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Poésie

Posts Tagged ‘éclos’

L’inerte chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
L’inerte chanson

Combien de baisers en suspens
Au bord des lèvres affamées
Et parmi les palais absents
De princesses inanimées
Dormant à jamais embrumées
Sous l’or de leurs cheveux dolents.

Combien à l’ancre au fond du port,
Et malgré les voiles vermeilles,
Souplement arquant leur essor,
De bateaux captifs qui sommeillent
Et qui jamais n’appareillent
Que vers ce havre noir, la Mort.

Combien de lys n’ont point éclos
Dont l’aube dédaigna l’offrande;
Et, sur des îles de coraux
Où leurs bras vainement se tendent,
Combien d’exilés qui t’attendent,
O Mort, sous tes verts oripeaux!

(Marie Dauguet)

 

 

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Embastillée d’argile (Imasango)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2017



Illustration: John Singer Sargent
    
Embastillée d’argile

Touchée par la chaleur
Du silence de tes lèvres
Je congédie le monde

Je respire par tes mains
Je me couvre de tes veines
Je te bois
Je deviens
Soleils rouges

Ton corps est vagabond
Trouvant l’asile
D’une terre
Éclose
Devenue femme

Je retiens la course
À tes hanches
Habillées de baisers
Je recouvre mon âme

Tu es mon paysage mon tempo ma cadence
Mon naufrage et ma rime ma vague et mon volcan
Mon îlot de lumière ma bouteille à la mer
Mon homme argile

(Imasango)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Les fruits (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



 Illustration: Marc Thouy
    
Les fruits

Je hais les fruits, splendeurs par le soleil mûries,
Prunes de pourpre et d’or, dont l’odorant sommeil
Dans l’aube fut troublé par un baiser vermeil,
Mystique Orange, éclose au pays des féeries,

Pomme fraîche exhalant le parfum des prairies,
Cerise folle, offrant ses lèvres au soleil,
Abricot à la joue espagnole pareil,
Et pêche aux chairs de femme exquises et meurtries.

Les fruits, réalités des rêves du printemps
Dans l’ostentation de leurs corps éclatants,
M’attristent à l’égal des choses accomplies.

Leur saveur sensuelle et leur lourde couleur
Ne fait frémir en moi que des mélancolies,
Car j’y vois l’agonie et la mort d’une fleur.

(Renée Vivien)

 

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Soudain, tu es là (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration
    
Soudain, tu es là, me sautant
Aux yeux, au détour d’un sentier.
Tu es là, ardente sur ta hampe,
Fleur rose éclose au nom secret,
Seule au milieu de tout, et tout
L’univers ne paraît plus vain !

Milliards d’années après la lave
Originelle, un jour tu es.
D’où viens-tu? D’où ce pur désir
De couleur, de parfum, d’un port
Unique et parfait? Es-tu signe
De ce Tout né un jour du Rien ?

Soudain, tu es là, me prenant
À la gorge, arrachant de moi
Un cri muet de consentement:
Je sais alors que je suis là
Pour la rencontre, que ce cri
Est le oui qu’un rien dit à Tout.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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A son amie toute tremblante de l’abord d’une abeille (Balthazar de Bonnecorse)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
A son amie toute tremblante de l’abord d’une abeille

As-tu peur qu’en suçant elle outrage les roses,
En boutons incarnats sur tes lèvres écloses ?

Non, non, le doux baiser qu’elle prend sur leur sein
N’est pas comme le tien un baiser assassin,
Qui porte d’un accord amiable et farouche
L’aiguillon dans le cœur et le miel sur la bouche :

C’est un sucre sans fiel, un dommage innocent,
Moins nuisible qu’utile au lys qu’il va suçant.

Ces petits Amours appâtés,
On les a vus voler autour de ces beautés ;
Ils n’osaient toutefois s’arrêter sur leurs bouches ;

Dès le moment qu’ils y passaient,
Avec leur éventail elles les repoussaient,
Et chassaient les Amours comme on chasse les mouches.

(Balthazar de Bonnecorse)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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SUR UN BAISER (Roger de Bussy-Rabutin)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
SUR UN BAISER

Fais que je vive, ô ma seule Déesse!
Fais que je vive, et change ma tristesse
En plaisirs gracieux.

Change ma mort en immortelle vie,
Et fais, cher coeur, que mon âme ravie
S’envole avec les Dieux.

Fais que je vive, et fais qu’en la même heure
Que je te baise, entre tes bras je meure,
Languissant doucement;

Puis, qu’aussi-tôt doucement je revive,
Pour amortir la flamme ardente et vive
Qui me va consumant.

Fais que mon âme à la tienne s’assemble;
Range nos coeurs et nos esprits ensemble
Sous une même loi.

Qu’à mon désir ton désir se rapporte;
Vis dedans moi, comme en la même sorte
Je vivrai dedans toi.

Ne me défens ni le sein, ni la bouche:
Permets, mon coeur, qu’à mon gré je les touche
Et baise incessamment,
Et ces yeux, où l’amour se retire;

Car tu n’as rien qui tien se puisse dire,
Ni moi pareillement.
Mes yeux sont tiens; des tiens je suis le maître.
Mon coeur est tien, à moi le tien doit être,
Amour l’entend ainsi.

Tu es mon feu, je dois être ta flamme;
Tu dois encor, puisque je suis ton âme,
Etre la mienne aussi.

Embrasse-moi d’une longue embrassée;
Ma bouche soit de la tienne pressée,
Suçant également
De nos amours les faveurs plus mignardes;

Et qu’en ces jeux nos langues frétillardes
S’étreignent mollement.
Au paradis de tes lèvres écloses
Je vais cueillir de mille et mille roses
Le miel délicieux.

Mon coeur s’y paît, sans qu’il s’y rassasie,
De la liqueur d’une douce ambroisie,
Passant celle des Dieux.

Je n’en puis plus, mon âme à demi folle
En te baisant par ma bouche s’envole,
Dedans toi s’assemblant.
Mon coeur halète à petites secousses;

Bref, je me fonds en ces liesses douces,
Soupirant et tremblant.
Quand je te baise, un gracieux zéphire,
Un petit vent moite et doux, qui soupire,
Va mon coeur éventant.

Mais tant s’en faut qu’il éteigne ma flamme,
Que la chaleur qui dévore mon âme
S’en augmente d’autant.
Ce ne sont point des baisers, ma mignonne,
Ce ne sont point des baisers que tu donne,

Ce sont de doux appas,
Faits de Nectar, de Sucre et de Canelle,
Afin de rendre une amour éternelle
Vive après le trépas;
Ce sont des fruits de l’Arabie heureuse,

Ce sont parfums qui font l’âme amoureuse
S’éjouir dans ces feux;
C’est un doux air, un baume, des fleurettes,
Où comme oiseaux volent les amourettes,
Les plaisirs et les jeux.

Parmi les fleurs de ta bouche vermeille,
On voit dessus voler comme une abeille
Amour plein de rigueur;

Il est jaloux des douceurs de ta bouche:
Car aussi-tôt qu’à tes lèvres je touche,
Il me pique le coeur.

(Roger de Bussy-Rabutin)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Soir intense (Grégoire Le Roy)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Soir intense

C’était un soir d’étranges extases,
Un soir où les roses trop écloses
Se mouraient d’épanouissement,
Comme meurent les roses des vases.

C’était un soir où même les choses
Semblaient mourantes étrangement
Et comme lentes, évanouies,
D’être, en ce soir, trop épanouies.

Et nous vîmes tomber des pétales
Dans l’attente amoureuse des heures
Et nous gardons à jamais au cœur
La langueur de ces heures fatales.

Car jamais tes lèvres de bonheur
Ne seront plus douces ni meilleures
Qu’en ce soir de trop lentes extases
Où les roses, trop épanouies,
Se mouraient d’extases inouïes,
Ainsi que les roses dans les vases.

(Grégoire Le Roy)

 

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TABLEAU (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



 

Chris Ludlow  train à vapeur  url

TABLEAU

Enclavé dans les rails, engraissé de scories,
Leur petit potager plaît à mes rêveries.
Le père est aiguilleur à la gare de Lyon.
Il fait honnêtement et sans rébellion
Son dur métier. Sa femme, hélas ! qui serait blonde,
Sans le sombre glacis du charbon, le seconde.
Leur enfant, ange rose éclos dans cet enfer
Fait des petits châteaux avec du mâchefer.
À quinze ans il vendra des journaux, des cigares
Peut-être le bonheur n’est-il que dans les gares !

(Charles Cros)

Illustration: Chris Ludlow

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Alors je t’ai vue (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Yuri Pysar
    
Alors je t’ai vue —
Dans un flot de lumière,
la chambre comme une fleur fermée
soudain éclose s’est mise à briller,
des rubans de lumière volaient tout autour.

J’étais immobile et la tête vide,
tu as regardé et le vent
s’est engouffré dans ma tête,
comme il se lâche l’été
sur un vaste, vaste champ,
dans un vaste pays ouvert —

j’étais alors dans cette chambre
cette chambre rouge ponctuée d’or
dans la chambre rouge,
où elle se tenait alors
avec son corps de verre
si transparent, si léger,
ensemble pour toujours
en moi qui l’ai vue
dans ce jour rouge or blanc clair.

Il ne me reste qu’à frémir
me dissoudre
dans des mots afin qu’il ne reste rien
que sa lumière.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Saskia Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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ROMANCE (André Besson)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



ROMANCE

Au poète il faut peu de chose
Pour rêver, quand le ciel est pur :
Un papillon qui se repose,
Une fleur, un bouton de rose,
Un nuage blanc dans l’azur ;
Pour rêver il faut peu de chose.

Au poète il faut peu de chose
Pour ouvrir son coeur à l’amour :
Un front pur, une lèvre rose,
Un regard qui sur lui se pose,
Un mot caressant, chaque jour ;
Pour aimer il faut peu de chose.

Au poète il faut peu de chose
Pour avoir des larmes au coeur :
Une fleur morte à peine éclose,
Un jour pluvieux et morose,
Le chant d’un petit ramoneur ;
Pour pleurer il faut peu de chose.

Au poète il faut peu de chose
Pour s’endormir dans le tombeau :
Un amour que le coeur dépose,
Une douleur parfois sans cause
Ou la fin d’un rêve trop beau ;
Pour mourir il faut peu de chose.

(André Besson)

Illustration: Raymond Peynet

 

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