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Posts Tagged ‘écheveau’

LE FIL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    
LE FIL

Seule la vierge connaît l’histoire de la vie,
Le mythe implicite dans le bourgeon soyeux
Dont les feuilles sont les pages jamais ouvertes du coeur.

Les filandres de son rêve flottent dans la nuit;
Leurs fils fragiles portent la somnambule
(Que nul n’éveille ma bien-aimée, ou elle est perdue).

Quand l’ange est venu elle connaissait son visage
Et à une question étrange de l’étranger
Elle donna la réponse de tout temps prédestinée.

Les jeunes araignées tissent d’abord des toiles parfaites
Puis avec l’âge leur travail devient moins sûr.
La vieillesse tisse des haillons, des lambeaux, des loques.

Mater Dolorosa, à la fin d’un mythe usé,
Se souvenant du passé, mais non du futur,
A perdu son fil, telle une vieille araignée.

Car le temps nous défait, l’obscurité efface
Les figures du rouet nocturne de Pénélope.
Les étoiles qui tournent cassent les fils ténus de la rêverie
Et la vieille fileuse emmêle ses écheveaux de mort.

***

THE CLUE

Only the virgin knows the life story,
The myth implicit in the silk-spun bud
Whose leaves are the unopened pages of the heart.

The gossamer of her dream frets out across the night;
Its fragile thread upholds the somnambulist —
(Let none awaken my beloved, or she is lost)

When the ange’ came, she knew his face
And to the stranger asking a strange thing
Gave the answer predestined before time.

Young spiders weave at first their perfect webs,
Later, less certain, they weave worse.
Old age spins tattered cobwebs, rags and shreds.

Mater Dolorosa, at the end of a spent myth,
Remembering the part, but not the future,
Has lest ber due, like an old spider,

For time undoes us, darkness defaces
The figures of Penelope’s night loom.
Revolving stars wind up the tenuous threads of day-dream
And the old spinner ravels skeins of death.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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SONGE ENFANTIN (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018




    
SONGE ENFANTIN

Une claire nuit
de fête et de lune,
nuit de mes rêves,
nuit d’allégresse,

— mon âme était toute lumière,
aujourd’hui elle est toute brume;
et mes cheveux n’étaient
pas noirs encore —

la plus jeune fée
m’emmena dans ses bras
à la fête joyeuse
qui flambait sur la place.

Sous le crépitement
des lampions,
l’amour tissait
l’écheveau des danses.

Et dans cette nuit
de fête et de lune,
nuit de mes rêves,
nuit d’allégresse,

la fée la plus jeune
baisait mon front…
et de sa main jolie
me disait son adieu…

Tous les rosiers
livraient leurs parfums;
l’amour épanouissait
toutes les amours.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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C’ÉTAIT LE SOIR, ET NOS PEAUX SE TOUCHAIENT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Omar Ortiz    
    
C’ÉTAIT LE SOIR, ET NOS PEAUX SE TOUCHAIENT

C’était le soir. Tombant du ciel d’été.
De fous désirs, ardents comme une flamme,
Intimement m’ont visité.
Ma peau touchait ta peau de femme.
Toute ma vie, alors, pulsait
Sur le petit espace
Où ta peau, soudain, à ma peau se fiançait.

Je le sais à présent, c’est toi qu’il me fallait,
Que je cherchais, lorsque ma raison fit surface.
Vous, lointains inhumains,
Ô vous ! petites fleurs à la fine corolle,
— Aux fins dessins,
Entendez-vous de son doux giron la parole ?
Elle est pour moi trop lourde assurément :
La totalité de la femme!
Telle une abeille bourdonnant,
Dès lors, de tout mon coeur bruissant,
Lanceur de comètes, je clame:

Que sont auprès de toi le vignoble au soleil,
Le céleste animal au pelage d’aurore
Empli de fraîcheur dès l’éveil
Ou bien encore
Le bercement matinal des buissons
Sur les coteaux intacts aux tendres mamelons !
Des baisers de la femme
Bouillonne sous ta peau
Toute la gamme.
Souvent j’ai peur, car nous formons un écheveau
Inextricable ! Et s’il me reste quelques fibres
Qui semblent libres,
Tu t’en saisis. Ô combien nous nous désirons !
Mais si c’est même amour que tous deux respirons,
Je le vis tel un roc dessous lequel j’enrage
Et toi comme un coussin plus léger que nuage.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Sur le rivage de Nagato (Anonyme VIIIème siècle)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



 

Pierre Puvis de Chavannes 1824 - 1898 , la pêcheuse, Louvre

Sur le rivage de Nagato
(Qui évoque un écheveau suspendu
A la corbeille
D’une fille)

Dans le calme du matin
Monte la marée,
Dans le calme du soir
Accourent les vagues.
Comme le flot
Qui ne cesse de monter
Comme les vagues
Qui gagnent, gagnent,
Rempli d’amour pour ma mie
je m’approche.
Sur la plage rocheuse
De la mer d’Ago
Ramassant des algues,
Les pêcheuses
Ont à leur cou
Des foulards qui brillent au soleil.
Des bracelets enroulés à leurs bras
On entend le cliquetis.
On les voit agiter leurs manches
De blanche étoffe.
Ne dirait-on pas qu’elles aiment ?

(Anonyme VIIIème siècle)

Illustration : Pierre Puvis de Chavannes

 

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Elle est vaine la parole (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Elle est vaine la parole et ne nous aide pas
Quand pour combler nos coeurs nous voudrions
Le liquide vertige des touches,
L’écheveau des archets,
Les chasses à courre des cuivres.
Ô misérable parole, lourde
De sens définis,
Close à la liberté, serve de l’enfer.

La parole signifie. Et c’est là
Qu’est sa mort. —
Couper des cordes du destin
Notre vraie dignité céleste,
Retrouver le tonnerre qui décline
Notre terrestre humanité,
Rejeter le fardeau qui nous pèse
Et la peur de l’ombre,
Ne rien signifier, ne rien dire,
Tel est sans doute l’acte d’amour suprême.

***

È vana la parola e non ci assiste
Quando, a colmare il cuor nostro, vorremmo
La liquida vertigine dei tasti,
Le matasse degli archi,
Le cacce degli ottoni.
Oh misera parola, grave
Di definite significazioni,
Negata a libertà, d’inferno schiava.

La parola significa. E ben questa
E la sua morte –
Scindere dalle corde del destino
La nostra vera dignità celeste
E ritrovare il tuono che declina
La nostra umanità terrestre,
Scaricare la soma che ci ingombra
E il terrore dell’ombra,
Nulla significare, nulla dire
Tale forse il supremo atto d’amore.

(Tommaso Landolfi)


Illustration: Gilbert Garcin

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Les Mois ont une fin (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



Les Mois ont une fin — les Ans — un noeud —
Que nul Pouvoir ne peut défaire
Pour étirer encore un peu
L’Écheveau du Malheur —

La Terre remet ces vies fatiguées
Dans ses Tiroirs mystérieux?
Trop tendrement, pour que l’on doute
D’un ultime Repos –

À la façon des Enfants –
Lassés de la Journée –
Eux-mêmes – Jouets turbulents
Qu’ils ne peuvent ranger –

***

The Months have ends — the Years — a knot —
No Power can untie
To stretch a little further
A Skein of Misery —

The Earth lays back these tired lives
In her mysterious Drawers –
Too tenderly, that any doubt
An ultimate Repose –

The manner of the Children –
Who weary of the Day –
Themself – the noisy Plaything
They cannot put away –

(Emily Dickinson)

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Rien (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Rien, les arbres cavaliers qui traversent le vent
et vont, et vont, et vont
à gai plumet, lourds éperons
jeter les confettis d’amour aux fêtes du printemps.

Rien, les volets ouverts sur le coeur des chambres
où les rêves meurent poignardés de lumière
des infantes aux échevaux sans fin
dont nul page mortel ne bercera le sein.

Simplement le goutte à goutte de la vie
la torture toujours plus avant
le sourire aux durables dents
des chairs fiancées au crépuscule.

Où sont-elles les pâles et belles ?
J’effeuille la rue visage à visage
chrysanthème sans pétale d’amour

Elles sont en d’autres détours
à guetter l’absence rocheuse
et peut-être sont-elles heureuses
du pas des heures, morts de velours.

Le moulin tourne au creux de moi
jetant au ciel sa farine de vent
pour le pain transparent des passions plénières
vives du sang qui vêt les âmes.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Dans l’odeur des charbonnettes… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Dans l’odeur des charbonnettes…

Dans l’odeur des charbonnettes
La forêt s’endort;
A peine le vent halette
Aux frondaisons d’or.

A travers les feuilles mortes,
D’azur rechampi,
Au soleil ouvrant sa porte,
Le bacul tapi,

Dans la coupe solitaire
Presque inapercu,
Arrondit son toit de terre
Comme un dos bossu.

Au fond, le lit de fougère,
Le buffet branlant,
Le pain près de la soupière
Dans un linge blanc.

A l’ombre du toit rustique,
Sous un baliveau,
La fontaine aromatique
Tord son écheveau.

Et parfois un rouge-gorge
Vient en voltigeant,
Du framboisier qui le loge
Boire au flot d’argent.

O sauvage et sans contrainte,
Comme un lièvre pait,
Savourer d’une âme simple
Cette immense paix.

Avoir pour toute richesse
Et suprême don,
Sous l’humble toit qui se dresse
En cet abandon,

Et pour qu’au ciel me sourie
L’azur infini,
D’aimer comme un enfant prie,
D’aimer mon ami!

(Marie Dauguet)

 

 

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Passantes, Couronnes de ma Folie (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



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Passantes, Couronnes de ma Folie

Des femmes fondent devant les carreaux de mon cœur
une neige de robes souples et de langueur,
soufflent dessus le ciel puissant de leur beauté :
buée qui coud sa soie sur tout le verre.

Soie qui aveugle.
Et je m’emmêle à l’écheveau des yeux
coulant le long des murs du souvenir
comme la lenteur d’un fleuve de plaine.
L’amour et la folie m’étranglent de leurs bagues.
Et mon cœur a pris sa tête entre ses mains
pour ne plus voir votre jour, ô femmes !

La courroie de la mort bat des ailes sur le ciel
et rôde autour de ma faiblesse.
Le pauvre fou d’amour s’en va le long des routes
noyer dans les grands bois
et dans les champs qui fuient les beaux démons
les si beaux démons aux danses de feu.

Sur son âme ne s’éparpille plus l’eau si douce du repos,
son cœur saute sur les pierres du chemin
et s’accroche aux haies comme un oiseau qui va mourir.
Une pluie de doigts blancs, de doigts précieux
comme de l’or mouille sa fuite éperdue vers l’oubli.

(Lucien Becker)

Illustration: François Contesse

 

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Sa bouche apéritive (Théodore Hannon)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017




    
Sa bouche apéritive a des baisers étranges,
Bons au cœur, mais pillards de phosphore, ô cerveaux !
Quand l’alcôve, le soir, flambe aux reflets oranges
De ses cheveux tordant leurs fauves écheveaux.
Sa bouche apéritive a des baisers étranges.

(Théodore Hannon)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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