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Posts Tagged ‘éblouissement’

Présence informelle du silence (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



 

Présence informelle du silence
au coeur de l’homme
comme l’art en témoigne au dehors
La musique dans le ruissellement
des silences
Le poème en son propre dépassement
dans le silence
L’érection sur les sables
des tours de silence

Et si l’éblouissement sans forme
donnait forme à ce qu’il nous inspire

(Michel Camus)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Mais tourne le dos, ma pensée ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2019



 

Mais tourne le dos, ma pensée !
Viens ; les bois sont d’aube empourprés ;
Sois de la fête ; la rosée
T’a promise à la fleur des prés.

Quitte Paris pour la feuillée.
Une haleine heureuse est dans l’air ;
La vaste joie est réveillée ;
Quelqu’un rit dans le grand ciel clair.

Viens sous l’arbre aux voix étouffées,
Viens dans les taillis pleins d’amour
Où la nuit vont danser les fées
Et les paysannes le jour.

Viens, on t’attend dans la nature.
Les martinets sont revenus ;
L’eau veut te conter l’aventure
Des bas ôtés et des pieds nus.

C’est la grande orgie ingénue
Des nids, des ruisseaux, des forêts,
Des rochers, des fleurs, de la nue ;
La rose a dit que tu viendrais.

Quitte Paris. La plaine est verte ;
Le ciel, cherché des yeux en pleurs,
Au bord de sa fenêtre ouverte
Met avril, ce vase de fleurs.

L’aube a voulu, l’aube superbe,
Que pour toi le champ s’animât.
L’insecte est au bout du brin d’herbe
Comme un matelot au grand mât.

Que t’importe Fouché de Nantes
Et le prince de Bénévent !
Les belles mouches bourdonnantes
Emplissent l’azur et le vent.

Je ne comprends plus tes murmures
Et je me déclare content
Puisque voilà les fraises mûres
Et que l’iris sort de l’étang.

***

Fuyons avec celle que j’aime.
Paris trouble l’amour. Fuyons.
Perdons-nous dans l’oubli suprême
Des feuillages et des rayons.

Les bois sont sacrés ; sur leurs cimes
Resplendit le joyeux été ;
Et les forêts sont des abîmes
D’allégresse et de liberté.

Toujours les coeurs les plus moroses
Et les cerveaux les plus boudeurs
Ont vu le bon côté des choses
S’éclairer dans les profondeurs.

Tout reluit ; le matin rougeoie ;
L’eau brille ; on court dans le ravin ;
La gaieté monte sur la joie
Comme la mousse sur le vin.

La tendresse sort des corolles ;
Le rosier a l’air d’un amant.
Comme on éclate en choses folles,
Et comme on parle innocemment !

O fraîcheur du rire ! ombre pure !
Mystérieux apaisement !
Dans l’immense lueur obscure
On s’emplit d’éblouissement.

Adieu les vains soucis funèbres !
On ne se souvient que du beau.
Si toute la vie est ténèbres,
Toute la nature est flambeau.

Qu’ailleurs la bassesse soit grande,
Que l’homme soit vil et bourbeux,
J’en souris, pourvu que j’entende
Une clochette au cou des boeufs.

ll est bien certain que les sources,
Les arbres pleins de doux ébats,
Les champs, sont les seules ressources
Que l’âme humaine ait ici-bas.

O solitude, tu m’accueilles
Et tu m’instruis sous le ciel bleu ;
Un petit oiseau sous les feuilles,
Chantant, suffit à prouver Dieu.

(Victor Hugo)

Illustration: Chantal Dufour

 

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Entre l’éblouissement et le hasard (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



La surprise fut de tailler
avec la pierre brève un mot

de durer entre l’éblouissement
et le hasard.

(Christian Viguié)

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La surprise (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



La surprise fut de tailler
avec la pierre brève un mot

de durer entre l’éblouissement
et le hasard.

(Christian Viguié)

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Le poème ne se fabrique pas (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2019




    
Le poème ne se fabrique pas
Il ne se possède pas
Il ne s’obtient pas au mérite
Il ne prouve pas sa conformité
C’est un chant clandestin
Un don reçu
Un présent inespéré
Un cerceau faisant rouler la nuit
Autour des hanches du silence
Une main posée sur la tempe bleue du temps
Une ombre qui tient tête au soleil
L’éblouissement d’un amour gracieux
La simplicité d’un pardon sans aveu

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Dans le silence (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2018


deep silence

L’homme que l’éblouissement tient en éveil
s’oublie soi-même dans le silence

(Michel Camus)

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J’ai soif de ta fraîcheur (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Etienne Adolphe Piot
    
J’ai soif de ta fraîcheur

Il faut que l’étang soit très pur
Pour que le Cerf vienne y boire
J’ai soif de ta fraîcheur Elvire
Fais le Cerf boire à ton eau

Ah vois un décor de forêt
Au feu frais des chênes matinaux
Écoute un souffle pour l’orée
Ou mouvement de vapeur après le ciel

Que me chasses-tu de ta pensée
Ou de ton corps ouvert comme vallée
Au Cerf donne rivière et pâturage
Toi qui cédas à d’autres sans nul gage

Le pin le chemin peuvent luire
Ils n’ont la moire de ta joue
Le rhododendron est moins rouge que ta bouche
Le sorbier moins rose au front que ton désir

J’ai soif de ta fraîcheur Elvire
Et de ton cœur d’avril sans nul partage
Fais-le brûler en moi contre le pire
Dans l’éblouissement de l’Idée à l’aube

(Jacques Chessex)

 

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À TIERCE (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
À TIERCE
Mon Dieu, enseigne-moi ta voie.
Ps. 118. (Office de Tierce.)

Mon Maître, enseignez-moi dans notre solitude
Ce qu’il faut que je fasse, où je dois me plier…
Je ne sais rien. Daignez me mener à l’étude,
Donnez une leçon à ce pauvre écolier.

L’entendra-t-il hélas ! cet ignorant docile
Mais qui redoute, ayant si peu d’habileté,
De trouver au début votre loi difficile ?
Ah ! Maître prenez garde à ma débilité…

Me parlez-vous ?… D’où me vient cette chaleur douce
Qui pénètre mon âme et l’embaume, et l’endort ?
Cet éblouissement, ces pleurs, cette secousse ?…
C’est plus clair que la vie et plus sûr que la mort.

Combien, ô Vérité, m’es-tu nouvelle et fraîche,
Révélée à mes os sans livre, sans écrit,
Sans raison qui démontre et sans bouche qui prêche,
D’un seul baiser qui me dévore tout l’esprit !…
Je vois… Mon coeur jaillit ! qui pourra l’en empêche !

Rien n’est vrai que d’aimer… Mon âme, épuise-toi,
Coule du puits sans fond que Jésus te révèle,
Comme un flot que toujours sa source renouvelle,
Et déborde, poussée en tous sens hors de moi.

Quels usages prudents te serviront de digue ?
Donne tout ! Donne plus et sans savoir combien.
Ne crains pas de manquer d’amour, ne garde rien
Dans tes mains follement ouvertes de prodigue.

Qu’aimeras-tu ? Quel temps perdrons-nous à ce choix ?
Aime tout ! Tout t’est bon. Sois aveugle, mais aime
Le plus près, le plus loin, chacun plus que toi-même
Et, comment ce miracle, ô Dieu? tous à la fois.

Celui qui t’est pareil, celui qui t’est contraire.
Et n’aime rien uniquement pour sa beauté :
L’enchantement des yeux leur est trop vite ôté,
Du charme d’aujourd’hui demain te vient distraire.

N’aime rien pour ses pleurs : les larmes n’ont qu’un jour,
N’aime rien pour son chant : les hymnes n’ont qu’une heure.
Ô mon âme qui veux que ton amour demeure !
Aime tout ce qui fuit pour l’amour de l’amour.

Aime tout ce qui fuit sur la terre où tu passes,
Le long de ton chemin aveugle et sans arrêts :
Les herbes des fossés, les bêtes des forêts,
Les matins et les soirs, les pays, les espaces.

Vie, l’enthousiasme est fort comme la mer
Qui d’un seul mouvement emporte les navires.
Laisse aller tes destins au fil de ses délires
sans goûter si le flot qui te pousse est amer.

Rien n’est vrai que d’aimer, mon âme, et d’être dupe.
Si tu cherches un coeur où reposer ton front
Et si tu te sens lasse au bout de quelque affront,
Qu’est-ce que cet amour que son gain préoccupe ?

Ô prêteuse sans fin de biens jamais rendus,
Laisse abuser chacun de ta folle abondance
Tant que, jetés au vent de l’amour, sans prudence,
Ta paix, tes jours, ta force et ton coeur soient perdus.

Tu pleures ?… Tu rêvais un plus juste partage ?
Quels cris en toi sous le sourire du pardon !
Tu souffres ?… Tu n’as fait que la moitié du don :
Le remède d’aimer est d’aimer davantage.

Donne-toi tellement que tu n’existes plus
Et que dans ton secret, ton silence, ton ombre,
Rien ne bruisse plus qu’autrui ce coeur sans nombre,
Son mal, sa fièvre, au lieu de ton coeur superflu.

Tu ne vis plus… C’est lui qui t’enivre et te mène
Hors de ton bonheur pâle au sien qu’il veut saisir.
Tu n’as plus de désir que sans fin son désir…
Va !… Tu n’as plus de peine au monde que sa peine !

Qui pourra maintenant retrouver ta douleur ?
Rien n’en reste, rien, rien qu’un chant d’oiseau sublime.
Ah ! quelle délivrance est au fond de l’abîme !
Voici ma joie avec son glaive de vainqueur.

Rien n’est vrai que d’aimer, ô mon âme, mon âme,
Qui te reposerait du poids de ton soleil ?
Ni l’ombre de la nuit, ni l’ombre du sommeil,
Ni le temps qui s’enfuit léger comme une femme.

Rien n’est vrai que d’aimer et que d’aimer toujours !
Tes aimés passeront mais ton amour demeure
Malgré les renouveaux qui te changent de leurre
Et les petites morts des petites amours.

Et tant qu’il y aura des vivants, d’heure en heure
Menant leur sort à la rencontre de ton sort
Ou t’ayant devancée au delà de la mort…
Toi-même disparais mais ton amour demeure !

Mon amour ! Mon amour ! quand ce coeur arrêté
Ne te contiendra plus… à ta source première,
À Jésus remontant d’un grand jet de lumière,
Mon amour sois mon Dieu toute l’éternité !

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Par quel foudroyant éblouissement (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Par quel foudroyant
éblouissement
découvrirons-nous
la face cachée
de tout et de rien

celle qui dit tout
sans rien contredire
sans rien attester
sans verbe ou silence
dans le tout de rien
dans le rien de tout

celle qui n’est pas
l’envers de la vie
l’endroit de la mort
l’invisible atteint
dès qu’on la retourne

celle qui n’est pas
le tout ou le rien
côté pile ou face
la nuit ou le jour
le mal ou le bien

celle qui n’est pas
un ordre contraire
un monde masqué
car on peut toujours
contrarier l’ordre
arracher un masque

Mais peut-on surprendre
la face cachée
qui n’est d’aucun ordre
d’aucune couleur
d’aucune saveur
et d’aucun côté

sans rien qui la crée
sans rien qui l’efface
sans rien de semblable
à rien de connu
la face cachée
de tout et de rien
dans l’inimaginable
unité?

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce qu’il y a on n’en sait rien (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



Ce qu’il y a on n’en sait rien
un soleil sans doute sur le point de
disparaître l’éblouissement
avant la nuit de ce qui se perd
toujours ou au contraire
l’éclat de ce qui vient la neige au matin
un silence plein de cris d’enfants
qu’on ne voit pas mais qu’on sent tout près
là comme un souffle entre deux instants

(Jacques Ancet)

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