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Poésie

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Aux Baléares : L’été passé (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Aux Baléares : L’été passé.

Ce qui fait le prix du voyage,
c’est la peur.

C’est qu’à un certain moment,
si loin de notre pays, de notre langue
(un journal français devient d’un prix inestimable.
Et ces heures du soir dans les cafés
où l’on cherche á toucher du coude d’autres hommes),
une vague peur nous saisit,
et un désir instinctif de regagner l’abri des vieilles habitudes.
C’est le plus clair apport du voyage.

A ce moment-là, nous sommes fébriles mais poreux.
Le moindre choc nous ébranle jusqu’au fond de l’être.
Qu’une cascade de lumière se rencontre,
l’éternité est là.

C’est pourquoi il ne faut pas dire qu’on voyage pour son plaisir.
Il n’y a pas de plaisir à voyager.
J’y verrais plutôt une ascèse.

C’est pour sa culture qu’on voyage
si l’on entend par culture l’exercice de notre sens
le plus intime qui est celui de l’éternité.

Le plaisir nous écarte de nous-même
comme le divertissement de Pascal éloigne de Dieu.

Le voyage,
qui est comme une plus grande et plus grave science,
nous y ramène.

(Albert Camus)

 

 

 

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Vers qui va notre désir ? (Petr Král)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    

Vers qui va notre désir ?

Vers celles qui, en écartant leurs cuisses
vont créer un évènement.

Soit qu’elles révèleront une gourmandise cachée,
soit que l’intimité rendra moins distante leur beauté ou,
au contraire, plus étrangère leur camaraderie.

Peu de mystère, rien que ce télescopage du connu et du voilé;
mais avec tout l’éclat de deux transparences soudain confrontées.

(Petr Král)

 

Recueil: Cahiers de Paris
Traduction:
Editions: Flammarion

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QÂF (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018



QÂF

L’attente s’achève.

Marche vers le mur
de l’horizon
traverse le mur
en aveugle
écartant les branches
de tes mains qui rôdent

pendant que lentement
s’élève
derrière toute vision
comme un buisson d’aigles
au-dessus du couchant

la montagne d’émeraude.

(Jean Mambrino)

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Je suis sortie dans la forêt (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Pierre-Auguste Renoir
    
Je suis sortie dans la forêt,
je me suis assise au bord d’une source verte,
j’ai relevé ma tunique et j’ai écarté les cuisses
pour regarder ma vulve dans l’eau et pour la comparer aux choses.

Tout de suite, j’ai vu qu’elle était si belle
que pas une merveille de la forêt n’était merveilleuse autant qu’elle.
Elle semblait flotter sous l’eau comme une bête de chair molle.

En vain j’aurais cherché une fleur aussi douce qu’elle était douce,
aussi rouge qu’elle était chaude.
En vain j’aurais cherché un petit caillou rose
aussi dur qu’était mon bouton.

Mais la source me rendit jalouse.
Et je m’écriai en me couchant dans l’herbe :
« Oh ! qu’il vienne l’amant dont la bouche arrache à mon ventre
plus d’eau ruisselante qu’il n’en bouillonne de cette source. »

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’été est plein de fibres (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



l’été est plein de
fibres
le soleil, grand luminaire
de raphia,
les oranges, dont tu
écartes les cloisons
de peau très fines…
plein de fibres, l’été,
d’herbes sédatives
que tu mâchonnes, appuyé
contre la maison…

(Katell Antoine)

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Et cela suffisait (Tradition Hassidique)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018




    
Quand le grand rabbin Israël BaalShem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif,
il avait coutume d’aller concentrer son esprit en certain lieu du bois;
là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté.

Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Mezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons,
il accourait au même endroit et disait :
« Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. »
Et le miracle s’accomplissait.

Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait :
« Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière,
mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. »
Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait.

Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace.
Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes :
« Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois.
Tout ce que je sais faire, c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. »
Et cela suffisait.

Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires. »

(Tradition Hassidique)

 

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Histoire de voir (Hosai)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



solitude
j’écarte mes cinq doigts
histoire de voir

(Hosai)

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Qu’il vienne donc le visiteur (Izumi Shikibu)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



Qu’il vienne donc le visiteur,
écartant les herbes d’été
poussant à leur gré
dans tout le jardin

(Izumi Shikibu)

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Voix d’eau (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018




    
Voix d’eau

J’ai mal
Je suis la légèreté de la pierre du ciel
Creusant le pas

Je regarde la nuit grandir
Solaire et mystique
Sonnante

Je veux la terre asséchée
Pour écarter ma signifiance

Mais c’est l’eau douloureuse et verte qui me signe.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Cherchons (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Si la vue du visible n’est plus soutenable, si
la beauté n’est vraiment plus pour nous
– le tremblement des lèvres écartant la robe -,
cherchons encore par dessous,
cherchons plus loin, là où les mots se dérobent
et où nous mène, aveugle, on ne sait quelle ombre
ou quel chien couleur d’ombre, et patient.

(Philippe Jaccottet)

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