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LA PITIÉ DE L’AMOUR (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



 

LA PITIÉ DE L’AMOUR

Pitié plus qu’on ne peut dire
Se cache au coeur de l’amour,
Puisque tous ces gens qui trafiquent
Et le charroi des nuées,
Et tous ces vents froids qui soufflent
Sans fin leurs trompes de pluie,
Et ce bois de noisetiers sombre
Où l’eau court comme souris grises,
Tout menace l’être que j’aime.

***

THE PITY OF LOVE

A pity beyond all telling
Is hid in the heart of love :
The folk who are buying and selling,
The clouds on their journey above,
The cold wet winds ever blowing,
And the shadowy hazel grove
Where mouse-grey waters are flowing,
Threaten the head that I love.

(William Butler Yeats)

Illustration: Ai Xuan

 

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Beauté des instantanés qui fixent l’image de l’eau jaillissante (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Beauté des instantanés qui fixent l’image de l’eau jaillissante,
fusant hors d’elle-même, rebondissant vers le haut,
comme la gerbe d’écume d’une vague fracassée au bord d’un rocher.
La vague morte engendre ce grand fantôme blanc qui dans un instant ne sera plus.
L’espace d’un déclic, l’eau pesante monte comme une fumée, comme une vapeur, comme une âme.

(Marguerite Yourcenar)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

 
Illustration: ArbreaPhotos
 

 

<a href= »http://arbreaphotos.wordpress.com »>Illustration: ArbreaPhotos</a>

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IL Y A …(Dominique Joye)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017



 

Regard

IL Y A …

Il y a la forêt de roses, certains soirs dans l’extase
Où des orages de soleils coulent à la source de tes yeux.

Il y a les saisons de couleurs, des nuits de ton amour
Comme une étrange liberté à l’ivresse du temps perdu.

Il y a les papillons de lumière qui volent dans nos têtes
Pour oublier l’araignée de la faim endormie dans la raison du sommeil.

Il y a la perte des étoiles dans le froissement du vent
Et ta bouche sur la mienne qui donne l’énergie aux ténèbres.

Il y a la beauté de l’horizon dans la courbure des blés,
Comme la volupté de l’eau des désirs de mon corps.

Il y a la griffe du sang sur l’étendue de la mer
Où la main de notre espace cueille l’orchidée du matin.

Il y a la neige des vagues qui gonfle la voilure de l’ombre
Jusqu’à l’absence d’un regard dans la retenue des astres.

Il y a l’azur de la pluie bu par le pourpre des jasmins
Dans les champs de nénuphars où s’envolent des hirondelles.

Il y a l’étreinte de la souffrance, l’échange d’un sourire
Et le besoin de tes yeux jusqu’à la folie de vivre.

(Dominique Joye)

 

 

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Extrême-Orient (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




    
Extrême-Orient

I

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul je m’en suis allé. – J’ai dénoué l’amarre,
Puis je me suis couché dans ma jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l’eau,
Sans savoir où, très lentement. – O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l’on s’égare !…
Par instants, j’arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d’indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence…
Car j’ai l’amour subtil du crépuscule fin ;

L’eau musicale et triste est la soeur de mon rêve
Ma tasse est diaphane, et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève.

II

La vie est une fleur que je respire à peine,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond.
J’ignore l’heure vaine, et les hommes qui vont,
Et dans 1’Ile d’Émail ma fantaisie est reine.

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine,
Je n’y touche jamais qu’avec un soin profond ;
Et l’azur fin, qu’exhale en fumant mon thé blond,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine.

J’habite un kiosque rose au fond du merveilleux.
J’y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d’or parmi les paysages bleus ;

Et, poète royal en robe vermillon,
Autour de l’éventail fleuri qui l’a fait naître,
Je regarde voler mon rêve, papillon.

(Albert Samain)

 

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Le roi de Thulé (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Pierre Jan Van Der Ouderaa
    
Le roi de Thulé

Il était un roi de Thulé
A qui son amante fidèle
Légua, comme souvenir d’elle,
Une coupe d’or ciselé.

C’était un trésor plein de charmes
Où son amour se conservait :
A chaque fois qu’il y buvait
Ses yeux se remplissaient de larmes.

Voyant ses derniers jours venir,
Il divisa son héritage,
Mais il excepta du partage
La coupe, son cher souvenir.

Il fit à la table royale
Asseoir les barons dans sa tour ;
Debout et rangée alentour,
Brillait sa noblesse loyale.

Sous le balcon grondait la mer.
Le vieux roi se lève en silence,
Il boit, – frissonne, et sa main lance
La coupe d’or au flot amer !

Il la vit tourner dans l’eau noire,
La vague en s’ouvrant fit un pli,
Le roi pencha son front pâli…
Jamais on ne le vit plus boire.

(Gérard de Nerval)

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Ô Fontaine Bellerie (Guillaume de Lorris)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Helena Nelson-Reed
    
Ô Fontaine Bellerie

Ô Fontaine Bellerie,
Belle fontaine chérie
De nos Nymphes, quand ton eau
Les cache au creux de ta source,
Fuyantes le Satyreau,
Qui les pourchasse à la course
Jusqu’au bord de ton ruisseau,

Tu es la Nymphe éternelle
De ma terre paternelle :
Pource en ce pré verdelet
Vois ton Poète qui t’orne
D’un petit chevreau de lait,
A qui l’une et l’autre corne
Sortent du front nouvelet.

L’Été je dors ou repose
Sur ton herbe, où je compose,
Caché sous tes saules verts,
Je ne sais quoi, qui ta gloire
Enverra par l’univers,
Commandant à la Mémoire
Que tu vives par mes vers.

L’ardeur de la Canicule
Ton vert rivage ne brûle,
Tellement qu’en toutes parts
Ton ombre est épaisse et drue
Aux pasteurs venant des parcs,
Aux boeufs las de la charrue,
Et au bestial épars.

Io ! tu seras sans cesse
Des fontaines la princesse,
Moi célébrant le conduit
Du rocher percé, qui darde
Avec un enroué bruit
L’eau de ta source jasarde
Qui trépillante se suit.

(Guillaume de Lorris)

 

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En étrange pays (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



 

Catherine Abel eden [1280x768]

En étrange pays

Tu étais là présente parfois double,
En ce pays du jamaisrevenu
Atlas sans méridiens Zone inconnue
Temps sans passé Temps qui n’est plus qu’eau trouble.
Tu étais là. Ramenée en arrière
D’une mer amputée de littoral.
Tu gouvernais ton navire amoral
Vers l’au-delà des vies aventurières.
Tu étais là. Je ne sais depuis quand
De ta mémoire émargée. Péninsule
Où nous étions exilés, nous Consuls
Très surveillés d’au-dessous le volcan.
C’était la zone extrême dévolue
Aux animaux d’une ancienne mémoire
Qui surgissaient portant sur eux les moires
D’une autre mer, d’un monde révolu.
Un soleil maigre à jambes d’antilope
S’imprimait sur le sable à pas légers
Mais tu fuyais de ce site étranger
Comme traquée par son œil de cyclope.

(Charles Dobzynski)

Illustration: Catherine Abel

 

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Je fus le temps (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Ron Mueck  
    
Je fus le temps

Je fus le temps de ces métamorphoses,
d’une saison à l’autre plus exquises,
le pèlerin d’une mer sans limites.

Je naviguais par une force obscure,
je m’inscrivais sur la page du Temps
sans que les mots ralentissent ma course.

Un goéland m’invitait à le suivre.
Il dérivait plus vite que le vent
pour déjouer tous mes itinéraires.

J’ai navigué par la rame et le vin.
Où fut le rêve, où fut l’errance, où furent
des cris perdus les miettes éparses ?

Ai-je existé dans l’autre imaginaire ?
Suis-je le roi de mon île engloutie ?
Surgi des eaux, ne suis-je qu’un mirage ?

Lorsque le Temps jette ses mouches mortes,
je vois le ciel qui s’ouvre comme un ventre.
Il faut crier mais les cris sont taris.

Éternité : le nom de mon périple.
La terre seule est mesure des jours.
Nous échangeons des paroles perdues

pour oublier le vertige final.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Tu l’entrevois (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Tu l’entrevois

Tu l’entrevois, la belle plénitude
avec sa corne et ses fruits échappés.

Nous avons bu les eaux de tant de sources,
de tant d’oiseaux nous avons bu le chant.

Sommes-nous là pour remercier le ciel
de ces présents que la terre a donnés ?

Nous célébrons de fades artifices
quand le miracle apparaît sous nos yeux.

Et ce miracle — ici tout est miracle —,
c’est que la vie allant de corps en corps

se perpétue au bord de ce cratère
où le feu vif ne brûle qu’au-dedans.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Pas de bras sur l’arbre (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Pas de bras sur l’arbre
pour saisir un verre
D’eau

***

Trees cant reach
for a glass
Of water

(Jack Kerouac)

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