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Posts Tagged ‘écharde’

JE T’AIME, HOSTILE OISEAU (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2018



 

Adolph Gottlieb  cri

JE T’AIME, HOSTILE OISEAU

Ce n’est pas de mourir que nous mourrons

Mais de porter le jour en mille échardes
D’être la proie d’un seul de nos visages
De tenir nos maisons pour le lieu

Ce n’est pas de mourir que nous mourrons

Mais de l’écume qui perd mémoire
de ses tempes d’océan

De l’herbe forcée dans son repaire
Des plaines que l’heure racornit

Gorgés de forêts insondables
de n’en dévoiler qu’un rameau
Et du hasard,
atoll qui se réduit

Vie tigrée sur nos vies
A quel filet te prendre ?

Je t’aime, hostile oiseau.

(Andrée Chedid)

Illustration: Adolph Gottlieb

 

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LE DIALOGUE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



Dorina Costras o4_500 [800x600]

LE DIALOGUE

C’était dans l’intervalle rayonnant où ils s’épousèrent
en flèche — proies l’un de l’autre.
— Un même chemin nous relie, mais je n’entends pas
ta voix. Tes mots seraient-ils bulles d’ombre ?
— Ma voix part des extrémités du silence, mes mots
brûlent de flamme sourde.
— Où es-tu qui me parles pourtant dans la chambre déserte ?
— Je suis là où tu me souhaites, je suis là où tu m’éprouves.
— Es-tu l’amour ?
Elle était l’Écharde. Il était le Tison.

(Jules Tordjman)

Illustration: Dorina Costras 

 

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Le jour vide ses poches (János Pilinszky)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018



 

Un pont, le macadam brûlant,
le jour vide ses poches,
une chose après l’autre.
Seul dans le soir catatonique.

Le paysage : froissure de fond de fossé,
cicatrice ardente dans l’ombre qui scintille.
Crépuscule. Le rayonnement me glace,
le soleil m’aveugle. Jamais je n’oublie, c’est l’été.

C’est l’été et la chaleur foudroie.
Debout, et je sais leurs ailes immobiles,
les oiseaux, comme chérubins en flamme
dans des cages aveuglées, hérissées d’échardes.

Te souviens-tu ? Au commencement fut le vent ;
puis la terre ; puis la cage.
Feu et crottin. Et de temps en temps
quelques coups d’ailes, des réflexes vides.

Et soif. Alors j’ai demandé à boire.
J’entends encore les gorgées fiévreuses,
et j’endure impuissant, telle la pierre,
et j’éteins les scintillements.

Des années passent, années, et l’espoir —
comme une vieille casserole renversée dans la paille.

(János Pilinszky)

Illustration: Michael Whelan

 

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Avant que (János Pilinszky)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Avant que

De l’avenir je sais peu de chose,
mais je vois devant moi le jugement dernier.
Ce jour, cette heure
exalteront notre nudité.

Dans la multitude personne ne cherche l’autre.
Le Père retire la croix comme une écharde,
et les anges, bêtes des cieux,
ouvrent la dernière page.

Alors nous disons : je t’aime.
Je t’aime beaucoup. Et dans le tumulte soudain
nos sanglots une fois encore libèrent la mer,
avant que nous nous mettions à table.

(János Pilinszky)

Découvert ici: schabrieres

Illustration: Van der Weyden

 

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GLACE ROMPUE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



 

Illustration: Benoit Colsenet
    
GLACE ROMPUE

Midi minuit
On ne sait pas
On ne regarde pas plus haut que soi
Les yeux dans les yeux
C’est un étonnant paysage
Dans la rue
Quelqu’un passe et dit des mots en douce
Si c’était vrai

Sur la glace
Le visage qu’on quitte sans regret
La bête noire dans l’ombre
Et la Belle
Les draps de lit défaits
Les échardes de soie qui saignent les poignets

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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REMISE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
REMISE

Laissez filer les guides maintenant c’est la plaine
Il gèle à la frontière chaque branche l’indique
Un tournant va surgir prompt comme une fumée
Où flottera bonjour arqué comme une écharde
L’angoisse de faiblir sous l’écorce respire
Le couvert sera mis autour de la margelle
Des êtres bienveillants se porteront vers nous
La main à votre front sera froide d’étoiles
Et pas un souvenir de couteau sur les herbes

Non le bruit de l’oubli là serait tel
Qu’il corromprait la vertu du sang et de la cendre
Ligués à mon chevet contre la pauvreté
Qui n’entend que son pas n’admire que sa vue
Dans l’eau morte de son ombre.

(René Char)

 

Recueil: Poèmes et proses choisies
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’écorce ne suffit pas (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

L’écorce ne suffit pas. Elle roule
des échardes en surnombre, elle échangera
le moellon contre la sève,
le sang contre le tourbillon des vannes,
tandis que la feuille est picorée, tavelée
d’air, et combien de temps encore, ridée
ou enroulée, entre chien et loup,
pendant combien de temps risquera-t-elle
la hache pour se repaître de son avantage ?

(Paul Auster)

 

 

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FRAGMENTS (Bartolo Cattafi)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2016



FRAGMENTS

Quelques fragments épars
décolorés par le temps,
issus d’on ne sait où,
peut-être les particules d’un vieux
monde qui veut encore se connecter à nous,
aiguisant les pointes
d’un remords inconnu,
épines dans l’oeil,
échardes sous l’ongle,
fragments détachés d’un arc,
d’un cercle,
d’un segment oublié du parcours.

***
FRAMMENTI

Pochi sparsi frammenti
scoloriti dal tempo
giunti da chissà dove
forse particole d’un vecchio
mondo che vuole ancora connettersi con noi
aguzzando punte
d’un ignoto rimorso
pruni nell’occhio
schegge sotto l’unghia
frammenti staccatisi da un arco
un cerchio
da una parte scordata del percorso.

(Bartolo Cattafi)

Illustration: Waldemar Nobre

 

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