cette humeur qu’elle amoncelle
Pour en faire un magasin ?

Elle est de rondeur parfaite,
D’une couleur blanche et nette
Agréable et belle à voir,
Pleine d’humeur qui ballotte
Au dedans, ainsi que flotte
La glaire en l’oeuf au mouvoir.

Va, pleureuse, et te souvienne
Du sang de la plaie mienne
Qui coule et coule sans fin,
Et des plaintes épandues
Que je pousse dans les nues
Pour adoucir mon destin.

(Rémy Belleau)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

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Vous ne dites rien, vous restez là, toute la journée (Francis Combes)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2019



Vous ne dites rien,
vous restez là,
toute la journée,
coi et buté dans votre coin.
Vous êtes une chaise.
Vous avez la tête… dure,
on dirait du bois,
vous êtes émotif

(Francis Combes)

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Sors de l’ombre (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Makoto Oshima 2003-ei-10f

Sors de l’ombre, et dis-moi
depuis combien d’années
tu mêles à mes pas
ton empreinte invisible,
ô mon double muet
traversé par mes mains.
C’est trop peu de sentir
ton souffle sur mon front
et dans l’air mutilé
d’écouter ta présence ;
trop peu de deviner
tes gestes incertains
à travers le cristal
du sommeil et des songes.
J’ai trop connu l’attente
et les paroles dures.
je ne crains ton regard
ni le rond de ta bouche
et veux te voir en face
à la clarté du coeur.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Makoto Oshima

 

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Prière (Raquel Halfi)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Prière

Les piliers de la mer
descendent vers le bas
infiniment bleus
remontent vers le haut
jusqu’à l’infini du blanc
essayant s’efforçant
de m’unir au
pouvoir suprême
vers lequel aspire
ma pierre
la plus intérieure

Pierre dure
perdue
au bord des chemins
Pierre parmi les pierres des ruines
Pierre
seulement en priant
des gouttes dégoulinent
de ces piliers d’eau
la faisant reluire
comme une perle
posée sur le fond
de cette mer intérieure —
énigme obscure sans fond

(Raquel Halfi)


Illustration

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La route est dure (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



La route est dure
Vers ta maison invisitée,
Et les portes scellées. On dit
Qu’à l’amour est donnée la clef
Du souvenir, de la tombe, du Paradis.

***

Hard is the way
To your unvisited house,
Barred the gates. Some say
To love is given the key
Of memory, the grave, Paradise.

(Kathleen Raine)

 

 

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Emeraude (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Lorsque tout n’était qu’altitude,
altitude,
altitude,
l’émeraude froide attendait
là-haut, le regard émeraude :
c’était un oeil :
il regardait
et c’était le centre du ciel,
et c’était le centre du vide :
l’émeraude
regardait :
unique, dure, verte immensément,
on aurait cru voir l’oeil
de l’océan,
l’oeil fixe, l’oeil de l’eau,
goutte de Dieu, victoire
du froid, tour, verte tour.

(Pablo Neruda)


Illustration

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LAPIS-LAZULI (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



LAPIS-LAZULI

Perle brillante et dure qu’on trouve
dans les tombes d’Egypte. Larme bleue
des momies qui ne peuvent oublier le ciel.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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VERS LA MAISON (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



 

Carlo Carra -Verso-casa--1939

VERS LA MAISON

Mon âme, s’il te semble
que nous avons assez erré pour atteindre le soir,
Ne pourrions-nous entrer dans notre chambre,
fermer la porte et nous faire un peu de printemps ?
Trieste, cité neuve,
semblable à une mâle adolescence,
qui a poussé sans forme ni mesure
entre la mer et les dures collines ;
où l’art ne s’est pas épanoui
ou alors c’est dans le coeur
de ses habitants, dans cette couleur
de jeunesse qui est sienne, dans ce mouvement divers ;
nous l’avons explorée tout entière, jusqu’en son plus lointain
recoin, la plus étrange des villes.
Et maintenant qu’avec le soir aussi se fait
vivace le besoin de retourner en nous,
ne pourrions-nous entrer là où avec tant d’amour
toujours je t’écoute, où tu peux, en bien, toi
changer une longue erreur.
De la peine la plus assidue,
de la misère la plus dure et la plus secrète,
mon âme, nous ferons aujourd’hui un poème.

(Umberto Saba)

Illustration: Carlo Carra

 

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Si dure, si forte, si froide (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



Tous les tam-tams de la jungle battent dans mon sang
Toutes les lunes farouches et ardentes de la jungle
brillent au fond de mon âme.
J’ai peur de cette civilisation,
Si dure,
Si forte,
Si froide.

(Langston Hughes)


Illustration: Charlie Chaplin

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