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Poésie

Posts Tagged ‘écrin’

Tes pieds (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Tes pieds

Quand je ne peux regarder ton visage
je regarde tes pieds.
Tes pieds. Leur os cambré.
Tes deux petits pieds durs.

Je sais bien qu’ils te portent
et que sur eux se dresse
le doux poids de ton corps.

Et ta taille et tes seins,
le pourpre jumelé
de leurs pointes dressées
et l’écrin de tes yeux
envolés depuis peu,
le grand fruit de ta bouche,
ta rousse chevelure,
petite et mienne tour.

Mais je n’aime tes pieds
que pour avoir marché
sur la terre et aussi
sur le vent et sur l’eau
jusqu’à me rencontrer.

(Pablo Neruda)


Illustration

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Le voyage de mon cœur (Joël Disez)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


Aujourd’hui, comme hier,
comme avant-hier,
comme toujours,
je marche jusqu’à la barrière de ta maison.
Je vois, toute blanche,
la chanson fleurie de ton bonheur
en une farandole de parterres.
Mon cœur amoureux
se faufile à travers les buissons.
Zigzaguant d’un souffle heureux,
il parvient près de la fenêtre ouverte.
Là, attentif un instant à la chaleur de cet écrin,
il contemple, penaud, le décor de ta vie:
les tentures suaves aux couleurs d’automne,
les tapisseries fleuries et les vases en offrandes d’effluves.
Puis mon cœur s’immisce jusqu’à l’antre de vie.
Tu ne le vois pas, affairée que tu es au partage du repas.
Alors, tout doucement, il se loge dans un coin de la cuisine,
attiré, subjugué par toutes les senteurs paisibles
qui virevoltent dans la pièce.
Il te contemple.
Toi tu ne le vois pas.
Il te regarde longtemps, longtemps.
S’enivrant de ton parfum,
il accroche de multiples soupirs de bonheur
à chacun de tes gestes, pensant, naïf,
que tous ces papillons invisibles
t’étourdiront de leurs ailes magiques,
décidant ainsi ton regard cruel à plus de tendresse à son égard.
Il dépose en l’intimité de tes mains,
ses envies de caresses, parsème ta longue chevelure d’étoiles pailletées
afin de se perdre en une nuit étoilée.
Il orne ta gorge d’un collier de murmures puis,
en rougissant, dessine au creux de tes reins ses offrandes de désirs.
Il t’entend alors chanter une futile comptine,
bercé par la douce mélodie de ta voix de laine,
il bat le rythme de la mélopée
de ses palpitations enfantines.
Mon cœur gorgé de tendresse,
les larmes de son amour au bord des lèvres,
se prend à crier, à hurler sa détresse,

lorsque la porte s’ouvre et que ton mari entre.

(Joël Disez)

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REGRET (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



 

coeur

REGRET

J’ai brisé mon coeur comme un coquillage
Et j’y ai trouvé ne me croirez pas
Au milieu du vert tendre des feuillages
Sans nulle trace de vos pas
Dans un ruisseau votre visage

Pour me souvenir j’ai bu goutte à goutte
Le ruisseau-mémoire et son eau-chagrin
Mais quand j’ai voulu poursuivre ma route
Et refermer mon coeur écrin
Je le refermais sur le Doute

Est-ce de l’ennui est-ce de la peine
Je sens que parfois vous mourrez au loin
De par le chagrin d’une amour humaine
Et je sens bien que ce n’est point
Une amour dont je me souvienne

(Gilles Vigneault)

 

 

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AUTRE CHÂTEAU (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




AUTRE CHÂTEAU

Je ne suis pas, je ne suis pas de braise ardente,
je suis fait de linge et de rhumatismes,
de papiers déchirés, de rendez-vous manqués,
de modestes signes rupestres
sur ce qui fut pierres d’orgueil.

Que reste-t-il du château de la pluie,
de cette adolescence avec ses tristes rêves,
de cette intention entrouverte
d’être aile déployée, d’être un aigle en plein ciel,
une flamme héraldique?

Je ne suis pas, je ne suis pas l’éclair de feu
bleu, planté comme un javelot,
dans le coeur de quiconque échappe à l’amertume.

La vie n’est pas la pointe d’un couteau
ni le heurt d’une étoile,
elle est vieillissement dans une garde-robe,
soulier mille fois répété,
médaille qui se rouille
dans les ténèbres d’un écrin.

Je ne demande ni rose nouvelle ni douleurs,
ni indifférence, elle me consume,
chaque signe a été écrit,
le sel avec le vent effacent l’écriture
et l’âme est maintenant un tambour muet
au bord d’un fleuve, de ce fleuve
qui continuera de couler où il coulait.

(Pablo Neruda)

Illustration: Vincent Van Gogh

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Dans la chambre du grand-père (Madeleine Ley)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



Dans la chambre du grand-père
il y avait un coquillage
qui soupirait et chantait
comme le vent de la mer.

Dans la chambre du grand-père
il y avait un petit coffre
en bois luisant jaune clair,
qu’il rapporta de ses voyages
et que lui seul savait ouvrir.

Il y avait deux Japonais
en ivoire, sous un globe;
et tout au fond d’un tiroir,
dans son écrin de velours vert,
– bijou poli par les vagues –
la pipe en écume de mer!

(Madeleine Ley)

Illustration: Christian Lloveras

 

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UN ÉTERNEL AMOUR (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



Illustration: Lisa G.
    
UN ÉTERNEL AMOUR

Quoi donc en cet après-midi où tu reposes
Mon bel amour te fait sourire ?
Tu dors en cette chambre
A nous deux seulement. Dehors
L’été fume son feu sur le sable qui brûle.
On entend sous les pins la dictée des cigales.
Le soleil ton ami paisible et le ciel bleu,
La mer sous la terrasse, les parfums lourds.

M’aimes-tu ? Oh m’aimes-tu, toujours les amoureux
Questionnent, se rassurent. Chuchotements pour rien.
Je voudrais réunir en un bouquet les lauriers-roses
Et t’offrir l’été, tout l’été des collines.
Tresser pour toi les vignes. Tout un monde enchanté.
Accepte la merveille qui t’attend. L’amour
Éternel, et le silence, écrin fragile.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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CHANSON D’AUTOMNE AU PRINTEMPS (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: J.C. Fresnais
    
CHANSON D’AUTOMNE AU PRINTEMPS
A Martínez Sierra

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux…
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

Au pluriel s’est jouée dans les cieux
la longue histoire de mon coeur.
C’était une enfant douce, en ce
monde de souffrances et de pleurs.

Elle mirait comme l’aube pure ;
souriait comme sourient les fleurs.
Noire était sa chevelure,
comme la nuit et les douleurs.

Ma pudeur était enfantine.
Elle, naturellement, a été,
pour mon amour fait d’hermine,
Hérodias et Salomé…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs… !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

La seconde était plus sensitive,
plus consolatrice, et plus
cajoleuse, plus expressive,
que jamais je ne l’aurais attendu.

Car à sa douceur infinie
elle joignait une passion violente.
Dans une toge de blanche soierie,
s’enveloppait une bacchante…

Elle prit mon rêve dans ses bras,
comme un poupon, le berça contre soi…
et l’étouffa, petit et las,
faute de jour, faute de foi…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu es partie pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

une autre jugea que ma bouche
était un écrin pour sa flamme,
Apt qu’elle rongerait, farouche,
de ses dents avides, mon âme,

faisant d’un amour dévorant
l’ambition de sa volonté,
étreintes et baisers cependant
résumaient seuls l’éternité ;

dans la légèreté de nos chairs
imaginer toujours un Éden
sans penser que d’égale manière,
le Printemps et la chair s’éteignent…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure !

Et les autres ! Sous des climats divers,
dans tant de pays, elles demeurent
si ce n’est prétexte à mes vers,
du moins des fantômes en mon coeur.

En vain, je cherchai une princesse
triste d’attendre et d’espérer.
La vie est dure. Elle aigrit et blesse.
Il n’y a plus de princesse à chanter !

En dépit du temps obstiné,
ma soif d’amour n’a pas de fin ;
Je m’approche, les cheveux argentés,
des buissons de roses du jardin…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs…
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

L’Aube d’or est mienne, pourtant !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Le galet (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Le galet

Rond, luisant et poli sous la vague marine,
Océan, je l’ai pris parmi tes flots amers,
Ce caillou blanc avec sa frange purpurine,
Comme un bijou tombé du vaste écrin des mers.

Mille ans, il a roulé sur le bord de cette onde,
Les flots jaloux, mille ans, l’ont ramené vers toi ;
Et peut-être, Océan, sous ta houle profonde,
Tu ne l’avais poli que pour qu’il vint à moi !

Je l’ai pris, ruisselant d’une écume embaumée
(Tel un avare prend un trésor), et joyeux,
Ô mer, je l’emportai loin de ta rive aimée,
Comme un gage d’ami qui nous fait ses adieux.

Et depuis, quand parfois je le contemple encore,
Frémissant, éperdu, je crois tenir soudain
Avec ses bruits, ses flots et sa trompe sonore,
Tout le grand Océan dans le fond de ma main !

(Louis Bouilhet)

 

 

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ÉTÉ (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




Illustration: Alejandra Atarés

    

ÉTÉ

Voici l’été qui vient à nous, l’été s’en vient c’est chose sûre
Car les bois sont pleins de jacinthes et les haies foisonnent de fleurs
Et la corneille est sur le chêne en train de bâtir sa demeure
Et l’amour est diamants de feu dans le sein de ma douce amante
Qui tresse là-bas ses cheveux sous le buisson d’épine blanche
Ah je veux l’aller retrouver lui faire ma tendre demande
Et contempler son clair visage et reposer en sa beauté
Et sur son doux sein alléger ma peine de coeur lancinante
La bête à bon Dieu va quêtant sur la fleur épanouie du mai
L’abeille allègre butinant de l’aube jusqu’à la vêpraie
Et le pinson couve en son nid que tapisse la mousse grise
Dans le buisson d’épine blanche où sur son sein je m’appuierai
Oui je m’appuierai sur son sein en lui chuchotant à l’oreille
Que je ne puis plus fermer l’oeil à force de penser à elle
Que j’ai perdu tout appétit que je me consume d’amour
Pareil à la rose des haies qu’assassine l’ardeur du jour

Sous le buisson d’épine blanche au bout du pré ma douce amante
Fait un ouvrage de filet et nulle à voir n’est plus charmante
Elle n’a chapeau ni bonnet mais un peigne incrusté de perles
Dont la diamantine rosée sur sa tête exquise étincelle
Sa robe de moire ou de soie est rouge ensemble que bleu ciel
Brillant écrin où son coeur bat comme un balancier très fidèle
Je veux enlacer de ce bras le tendre sein de mon amie
Et la baiser sans émouvoir le pinson qui couve en son nid

***

SUMMER

Come we to the summer to the summer we will come
For the woods are full of bluebells and the hedges full of bloom
And the crow is on the oak a building of her nest
And love is burning diamonds in my true lover’s breast.
She sits beneath the white thorn a-plaiting of her hair
And I will to my true love with a fond request repair
I will look upon her face I will in her beauty rest
And lay my aching weariness upon her lovely breast
The clock-a-clay is creeping on the open bloom of May
The merry bee is trampling the pinky threads all day
And the chaffinch it is brooding on its grey mossy nest
In the white thorn bush where I will lean upon my lovers’s breast
I’ll lean upon her breast and I’ll whisper in her ear
That I cannot get a wink o’sleep for thinking of my dear
I hunger at my meat and I daily fade away
Like the hedge rose that is broken in the heat of the day.

Among the white thorn bushes at the edge of the green
My Love is doing network and is lovely to be seen
No cap or bonnet on her hair her comb with pearls inlaid —
They shine like diamond drops o’dew upon the lovely maid
Her gown is silk or satin — its colours red and blue
And her heart beats ‘neath the gloss on’t like a pendulum so true
I’ll go and clasp an armful about her bonny breast
And kiss and ne’er disturb the chaffinch on its nest

(John Clare)

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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La mer (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



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La mer ce n’est pas même un miroir sans visage
Un terme de comparaison pour les rêveurs
Un sujet de pensées pour l’engeance des sages
Pas même un lavoir propre à noyer les laveurs

Ce n’est pas un grimoire où dorment des secrets
Une mine à trésor une femme amoureuse
Une tombe où cacher la haine et les regrets
Une coupe où vider l’Amazone et la Meuse

Non la mer c’est la nuit qui dort pendant le jour
C’est un écrin pillé c’est une horloge brève
Non pas même cela ni la mort ni l’amour
La mer n’existe pas car la mer n’est qu’un rêve

(Robert Desnos)

Illustration: ArbreaPhotos

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