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Poésie

Posts Tagged ‘éclat’

Le chat (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



Demain, hier n’ont plus de sens face au chat immobile.
La corneille crie toujours, comme s’il ne l’entendait pas.
Seule frémit la pointe de ses oreilles.
Couché dans l’ombre, il est l’image du présent. Il vibre.
Il vibre entre deux éclats : on y est, on n’y est pas.
On y entre, on est perdu.

(Jacques Ancet)

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La fatigue a des couleurs (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



La fatigue a des couleurs

La fatigue a des couleurs
Comme les saisons. Elle a
Ses douceurs et ses éclats,
Ses silences. Mais surtout
Ce qu’elle permet de voir :
D’une chose à son image
Imperceptible, une sorte
De distance sans distance.
L’incertitude du monde.
Comme un vacillement bref.

(Jacques Ancet)

Illustration

 

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Je désire le chant (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



 

Adrian Borda 26aec63cd4 [1280x768]

Dedans : c’est une armoirie à grands éclats.
C’est un paysage de neige avec neiges et frimas.
C’est une aumônerie, où viennent les sanglots.
Une maladrerie pour les sbires et les dévots.
C’est une aubergerie ouverte aux quatre vents
où viennent dîner les striges et sonner les olifants.

Dedans : c’est un désert que la soif décore.
C’est un amour qui ne sait retrouver son bien.
C’est un chasseur perdant son chien. Un mur
planté en vain.
Dedans, il n’y a rien.

J’écoute, déchiré de vent, le vent qui vient
en la chanson.
Je désire le chant,
je le guette. Je perds mon temps dans le dedans.
Je me défends,

(Hubert Juin)

Illustration: Adrian Borda

 

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À VÊPRES (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

À VÊPRES
Seigneur, il nous est bon d’être ici.
(Math. 17-4.)

Le jour s’apaise. Allons cheminer, ô mon âme,
Exilés dans l’oubli de ce monde, tout seuls,
Sur la terrasse haute où quelque vieille femme
Cueille des fleurs aux branches calmes des tilleuls.

Vois, l’éclat du soleil se tait, le ciel s’efface
Et la plaine à mes pieds semble un étang qui dort.
Pourquoi n’ayant rien fait, mon âme, es-tu si lasse,
Toi qui ne dormiras pas même dans la mort ?

Quelle plaie avais-tu d’où la fièvre s’élance ?
L’arôme du feuillage et des calices clos
De son sommeil épars embaume le silence…
Est-ce le rossignol qui trouble ton repos ?

Dans cet enchantement câlin où s’évapore
La résolution des précises vertus,
Qu’avons-nous égaré, que cherchons-nous encore ?
Quel perfide regret nous a tant abattus ?

Une attente sans but en moi se désespère,
J’ai le mal d’un pays d’où le vent doit souffler.
Où donc est mon pays, la maison de mon père
Et le chemin secret où je veux m’en aller ?

Quelle haleine a flotté qui m’entraîne avec elle
Dans un espoir immense où me voilà perdu ?
Quel amour tout à coup m’environne, m’appelle ?…
Rien ne bouge… ô mon coeur, qu’ai-je donc entendu ?

La paix des alentours est auguste et profonde.
Vois, du bois pâle et bleu de douceur arrosé,
La caresse de Dieu qui s’étend sur le monde ;
Toi-même as clos tes yeux sous l’aile d’un baiser.

Un invisible pas entr’ouvre l’herbe sombre
Et le souffle des champs qui tremblent le soutient…
C’est mon Seigneur, les bras tout grands ouverts dans l’ombre !
Il vient et je défaille à son passage… Il vient…

Seigneur, éloignez-vous, de peur que je ne meure.
Eloignez-vous !… Où fuir ?… Ah ! faites ! Prenez-moi !
Tenez-moi contre vous et laissez que je pleure
Est-ce de joie, est-ce de peine, est-ce d’effroi ?

Il m’a pris dans ses mains et j’ai posé la tête
Sur le coeur du Berger ainsi qu’un agneau las.
Et j’y suis bien, sa folle et plaintive conquête,
J’y suis bien et, s’il veut, je ne bougerai pas.

Demeurons. Il fait bon, Seigneur, sur la montagne.
— Sommes-nous au sommet exalté du Thabor ? —
Demeurons, la nuit monte et lentement nous gagne,
Le soir fuyant s’égare… Ah ! demeurons encor…

Les corolles des champs ont renversé leur vase,
Un baume répandu coule des liserons
Et le ciel infini se noie en notre extase…
Il fait bon, il fait doux, ô Maître, demeurons.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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TU VAS PAR LA ROUTE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

Margarita Sikorskaia - Tutt'Art@ (4)

TU VAS PAR LA ROUTE

Tu vas par la route, sans savoir comment,
Tu portes le deuil et tu ne sais de qui,
Tu es comme l’arbre noir en automne
Quand la clarté fait reluire le gris.

Il aimerait avoir d’autres feuilles
Eclat argenté, mi-luisant, prodige
L’homme mourrait, mais il ne peut mourir,
Il vivrait, mais il est cassé, tué.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

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TOPAZE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



TOPAZE

D’orfroi est ton éclat sur l’étole du jour
(là où l’aube s’unit aux siècles incarnats)
D’orfroi ce lever d’astres, ce demain de nos yeux
où en toi, chaque instant, le soleil recommence.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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Il faut parler avec clarté des pierres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



Il faut parler avec clarté des pierres claires,
des pierres sombres,
de la roche ancestrale, du rayon bleu
resté prisonnier au coeur du saphir,
et du rocher statuaire en sa grandeur
irrégulière, du vol sous-marin,
de l’émeraude et de son brasier vert.

Parfait, mais le caillou
ou la marchandise qui scintille de feux,
oui, l’éclair vierge du rubis
ou la vague congelée de la côte,
le jais secret qui a choisi
de l’ombre l’éclat négatif,
répondez-moi, répondez au pauvre mortel:
de quelle mère sont-ils venus, du sperme
de quel volcan, de quel océan, de quel fleuve,
de quelle flore antérieure, de quel parfum,
interrompu par la clarté glaciale?
J’appartiens à ces hommes transitoires
qui fuyant l’amour dans l’amour
sont restés brûlés, partagés
en chair et en baisers, en propos noirs
mangés par l’ombre :
je ne suis pas fait pour tant de mystères :
j’ouvre les yeux et ne vois rien :
je palpe la terre et je poursuis mon voyage
tandis que le brasier ou la fleur, la fragrance ou l’eau
se muent en races de cristal,
oeuvres de la lumière se font éternité.

(Pablo Neruda)

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Encore un dimanche à rêver (Hélène Cadou)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018




Encore
Un dimanche à rêver
Sur les collines

Encore
Au jardin
L’ombre du frêne

Et la longue lecture
Des riches heures
De l’été

Quand le monde à notre porte
Nous verse en milliers d’éclats

Sa beauté.

(Hélène Cadou)

Illustration: Geneviève Peyrade

 

 

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Automne (Jacques Réda)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



Automne

Ah je le reconnais, c’est déjà le souffle d’automne
Errant, qui du fond des forêts propage son tonnerre
En silence et désempare les vergers trop lourds ;
Ce vent grave qui nous ressemble et parle notre langue
Où chante à mi-voix un désastre. Offrons-lui le déclin
Des roses, le charroi d’odeurs qui verse lentement
Dans la vallée, et la strophe d’oiseaux qu’il dénoue
Au creux de la chaleur où nous avons dormi. Ce soir,
Longtemps fermé dans son éclat, le ciel grandi se détache,
Entraînant l’horizon de sa voile qui penche ; et le bleu
Qui fut notre seuil coutumier s’éloigne à longues enjambées
Par les replis du val ouvert à la lecture de la pluie.

(Jacques Réda)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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Une aube de printemps m’a dit (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Une aube de printemps m’a dit :
Dans ton coeur sombre j’ai fleuri
il y a longtemps, ô vieux pèlerin
qui ne coupes pas les fleurs du chemin.

Ton coeur d’ombre garde-t-il par hasard
le vieil arôme de mes lys anciens?
Mes roses parfument-elles encor le front blanc
de la fée de ton rêve aux éclats de diamant?

J’ai répondu au matin :
Mes rêves ne sont que cristal.
Je ne connais pas la fée de mes songes
et j’ignore si mon coeur est fleuri.

Mais si tu attends le pur matin
qui brisera le vase cristallin,
la fée peut-être te donnera tes roses,
mon coeur tes lys.

(Antonio Machado)

Illustration: Malinowsky

 

 

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