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Posts Tagged ‘éclipse’

Les yeux d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019



 

Fernand Khnopff_tête-de-femme theswedishparrot.com

Les yeux d’Amaranthe

Beaux yeux que j’aime tant, hé quelle est votre essence,
Car l’on vous pense feux à mon embrasement,
Puis l’on vous juge cieux par votre mouvement,
Mais non, vous êtes Dieux selon votre puissance.

Ces yeux n’ont que des feux toujours en influence,
Comme s’ils n’étaient faits que de cet élément :
Mais ces yeux étant dieux, leur branlant règlement
N’a que leur volonté pour toute intelligence.

Feux germains et gémeaux qui me donnez le jour,
Tandis que vous luirez dedans le ciel d’amour,
En tout temps et tout lieu je veux cueillir la rose.

Et quoi que le Démon avec ses appareils,
De rage et de noirceur à mes beaux jours oppose,
Je ne crains point l’éclipse avecque deux soleils.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Fernand Khnopff

 

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Pourquoi le chapeau de la nuit (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



Pourquoi le chapeau de la nuit
vole-t-il avec tant de trous ?

Que raconte la vieille cendre
quand elle marche auprès du feu ?

D’où vient que les nuages, qui pleurent tant,
se font de plus en plus gais ?

Pour qui flambent les gynécées
du soleil ombreux de l’éclipse ?

Combien le jour a-t-il d’abeilles ?

(Pablo Neruda)

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Chamois (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Chamois

Le roc me légua sa robe
De prudence et de rigueur
Solitaire je traverse
Le passage
de l’éclipse
Et lèche le lait bleui
de l’altitude.

(Charles Dobzynski)


Illustration

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TERRE ET POÉSIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

TERRE ET POÉSIE

La poésie, comme l’amour, charge de tout son contenu,
force à tous ses espaces le visage, le geste, le mot.
Sans elle, à l’instant d’être, ils seraient déjà morts —
ou cernés à jamais en leur étroite forme,
ce qui est mourir d’une autre façon.

Le roman prend corps pour ensuite se vêtir.
Prenant âme, la poésie demeure nue.

L’heure aride : des clefs sur la table et pas de porte à ouvrir.

La poésie suggère. En cela, elle est plus proche qu’on ne pense
de la vie, qui est toujours en deçà de l’instant qui frappe.

La poésie n’est pas la proie du poème.
Elle assiège et s’éclipse.
Nous laissant plus gravé dans l’argile, ou plus libre d’un anneau.

Lorsqu’on a pressenti, rien qu’une fois, l’immensité de l’aventure humaine,
on peut se demander quelle force nous retient dans l’étroit.
Quelle force est là, qui fait que nous poursuivons quand même la route
sans fomenter des bouleversements et sans abattre les murs ?
La poésie — si elle s’inscrit en nous — tout en admettant de nous regarder cheminer, nous délivre.

Parfois, se mirant dans l’un de nos destins,
elle nous découvre son envers terrestre qui est l’amour.
Alors, malgré les tiraillements, nous nous sentons sauvés ;
et en réalité nous le sommes, sauvés, ici et ailleurs.
Toujours un peu en amont du dernier poème vécu, la poésie ne saurait décevoir.
Je dis : un peu, car il faut apprivoiser l’impossible ;
vouloir qu’un passage existe, à portée de voix, à portée de regard.
Ce qui nous dépasse, et dont nous portons le grain aussi
certainement que nous portons notre corps, cela s’appelle : Poésie.

Le poème se nourrit de mouvements.
Son rythme est celui de la vague, son dessein est de traverser.

Hostile aux vérités à éclipses,
le poète n’est soucieux que de l’homme à la recherche de son visage enfoui.

La poésie est naturelle.
Elle est l’eau de notre seconde soif.

Il est vital pour le poète de lever des échos et de le savoir.
Nul mieux que lui ne s’accorde aux solitudes ;
mais aussi, nul n’a plus besoin que sa terre soit visitée.

Le poète séjourne hors des enceintes.
S’il ne rompait les digues,
comment joindrait-il ses terres à la terre, et la parole aux mots ?

Si l’appel du poème n’est pas contraignant, celui de la poésie est d’une haleine.
Fièvre perpétuelle qui brûle de devenir.

Pour en épeler les signes, la poésie endosse le monde dont elle est issue.
Mais à travers l’essaim des poèmes — intacte et pourtant remuée —
la poésie demeure au futur.

En sa terre labourée, le poète — pour un temps — s’apaise du cri qu’il pousse ;
poème dans sa nuit.

Le poète avance par saccades : coups d’aile et retombées.
L’expérience lui enseigne que la chute est le présage de l’essor ;
mais, au plus sombre d’une détresse, cette mémoire est de maigre secours.

Sauvegardons à ceux qui nous ont failli le mystère entier de leur visage.
Blessés et en cause, nous voici juges, les affublant du masque odieux.
Les faiblesses d’autrui, quand elles égratignent notre susceptible peau,
nous poussent à renier tout un passé d’entente.
Tourné vers la possession, nous sommes sans perspective et sans recours.

L’amour est toute la vie. Il est vain de prétendre qu’il y a d’autres équilibres.
Le dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est pas.

Le coeur se rit de l’absurde.
Sa vérité est au midi des contradictions.

L’amour comme la mort — qui naviguent hors du temps —
lissent nos fronts, affinent nos visages.
Au bord de ce qui est vaste, le regard n’erre plus.
Et le souffle, complice de l’angoisse et des jours, trouve enfin sa paix.

(Andrée Chedid)

 

 

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Chaque heure, chaque instant possède son Esprit gardien spécifique (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Hommage aux anges
[24]

Chaque heure, chaque instant
possède son Esprit gardien spécifique ;

l’aiguille du réveil, minute après minute,
clique autour de son orbite prescrite ;

mais cette étrange perfection mécanique
ne devrait pas séparer, plutôt relier,

notre vie, cette éclipse temporaire
à cette autre…

***

Every hour, every moment
has its specific attendant Spirit;

the clock-hand, minute by minute,
ticks round its prescribed orbit;

but this curious mechanical perfection
should not separate but relate rather,

our life, this temporary eclipse
to that other …

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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LES JARDINS DE L’AUBE (Marianne Dubois)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018




– LES JARDINS DE L’AUBE –

Jardin de la présence
Jardin du Rire
Jardin d’une amitié
Jardin de la peur
Jardin de l’attente
Jardin de la promesse
Jardin de l’invisible
Jardin souterrain
Jardin de la Rencontre
Jardin de Flamme
Jardin aux papillons
Jardin de la vieillesse
Jardin d’ivresse
Jardin du vide et du plein
Jardin sans nom et sans limite
Jardins de l’inspiration
Jardins de l’infini
Jardin de la rose (dialogues)
Jardin des elfes
Jardin sous l’éclipse (le 11 août 1999)
Jardin de l’arbre
Jardin de la rive intérieure ou la Spirée

(Marianne Dubois)

son site ici

Illustration: Vladimir Kush

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LA HARPE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



LA HARPE

La musique allait seule. il n’y avait plume, pelage,
lait ou fumée ou noms. Ce n’était jour ni nuit.
Seule entre les planètes, de l’éclipse naissant
la musique tremblait tout comme un vêtement.
Soudain le feu, le froid gemmèrent une goutte
et l’univers dressa son spacieux étalage,
lave, cendre hérissée et aurore glissante,
tout transmigra de dureté en dureté,
et sous l’humidité céleste fraîche éclose
le diamant instaura sa symétrie glacée.
Alors le son premier,
la musique esseulée, la musique du monde
se glaça et tomba en étoile changée,
en harpe ou en cithare, en silence ou en pierre.

Dans le froid de l’hiver, sur 1a côte chilienne,
lorsque la pluie s’abat et lave les semaines,
oyez : la solitude est à nouveau musique,
et je ne sais, mais il me semble que le vent,
la pluie, le temps, cela qui a ailes et vagues,
passe et grandit. La harpe, de l’oubli s’éveille.

(Pablo Neruda)


Illustration: Timothy Martin

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Le grand jour (Roland Giguère)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Le grand jour

Plus tard le ciel déchiré de cris
plus tard les enfants nus
plus tard les bruits légers des belles rencontres
plus tard les poignets cernés par l’amour
plus tard la pitié des affamés
plus tard le livre comme un oiseau blanc
plus tard le culte des innocents

beaucoup plus tard
au moment de la grande clarté
au moment de la grande éclipse
les éclats de lune répandus par le soleil
et les traits de plumes sur les murs froissés
traits rouges rapides cruels
et plume d’hirondelle
immobile au sommet des taudis
pour entretenir le bleu des toiles
pour supporter le toit absent
longues absences d’autrefois
d’aujourd’hui et de toujours

beaucoup plus tard
le ciel déchiré de cris
déchiré comme une aile.

(Roland Giguère)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: L’Age de la Parole
Traduction:
Editions: Éditions de l’Hexagone

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Fantômes (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Des fantômes laissent des traces
dans l’écume des vagues

des chaussettes des chapeaux
des pyjamas en lambeaux

caresse et silence
d’amis perdus
dans l’aveuglement de l’éclipse.

***

Fantasmas dejan huellas
en la espuma de las olas

calcetines y sombreros
piyamas desgarrados

caricia y silencio
de amigos perdidos
en la ceguera del eclipse.

(Luis Mizón)


Illustration

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Incantation (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Karen LaMonte
    
Incantation

Guidé seulement par l’ombre et le parfum
qui disent ton nom et le désenchantement
de tant de choses en toi et ce qui reste
recouvert par les cendres qui te résument,

je reviendrais par les miroirs hantés
comme reviennent Usher ou Ulalume
pour proposer l’obscur troc, le chant
qui incarnera l’horreur qui nous consume.

Mais si je pense, l’amie, à la force
de l’impalpable brume de ton éclipse
seulement dans ton parfum et dans ton ombre,

ma volonté se rend à son fantôme
et préfère sombrer dans toute l’absence
où un néant cet autre néant nomme.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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