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Poésie

Posts Tagged ‘écrin’

Là (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2020



Là.

Chercher. Chercher encore,
un chien enroué, un requin ironique, un héron,
une corne, un rire inouï.
Chercher une noce
inconnue, une couronne,
un cœur, un écrin.
Ne rien nier. Énoncer.
Écrire ce rune unique,
ce cri noir noué, ce couru rêche.

(Georges Perec)

Découvert ici chez Pur Rien ici

Illustration: Evgeni Gordiets

 

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Dans la chambre du grand-père (Madeleine Ley)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020



Dans la chambre du grand-père
il y avait un coquillage
qui soupirait et chantait
comme le vent de la mer.

Dans la chambre du grand-père
il y avait un petit coffre
en bois luisant jaune clair,
qu’il rapporta de ses voyages
et que lui seul savait ouvrir.

Il y avait deux Japonais
en ivoire, sous un globe;
et tout au fond d’un tiroir,
dans son écrin de velours vert,
– bijou poli par les vagues –
la pipe en écume de mer!

(Madeleine Ley)

Illustration: Christian Lloveras

 

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ÉCRAN (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
ÉCRAN

Écoutez,
Celui qui vous parle, c’est moi
Écran,
Des écrins de velours
Et des cadres dorés
Trop longtemps m’ont tenu captif,
Des cloisons décorées, des murs et des clôtures
M’ont toujours isolé
Et mon clair appel
Fut converti
En hurlement mensonger des enseignes.
Aujourd’hui
Je m’adresse aux murs:
Dispersez-vous !
Plus de toitures,
Plus de planchers
Délivrez-moi l’espace,
Ici
Toutes les têtes
Créant ensemble un océan,
Pour vous j’ai surgi
Pour vous je suis né,
Plus larges les gradins au milieu de la place,
Sur le gouffre reptilien des rues, élevez
Mon estrade !
Ma semence sera le ciel
Et mon espace l’oeil multiplié des foules.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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À fleur de peau (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




Illustration: Egon Schiele

    
À fleur de peau

Les pétales mouillés s’agitent sur les tempes
dans les rameaux secrets des coquilles intimes
du clignement de l’oeil aux chemins de halage
les courbes discourent dans les épis de la neige

La rosée

Le calice tendre frémit
délicieusement entre le cuivre et l’orangé
dans l’écrin des paupières vertes
baisers de seins clairs
germent avec les ongles sombres
sur les nuques saupoudrées de pollen

L’étamine
le parfum brille
je t’aime

La corolle striée grandit chante
les roues marbrées des veines caressantes
le duvet des lueurs les liqueurs d’émoi
rouillent dans les ruines où tremblent nos brumes

Le pistil
rosée de fièvre
la neige de soie tombe
respire

Tout autour de nous
tout proche
le scintillement des découvertes

Respire encore

Le sang vif perle
autour du fard dans les coquilles
caressantes entre le bronze et les rameaux
charmeurs de soies passagères
valsent en lèvres
niellées dans la lueur des pétales

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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BAROQUE (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



 

Sylvie Lemelin_Le train du nordWEB

BAROQUE

Les oiseaux blancs ne cessent de se rendre
Au pays bleu des fables et des loups,
Mais de quel oeuf surgit tant de silence,
De quelle perle est fait cet orient
Illuminant la rocaille des cris ?

Je te révère, un peu moins pour l’albâtre
Que pour le sang dessinant une étoile
Sur un front nu — un peu moins pour le rêve
Que pour la soif éternelle et le bronze
Jetant au ciel un jardin musical.

D’émaux serti, de fleurons, d’algues rouges,
Naît le visage, un rubis pour les lèvres,
Des yeux de jais, des larmes d’émeraude.
Quant à la voix qui parle dans ces grottes
Elle est de source et d’amours cristallines.

Dis, que fais-tu, pèlerin sur le seuil ?
Que ton bâton s’orne d’une colombe,
Tu paraîtras, fluide, immatériel
Comme un murmure aux lèvres d’une fée,
Comme une brume échappée aux abîmes.

Prends ton manteau, pâtre, prends ton agnelle.
Un son de flûte et l’homme intemporel
De sa prison s’arrache et vainc le jour
Entre deux nuits quêtant sa renaissance.

Et toi, Beauté, sois un écrin pour l’être.

(Robert Sabatier)

Illustration: Sylvie Lemelin

 

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Tes pieds (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Tes pieds

Quand je ne peux regarder ton visage
je regarde tes pieds.
Tes pieds. Leur os cambré.
Tes deux petits pieds durs.

Je sais bien qu’ils te portent
et que sur eux se dresse
le doux poids de ton corps.

Et ta taille et tes seins,
le pourpre jumelé
de leurs pointes dressées
et l’écrin de tes yeux
envolés depuis peu,
le grand fruit de ta bouche,
ta rousse chevelure,
petite et mienne tour.

Mais je n’aime tes pieds
que pour avoir marché
sur la terre et aussi
sur le vent et sur l’eau
jusqu’à me rencontrer.

(Pablo Neruda)


Illustration

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Le voyage de mon cœur (Joël Disez)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


Aujourd’hui, comme hier,
comme avant-hier,
comme toujours,
je marche jusqu’à la barrière de ta maison.
Je vois, toute blanche,
la chanson fleurie de ton bonheur
en une farandole de parterres.
Mon cœur amoureux
se faufile à travers les buissons.
Zigzaguant d’un souffle heureux,
il parvient près de la fenêtre ouverte.
Là, attentif un instant à la chaleur de cet écrin,
il contemple, penaud, le décor de ta vie:
les tentures suaves aux couleurs d’automne,
les tapisseries fleuries et les vases en offrandes d’effluves.
Puis mon cœur s’immisce jusqu’à l’antre de vie.
Tu ne le vois pas, affairée que tu es au partage du repas.
Alors, tout doucement, il se loge dans un coin de la cuisine,
attiré, subjugué par toutes les senteurs paisibles
qui virevoltent dans la pièce.
Il te contemple.
Toi tu ne le vois pas.
Il te regarde longtemps, longtemps.
S’enivrant de ton parfum,
il accroche de multiples soupirs de bonheur
à chacun de tes gestes, pensant, naïf,
que tous ces papillons invisibles
t’étourdiront de leurs ailes magiques,
décidant ainsi ton regard cruel à plus de tendresse à son égard.
Il dépose en l’intimité de tes mains,
ses envies de caresses, parsème ta longue chevelure d’étoiles pailletées
afin de se perdre en une nuit étoilée.
Il orne ta gorge d’un collier de murmures puis,
en rougissant, dessine au creux de tes reins ses offrandes de désirs.
Il t’entend alors chanter une futile comptine,
bercé par la douce mélodie de ta voix de laine,
il bat le rythme de la mélopée
de ses palpitations enfantines.
Mon cœur gorgé de tendresse,
les larmes de son amour au bord des lèvres,
se prend à crier, à hurler sa détresse,

lorsque la porte s’ouvre et que ton mari entre.

(Joël Disez)

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REGRET (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



 

coeur

REGRET

J’ai brisé mon coeur comme un coquillage
Et j’y ai trouvé ne me croirez pas
Au milieu du vert tendre des feuillages
Sans nulle trace de vos pas
Dans un ruisseau votre visage

Pour me souvenir j’ai bu goutte à goutte
Le ruisseau-mémoire et son eau-chagrin
Mais quand j’ai voulu poursuivre ma route
Et refermer mon coeur écrin
Je le refermais sur le Doute

Est-ce de l’ennui est-ce de la peine
Je sens que parfois vous mourrez au loin
De par le chagrin d’une amour humaine
Et je sens bien que ce n’est point
Une amour dont je me souvienne

(Gilles Vigneault)

 

 

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AUTRE CHÂTEAU (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




AUTRE CHÂTEAU

Je ne suis pas, je ne suis pas de braise ardente,
je suis fait de linge et de rhumatismes,
de papiers déchirés, de rendez-vous manqués,
de modestes signes rupestres
sur ce qui fut pierres d’orgueil.

Que reste-t-il du château de la pluie,
de cette adolescence avec ses tristes rêves,
de cette intention entrouverte
d’être aile déployée, d’être un aigle en plein ciel,
une flamme héraldique?

Je ne suis pas, je ne suis pas l’éclair de feu
bleu, planté comme un javelot,
dans le coeur de quiconque échappe à l’amertume.

La vie n’est pas la pointe d’un couteau
ni le heurt d’une étoile,
elle est vieillissement dans une garde-robe,
soulier mille fois répété,
médaille qui se rouille
dans les ténèbres d’un écrin.

Je ne demande ni rose nouvelle ni douleurs,
ni indifférence, elle me consume,
chaque signe a été écrit,
le sel avec le vent effacent l’écriture
et l’âme est maintenant un tambour muet
au bord d’un fleuve, de ce fleuve
qui continuera de couler où il coulait.

(Pablo Neruda)

Illustration: Vincent Van Gogh

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UN ÉTERNEL AMOUR (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



Illustration: Lisa G.
    
UN ÉTERNEL AMOUR

Quoi donc en cet après-midi où tu reposes
Mon bel amour te fait sourire ?
Tu dors en cette chambre
A nous deux seulement. Dehors
L’été fume son feu sur le sable qui brûle.
On entend sous les pins la dictée des cigales.
Le soleil ton ami paisible et le ciel bleu,
La mer sous la terrasse, les parfums lourds.

M’aimes-tu ? Oh m’aimes-tu, toujours les amoureux
Questionnent, se rassurent. Chuchotements pour rien.
Je voudrais réunir en un bouquet les lauriers-roses
Et t’offrir l’été, tout l’été des collines.
Tresser pour toi les vignes. Tout un monde enchanté.
Accepte la merveille qui t’attend. L’amour
Éternel, et le silence, écrin fragile.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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