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Poésie

Posts Tagged ‘éclos’

PAR LA ROSERAIE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



PAR LA ROSERAIE

Par la roseraie éclose,
Par la saulaie apâlie,
Au bord des viviers, sous l’aurore rose,
Au long des étangs où le roseau plie,
Au son d’une chanson trillée,
Jusqu’à la plaine ensoleillée!

Au cours de la rivière lente
Des herbes traînent vertes ou rousses,
Oscillantes sans secousses,
Au cours de la rivière lente
Des herbes traînent au long des mousses.

Nul bruit qu’un roulement lointain de chariot,
Nulle crainte que d’un rêve interrompu;
Et nul regret de ce que l’on n’a pu
— Un roulement lointain de chariot —
L’azur jusque là-bas où sont les peupliers
Rigides et légers au long du vieux canal
— Ah! que ce paysage a d’êtres familiers;
Que tout y est doux et banal.

L’herbe est plus haute, ainsi, pour ma tête penchée,
Que les collines bleuissantes de là-bas;
Et tout, par la vie, est de même, est-ce pas,
Folle âme à ton ombre attachée,
O toi qui te suis pas à pas,
Sur toi-même penchée,
La vie est telle, n’est-ce pas?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration

 

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Cet instant où je me suis éveillé (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018




    
cet instant
où je me suis éveillé
au coeur de la nuit

tout reposait
n’était que silence
et la vie ne m’effrayait plus

l’esprit serein

la lueur survenue
suggérait que la traque
avait pris fin

ne plus s’épuiser
à chercher
ne plus quémander
ne plus vouloir
coûte que coûte
faire main basse
sur ce qui toujours
échappe à ta prise

l’esprit serein

apaisé par cette lumière
qui avait éclos
à cet instant
au coeur de la nuit

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Alors je t’ai vue (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



Illustration: Margot Lovinger
    
Alors je t’ai vue —
Dans toute cette lumière,
la chambre comme une fleur fermée
soudain éclose s’est mise à briller,
des rubans de lumière volaient tout autour.

J’étais immobile je ne pensais rien,
tu as levé les yeux et le vent
s’est engouffré dans ma tête,
comme il se lâche l’été
au dessus d’un vaste, vaste champ,
dans un vaste pays ouvert —
j’étais alors dans cette chambre
cette chambre rouge ponctuée d’or
que la lumière dorée traversait sur des ailes
ailes battant ailes chassant ailes ramant
dans l’air tendre
dans l’air frémissant
dans l’air qui fuit si tu insistes —
écoute écoute écoute oh j’écoute,
ta voix de gorge fragile et sèche,
qui s’élève puis se calme
tout près de moi, je sentais ta chair tendre,
ta chair qui irradiait, nature morte,
j’étouffais sous ton regard
ce regard nu étincelant
ce calme mouvement de tête
ce tremblement ce mouvement
de tes mains et ta tête et ton pied
comme aujourd’hui encore.
Oh si seulement je trouvais
la rapide déferlante rivière de mots étoilés
Pour tout dire
avant de m’effacer
de la vie où j’ai tant erré.

Mais o couleur étincelante
derrière les grandes portes lumineuses
de l’été soleil,
et toute la clarté lumineuse,
la haute messe sacrée
des jours
et la lumière dorée et le crépuscule
dans la chambre rouge
où elle se tenait alors
son corps de verre
si transparent, si léger,
ensemble pour toujours
en moi qui l’ai vue
en ce jour d’un clair rouge doré blanc.

Car il ne me reste qu’à frémir
me dissoudre
dans des mots afin qu’il ne reste rien
que sa lumière.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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À une ténèbre (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



Illustration: Natacha Mondon
    
À une ténèbre

Au commencement, regarde mon amour
J’entends dans moins déjà de la lumière
Hurler un navire, hors des vagues
Ô mon amour

En vain se taire, et se fendre les phares :

Un qui change, éclaire doucement les naufrages
Un qui offre à la nuit, sur un tourment de mer
Les berceaux d’une rade aux brumes d’émeraude.

Au commencement regard, mon amour j’aimais
La clarté, tiède éclose un matin à tes yeux
Ma barque ivre de nuit malgré l’appel du port;

Regarde, la saison même absente respire
Ce vin de vérité d’une ténèbre au coeur
Et le jour, invisible aux tristesses ressemble.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: Konstantin Razumov

    

SONNET

Je ne vous ferai pas de vers,
Madame, blonde entre les blondes,
Vous réduiriez trop l’univers,
Vous seriez reine sur les mondes.

Vos yeux de saphir, grands ouverts,
Inquiètent comme les ondes
Des fleuves, les lacs et des mers
Et j’en ai des rages profondes.

Mais je suis pourtant désarmé
Par la bouche, rose de mai,
Qui parle si bien sans parole,

Et qui dit le mot sans pareil,
Fleur délicieusement folle
Éclose à Paris, au soleil.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nous nous aimons très tendrement (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




    
nous nous aimons très tendrement
,plus qu’une averse
a besoin d’arcs-en-ciel ou que font d’éventuelles
fleurs de mai les flocons:

tout à fait yeux de l’air
non que les premières grives du crépuscule s’éveillent
plus en secret que nos (même si se disloquaient
quelques-uns des mondes)êtres

Nul faire ne défera
(ni la folie ni la mort ni les deux qu’est
la guerre) ton moi ou ne simplifiera mon toi,chérie

douce et créative cette complexité
jamais connue est née avant qu’une lune éclose
avant que Dieu Se soit désiré dans la rose

et même(
nous aventurant jusque du côté
du plus immémorial des quand
)avant

chaque battement de coeur que je vis t’embrassant

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Une fois un
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: La Nerthe

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Printemps (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Printemps

Lève-toi ! lève-toi ! le printemps vient de naître.
Là-bas, sur les vallons, flotte un réseau vermeil.
Tout frissonne au jardin, tout chante, et ta fenêtre,
Comme un regard joyeux, est pleine de soleil.

Les larges espaliers, couverts de boutons roses,
De leur haleine douce embaument le ciel pur.
Seule, la vigne est nue, et, près des fleurs écloses,
Comme un serpent transi rampe au long du vieux mur.

Du côté des lilas aux touffes violettes,
Mouches et papillons bruissent à la fois ;
Et le muguet sauvage, ébranlant ses clochettes,
A réveillé l’amour endormi dans les bois.

Puisque avril a semé ses marguerites blanches,
Laisse ta mante lourde et ton manchon frileux ;
Déjà l’oiseau t’appelle, et tes sœurs les pervenches
Te souriront dans l’herbe en voyant tes yeux bleus.

Viens, partons ! Au matin, la source est plus limpide ;
N’attendons pas du jour les brûlantes chaleurs ;
Je veux mouiller mes pieds dans la rosée humide,
Et te parler d’amour sous les poiriers en fleurs !

(Louis Bouilhet)

Illustration: Josephine Wall

 

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Violettes (Colette)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2017



Et les violettes elles-mêmes, écloses par magie dans l’herbe, cette nuit, les reconnais-tu ?
Tu te penches, et comme moi tu t’étonnes ; ne sont-elles pas, ce printemps-ci, plus bleues ?
Non, non, tu te trompes, l’an dernier je les ai vues moins obscures, d’un mauve azuré, ne te souviens-tu pas ?…

Tu protestes, tu hoches la tête avec ton rire grave, le vert de l’herbe neuve décolore l’eau mordorée de ton regard…
Plus mauves… non, plus bleues… Cesse cette taquinerie !
Porte plutôt à tes narines le parfum invariable de ces violettes changeantes
et regarde, en respirant le philtre qui abolit les années,
regarde comme moi ressusciter et grandir devant toi les printemps de ton enfance…

Plus mauves… non, plus bleues…
Je revois des prés, des bois profonds que la première poussée des bourgeons embrume d’un vert insaisissable,
– des ruisseaux froids, des sources perdues, bues par le sable aussitôt que nées, des primevères de Pâques,
des jeannettes jaunes au cœur safrané, et des violettes,
des violettes, des violettes…

Je revois une enfant silencieuse
que le printemps enchantait déjà d’un bonheur sauvage,
d’une triste et mystérieuse joie…
Une enfant prisonnière, le jour, dans une école,
et qui échangeait des jouets, des images,
contre les premiers bouquets de violettes des bois, noués d’un fil de coton rouge,
rapportés par les petites bergères des fermes environnantes…

Violettes à courte tige, violettes blanches et violettes bleues,
et violettes de coucou anémiques et larges, qui haussent sur de longues tiges leurs pâles corolles inodores…
Violettes de février, fleuries sous la neige, déchiquetées, roussies de gel, laideronnes, pauvresses parfumées…
Ô violettes de mon enfance ! Vous montez devant moi, toutes,
vous treillagez le ciel laiteux d’avril,
et la palpitation de vos petits visages innombrables m’enivre…

(Colette)

Illustration

 

 

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Attente (Federico García Lorca)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Attente

L’univers
est en attente de quelque chose
qui encore n’a pas éclos.
La flore infinie
des étoiles
et les faunes de l’âme
retiennent leur souffle
et regardent vers un point
qui est loin
attendant la clé
du mystère,
point qu’attaque la mort
avec un marteau fantastique.
Car si le point lointain
venait à s’effacer du ciel
il y aurait une catastrophe
d’étoiles
un énorme amas
d’étoiles
couronnées de fantastiques
squelettes.

***

Espera

El universo
está en espera de algo
que aún no se ha abierto.
La floresta infinita
de los luceros
y las faunas del alma
contienen el aliento
y miran hacia un punto
que está lejos
esperando la clave
del misterio,
punto que ataca la muerte
con un martillo feérico.
Mas si el punto lejano
se borrara del cielo
habría una catástrofe
de luceros,
un enorme montón
de luceros
coronados por feéricos
esqueletos.

(Federico García Lorca)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Grenier d’étoiles
Traduction: Danièle Faugeras
Editions: Erès

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A M. V. H. (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
A M. V. H.

Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,
Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux,
Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,
Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.

Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;
Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux.
Puis le coeur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,
Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes.

De ces biens passagers que l’on goûte à demi,
Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.
On se brouille, on se fuit. Qu’un hasard nous rassemble,

On s’approche, on sourit, la main touche la main,
Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,
Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.

(Alfred de Musset)

 

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