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Poésie

Posts Tagged ‘écorché’

Le visage que tu portes (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2017



Le visage que tu portes,
où tu caches sous la peau
de farouches animaux
qui rôdent dans les clairières,

arrache-le! Tu retrouves
sous la ténébreuse image
la nuit d’un autre visage
qu’il faut encore déchirer.

Et de visage en visage,
arrachés et déchirés,
lèvres noires, plaies figées
au rivage du miroir,

tu gagnes ta propre images
ta demeure d’écorché
où des griffes de clarté
poussent d’étranges ravages:

beau visage de vivant,
camaïeu d’os et de nerfs,
forêt de veines, d’artères
où battent les tambours du sang.

(Jean Joubert)


Illustration

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Un fronton déchu (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



    

Un fronton déchu de son ciel.
Un portique ouvert sur l’absence.
Là-bas, le tronc écorché d’un linteau.

De quels mots consoler
ces pierres orphelines?

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: Trois ménologues
Editions: Cheyne

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La Steppe du Nord (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



arbre

La Steppe du Nord

On dirait du varech, ces lichens — maigres plantes !
La Solitude écoute au loin des voix sifflantes.
Le ciel est bas sur nous ; et, du Nord, le ciel fuit.
Le grand jour sur la steppe a des replis de nuit.

Tout est de sang pourtant : la plaine même est rousse.
Tout est dur. Le sol tape, et craquante est la mousse.
Que c’est étrange, au loin, cet arbre biscornu,
Monstre écorché tout vif sur un horizon nu !

L’espace nous entoure… Un chemin? Non, du sable,
Où le pas que l’on fait semble être ineffaçable.
Et toujours le grand air — et la bise souvent.
Plus loin, quelques sapins qui se jettent au vent.

(Bernard de Louvencourt)

 

 

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Ecce homo (Paul Henri Lezac)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016


ChristSaintJeanDeLaCroix-Dali

Je suis une terre brûlée
Les bombes, les sols calcinés
Je suis un vaste champ de mines
Murs détruits et longs pans de ruines,
Les villes dévastées

Je SUIS les corps déchiquetés
Pourrissant au fond des tranchées
Je suis le fracas des batailles
Le fer, l’acier et la mitraille
Le sang à flots versé

Je suis le pus, l’équarisseur
L’absent, la mort et la terreur
Je suis la flamme des bûchers
Les cris, les plaies de l’écorché
Le paria rejeté

Je suis dans les larmes du Blonde
Le désespoir, la bête immonde
Je suis las, elle se réveille
Parce que nul ne la surveille
Les enfants violentés.

(Paul Henri Lezac)

Textes de Prisonniers: lecercledespoetesdetenus

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Les feux du bivouac (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



 

Bivouac

Les feux du bivouac

Les feux mouvants du bivouac
Éclairent des formes de rêve
Et le songe dans l’entrelacs
Des branches lentement s’élève

Voici les dédains du regret
Tout écorché comme une fraise
Le souvenir et le secret
Dont il ne reste que la braise

(Guillaume Apollinaire)

Illustration

 

 

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LA PLUS DRÔLE DES CRÉATURES (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



LA PLUS DRÔLE DES CRÉATURES

Comme le scorpion, mon frère,
tu es comme le scorpion
dans une nuit d’épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
tu es comme le moineau
dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
tu es comme la moule
enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
comme la bouche d’un volcan éteint.

Et tu n’es pas un, hélas,
tu n’es pas cinq,
tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
quand le bourreau habillé de ta peau,
quand le bourreau lève son bâton

tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
plus drôle que le poisson
qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s’il y a tant de misère sur terre,
c’est grâce à toi, mon frère.
Si nous sommes affamés, épuisés,
si nous sommes écorchés jusqu’au sang,
pressés comme la grappe pour donner notre vin,
irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute ? Non,
mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

(Nâzim Hikmet)

 

 

 

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La Vierge au pied de la Croix (Jean Auvray)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2016



 

La Vierge au pied de la Croix

En extase je tombe, et sans sentir je sens
Une insensible main qui dérobe mes sens,
Tient mon âme en suspens, agilement transporte
Moi-même de moi-même, et sus un mont me porte ;
Un mont épouvantable, horrible, où les corbeaux,
Laidement croassant, déchiraient par morceaux
Des corps suppliciés les entrailles puantes ;
Là n’étaient que gibets, que potences sanglantes,
Qu’horreur, qu’effroi, que sang, qu’abomination,
Que mort, que pourriture et désolation.
Comme s’y promenait mon âme épouvantée,
Elle y vit une Croix nouvellement plantée,
Construite, se semblait, de trois sortes de bois ;
Un homme massacré pendait sur cette Croix,
Si crasseux, si sanglant, si meurtri, si difforme,
Qu’à peine y pouvait-on discerner quelque forme,
Car le sang que versait son corps en mille lieux
Déshonorait son front, et sa bouche et ses yeux ;
Toute sa face était de crachats enlaidie,
Sa chair en mille endroits était toute meurtrie,
Sa Croix de toutes parts pissait les flots de sang,
Ses pieds, ses mains, son chef, et sa bouche et son flanc,
En jetaient des ruisseaux, les cruelles tortures
Lui avaient tout démis les os de ses jointures,
Sa peau sanglante était cousue avec ses os,
Et son ventre attaché aux vertèbres du dos
Sans entrailles semblait, une épine cruelle
Fichait ses aiguillons jusques dans sa cervelle,
Dont les sanglots bouillons à mesure séchés
Coulaient, barbe et cheveux sur sa face couchés ;
Ce qui restait encor de sa chair détranchée,
Pendait horriblement par lambeaux écorchée,
Tous ces membres étaient ou ployés, ou meurtris ;
Bref, comme en ces Lépreux confirmés et pourris,
L’on voyait au profond de ses larges ulcères
Ses veines, ses tendons, ses nerfs et ses artères,
L’on pouvait aisément lui compter tous les os,
Ce n’était qu’un Squelette, qu’une sèche Atropos,
Un Spectre, une carcasse, et pour bien dire en somme,
Ce mort ressemblait mieux un fantôme qu’un homme,
Sinon que de ses yeux morts et ensanglantés
Rejaillissaient encor tant de vives clartés,
Tant de traits, tant d’attraits, que pour moi il me semble
Que ce mort était vif, ou vif et mort ensemble ;

[…]

(Jean Auvray)

Illustration: Carl Heinrich Bloch

 

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Le poète écorché (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2015


ecorche

Ce que j’ai dit m’asphyxie
et ce qu’il me reste à dire
me ronge.

(Henri-Frédéric Blanc)

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