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Poésie

Posts Tagged ‘écarteler’

Pour refaire la nuit… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Pour refaire la nuit…

Pour refaire la nuit il me fallait tes yeux,
Tes mains multipliées, ta bouche.
Ton corps était l’écran qui me masquait le jour,
J’étais aveugle à l’heure de l’amour.
Maintenant tu franchis les passes écumeuses,
Mon ombre est seule à tes côtés,
Sur les gravats, entre les rides
Des champs écartelés.
Il fait clair pour toujours,
Je me verrai toujours
Mes yeux, mes mains, ma bouche, sans ombre, sans faiblesse
Fichés dans l’horizon comme des flèches d’os.

(Jean Rousselot)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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ISIS ERRANTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Susan Seddon Boulet
    
ISIS ERRANTE

Cela aussi est une expérience de l’âme,
Le monde démembré qui jadis fut le dieu tout entier,
Dont les fragments brisés gisent à présent, morts.
Cette disparition de la réalité elle-même est réelle.

Recueillant sous mon manteau noir les vestiges de la vie
Qui stagnent, déchus, parmi les gens et les lieux,
Je scrute le double désert de ma solitude,
Le monde extérieur mort, et l’esprit stérile.

Jadis Il fut présent, sacré, dans la maison du monde,
Portant le jour comme un vêtement, sa beauté visible
Dans l’homme et le blé lorsqu’Il descendait la rivière fertile.
Il comblait d’amour l’espace de ma nuit.

Je trace le contour de sa main qui disparaît sur un nuage,
Et cela, son sang, coule de la blessure d’un soldat qui meurt.
Dans les champs fracassés son corps est épars, ses membres gisent

Écartelés comme une carlingue naufragée dans le sable.
Son crâne est une cathédrale morte, et les rayons de sa couronne
Brillent dans du fer-blanc et du verre cassé.
Ses yeux bleus se reflètent des lacs dans le ruisseau,
Et sa force est la pierre désolée des cités abattues.

Oh, dans les débris de vaisselle de mes rêves,
Me tournant vers les tessons des jours passés,
Découvrirai-je son visage aimé profané?
Les fonds inexplorés du sommeil sont-ils sa tombe?

Après la fin dangereuse estompée de la nuit
Dans les caveaux de la peur ses os reposent-ils,
Et le dédale du cauchemar mène-t-il vers la puissance qui est là cachée?
Les eaux infernales menaçantes recouvrent-elles le roi ichtien?

Je rassemble les fragments divins dans le mandala
Dont le centre est la puissance créatrice perdue,
Le soleil, le cœur de Dieu, le lotus, l’électron
Qui fait palpiter monde après monde, rayon après rayon
Pour que celui qui vivait au commencement renaisse au dernier jour.

***

ISIS WANDERER

This too is an experience of the soul
The dismembered world that once was the whole god
Whose broken fragments now lie dead.
This passing of reality itself is real.

Gathering under my black cloak the remnants of lift
That lie dishonoured among people and places
I search the twofold desert of my solitude,
The outward perished world, and the barren mind.

Once he was present, numinous, in the bouse of the world,
Wearing day like a garment, bis beauty manifest
In corn and man as he journeyed down the fertile river.
With love he filled my distances of night.

I trace the contour of bis hand fading upon a cloud,
And this bis blond flows from a dying soldier’s wound.
In broken fields bis body is scattered and bis limbs lie
Spreadeagled like wrecked fuselage in the sand.

His skull is a dead cathedral, and bis crown’s rays
Glitter from worthless tins and broken glass.
His blue eyes are reflected from pools in the gutter,
And his strength is the desolate stone of fallen cities.

Oh in the kitchen-midden of my dreams
Turning over the postherds of post days
Shall I uncover his loved desecrated face?
Are the unfathomed depths of sleep his grave?

Beyond the looming dangerous end of night
Beneath the vaults of fear do his bons lie,
And does the mate of nightmare lead to the power within?
Do menacing nether waters cover the fish king?

I piece the divine fragments into the mandala
Wjhose centre is the lost creative power,
The sun, the heart of God, the lotus, the electron
That pulses world upon world, reg upon ray
That he who lived on the first me rire on the hast day.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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RETOUR AU VISAGE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



 

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RETOUR AU VISAGE

Je veille au portail des mots,
J’entrevois l’empire des images.

Des océans me saisissent,
Des vies m’ont irrigué.

Je m’écartèle aux terres adverses,
Je foisonne de soleils en fragments.

Mais si je reviens au visage,
C’est par ivresse du tendre argile.

Et si je célèbre le visage,
C’est pour sa brèche sur l’unité.

(Andrée Chedid)

Illustration: Katyveline Ruiz

 

 

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Atteindre l’inaccessible étoile (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler, d’une possible fièvre
Partir, où personne ne part
Aimer jusqu’à la déchirure
Aimer, même trop, même mal
Tenter, sans force et sans armure
D’atteindre l’inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l’étoile
Peu m’importent mes chances
Peu m’importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner
Pour l’or d’un mot d’amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon coeur serait tranquille
Et les villes s’éclabousseraient de bleu
Parce qu’un malheureux
Brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s’en écarteler
Pour atteindre l’inaccessible étoile

(Jacques Brel)

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Ténèbres (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Alfred Kubin
    
Ténèbres Un train a déraillé sur les doigts de notre amour La
sueur humide est cette aurore qu’une main voudrait griffer déchirer
briser comme une vitre Ténèbres Un arbre écartèle ses branches
dans l’air lourd comme un ascenseur bondé aux heures d’affluence
L’égout ironique
Je te désirais

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

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VOIX (Alfonsina Storni)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



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VOIX

Je t’attacherai
à mes poignets
comme une flamme,
douleur de servir
à des choses niaises.
Je vais me mettre à courir
les poings levés
parmi les maisons des hommes.

Nous avons dormi, tous,
trop dormi.
Dormi
en pleine lumière
comme les étoiles
en plein jour.
Dormi
sous des lampes
à moitié allumées,
glacés
dans l’ardeur solaire,
comptant le nombre
de nos cheveux,
regardant pousser
notre vingtaine
d’ongles.

Quand donc
les jardins du ciel
prendront-ils racine
dans la chair des hommes,
dans la vie des hommes,
dans la maison des hommes ?

Il ne faut pas dormir
jusque-là.
Paupières ouvertes,
écartées de force avec les doigts
si elles veulent céder,
jusqu’à ce que la fatigue
les rendent toutes rouges,
comme ces cercles autour de la lune
quand l’orage
tente
d’écarteler l’univers.

(Alfonsina Storni)

Illustration

 

 

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Le monde est trop plein (Jean-Christophe Belleveaux)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



le monde est trop plein, ma poitrine en déborde
il faut bien commencer par quelque chose
par le monde,
pourquoi pas ?
le monde est plein de douleurs
que les peintres écartèlent,
les poètes, les musiciens aussi
– mettez donc un bémol à mon sang,
jaugez si vous pouvez : tout déborde,
à commencer par la langue
qui est elle-même au commencement
si cela est audible

le monde est plein d’incidents,
d’art pompier, de feux follets
que rien n’apprivoise
ô quoi
bancal et idéal
tordu serait
mais plus pur que le rien,
plus infini que la ligne droite

des choses et encore des choses :
une chaise, un concept,
l’absence de bruit ou son contraire,
la lumière

j’avais écrit :
à quoi bon les phrases
plus à une contradiction près

(Jean-Christophe Belleveaux)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Hassane Amraoui

 

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L’outil (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016




L’outil

L’outil, c’est la hache qui ruine l’arbre,
la charrue dont les deux bras et la force écartèlent le tronc de l’homme,
la pelle pour ameubler le potager, la brouette qui entraîne,
la fourche pour arracher le foin ou décrotter l’étable,
la faux qui craque dans le blé et souffle dans le foin.
Puis il y a la roue, la machine simple ; qui soutient les conquêtes et use les distances ;
la roue où la terre se colle à l’essieu et aux jantes quand les pluies
ont rendu les chemins tendres, la roue qui va s’appuyant partout ;
qui a rayé le monde d’autant de traces qu’il y a de lignes secrètes dans la main.

(Luc Dietrich)

Illustration: Harold Davis

 

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UNA OU LA MORT LA VIE (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



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UNA OU LA MORT LA VIE

Romps, écartèle, amour ! attelle au centre
La roue des vents que cercle l’horizon
Vivant soleil échappant à sa jante
Fais de ce coeur la proie de ses rayons
Ce coeur captif qui fut longtemps sa geôle
Réduite aux quatre murs de sa raison
Qu’il voie les angles vifs de sa muraille
Comme des aigles face au vide déployer
Une envergure cardinale à la mesure
De l’Ouvert que peut seul affronter un envol
Sans retour effaçant de son ombre le sol
D’un bord à L’autre sans quitter des yeux le centre.

(Pierre Emmanuel)

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