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Poésie

Posts Tagged ‘écorché’

Aux sables des tombeaux (Patrice Blanc)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustration: Alex Alemany
    
Aux sables des tombeaux

la belle exposition
de ton corps nu
ouvre les secrets
de l’océan

ton ventre
où la pluie lave les larmes
est un soleil écorché

le bel esprit de ton corps nu
délivre le soleil
des entrailles de l’océan

en ces lieux où mon sang s’égare
il vaut mieux mourir
et prendre ta main pure

en ces lieux où dure l’insupportable
il vaut mieux brûler dans la lumière
et prendre ta bouche soyeuse

[…]

(Patrice Blanc)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: De sang, de nerfs et d’os
Traduction:
Editions: du Contentieux

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L’impossibilité de vivre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Illustration: Olivier de Sagazan 
    
L’impossibilité de vivre
se glisse en nous au début
comme un caillou dans la chaussure :
on le retire et on l’oublie.

Ensuite arrive une pierre plus grande
qui n’est plus déjà dans la chaussure :
le premier ou le dernier malentendu
se mêle à l’amour ou au doute.

Viennent après d’autres échecs :
la perte d’un mot,
la sauvage irruption d’une douleur,
une mort sur le chemin,
la chute d’une feuille sur notre solitude,
la vieillesse qui s’annonce
comme un soir écorché par la pluie.

Nous émergeons de tout
avec un tremblement qui dissout la confiance.
La lune pâlit,
nous commençons à nous méfier du soleil.

Et un jour quelconque,
dans la prairie ou le ciment,
dans la dissonance qui brise une chanson
ou une rotation inattendue au lit,
quelque chose nous blesse comme un fouet:
vivre c’est dévivre.
La promesse est rompue.

Qui a fait la promesse ?
Et qui peut la croire ?
Nous ne le saurons plus.
La promesse était autre.

Vivre est impossible.
Mais à l’intérieur du vivre il y a autre chose
que nous ne comprendrons jamais
et qui pourtant saute et joue
comme un dieu étonné
qui ne s’accordera jamais
avec les scandales successifs
de vivre sans vivre
et de mourir sans vivre.

***

La imposibilidad de vivir
se nos infiltra al principio
como una pequeña piedra en el zapato:
uno la quita y se olvida.

Luego llega un piedra mas grande,
y ya no en el zapato:
el primero o el último malentendido
se mezcla con el amor o la duda.

Vienen después otros fracasos:
la pérdida de un palabra,
la salvaje irrupción de un dolor,
una muerte en el camino,
la caída de una boja sobre nuestra soledad,
la vejez que se anuncia
como un tarde desollada por la lluvia.

Emergemos de todo,
con un temblor que disuelve la confianza.
La luna empalidece,
comenzamos a desconfiar del sol.

Y un día cualquiera,
en la pradera o el cemento,
en la disonancia que rompe una canción
o en una vuelta sorpresiva en el lecho,
algo nos hiere como un látigo:
vivir es desvivir.
La promesa está rota.

¿Quién hizo la promesa?
¿ Y quién puede creerla?
Ya nunca lo sabremos.
La promesa era otra.

Vivir es imposible.
Pero adentro del vivir hay otra cosa,
que jamás entenderemos
y sin embargo salta y juega
como un dios asombrado,
que nunca armonizará
con los sucesivos escándalos
de vivir sin vivir
y morir sin vivir.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Nous nous enfonçons (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2018




    
Nous nous enfonçons dans la mort de ceux que nous aimons
comme un buisson épineux, traversé mains tendues.
Nous sortons de l’autre côté merveilleusement écorchés.

(Christian Bobin)

 

Recueil: Carnet du soleil
Traduction:
Editions: Lettres Vives

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DIX LIGNES POUR ANTONI TAPIES (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Antoni Tapies_ 21

DIX LIGNES POUR ANTONI TAPIES

Sur les superficies urbaines,
les feuilles arrachées des jours,
sur les murs écorchés, traces
signes charbons, numéros en flammes.
Écriture indélébile de l’incendie,
ses testaments et ses prophéties
retours déjà taciturnes splendeurs.
Incarnations, désincarnations :
ta peinture est le linceul de Véronique
de ce Christ sans visage qui est le temps.

(Octavio Paz)

Illustration: Antoni Tàpies

 

 

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DES CHEVAUX DE CORAIL (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



Des chevaux de corail effondrés sur la mer,
Et cette musique insolite
Charmant un arc-en-ciel que le rêve suscite,
Traduisent ton orgueil amer.

Es-tu l’écorché vif, l’ange chu de l’échelle
De Jacob, après le combat ?
Ta force s’est réduite à cette aile qui bat,
Et t’appartient ce sang qui gèle.

Grande comme un soleil une nocturne main,
Encense la rue où tu passes,
Et, sous ses doigts pourtant si bleus, les maisons lasses
Ferment leur coeur, et ton chemin.

(Jules Tordjman)

Illustration: Marcio Melo

 

 

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Boeuf écorché (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018


chagall-boeuf-ecorche

 

C’est de la viande où passait le sang, de la viande
Où tremblait la miraculeuse,
L’incompréhensible chaleur des corps.

Il y a encore
Quelque chose de la lueur du fond de l’oeil.
On pourrait encore caresser ce flanc,
On pourrait encore y poser la tête
Et chantonner contre la peur

(Guillevic)

 

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TOMBEAU DU NÉANT (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Alexandre Folliot
    
TOMBEAU DU NÉANT

Ci-gît la vie,
ci-gît le rire,
ci-gît tout ce qui planait sur la montagne,
tout ce qui dansait au son de la résine ;
ci-gît un homme qui n’eut que le tort d’exister,
ci-gît un enfant qui crut saisir un peu d’espace.

Mort l’arc-en-ciel, vieux châle décrépi ;
morte la comète, d’avoir voulu se reposer ;
et l’arbre s’est pendu du haut de sa propre cime,
et le vautour s’est étranglé de son aile puissante,
et le poisson explosa en découvrant la brise pure.

« Désolées », disent les roches, et les voilà qui se réduisent en amadou ;
« Peinées », disent les vagues, et les voilà qui se transforment en écailles.
Où est celui qui s’obstinait à devenir lui-même ? on l’a tué ;
où est celui qui cherchait à savoir pourquoi l’on parle
pourquoi l’on pleure ? nulle part, il fut écorché vif.

Ci-gît quoi donc ? personne n’ose en discuter.
Ci-gît, pourquoi le dire ? quelqu’un sur qui déjà galope la bourrasque;
ci-gît ce qui est trop éphémère pour qu’on l’appelle mort ;

ci-gît…
qui donc encore comprend l’épitaphe ?
qui donc encore conçoit le deuil ?
qui donc encore s’émeut de voir
les gens tomber, les choses disparaître ?

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Alkékenge (Pierre Menanteau)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017




Alkékenge

Voici le temps du canevas.
Pas de travail plus délicat
Que la robe de l’alkékenge:
Elle était rouge, elle est orange.
Et le coeur se montre à présent.
Ô feu du sol, ove de sang
Qui luis au fond de la lanterne,
Que le gel, le vent de galerne,
Ne consume pas ton éclat!
Voici le temps du canevas.
L’automne est une jeune fille
Qui prélève à pointe d’aiguille
Un bout de fibre, un peu de chair,
Avant l’écorché de l’hiver.

(Pierre Menanteau)

 

 

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L’ARC DECLINANT (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2017



L’ARC DECLINANT

Nous fûmes purs et pourtant nous sommes en deçà de notre mesure.
Qui parle de parfaire ?
Nous entrons dans l’arc déclinant où la corde mollit,
la ferveur comme la flèche ne vibre plus.
Nous n’aurons pas plus de repos que nous n’eûmes de larmes.

N’est-il plus rien à voir, rien à entendre.
Rien pour le soleil. Rien pour la récompense.
Rien pour la vanité. Rien pour le délire ?
La lampe des amants s’éteint
et l’âme est écorchée de tous les incendies de l’ombre.

Elle n’a plus de bouche et sa bouche est pleine de Dieu.
Au dernier communiqué des flammes,
le geste qu’elle tendit vers moi
fut celui d’un versant inconnu qui s’éclaire,
et nous fléchissons sur la beauté
comme le brasier touché par la grâce.

Nous garderons les armes à la main
pour d’autres combats,
dans d’autres mondes impossibles.

(Jean Malrieu)

 Illustration: Josephine Wall

 

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Dans la bouche d’une étoile (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

dans la bouche d’une étoile
je me suis égaré
là où les morts n’ont plus prise
j’ai trouvé la pierre d’angle
pour avancer parmi les grands vivants
pour avancer parmi les grands gisants

dans la bouche d’une étoile
entre l’ébloui et l’englouti
la vie veut sa rosée de nuit
une porte ouverte sur le ciel
où je reviens sans être allé
où je reviens sans être né

dans la bouche d’une étoile
j’écoute mes propres signes
comme la lente infusion
d’une parole jamais dite
d’une parole sourde infiniment
fille de la voix et du vivant

dans la bouche d’une étoile
dis-moi ce que je porte d’ombre
dis-moi la toute-lumière
le sanctuaire laissé en blanc
dis-moi le plus profond de l’aube
ce qui ne cesse de naître et de mourir

dans la bouche d’une étoile
ton jour et ma nuit se croisent
vie et mort c’est tout un
vie et mort c’est sans fin
tu tends des comètes
sur le soir de ma terre

dans la bouche d’une étoile
un gisement de silence
la dent du feu s’est absentée
les bourreaux perdent leur visage
je pressens ton horizon
j’attends ta voie lactée

dans la bouche d’une étoile
dans la chair de l’illimité
j’accueille ta fièvre
au nom de lune
la souffrance en sommeil
le sang tourné vers l’infini

dans la bouche d’une étoile
laisse frémir l’innocence
jusqu’à la fin des mondes
jusqu’au bleu de l’esprit
la forêt des poumons
traversée par le vent

dans la bouche d’une étoile
j’écoute trembler l’arrière-ciel
sur le grain de la peau
sur le grain de la pierre
descente à pic dans la vie
descente à pic dans la nuit

dans la bouche d’une étoile
mille mains offertes
mille plaies ouvertes
le ciel marche en moi
le bleu est une tête brandie
l’éternité nous donne ses doigts

dans la bouche d’une étoile
ta voix chante dans la voix
elle chante un oeil-ciel foudroyant
le vrai nom de l’oubli
le souffle d’un dieu meurtri
dévasté épanoui

dans la bouche d’une étoile
dis-moi le vrai nom
qui brûle tous les noms
dis-moi les voyelles de Dieu
je veux dormir dans ta parole
aspirer ton arc-en-ciel

dans la bouche d’une étoile
pour agrandir la vie
pour prendre corps
pour prendre coeur
jusqu’au linceul de miel
vers le centre des cendres

dans la bouche d’une étoile
au risque de chaque instant
humble et démesuré
vif et insondable
le premier mot du ciel
dans un jour sans limites

dans la bouche d’une étoile
la salive d’un trou noir
le rouge à lèvres des anges
sur le miroir des sans feu ni lieu
pour une vie dans la vie
pour une voix dans la voix

dans la bouche d’une étoile
le ciel entier de tes yeux
le temps dévêtu
la toupie du monde
j’écris un seul et même livre
pour ta nuit écorchée vive

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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