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Poésie

Posts Tagged ‘ébène’

Silenciaire (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2019



Silenciaire
Il apparaissait
Claquait des bois d’ébène et tous figés
Dans l’huile lourde du respect
Se taisaient
En l’honneur du signe de sa souffrance
Il était à Byzance
Le silenciaire de l’empereur
Et pour eux tous
Il savait seul

(Werner Lambersy)


Illustration: Odilon Redon

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Ghetto (Guy Tirolien)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Ghetto

pourquoi m’enfermerais-je
Dans cette image de moi
Qu’ils voudraient pétrifier?
Pitié je dis pitié!
J’étouffe dans le ghetto de l’exotisme

Non je ne suis pas cette idole
D’ébène
Humant l’encens profane
Qu’on brûle
Dans les musées de l’exotisme

Je ne suis pas ce cannibale
De foire
Roulant des prunelles d’ivoire
Pour le frisson des gosses

Si je pousse le cri
Qui me brûle la gorge
C’est que mon ventre bout
De la faim de mes frères

Et si parfois je hurle ma souffrance
C’est que j’ai l’orteil pris
Sous la botte des autres

Je ne suis pas non plus
Statue figée du révolté
Ou de la damnation
Je suis bête vivante
Bête de proie
Toujours prête à bondir

À bondir sur la vie
Qui se moque des morts
À bondir sur la joie
Qui n’a pas de passeport
A bondir sur l’amour
Qui passe devant ma porte

Je dirai Beethoven
Sourd
Au milieu des tumultes
Car c’est pour moi
Pour moi qui peux mieux le comprendre
Qu’il déchaîne ses orages

Je chanterai Rimbaud
Qui voulut se faire nègre
Pour mieux parler aux hommes
Le langage des genèses

Et je louerai Matisse
Et Braque et Picasso
D’avoir su retrouver sous la rigidité
Des formes élémentales
Le vieux secret des rythmes
Qui font chanter la vie

Oui j’exalterai l’homme
Tous les hommes
J’irai à eux
Le coeur plein de chansons
Les mains lourdes
D’amitié
Car ils sont faits à mon image

(Guy Tirolien)

 

 

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Belle Cloris (Góngora)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: James Sant
    
XV

Quel ivoire du Gange, quel marbre
blanc de Paros, quel ébène luisant,
quel ambre fauve, quel or excellent,
quel argent fin, ou quel cristal si clair,

quelle rosée si frêle, quel saphir
oriental si rare, quel rubis ardent,
ou, en l’heureux âge présent,
main si savante de sculpteur si rare

rendra le visage, quoiqu’outrage
miraculeux à la beauté
son beau labeur, son aimable fatigue,

qui ne ferait figure au soleil d’une cire,
en regard de tes yeux — son image,
belle Cloris, Ô ma douce ennemie ?

***

XV

¿ Cuál del Ganges marfil, o cuál de Paro
blanco mármol, cuál ébano luciente,
cuál ámbar rubio, o cuál oro excelente,
cuál fina plata, o cuál cristal tan claro,

cuál tan menudo aljófar, cuál tan caro
oriental safir, cuál rubí ardiente,
o cuál, en la dichosa edad presente,
mano tan docta de escultor tan raro

bulto de ellos formara, aunque hiciera
ultraje milagroso a la hermosura
su labor bella, su gentil fatiga,

que no fuera figura al sol de cera,
delante de tus ojos, su figura,
oh bella Clori, oh dulce mi enemiga?

(Góngora)

 

Recueil: Sonnets
Traduction: François Turner
Editions: Imprimerie Nationale

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CHANSON SUR LE FLEUVE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
CHANSON SUR LE FLEUVE
Li-Taï-Pé

Mon bateau est d’ébène ;
ma flûte de jade est percée de trous d’or.

Comme la plante, qui enlève une tache sur une étoffe de soie,
le vin efface la tristesse dans le cœur.

Quand on possède de bon vin, un bateau gracieux et l’amour d’une jeune femme,
on est semblable aux génies immortels.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Le tombeau des rois (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



chambre funéraire

Le tombeau des rois

J’ai mon coeur au poing
Comme un faucon aveugle.

Le taciturne oiseau pris à mes doigts
Lampe gonflée de vin et de sang,
Je descends
Vers les tombeaux des rois
Étonnée
À peine née.

Quel fil d’Ariane me mène
Au long des dédales sourds?
L’écho des pas s’y mange à mesure.

(En quel songe
Cette enfant fut-elle liée par la cheville
pareille à une esclave fascinée?)

L’auteur du songe
presse le fil,
Et viennent les pas nus
Un à un
Comme les premières gouttes de pluie
Au fond du puits.

Déjà l’odeur bouge en des orages gonflés
Suinte sous le pas des portes
Aux chambres secrètes et rondes
Là où sont dressés les lits clos.

L’immobile désir des gisants me tire.
Je regarde avec étonnement
À même les noirs ossements
Luire les pierres bleues incrustées.

Quelques tragédies patiemment travaillées,
Sur la poitrine des rois, couchées,
En guise de bijoux
Me sont offertes
Sans larmes ni regrets.

Sur une seule ligne rangés :
La fumée d’encens, le gâteau de riz séché
Et ma chair qui tremble :
Offrande rituelle et soumise.

Le masque d’or sur ma face absente
Des fleurs violettes en guise de prunelles,
L’ombre de l’amour me maquille à petits traits précis ;

Et cet oiseau que j’ai
Respire
Et se plaint étrangement.

Un frisson long
Semblable au vent qui prend, d’arbre en arbre,
Agite sept grands pharaons d’ébène
En leurs étuis solennels et parés.

Ce n’est que la profondeur de la mort qui persiste,
Simulant le dernier tourment
Cherchant son apaisement
Et son éternité
En un cliquetis léger de bracelets
Cercles vains jeux d’ailleurs
Autour de la chair sacrifiée.

Avides de la source fraternelle du mal en moi
Ils me couchent et me boivent ;
Sept fois, je connais l’étau des os
Et la main sèche qui cherche le coeur pour le rompre.

Livide et repue de songe horrible
Les membres dénoués
Et les morts hors de moi, assassinés,
Quel reflet d’aube s’égare ici?
D’où vient donc que cet oiseau frémit
Et tourne vers le matin
Ses prunelles crevées?

(Anne Hébert)

 

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BALLADE DU DERNIER AMOUR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Christian Vernet  paintings-21

BALLADE DU DERNIER AMOUR

Mes souvenirs sont si nombreux
Que ma raison n’y peut suffire.
Pourtant je ne vis que par eux,
Eux seuls me font pleurer et rire.
Le présent est sanglant et noir ;
Dans l’avenir qu’ai-je à poursuivre ?
Calme frais des tombeaux, le soir !…
Je me suis trop hâté de vivre.

Amours heureux ou malheureux,
Lourds regrets, satiété pire,
Yeux noirs veloutés, clairs yeux bleus,
Aux regards qu’on ne peut pas dire,
Cheveux noyant le démêloir
Couleur d’or, d’ébène ou de cuivre,
J’ai voulu tout voir, tout avoir.
Je me suis trop hâté de vivre.

Je suis las. Plus d’amour. Je veux
Vivre seul, pour moi seul décrire
Jusqu’à l’odeur de tes cheveux,
Jusqu’à l’éclair de ton sourire,
Dire ton royal nonchaloir,
T’évoquer entière en un livre

(Charles Cros)

Illustration: Christian Vernet

 

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Courante (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



 

 

Illustration: Pierre Corratgé
    
Courante

Mon coeur est lourd comme un caillou;
Le vent souffle on ne sait d’où
Piquant comme un buisson de houx;
Au bord de l’étang qui frissonne,
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Soleil couchant sur un champ d’orge,
Il est rouge autant qu’une forge
Mon coeur brûlant dedans ma gorge
Et qui, telle une enclume, sonne.
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Fleurant la mousse et la bourdaine,
J’ai mis ma jupe de futaine
Et chaussé mes sabots d’ébène.
Au vent âpre qui tourbillonne
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Mon coeur est lourd! Ma gorgerette
Est de fin chanvre, ma cornette
D’indienne, mon épinette
Du Val d’Ajol vibre et résonne.
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Las, mé! mon corps est en lambeaux
Aussi pantelant que l’agneau
Qu’un loup déchire en son liteau,
Car mon bon ami m’abandonne.
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

(Marie Dauguet)

 

 

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ATTENTE (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017




ATTENTE

Je l’ai guetté, ton pas, sur les marches du temple.
Le moindre bruit lointain résonnait dans mon coeur.
Est-ce Elle qui s’avance au-devant de mon ample
désir impérial de la prendre en vainqueur !

Ta chair est dans ma chair ; ton sang est dans mon sang.
De la synthèse naît l’âme des ordalies.
La neige fond avec l’ébène incandescent.
Contraste harmonieux ! Hautes anomalies !

L’antithèse a charmé l’augure hypnotisé.
Les rites de l’épreuve ont tout exorcisé.
Je suis l’élan jailli du flanc noir des Tropiques

Et toi, la fleur de serre au long des blancs frimas :
Le miracle nous vient de nos propres climats
D’avoir eu la beauté des rêves utopiques.

*

Nous voici de nouveau face au lac de nos rêves.
Au silence s’unit un crépuscule pur.
Ma main cherche ta main par des caresses brèves.
La lune est pleine à faire éclater tout l’azur.

Quelles vagues d’extase ensemble nous soulèvent
et nous transportent jusqu’au champ des astres d’or.
Sur terre et dans les cieux, tous les amants sont morts :
Il nous revient, ce soir, d’assurer la relève.

L’héroïne, c’est toi dont j’annonce le titre
aux siècles éblouis par ta fière beauté.
Notre amour remplit seul tout le dernier chapitre

du livre que les dieux pour l’homme ont inventé ;
et pour nous être aimés comme jamais l’on aime
ils nous marquent du sceau de leur plus bel emblème !

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Sabin Balasa

 

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DEMAIN N’EST PAS ENCORE… (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2017



Illustration: Pascal Renoux
    
DEMAIN N’EST PAS ENCORE…

Roule, roule, sort à deux têtes,
roule, houle profonde,
sortie des planètes de nos corps retrouvés.

Soleil pour les retards,
sommeil d’ébène,
sein de mon fruit d’or.

Étendus,
nous embrassons l’orage,
nous embrassons l’espace,

nous embrassons le flot, le ciel, les mondes,
tout avec nous aujourd’hui tenons embrassé,
faisant l’amour sur l’échafaud.

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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RONDE FLAMANDE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



Alexandra Kirievskaya  1 [1280x768]

RONDE FLAMANDE
A Mademoiselle Mauté de Fleurville

Si j’étais roi de la forêt,
Je mettrais une couronne
Toute d’or ; en velours bleuet
J’aurais un trône,

En velours bleu, garni d’argent
Comme un livre de prière,
J’aurais un verre en diamant
Rempli de bière,

Dire qu’un roi prend quand il veut
La plus belle fille au monde
Dont les yeux sont du plus beau bleu,
Et la plus blonde,

Avec des tresses comme en a
Jusqu’aux genoux, Marguerite.
Si j’étais roi, c’est celle-là
Que j’aurais vite.

J’irais la prendre à son jardin,
Sur l’eau, dans ma barque noire,
Mât de nacre et voile en satin.
Rames d’ivoire.

Satin blanc, nacre et câbles d’or…
Des flûtes, des mandolines
Pour bercer la belle qui dort
Sur des hermines !

Hermine, agrès d’or et d’argent,
Doux concert, barque d’ébène,
Couronne et verre en diamant…
J’en suis en peine.

Je n’ai que mon coeur de garçon.
Marguerite se contente
D’être ma reine en la chanson
Que je lui chante.

(Charles Cros)

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

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