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Posts Tagged ‘durer’

PLAISIR D’AMOUR (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

PJ Lynch 1c_500

PLAISIR D’AMOUR

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Et la rose que vous offrirent ce matin
Des doigts fins de damoiseau tendrement
Aura ce soir froissé ses habits de satin;
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment
Et ne laisse qu’un souvenir lointain.
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Mignonne, ayez-en plus souci;
Ne renvoyez pas vos princes charmants
Avec une larme au bout de leurs cils;
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment :
Chagrin d’amour aussi.

(Tristan Klingsor)

Illustration: PJ Lynch

 

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Zoziaux (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2020



Illustration
    
Zoziaux

Amez bin li tortorelle,
Ce sont di zoziaux
Qui rocoulent por l’orelle
Di ronrons si biaux.

Tout zoulis de la purnelle,
Ce sont di zoziaux
Amoreux du bec, de l’aile,
Du flanc, du mousiau.

Rouketou, rouketoutou
Tourtourou torelle
Amez bin li roucoulou
De la tortorelle.

On dirou quand on l’ascoute
Au soulel d’aoûte
Que le bonhor, que l’amor
Vont dorer tozor.

(Norge)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Si tu t’imagines (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020



Illustration: Etienne Adolphe Piot

    
Si tu t’imagines

si tu t’imagines
fillette fillette
si tu t’imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

Si tu crois petite
si tu crois ah ah
que ton teint de rose
ta taille de guêpe
tes mignons biceps
tes ongles d’émail
ta cuisse de nymphe
et ton pied léger
si tu crois petite
xa va xa va xa va
va durer toujours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

les beaux jours s’en vont
les beaux jours de fête
soleils et planètes
tournent tous en rond
mais toi ma petite
tu marches tout droit
vers sque tu vois pas
très sournois s’approchent
la ride véloce
la pesante graisse
le menton triplé
le muscle avachi
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

(Raymond Queneau)

 

Recueil: L’instant fatal
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mathilde (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



Mathilde, nom de plante ou de pierre ou de vin,
nom de ce qui est né de la terre, et qui dure,
la croissance d’un mot a fait lever le jour,
dans l’été de ton nom éclatent les citrons.

Sur ce nom vont courant les navires de bois
entourés par l’essaim bleu marine du feu,
les lettres de ton nom sont l’eau d’une rivière
qui viendrait se jeter en mon coeur calciné.

Oh ce nom découvert sous un volubilis,
nom semblable à l’entrée d’un tunnel inconnu
qui communique avec tous les parfums du monde !

Oh envahis-moi de ta bouche qui me brûle,
cherche en moi, si tu veux, de tes yeux de nuit, mais
laisse-moi naviguer et dormir sur ton nom.

***

Matilde, nombre de planta o piedra o vino,
de lo que nace de la tierra y dura,
palabra en cuyo crecimiento amanece,
en cuyo estío estalla la luz de los limones.

En ese nombre corren navíos de madera
rodeados por enjambres de fuego azul marino,
y esas letras son el agua de un río
que desemboca en mi corazón calcinado.

Oh nombre descubierto bajo una enredadera
corno la puerta de un túnel desconocido
que comunica con la fragancia del mundo !

Oh invádeme con tu boca abrasadora,
indágame, si quieres, con tus ojos nocturnos,
pero en tu nombre déjame navegar y dormir.

(Pablo Neruda)

 

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ÉLÉGIE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



 

Dorina Costras whispers_and_waves_mic_inset

ÉLÉGIE

Je ne vous parlerai que lorsqu’en l’eau profonde
Votre visage pur se sera reflété
Et lorsque la fraîcheur fugitive de l’onde
Vous aura dit le peu que dure la beauté.

Il faudra que vos mains pour en être odorantes,
Aient cueilli le bouquet des heures et, tout bas,
Qu’en ayant respiré les âmes différentes
Vous soupiriez encore et ne souriiez pas;

Il faudra que le bruit des divines abeilles
Qui volent dans l’air tiède et pèsent sur les fleurs
Ait longuement vibré au fond de vos oreilles
Son rustique murmure et sa chaude rumeur;

Je ne vous parlerai que quand l’odeur des roses
Fera frémir un peu votre bras sur le mien
Et lorsque la douceur qu’épand le soir des choses
Sera entrée en vous avec l’ombre qui vient;

Et vous ne saurez plus, tant l’heure sera tendre
Des baumes de la nuit et des senteurs du jour,
Si c’est le vent qui rôde ou la feuille qui tremble,
Ma voix ou votre voix ou la voix de l’Amour…

(Henri De Régnier)

Illustration: Dorina Costras

 

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L’éclair (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



L’éclair me dure.

(René Char)

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Il y aura toujours (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



 

Il y aura toujours
une goutte d’eau pour durer
plus que le soleil
sans que l’ascendant du soleil
soit ébranlé.

(René Char)

 

 

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Menaçante (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




    
Menaçante telle une créature animale,
pend au-dessus de la terre l’obscurité
quelle lune
nous apportera un semblant de lumière?
quel soleil
– qui ne menace pas
nous fera signe ?

*

TOUT EST REVERSIBLE mais
où se trouve la limite
qui sait autour le tournant
l’obscurcissement
la nuit?

*

D’OU es-tu venu
où iras-tu ?
Combien de temps encore
durera ton éternité
– planète?

*

LE TEMPS PRESSE, pousse le sable
Griffe le mot
dans la pierre et espère
qu’il demeure
– pas
comme testament.

*

Threatening,
as a beastly being
hangs darkness above the earth
what moon
brings us a glimpse of light
what sun
– which does not threaten
gives us a sign?

*

REVERSIBLE is everything
but where lies the verge
who knows about the reversal
the darkening
the night?

*

WHERE did you come from
where will you go?
How long will last
your eternity
– planet?

*

TIME IS PRESSING, pushing the sand
Scratch the word
in the stone and hope
that it remains
– not
as testament.

***

黑夜女神

威胁着
以野蛮的存在
向大地垂下黑暗
怎样的月光

给我们带来清晰
怎样的太阳
毫无威胁地

呈现一线征兆?
一切都是可逆

但是界限何在?

谁知道
逆转将在何时降临
那黑暗,那夜晚?

*

你从哪里来
又往哪里去?

你的永恒
还会持续多久?

—而星球?

*

时间紧迫, 挤沙下漏

在石头上
刻字,希望
石头留存

—并非
遗嘱

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: La Voie (TAO)
Traduction:
Editions: POINT

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CORPS, MON CORPS (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




Illustration: Ron Mueck
    
CORPS, MON CORPS

Corps, mon corps, combien de mains
de combien d’étrangers sont-elles venues sur toi

Jadis, la mort était une main moite de coiffeur.
Ensuite vint le froid glacial d’un stéthoscope.

Plus tard, tu te cassais dans le fauteuil d’un dentiste
ou un faux enseignant te tripotait la tête.

Et puis ces métros avec cette chair affairée,
ce restant, poissons qui glissent le long de toi

dans les magasins, ascenseurs, ruelles et trains,
corps, mon corps, remémore-toi donc l’odeur

des premières chambres et des draps amoureux,
le printemps qui naissait en nous. Car nous

avons peur. Et l’angoisse parfois dure le temps d’un corps.
Bientôt, je reposerai là et ils me peigneront encore.

***

LICHAAM, MIJN LICHAAM

Lichaam, mijn lichaam, hoeveel handen
van hoeveel vreemden kreeg je op je af?

Ooit was de dood een klamme kappershand.
Toen kwam de vrieskou van een stethoscoop.

Weer later brak je in een tandartsstoel
of zat een valse leerkracht aan je hoofd.

En dan die metro’s met dat drukke vlees,
dat restvolk dat als vissen langs je gleed

in winkels, liften, stegen en coupés,
lichaam, mijn lichaam, denk toch aan de geur

van eerste kamers en verliefde lakens,
de lente die het in ons werd. Wou- wij

zijn bang. En angst duurt soms een lichaam lang.
Straks lig ik daar en wordt mijn haar gekamd.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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Rester ? tu es folle, pensée ! (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2019



 

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Rester ? tu es folle, pensée !
On serait seul — rien ne dure —
Rester comme une ombre aux croisées,
Comme un portrait qui sourit au mur ?

C’est déjà trop qu’on s’attarde ;
Notre heure est loin sur la route
— Qu’est-ce donc que tu regardes
Là-bas ? Qu’est-ce que tu écoutes ?

Rester ! il ne reste rien
Des rires, des rêves, de l’été…
Ils s’en furent par d’autres chemins.
Je suis las d’avoir été.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Jacek Yerka

 

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