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Posts Tagged ‘échevelé’

ROMAN DU SAULE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2018



 

vieux saule

ROMAN DU SAULE

D’abord, ce dut être une plante,
petite et souple juste assez
pour s’écouter chanter le vent.

Une plante qui se taisait
pour apprendre son métier d’arbre
dans la mémoire des racines.

Un beau jour, toutes les idées,
tous les raisonnements d’écorce
qui la gonflaient ont giclé drus.

Comme une grande véhémence
d’un coup se vide par la bouche
et laisse l’homme titubant,

cette verdure échevelée
a démoli l’énergumène
qui n’en pouvait plus de pousser.

Maintenant l’arbre ne vit plus
que de couleuvres et de rats
dans le creux de sa réussite,

et répète inlassablement
un mot énorme et sédentaire
qui fait se presser les nuages.

(Axel Toursky)

Illustration

 

 

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Devant l’écran pâle du soir (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



    
Devant l’écran pâle du soir,
l’église, avec ses tours pointues,
et le large campanile
où doucement se balancent les cloches,
se dresse, haute et sombre.

L’étoile est une larme
dans l’azur céleste.
Sous l’étoile claire
flotte, flocon échevelé,
un chimérique nuage d’argent.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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La voici qui s’allonge (Bruno Mabille)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration: Carolus Duran
    
La voici qui s’allonge et se cabre
plus nue encore qu’une amoureuse
plus échevelée aussi
et d’une peau si claire
qu’on la dirait lactée
toute nimbée d’étoiles.

(Bruno Mabille)

 

Recueil: A celle qui s’avance
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rivière (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
Rivière

Je t’appelle rivière,
Je t’appelle
belle dormeuse,
amour jadis
dans la tourmente du désir.

Et maintenant tu dors.
Sous un rideau de feuilles,
tu te prélasses,
indifférente à notre appel
tant que règne l’ordre sec.

Nous t’appelons rivière,
nous te donnons un nom de source.

Orage désiré!
Voici l’assaut du ciel
et tu sors de ton lit,
vibrante, échevelée,
oublieuse de ta langueur et de tes rives.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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J’AI VU, J’AI TOUCHE (André Miguel)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018




J’AI VU, J’AI TOUCHE

J’ai vu, j’ai touché une fleur d’artichaut de pelage beige
dans lequel ont poussé quelques poils brillants,
accrus de trois mèches échevelées d’amadou.
L’envers de la fleur et le haut de la tige sont noircis.

J’ai vu, j’ai touché des perches de haricots,
bouffies, langues et filets, les, mamelles pendant bas.

J’ai vu, j’ai touché des marrons d’Inde.
Leur bois ciré est empreint de veinules.
Leur fond est une tache cérusée.

J’ai vu des abricotiers qui forment les physionomies les plus fines,
des pêchers flasques à leurs oreilles de lapin.

J’ai vu, nez de pitre, langue d’arlequin, poivron.

J’ai créé des rapports de distances, de couleurs, de symétrie et d’incohérence
et un être s’en échappe, un insecte, une sauterelle.

(André Miguel)

Illustration

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La beauté est un bien (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2016



Dans le jardin échevelé
Les roses fleurissent
En haut d’un poirier

La beauté est un bien

La peur crée des lieux
Mémorables
Habités par des absents
Comme la mort elle donne
Le profil des choses
Et le havre de leur substance

Reste le rire des roses
Leurs volutes ardentes

(Heather Dohollau)
Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Nénuphar (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2015



Nénuphar

Un jour, le diable, traversant la ville de Bruges,
passa devant le couvent des ursulines.
Les religieuses réunies dans la chapelle
chantaient les louanges du Seigneur.
Ses yeux s’arrêtèrent sur une ursuline
placée juste à l’entrée du choeur, près du maître-autel.
« Il serait plaisant de lui ouvrir enfin les yeux,
et de faire de la sainte un petit démon! »

Le soir il s’introduisit dans la cellule de la religieuse
sous la couverture jaune d’un roman à la mode;
il se déguisa en in-octavo, et s’étendit tout grand ouvert sur le prie-Dieu.
Il avait choisi la page la plus échevelée de l’ouvrage,
une scène d’amour pantelante, rutilante, ébouriffante.
De tout temps ces grands morceaux de rhétorique
ont troublé toutes les imaginations et fait l’affaire de messire Satanas.
La jeune fille prit le livre, lut la page marquée,
ouvrit les bras d’un air nonchalant, bâilla et s’endormit sur sa couchette.
Pour le coup le diable était outré.
Il ne lui restait plus qu’à essayer des songes.
Il les convoqua tous, il leur donna ses instructions,
et il voulut lui-même les voir à l’oeuvre.
Il se pencha sur le lit de la jeune fille;
les songes vinrent chacun à leur tour se poser sur son coeur;
rien n’indiqua qu’elle en fût le moins du monde troublée.
Son sommeil était paisible, son teint égal, son pouls régulier comme de coutume.
Il paraît même que vers le milieu de la nuit elle se mit à ronfler.
Le diable, tout malin qu’il est, ne s’était point douté de l’adversaire qu’il attaquait.
Une fois sur la terre, ne pouvant aimer ni être aimée,
incapable de s’associer aux peines et aux joies de l’humanité,
morne et décolorée,
la froide fleur du Nénuphar n’avait trouvé d’autre refuge qu’au couvent.
La vie monotone et languissante des religieuses était celle qui lui convenait.
On lui compta comme vertu l’absence de toutes les vertus.
Soeur Nénuphar mourut en état de sainteté.
Les ursulines de Bruges poursuivent sa canonisation.

(J.J. Grandville)

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Depuis cent ans (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2015



 

Erik Johansson  4_orig [1280x768]

Depuis cent ans, je parcours les impasses,
je cogne les portes, j’implore les lucarnes.
Qu’il fait noir dans ce monde
où l’on finit par se heurter à son propre corps.
Que faire pour éviter ces hordes de soi-même,
ces rues pleines de sosies qui longent les murs,
silhouettes lancinantes, démarches tordues, figures échevelées
qui sortent en coup de vent sous un coup de lumière moqueuse.

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Erik Johansson

 

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Il me manque du temps pour louer tes cheveux (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2015



Il me manque du temps pour louer tes cheveux.
Il me faut les compter, les chanter un à un :
d’autres amants veulent vivre avec certains yeux,
moi je n’ai pour désir que d’être ton coiffeur.

En Italie on t’avait baptisée Méduse
pour l’éclat bouclé de ta haute chevelure.
Moi je t’appelle échevelée, ébouriffée :
mon coeur connaît bien les portes de tes cheveux.

Quand tu t’égareras dans tes propres cheveux,
ne m’oublie pas et rappelle-toi que je t’aime,
je suis perdu si je vais sans ta chevelure

par le sombre univers que font tous les chemins
monde qui n’est que d’ombre et de douleurs qui
passent, car le soleil monte à la tour de tes cheveux.

***

Me falta tiempo para celebrar tus cabellos.
Uno por uno debo contarlos y alabarlos
otros amantes quieren vivir con ciertos ojos,
yo sólo quiero ser tu peluquero.

En Italia te bautizaron Medusa
por la encrespada y alta luz de tu cabellera.
Yo te llamo chascona mía y enmarañada :
mi corazón conoce las puertas de tu pelo.

Cuando tú te extravíes en tus propios cabellos,
no me olvides, acuérdate que te amo,
no me dejes perdido ir sin tu cabellera

por el mundo sombrío de todos los caminos
que sólo tiene sombra, transitorios dolores,
hasta que el sol sube a la torre de tu pelo.

(Pablo Neruda)

Illustration: Edgar Degas

 

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