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Poésie

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Est-ce toi reflet et éclat (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2017



Cette lune sur l’eau
Est-ce toi
Cette lune dans l’eau
Est-ce toi
Est-ce toi reflet et éclat
A toi-même inédits
En ton unique mémoire
Tu regardes
Et tu t’éloignes
Tu souris
Et tu t’éloignes
A jamais proche inaccessible
Dans l’au-delà d’ici
Dans l’au-delà de toi.

(François Cheng)

Illustration

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Veillée heureuse (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Andrzej Malinowski

    
Veillée heureuse

J’épie, avec amour, ton sommeil dans la nuit :
Ton front a revêtu la majesté de l’ombre,
Tout son enchantement et son prestige sombre…
Et l’heure, comme une eau nocturne, coule et fuit !

Tu dors auprès de moi, comme un enfant… J’écoute
Ton souffle doux et faible et presque musical
S’élevant, s’abaissant, selon un rythme égal…
Ton âme, loin de moi, suit une longue route…

Tes yeux lassés sont clos, ô visage parfait !
Te contemplant ainsi, j’écoute, ô mon amante !
Comme un chant très lointain ton haleine dormante,
Je l’entends, et mon coeur est doux et satisfait.

(Renée Vivien)

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Le passé (Malcom Lowry)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



 

Le passé

Comme une vieille échelle pourrie
Qu’on a jetée d’une scierie désaffectée
Et qui flotte, émergeant seulement par le haut,
Tandis que, tout imprégné d’eau, le reste baigne,
Rongé par les tarets, encroûté de bernacles
Et de moules accrochées en papillotes bleues ;
Puante, alourdie d’algues et de ces curieux êtres
Qui vivent de la mort et de la marée basse,
Route vermiculée, en proie à l’helminthiase :

Telle est ma conscience.

De temps en temps, je la sèche au soleil,
Je l’appuie (contre rien du tout,
Puisqu’elle ne monte nulle part) ;
Mais je la garde, on ne sait jamais, ça peut servir.
Qui sait si elle n’est pas récupérable,
Si on ne pourrait pas la radouber un peu
Et chaque nuit sans raison ma cervelle
Monte et descend les barreaux de l’échelle.

(Malcom Lowry)

Illustration

 

 

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Paysage hollandais (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Johan Barthold Jongkind   
    

Paysage hollandais

Voici que s’alourdit en moi le lourd malaise,
L’eau mauvaise pourrit dans le morne canal…
Et je sens augmenter, dans mon coeur, tout le mal
Ainsi que se pourrit, là-bas, cette eau mauvaise…

C’est l’impuissant ennui de mon regard lassé.
La fièvre me surprend en traîtresse ennemie…
Avec terreur je vois cette face blêmie,
Qui fut mienne pourtant dans les jours du passé.

Nul cher baiser ne vient surprendre enfin mes lèvres
Et je n’espère plus secours ni réconfort.
Cette tristesse est plus terrible que la mort…
Que je hais cette eau trouble où s’embusquent les fièvres !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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AMOUR DE PROFIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Richard MacDonald - Tutt'Art@ (1)

AMOUR DE PROFIL

1
Dans le sommeil des feuilles mortes
qui craquent de gel la nuit
sans que personne pose le pied

dans le sang qui bat à la tempe
du dormeur qui ferme les portes
et ne sait plus si lui c’est lui

dans le froissement de la furtive
allant retrouver son amant
au creux des menthes la rivière

dans les paroles de la pluie
dans le feu quand la maison dort
dans la chevêche de minuit

j’entends respirer la secrète
qui n’est jamais là où elle est

2
Songeuse Retirée Rieuse Tempérée
Flexible Détournée Distraite Méditée
Le beau front bombé et sa pâleur d’opale
Les yeux de grand hiver de brasero lent

Toi la pensive et l’incertaine Toi l’innocence
et la malice Toi l’eau qui dort en robe d’eau
Absente Dérobée Naïve Gaie Moqueuse
Furtive Souveraine Altière Intimidée

Indécise Etonnée Limpide Couronnée
Profil nu hésitant dans un miroir brouillé
par les longues pluies de la mélancolie
toi la Reine et la Fée l’enfantine et la grave

je t’écoute écouter J’écoute ton silence
J’écoute les échos les voiles de ta voix
ta voix de feuilles mortes et de vent sur la tempe
qui peut en murmurant faire éclore l’automne

3
Nous deux
Quelquefois un
Les deux doigts de la flamme
Deux c’est ton ombre et moi
ou toi ma silencieuse
nue comme à marée basse
une voix qu’on devine

Nous deux
quelquefois un
Les deux pieds nus du vent
Deux d’eau Le bruit de l’eau
Rêver se taire ensemble

Le ciel mangé de jour
qui n’a qu’un seul regard

Quelquefois un Nous deux

(Claude Roy)

Illustration: Richard MacDonald

 

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Soudain, elle voit (Jean Aron)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



lourdesDans son cachot
elle prie comme elle peut
puis repense à sa journée:
elle espère qu’on la réveille,
elle erre
au milieu des brebis,
elle marche au bord de l’innocence,
son regard est vers là-bas;
elle cueille du bois mort
qu’elle met dans son panier,
elle enlève ses sabots,
l’eau glacée
comme un étau l’étreint.
Soudain,
elle voit la voix des branches
dégouliner le long des tiges
parmi les partitions endormies
de la prairie des gaves,
une gloire enluminée d’opale
flotte autour d’elle,
elle vit son extase
au gré tremblant du froid.

(Jean Aron)

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LES PROMENEUSES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Paul Delvaux

 

LES PROMENEUSES

Au long de promenoirs qui s’ouvrent sur la nuit
— Balcons de fleurs, rampes de flammes —
Des femmes en deuil de leur âme
Entrecroisent leurs pas sans bruit.

Le travail de la ville et s’épuise et s’endort :
Une atmosphère éclatante et chimique
Étend au loin ses effluves sur l’or
Myriadaire d’un grand décor panoramique.

Comme des clous, le gaz fixe ses diamants
Autour de coupoles illuminées ;
Des colonnes passionnées
Tordent de la douleur au firmament.
Sur les places, des buissons de flambeaux
Versent du soufre ou du mercure ;
Tel coin de monument qui se mire dans l’eau
Semble un torse qui bouge en une armure.

La ville est colossale et luit comme une mer
De phares merveilleux et d’ondes électriques,
Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes — opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux —
Avec en main des fleurs de macre,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.

Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes — opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux —
Avec en main des fleurs de macre’,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.

Ce sont de très lentes marcheuses solennelles
Qui se croisent, sous les minuits inquiétants,
Et se savent, — depuis quels temps ? —
Douloureuses et mutuelles.

En pleurs encor d’un trop grand deuil,
Tels yeux obstinés et hagards
Dans un nouveau destin ont rivé leurs regards,
Comme des clous dans un cercueil.

Telle bouche vers telle autre s’en est allée,
Comme deux fleurs se rencontrent sur l’eau.
Tel front semble un bandeau
Sur une pensée aveuglée.

Telle attitude est pareille toujours ;
Dans tel cerveau rien ne tressaille.
Quoique le coeur, où le vice travaille,
Batte âprement ses tocsins sourds.

J’en sais dont les robes funèbres
Voilent de pâles souliers d’or
Où son rêve d’État strict et géométrique
Tranquillisait l’aboi plaintif des lâchetés.

Il se sentait la force étroite et qui déprime,
Tantôt sournois, tantôt cruel et contempteur,
Et quand il se dressait de toute sa hauteur
Il n’arrivait jamais qu’à la hauteur d’un crime.

Planté devant la vie, il l’obstrua, depuis
Qu’il s’imposa sauveur des rois et de lui-même
Et qu’il utilisa la peur et l’affre blême
En des complots fictifs qu’il étranglait, la nuit.

Si bien qu’il apparaît sur la place publique
Féroce et rancunier, autoritaire et fort,
Et défendant encor, d’un geste hyperbolique,
Son piédestal massif comme son coffre-fort.

(Emile Verhaeren)

Illustration: Paul Delvaux

 

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Ouvertures d’eau verte sur le lac gelé (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Un-trou-dans-le-lac-gele

Ouvertures d’eau verte sur le lac gelé,
des bancs de glace flottent dans les profondeurs
tant de transparence dérobant tant de pureté
— le lait du ciel dans l’opale du regard

(Gérard Pfister)

Illustration

 

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LE POÈTE EST ATTRISTÉ PAR L’INONDATION (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



Hokusaï

LE POÈTE EST ATTRISTÉ PAR L’INONDATION

Le vent glacé des montagnes Vouchan déracine les arbres.
L’inondation implacable augmente de jour en jour.
On ne distingue plus ni les montagnes ni la plaine.
Le brouillard et l’eau noient toutes choses.

Cependant, mes derniers chrysanthèmes fleurissent.
Quand tu passeras, Young Hi,
arrête ta barque devant mon jardin,
et contemple-les.
Leurs chaudes couleurs
se répandront sur tes pensées.

(La Flûte de Jade)

 Illustration: Hokusaï

 

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Fuyant le ciel (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2017




Fuyant le ciel

Fuyant le ciel, effrayé de la terre,
tu peignais un soleil fragile
un rameau d’if sur fond de soie.

Tu nommais les veines du bois
les cristaux de neige, la pluie.
Un insecte venait parfois
mourir sous ta lampe la nuit.

Tu nommais les oiseaux, les fleurs,
chaque fruit d’un nom nouveau,
les poissons – tes frères – l’eau,

croyant que nommer donne un gage,
qu’un mot pur vaut une clef,
que la porte du passage
céderait sous ta poussée,

céderait vers quel mirage!

(Jean Joubert)

Illustration: Vincent Van Gogh

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