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Poésie

Posts Tagged ‘eau’

Triste fleur (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020



Triste fleur qui croît seule et n’a pas d’autre émoi
Que son ombre dans l’eau vue avec atonie.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Conda de Satriano

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Retouche à passe-passe (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2020



Retouche à passe-passe

cercles du ciel et de l’eau
le regard vous sépare et vous lie
ainsi la maison noire et la lumière
ton visage et mes yeux, double amour,
de mains étranges douces miennes

(Daniel Boulanger)


Illustration: Escher

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ELBE (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2020




ELBE

J’ai dit
Je te tu
Tu dis
Tu me moi
Je te tutoie
Tu me tutoies
Je me tais et tu t’es tue
Je tue l’autre en toi
Comme en moi tu tuas l’un
Je me tue si tu te tues
En te tuant tu me tues
Tu n’es plus toi tu es moi
Qui ne suis plus rien que toi
Une et un sont un
Il fait nuit en plein soleil
Pour mieux noyer l’indivis
Pour nous noyer tous deux
Dans un vaste lit d’eau bleue
Midi profondément noir
Claire mort
Précipite l’heure ardente
Au sablier inférieur
Engouffre notre bonheur
Sous le démesuré drap
Du temps qui ondule et brille
Devant ce point où nous sommes
Nus et joints
Confondus
Et qui tout nûment est
Le fond étroit d’une barque
Dérivant devant la belle
Ile d’Elbe.

(André Pieyre de Mandiargues)

Illustration

 

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LES ÎLES DE L’ENFANCE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



LES ÎLES DE L’ENFANCE

Les îles de l’enfance
Dorment sur l’eau du Temps.
On ne saurait y revenir
Qu’avec des pas d’enfant.
On ne saurait les retenir,
L’eau et le vent
S’en vont devant
Sans emporter un souvenir.

Le calme des eaux,
Le bruit des roseaux,
Le chant des oiseaux
Habitent ma tête.

Les couleurs du Temps,
Les odeurs du Vent,
Les soleils levants
Habitent mon coeur.

Les îles de l’enfance
Dorment sur l’eau du Temps.
On ne saurait y revenir
Qu’avec des pas d’enfant.
On ne saurait les retenir,
L’eau et le vent
S’en vont devant
Sans emporter un souvenir.

puisque c’est ton tour,
Vogue, rêve et cours
Dans les anciens jours
Et remplis ta tête.

Regarde avec soin
Secrets et grands foins…
Prends-en plus que moins
Et remplis ton coeur.

Les îles de l’enfance
Dorment sur l’eau du Temps.
On ne saurait y revenir
Qu’avec des pas d’enfant.
On ne saurait les retenir,
L’eau et le vent
S’en vont devant
Sans emporter un souvenir.

(Gilles Vigneault)

Illustration

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En marchant la nuit dans un bois (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020



    

En marchant la nuit dans un bois

I

Il grêle, il pleut. Neige et brume ;
Fondrière à chaque pas.
Le torrent veut, crie, écume,
Et le rocher ne veut pas.

Le sabbat à notre oreille
Jette ses vagues hourras.
Un fagot sur une vieille
Passe en agitant les bras.

Passants hideux, clartés blanches ;
Il semble, en ces noirs chemins,
Que les hommes ont des branches,
Que les arbres ont des mains.

II

On entend passer un coche,
Le lourd coche de la mort.
Il vient, il roule, il approche.
L’eau hurle et la bise mord.

Le dur cocher, dans la plaine
Aux aspects noirs et changeants,
Conduit sa voiture pleine
De toutes sortes de gens.

Novembre souffle, la terre
Frémit, la bourrasque fond ;
Les flèches du sagittaire
Sifflent dans le ciel profond.

III

– Cocher, d’où viens-tu ? dit l’arbre.
– Où vas-tu ? dit l’eau qui fuit.
Le cocher est fait de marbre
Et le coche est fait de nuit.

Il emporte beauté, gloire,
Joie, amour, plaisirs bruyants ;
La voiture est toute noire,
Les chevaux sont effrayants.

L’arbre en frissonnant s’incline.
L’eau sent les joncs se dresser.
Le buisson sur la colline
Grimpe pour le voir passer.

IV

Le brin d’herbe sur la roche,
Le nuage dans le ciel,
Regarde marcher ce coche,
Et croit voir rouler Babel.

Sur sa morne silhouette,
Battant de l’aile à grands cris,
Volent l’orage, chouette,
Et l’ombre, chauve-souris.

Vent glacé, tu nous secoues !
Le char roule, et l’oeil tremblant,
A travers ses grandes roues,
Voit un crépuscule blanc.

V

La nuit, sinistre merveille,
Répand son effroi sacré ;
Toute la forêt s’éveille
Comme un dormeur effaré.

Après les oiseaux, les âmes !
Volez sous les cieux blafards.
L’étang, miroir, rit aux femmes
Qui sortent des nénuphars.

L’air sanglote, et le vent râle,
Et, sous l’obscur firmament,
La nuit sombre et la mort pâle
Se regardent fixement.

(Victor Hugo)

 

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Ce que dit la bouche d’ombre (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2020



 

Illustration: Josephine Wall
    
Ce que dit la bouche d’ombre

Tout parle, l’air qui passe et l’alcyon qui vogue,
Le brin d’herbe, la fleur, le germe, l’élément.
T’imaginais-tu donc l’univers autrement ?
Crois-tu que Dieu, par qui la forme sort du nombre,
Aurait fait à jamais sonner la forêt sombre,
L’orage, le torrent roulant de noirs limons,
Le rocher dans les flots, la bête dans les monts,
La mouche, le buisson, la ronce où croît la mûre,
Et qu’il n’aurait rien mis dans l’éternel murmure ?
Crois-tu que l’eau du fleuve et les arbres des bois,
S’ils n’avaient rien à dire, élèveraient la voix ?
Prends-tu le vent des mers pour un joueur de flûte ?
Crois-tu que l’océan, qui se gonfle et qui lutte,
Serait content d’ouvrir sa gueule jour et nuit
Pour souffler dans le vide une vapeur de bruit,

Et qu’il voudrait rugir, sous l’ouragan qui vole,
Si son rugissement n’était une parole ?
Crois-tu que le tombeau, d’herbe et de nuit vêtu,
Ne soit rien qu’un silence ? et te figures-tu
Que la création profonde, qui compose
Sa rumeur des frissons du lys et de la rose,
De la foudre, des flots, des souffles du ciel bleu,
Ne sait ce qu’elle dit quand elle parle à Dieu ?
Crois-tu qu’elle ne soit qu’une langue épaissie ?
Crois-tu que la nature énorme balbutie,
Et que Dieu se serait, dans son immensité,
Donné pour tout plaisir, pendant l’éternité,
D’entendre bégayer une sourde-muette ?
Non, l’abîme est un prêtre et l’ombre est un poëte ;
Non, tout est une voix et tout est un parfum ;
Tout dit dans l’infini quelque chose à quelqu’un ;
Une pensée emplit le tumulte superbe.
Dieu n’a pas fait un bruit sans y mêler le verbe.
Tout, comme toi, gémit ou chante comme moi ;
Tout parle. Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi
Tout parle ? Ecoute bien. C’est que vents, ondes, flammes
Arbres, roseaux, rochers, tout vit !

Tout est plein d’âmes.

(Victor Hugo)

 

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ATTENDS-MOI (Sultan Catto)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2020



Illustration: Patricia Blondel
    
Poem in French, Italian, German, Portuguese, Siciliano, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Malaya, Filipino, Hebrew, Tamil , Dutch , Espagnol , Anglais

Poem of the Week Ithaca 636
by SULTAN CATTO, Turkey-USA

─ All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt ─

From: “Bonding”
New Feral Press, Oyster Bay, New York in collaboration with
Cross-Cultural Communications, Merrick, New York, 2018

***

ATTENDS-MOI

Attends-moi, Temps, tu cours trop vite
Attends-moi dans les pages de cette douleur biographique sans fin,
dans cette librairie de livres anciens, dans les eaux du cœur sauvage
Attends mon arrivée dans mon magistral déguisement.

Replace ces bandeaux sur tes yeux,
enlève-les à nouveau dans ce vide, plus grand que la vie
va relire Rumi, cette fourmi presbyte pleine de sagesse,
qu’il tourne tes pensées sur une roue de la fortune
que ses idées se perdent entre les tiennes.

Attends-moi, afin que dans mon plus profond silence tu comprennes
que depuis le temps de ma jeunesse il y a en moi un désir éternel
de n’avoir jamais eu deux cœurs.

Traduction Elisabeth Gerlache

***

ASPETTAMI

Aspettami, Tempo, galoppi troppo in fretta.
Aspettami nelle pagine di questa biografia di dolore senza fine,
in quel negozio di libri rari, nelle acque del cuore selvaggio.
Aspetta il mio arrivo magistralmente travestito.

Metti di nuovo quelle bende sui tuoi occhi,
poi riaprili sul vuoto più grande della vita stessa,
rileggi Rumi, quella saggia e previdente formica,
lascia che egli giri i tuoi pensieri su una ruota della fortuna, lascia che la sua fede si perda nella tua.

Aspettami, così che tu possa comprendere il mio assoluto silenzio. Fin dai giorni della fanciullezza, c’era in me un eterno desiderio di non aver mai avuto due cuori.

Traduzione di Luca Benassi

***

WARTE AUF MICH

Warte auf mich, Zeit, du galoppierst zu schnell.
Warte auf mich auf den Seiten meiner endlos schmerzhaften Lebensgeschichte,
in jenem Laden mit seltsamen Büchern, in den Wassern des wilden Herzens.
Warte auf mein Eintreten in meine gebieterische Verkleidung.

Ziehe die Binde wieder über deine Augen, öffne sie wieder in dieser Leere,
großartiger als das Leben, lese wieder Rumi, jene weise, hellsichtige Ameise,
lass ihn deine Gedanken auf dem Glücksrad kreisen, lass seine Überzeugungen
sich in den deinen verlieren.

Warte auf mich, so kannst du verstehen, in meinem vollkommenen Schweigen.
Seit Kindheitstagen ist in mir ein ewiger Wunsch,
niemals zwei Herzen gehabt zu haben.

Übersetzung Wolfgang Klinck

***

ESPERA POR MIM

Espera por mim, Tempo, estás passando muito rápido.
Espera por mim nas pág
inas dessa interminável biografia dolorosa,
nessa loja de livros raros, nas águas do coração selvagem.
Espera por minha chegada no meu magistral disfarce.

Põe a venda sobre os teus olhos novamente, abra-os
nesse vazio maior do que a vida, vá, releia Rumi, a vidente formiga,
deixe que revolva teus pensamentos na roda da fortuna,
deixa tuas crenças perderem-se dentro de ti.

Espera por mim, assim me compreenderás no meu absoluto silêncio.
Desde os dias da minha infância existe em mim
um eterno desejo de nunca ter dois corações.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia

***

ASPETTAMI

Aspettami, tempu, troppu viloci stai currennu.

Aspettami ntra li pagini di sta biografia ca non finisci mai, nta
li libbrarii di libbra rari, nta li acqui di lu cori sarvaggiu.
Aspetta ca yo arrivu cu lu me travistimentu magistrali.

Mettiti la benna supra l’occhi, riaprili nta lu nenti chiù granni di la vita, va leggi
Rumi, dda saggia previdenti furmicula,

fatti girari d’idda li pinzera nta la rota dâ fortuna, lassa ca i so pinzeri si
cunfunnanu cu li to.

Aspettami, in modu ca tu pozza capiri lu me silenziu assolutu. Di quannu era
nicareddu, ci ha statu in mia
un disidderiu eternu di non aviri mai avutu dui cori.

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

AȘTEAPTĂ-MĂ

Așteaptă-mă, timpule, prea repede galopezi.
așteaptă-mă-n paginile interminabilei biografii chinuite,
în acel magazin de cărți rare, în apele sălbaticei inimi.
Așteaptă să vin, deghizat în strai magistral.

Înfășoară-ți ochii la loc, redeschide-i apoi
în vidul acela, mai grandios decât viața,
mai citește-l o dată pe Rumi, clarvăzătoare furnică înțeleaptă,
dă-i voie, gândurile să ți le-nfășoare pe-o roată a norocului,
părerile, lasă-l să și le piardă printre-ale tale credințe.

Așteaptă-mă, ca să poți să-mi pătrunzi tăcerea profundă.
Din vremea copilăriei port cu mine mereu
dorința nestinsă de a nu fi avut nicicând două inimi.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

POCZEKAJ NA MNIE

Poczekaj na mnie, Czasie, zbyt szybki twój galop.
Poczekaj na mnie na kartach nieustannego bólu istnienia,
w sklepach niezwykłych ksiąg, w wodach dzikiego serca.
Poczekaj na mnie, aż przyjdę w szatę mistrza przebrany.

Zawiąż znów oczy przepaską, i jeszcze raz je otwórz
w pustce godniejszej od życia, czytaj na nowo Rumiego,
mrówkę dalekowzroczną i mądrą,
myślami twymi mu pozwól zakręcić na kole fortuny,
niech jego przekonania wśród twoich się zatracą.

Czekaj na mnie, byś pojąć mógł moją kompletną ciszę.
Od dni dziecięcych jest we mnie nieustanne życzenie
bym nigdy nie musiał mieć dwóch serc.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΠΕΡΙΜΕΝΕ ΜΕ

Περίμενε με, Χρόνε, τρέχεις πολύ
στις σελίδες πόνου της βιογραφίας μου
στο μαγαζί σπανίων βιβλίων, στα νερά ατίθασης καρδιάς.

Περίμενε με να εμφανιστώ με τη μαγευτική μου φορεσιά.
Δέσε τα μάτια σου, μη βλέπεις, λύσε τα, κοίταξε
το μεγαλειώδες αυτό κενό, διάβασε Ρούμι, εκείνο το σοφό
μακριά που ατενίζει μυρμηγκάκι, άστο να οδηγήσει το
μυαλό σου στης τύχης τον τροχό, κι άφησε τα πιστεύω του
να μπερδευτούν με τα δικά σου.

Περίμενε με απ’ την απόλυτη σιωπή μου να με καταλάβεις
από τα παιδικά μου ήθελα δύο καρδιές να είχα
αν γινόταν.

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη//translation by Manolis Aligizakis

***

等等我

等等我,时间,你奔跑太快了。
等等我,在这无尽痛苦传记的书页里,在那珍稀书籍的商店里,在
这狂野心灵的水域里。
在我机巧的装扮中等我到来。
把那些
眼罩放置你的眼睛上,在比生命更空虚宏伟中重新睁开眼睛
,去重读诗人鲁米,那聪明、有远见的蚂蚁,
让他把你们的思想旋转在一轮命运上,让他的信仰迷失在你们自己
之中。
等等我,你便可以领悟于我的深沉默想中。从小以来,我内心深处
就曾拥有
一个不具二心的永恒愿望。
原 作:土耳其/美国 苏丹·卡托
汉 译:中 国 周道模 2020-6-13

Chinese translation: William Zhou

***

اِنتظرني

اِنتظرني، أيها الوقت، فأنت تجري بأقصى سرعة.
انتظرني بصفحات هذا األلم الالمتناهي في حياتي،
هناك في متجر الكتب النادرة، وفي دفق المشاعر القاسية.
اِنتظرني سأصل إليك بهيئة مهيبة لن تعرفها.

ضع تلك العصابة على عينيك،

وحاول أن تفتحهما مرة أخرى في ذلك الفراغ األكبر من الحياة،
اِمض لتقرأ « الرومي » تارة أخرى، تلك الكينونة الحكيمة بعيدة النظر،

دعه يدور أفكارك في عجلة الحظ، اسمح لمعتقداته أن تذوب وسط ما تؤمن به.

انتظرني، كي تتفهمني في صمتي المطبق.
فمنذ طفولتي، اضطرمت في داخلي رغب أبدية بأال أملك قلبين.
سلطان كاتو، تركيا/الواليات المتحدة األمريكية

ترجمة: سارة سليم

عن:
Arab translation by Amal Bouchareb

***

எனக்காகக் காத்திரு!

எனக்காக்க் காத்திரு, நேரமே, நீ வெகு விரைவில் பாய்ந்து செல்கிறாய்
எனக்காகக் காத்திரு, முடிவில்லாத இந்த வரலாற்று வலியின் பக்கங்களில்
அரிதான புத்தகங்களின் கடையில், வகட்டுப்படுத்த முடியாத இதயத்தின் தண்ணீரில்

எனது நடுவர் வேடத்தில் எனது வருகைக்காகக் காத்திரு
உனது கண்களின் மேல் கண்மூடும் திரைகளைப் போர்த்திவை

வாழ்க்கையைவிட அருமையான அந்த வெற்றிடத்தில் மீண்டும் அத்திரைகளைத் திறந்துவை
செல், மீண்டும் அந்த கெட்டிகார, தொலைநோக்குள்ள ரூமி எரும்பின் வாழ்வைப்படி
அதிருஷ்டச் சக்கரத்தின்மேலான உனது எண்ணங்களைச் சுற்றி வரட்டும் அது
உனது நம்பிக்கைகளிடையே அதன் நம்பிக்கைகள் மறையட்டும்

எனக்காகக் காத்திரு, எனது அமைதியின்,நிசப்தத்தின் பொருளைப் புரிந்துகொள்ள இயலும்

எனது குழந்தைப்பருவத்திலிருந்து, என்னிடம் உள்ளது
இரண்டு இதயங்கள் இருக்கக் கூடாது என்ற காலம் காலமான ஆவல்

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

私を待って

時間よ、待って
あなたは早くかけて行き過ぎる
その希少本を扱う書店で売られる伝記の
終わりない痛みのページの中で
私を待って
未開の心の水の中で
私が威厳を持って現れるのを待って

その目隠しをもう一度つけなさい
人生よりも壮大な空間でもう一度開きなさい
Rumiを読み直すの
あの賢く先見の明を持つアリを
運命の車輪の上で
彼にあなたの考えを回させなさい
彼があなたの信念の中で迷うくらい

待って
そしたら私の完全な沈黙を理解できるから
子供の頃からずっと
私の中には二つの心を持ちたくないという
永遠の願いがあるのだから

(サルタン・カット・トルコ/アメリカ

Japanese translation by Manabu Kitawaki

***

برایم صبر کن

برایم صبر کن، ای زمان، خیلی سریع می تازی.
برایم صبر کن در صفحات این درد بی پایان زندگی نامه ام، در آن فروشگاه
کتابهای نایاب ، در دریای قلب مجنون.
منتظر رسیدنم با تغییری آمرانه باش.
آن چشم بندها را بر چشمان خود بگذار ، دوباره چشمانت را در آن پوچی غمناکتر
از زندگی برگشا، مولانا را دوباره بخوان، آن خردمند ،مورچه دور انديش ،
به او اجازه بده افکارت را بر روی چرخ روزگار بچرخاند ، اجازه بده عقایدش در
عقاید تو گم شود.
برايم صبر كن، تا سکوت مطلقم را درک کنی. کودکی را کنار بگذار. من هرگز
نخواسته ام دو قلب داشته باشم.

سلطان کاتتو، ترکیه/ آمریکا
ترجمه سپیده زمانی

از کتاب دلبستگی
نشر نیوفرال پرس
با همکاری کراس کالچرال

Farsi translation by Sepideh Zamani

***

BÍDDU MÍN

Bíddu mín, Tími, þú hleypur of hratt.
Bíddu mín á síðum endalausu ævisögukvalanna,
í búð með sjaldgæfar bækur, í vötnum villta hjartans.
Bíddu þess að ég komi dulbúinnn sem dómari.

Bintu aftur fyrir augu þín, opnaðu þau aftur í tóminu
sem er stórfenglegra en lífið,
farðu að lesa Rumi aftur, þann vitra, framsýna maur,
láttu hann snúa hugsunum þínum með lukkuhjólinu,
láttu skoðanir hans hverfa með þínum eigin.

Bíddu mín, svo að þú öðlist skilning á algerri þögn minni.
Frá barnæsku bý ég yfir
eilífri þrá að hafa aldrei átt tvö hjörtu.

Þór Stefánsson þýddi úr: Bonding

***

ПОДОЖДИ МЕНЯ

Подожди меня, Время, ты мчишься слишком быстро.
Подожди меня на страницах этих болезненных бесконечных
биографий,
в магазине редких книг, в омуте дикого сердца.
Подожди, пока я приду – я буду в другом обличье.

Снова завяжи на глазах повязку,
а потом сними ее в пустоте, что больше самой жизни,
пойди перечитай Руми, этого умного, прозорливого муравья,
позволь ему прокрутить твои мысли на колесе судьбы,
позволь им смешаться с твоими.

Подожди меня, чтобы в полной тишине стало ясно,
что с юности я желал лишь об одном – никогда не иметь целых два
сердца.

Из: «Единение» – “Bonding”

Издательство «Нью Ферал Пресс», Ойстер Бей, Нью-Йорк в сотрудничестве с
издательством «Кросс-культурные коммуникации», Нью-Йорк, 2018

Russian translation by Daria Mishueva

***

HINTAYIN MO AKO

Oras, hintayin mo ako, kay bilis mo namang tumalon.
Hintayin mo ako sa mga pahina nitong mga walang patid na kirot ng aking talambuhay,
Sa tindahan ng mga aklat, sa mga tubigan ng mga pusong ligaw.
Hintayin mo ang aking pagdating sa aking marangyang pagbabalatkayo.

Ibalik mo ang takip sa iyong mga mata,
Muli mong buksan sa higit na malawak na kahungkagan kaysa sa buhay,
Humayo ka basahin mo uli si Rumi, yaong marunong na may ga langgam na malayong pananaw sa buhay

Hayaan mong umikot ang iyong mga saloobin sa mga gulong ng kapalaran,
Hayaan mong ang kanyang mga paniniwala ay maglaho sa iyong mga isipan.
Hintayin mo ako, upang maunawaan mo ang aking katahimikan.
Mula sa panahon ng pagkabata, nariyan na ako
Isang walang hanggang hangarin na hindi kailanman kailangang magkaroon ng
dalawang puso.

Translated in Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

חַכֵּה לִי, זְמַן, אַתָּה דּוֹהֵר מַהֵר מִדַּי.

חַכֵּה לִי בְּדַפֵּי הַכְּאֵב הָאֵינְסוֹפִי הַזֶּה שֶׁל הַבִּיּוֹגְרַפְיָה, בְּתוֹךְ
אוֹתָהּ חֲנוּת שֶׁל סְפָרִים נְדִירִים, בְּמֵי הַלֵּב הַפִּרְאִי.
חַכֵּה לִי שֶׁאוֹפִיעַ בַּמַּסְוֶה הַסַּמְכוּתִי שֶׁלִּי.

שִׂים אֶת כִּסּוּיֵי הָעֵינַיִם הָהֵם חֲזָרָה עַל עֵינֵיךָ, פְּקַּח אוֹתָם מֵחָדָשׁ
בְּאוֹתוֹ חָלָל שֶׁהוּא גָּדוֹל יוֹתֵר מֵהַחַיִּים, לֵךְ לִקְרֹא שׁוּב אֶת רוּמִי, אוֹתָהּ נְמָלָה

חֲכָמָה,
חַדַּת הַבְחָנָה,

תֵּן לוֹ לַהֲפֹךְ שׁוּב וְשׁוּב בְּמַחְשְׁבוֹתֶיךָ עַל גַּלְגַּל הֶעָתִיד, תֵּן

לֶאֱמוּנוֹתָיו לָלֶכֶת לְאִבּוּד יַחַד עִם שֶׁלְּךָ.

חַכֵּה לִי, כָּךְ שֶׁתּוּכַל לִתְפֹּס אֶת הַדְּמָמָה הַמֻּחְלֶטֶת שֶׁלִּי.

מֵאָז יְמֵי הַיַּלְדוּת, יֵשׁ בְּתוֹכִי

תְּשׁוּקָה נִצְחִית שֶׁלְּעוֹלָם לֹא יִהְיֶה לִי לֵב חָצוּי.

משורר אמריקאי-טורקי
צילום: ג’רמיין דרוגנברודט
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן

Tamil translation by Dr. Subbaraman N.V.

***

WACHT OP MIJ

Wacht op mij, Tijd, je loopt te snel.
Wacht op mij in de pagina’s van deze eindeloze, biografische pijn,
in die winkel van zeldzame boeken, in de wateren van het wilde hart.
Wacht op mijn aankomst in mijn magistrale vermomming.
Plaats die blinddoeken terug over je ogen,
neem ze weer af in die leegte, grootser dan het leven
ga Roemi herlezen, die wijze, verziende mier,
laat hem jouw gedachten doen draaien op een rad van het lot,
laat zijn meningen tussen de jouwe verdwalen.
Wacht op mij, zodat je in mijn diepste stilte kan begrijpen,
dat er sinds de tijd van mijn jeugd er in mij een eeuwig verlangen is
nooit twee harten te hebben gehad.

Dutch translation by Germain Droogenbroodt

***

ESPÉRAME

Espérame, tiempo, vas galopando demasiado rápido,
espérame en las páginas de este dolor incesante de la biografía,
en esa tienda de libros raros, en las aguas del corazón salvaje,
espera mi llegada vestido de magistrado.
Vuelve a ponerte las vendas en los ojos,
reábrelos en aquel vacío mayor que la vida,
vuelve a leer a Rumi, esa hormiga sabia y previsora,
déjale que gire tus pensamientos con la rueda de la fortuna,
deja que sus creencias se dispersen entre las tuyas.
Espérame para poder comprender mi absoluto silencio.
Desde los días de la infancia, hay en mí
un eterno deseo de no haber vivido con dos corazones.

Traducción Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

WAIT FOR ME

Wait for me, Time, you’re galloping too fast.
Wait for me in the pages of this endless pain of biography,
in that shop of rare books, in the waters of the wild heart.
Wait for my arrival in my magisterial disguise.
Place those blindfolds back over your eyes,
re-open them in that void grander than life,
go re-read Rumi, that wise, far-seeing ant,
let him revolve your thoughts on a wheel of fortune,
let his beliefs get lost among your own.
Wait for me, so you can comprehend in my utter silence.
Since the days of childhood, there is in me
an eternal desire to have never had two
hearts.

Traduction en Anglais Stanley Barkan

***

(Sultan Catto)

 

Recueil: ITHACA 636
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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BESTIAIRE DE LA VAGUE VENUE ME VOIR À NICE DE LA PART DE MON AMI LE POÈTE JULES SUPERVIELLE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2020



Illustration
    
BESTIAIRE DE LA VAGUE VENUE ME VOIR À NICE DE LA PART DE MON AMI LE POÈTE JULES SUPERVIELLE

Une vague entre en hésitant
une vague entre des milliers
Elle entre et court dans la maison
toute légère et chuchotant
monte et descend les escaliers
d’un pas prudent plein de poissons
s’excusant d’être si mouillée
et d’un bleu si déconcertant
et d’avoir tellement à dire
qu’elle en a peut-être oublié
ce qui est le plus important
et qui l’empêche de dormir

De Montevideo à Nice
il y a tant de ciel et d’eau
tant de navires feux éteints
et tant d’épaves qui pourrissent
tant de bateaux tant de radeaux
qu’une vague y perd son latin
même en se dépêchant très fort
même en marmonnant jour et nuit
entre les lames et le vent
même en sautant par-dessus bord
des grandes cheminées de suie
qu’elle rencontre à son avant

Une vague entre en hésitant
et danse et saute autour de moi
entre la table et le fauteuil
toute confuse et me léchant
grand épagneul d’eau et de soie
qui pose sur moi son gros oeil
cherchant à faire pardonner
d’avoir oublié en chemin
ce que le poète avait dit
une grosse vague étonnée
qui lèche doucement ma main
comme elle fit à mon ami
il y a des mois des années.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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La souffrance est comme un ciseau (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



Illustration: Guy Swyngedau
    
La souffrance est comme un ciseau
Qui tranche dans la chair vivante
Et j’en ai subi l’épouvante
Comme de la flèche à l’oiseau
Du feu du désert à la plante
Comme la glace sur les eaux

Mon coeur a subi les injures
Du malheur et de l’injustice
Je vivais en un temps impur
Où certains faisaient leurs délices
D’oublier leurs frères leurs fils
Le hasard m’a clos dans ses murs

Mais dans ma nuit je n’ai rêvé que de l’azur.

*

Je pouvais tout et je ne pouvais rien
Je pouvais tout aimer mais pas assez.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésie ininterrompue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Fenêtres ouvertes Le matin – En dormant (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Illustration: Mustapha Merchaoui
    
Fenêtres ouvertes
Le matin – En dormant

J’entends des voix. Lueurs à travers ma paupière.
Une cloche est en branle à l’église Saint-Pierre.
Cris des baigneurs. Plus près ! plus loin ! non, par ici !
Non, par là ! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi.
Georges l’appelle. Chant des coqs. Une truelle
Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle.
Grincement d’une faux qui coupe le gazon.
Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison.
Bruits du port. Sifflement des machines chauffées.
Musique militaire arrivant par bouffées.
Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.
Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici
Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge.
Vacarme de marteaux lointains dans une forge.
L’eau clapote. On entend haleter un steamer.
Une mouche entre. Souffle immense de la mer.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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