Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘écrasé’

AUTOMNE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018




    

AUTOMNE

Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
À sept ans comme il faisait bon
Après d’ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l’encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.

Ô temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MATRICE ET RÊVE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



 

MATRICE ET RÊVE

Choses imperceptibles, taillées
chaque nuit :
souffle, traversée
souterraine de l’hiver : mots-puits
tombant dans la lumière minée
de ruisselet-berceuse
et gouffre.

Tu passes.
Entre peur et mémoire,
l’agate
de ton pas devient
pourpre
dans la poussière de l’enfance.

Soif : et coma : et feuille —
des bribes
de ce qu’on ne sait plus : le message non signé
enfoui dans mon corps.

Le linge blanc
étendu sur la corde. L’armoise
écrasée
dans le champ.

L’odeur de menthe
venant des ruines.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Drame ou porte fermée (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    
Drame ou porte fermée

La jeunesse sans escorte de nuages,
Les murs, volonté de tempêtes,
La lampe comme un éventail dedans ou dehors,
Disent éloquemment ce qu’on n’ignore pas,
Ce qu’un beau jour faiblement
On abandonne devant la mort même.

Os écrasé par la pierre des rêves,
Que faire, privés d’issue
Autre que le pont jeté par l’éclair
Pour unir deux mensonges,
Mensonge de vie ou mensonge de chair ?

Nous ne savons que sculpter des biographies
Sur des musiques hostiles ;
Nous ne savons que compter affirmations
Ou négations, chevelure de nuit ;
Nous ne savons qu’invoquer tels des enfants le froid
De peur de nous en aller seuls à l’ombre du temps.

***

Drama o puerta cerrada

La juventud sin escolta de nubes,
Los muros, voluntad de tempestades,
La lámpara, como abanico fuera o dentro,
Dicen con elocuencia aquello no ignorado,
Aquello que algún día débilmente
Ante la muerte misma se abandona.

Hueso aplastado por la piedra de sueños,
e Qué hacer, desprovistos de salida,
Si no es sobre puente tendido por el rayo
Para unir dos mentiras,
Mentira de vivir o mentira de carne ?

Sólo sabemos esculpir biografías
En músicas hostiles;
Sólo sabemos contar afirmaciones
O negaciones, cabellera de noche ;
Sólo sabemos invocar como niños al frío
Por miedo de irnos solos a la sombra del tiempo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CRIS DE PARIS (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
CRIS DE PARIS

On n’entend plus guère le repasseur de couteaux
le réparateur de porcelaines le rempailleur de chaises
on n’entend plus guère que les radios qui bafouillent
des tourne-disques des transistors et des télés
ou bien encore le faible aye aye ouye ouye
que pousse un piéton écrasé

(Raymond Queneau)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Offrir une graine (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




    
offrir une graine
tombée de l’érable, écrasée ;
Tu la tiendrais au bout des doigts,
il te viendrait un souffle
déjà pour disjoindre tes lèvres
en épelant le mot « samare »
et partir, partir très loin avec elle…

(Pierre Dhainaut)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La vallée de saules (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Illustration: Claude Monet
    
La vallée de saules et de prairies
serre le ruisseau de si près
qu’on ne voit de lui, dans l’herbe,
qu’un peu de lumière écrasée

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je vis (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Je vis
la peur au ventre
Peur de quoi ?
De l’apocalypse annoncée
et péniblement reportée
Du tarissement de l’amour
de l’écriture
Du bourreau que j’ai cru oublier
et qui ne m’a pas encore oublié
De commettre quelque ignominie
D’attraper la maladie de la soumission
Ou de mourir par hasard
écrasé comme un chien ?

(Abdellatif Laâbi)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES DIMENSIONS DU JOUR (V) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



Illustration: Koloman Moser
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (V)

Sur ton corps lisse de caillou
mes mains vont, forêts en liberté,
comme vers des sommets d’où je retombe,
source altérée de soleil.

Ton coeur est si proche de mon coeur
que nos artères se mêlent les unes aux autres
et ne retrouvent plus à nos fronts qu’une seule tempe
pour faire battre l’espace.

Bateau venu de la haute mer,
je vais très loin au fond de tes plages
et je me renverse dans les fougères
qui naissent de ton corps entr’ouvert.

Lorsque nous n’avons plus pour respirer
que l’air écrasé dans nos baisers,
le jour qui nous sépare a beau faire,
il n’arrive pas à être aussi nu que toi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il n’y a plus d’ombre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Albert Marquet
    
Il n’y a plus d’ombre écrasée sur la terre
brûlante comme une pierre chauffée de soleil.
Les abois sont plus sourds dans les fermes
qui étouffent dans l’odeur accablante des foins.

L’eau traverse les cailloux trop clairs
qui surgissent là où la clarté fait des trous.
Les sources sont plus profondes dans les vallées
où passe une rumeur d’insectes qui s’assoupissent.

La tête des femmes est douce comme une écume.
Le couchant est si long que la nuit reste claire
au-dessus du ciel qui serre le monde de près
au-dessus des hiboux qui n’osent pas bouger.

Il n’y a pas de veilleur sur la montagne
qui monte seule à la rencontre de la nuit.
Il n’y a plus d’éclair au creux des arbres
d’où l’ombre sort pour couvrir la terre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA MOTTE DE TERRE ET LE CAILLOU (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017




    
LA MOTTE DE TERRE ET LE CAILLOU

« Amour ne cherche à se satisfaire,
Et de lui-même n’a cure,
Mais pour autrui il donne son plaisir
Et bâtit un ciel au plus profond de l’enfer. »

Ainsi chantait une petite motte de terre
Écrasée sous les pas du troupeau.
Mais un caillou du ruisseau
Murmura ces vers bien plus justes :

« Amour ne cherche qu’à se satisfaire,
À asservir autrui à son plaisir.
Il prend son plaisir aux dépens d’autrui
Et bâtit un enfer au plus profond du ciel. »

***

THE CLOD & THE PEBBLE

`Love seeketh not Itself to please
Nor for itself hath any care,
But for another gives its ease
And builds a Heaven in Hell’s despair.’

So sung a little Clod of Clay
Trodden with the cattle’s feet,
But a Pebble of the brook
Warbled out these metres meet:

`Love seeketh only Self to please,
To bind another to Its delight,
Joys in another’s loss of ease,
And builds a Hell in Heaven’s despite.’

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :