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Poésie

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Nous sommes le brouillon d’un texte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




    
Nous sommes le brouillon d’un texte
qui ne sera jamais mis au net.

Avec des mots rayés,
répétés,
mal écrits
et même avec des fautes d’orthographe.

Avec des mots qui attendent,
comme attendent tous les mots,
mais ici abandonnés,
doublement abandonnés
entre des marges droites et vides.

Il suffirait pourtant qu’une seule fois
ce brouillon maladroit soit lu à voix haute,
pour que nous n’ attendions plus désormais
de texte défiinitif.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 9
Traduction:
Editions: Points

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Le poème (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018




    

Le poème est solitaire.
Il est solitaire et en chemin.
Celui qui écrit l’escorte jusqu’au bout.
Par cela même, et dès maintenant,
ne voit-on pas que le poème a lieu dans la rencontre
– dans le secret de la rencontre ?
Le poème veut aller vers un autre,
il a besoin de cet autre, il en a besoin en face de lui.
Il est à sa recherche, il ne s’adresse qu’à lui.
[…]
Le poème devient […] un dialogue
– souvent un dialogue désespéré.

(Paul Celan)

 

Recueil: Le méridien
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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Plus que le noeud (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Plus que le noeud, la corde.
Plus que la bouche, la voix.

Plus que les bronches, la respiration;
mais aussi plus que l’écrit, l’écart;

plus que la rame, le rythme;
plus que l’hélice, le sillage.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: L’ineffaçable L’inaperçu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE BAISER (Tristan l’Hermite)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Illustration: Lawrence Alma-Tadema
    
LE BAISER

Mes écrits à jamais, Amour, te béniront,
Puisque par ta faveur j’amollis cette souche;
Pour le prix d’un laurier que je mis sur son front,
Iris me fit baiser les roses de sa bouche.

Qu’elle plongea mon âme en de félicités !
Que ce ressouvenir est doux à ma pensée !
Et si je dépeignis de belles vérités,
Que mon invention fut bien récompensée!

Ô Divine merveille, il faut bien que mes vers
Portent votre louange au bout de l’univers,
Vous fassent adorer des plus rares personnes;

Vous le reconnaissez trop libéralement.
Vous donnez des trésors, vous donnez des couronnes,
Et si vous ne donnez qu’un baiser seulement.

(Tristan l’Hermite)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Mon coeur (Sadegh Hedayat)(Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



    

Mon coeur, puisque ce monde est une illusion,
pourquoi t’humilier de tant de passion ?
Aie foi dans ton destin, supporte ta souffrance.
Tout est écrit : pour toi, nulle autre version.

(Sadegh Hedayat)(Omar Khayam)

 

Recueil: Les chants d’Omar Khayam
Traduction: M.F. Farzaneh et Jean Malaplate
Editions: José Corti

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A LA DANSEUSE SIAO LING QUI AVAIT INSTITUÉ UN CONCOURS DE POÉSIES SUR LE CRÉPUSCULE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2018



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A LA DANSEUSE SIAO LING QUI AVAIT INSTITUÉ UN CONCOURS DE POÉSIES SUR LE CRÉPUSCULE

Maintenant,
chaque crépuscule me rappellera la robe bleue que vous aviez,
quand nous sommes venus vous lire nos poésies.

Si la mienne a été jugée la meilleure,
c’est parce que vous étiez près de moi, dansante et voilée,
lorsque je l’ai écrite, à l’aurore.

A cette heure-là, cependant,
vous dormiez sur la Terrasse des Fleurs de Jade,
indifférente aux roses qui s’amoncelaient dans le ciel,
au-dessus du palais où l’Empereur Wou Ti éleva la danseuse Feï Yen au rang d’impératrice.

(La Flûte de Jade)

 Illustration

 

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Quelque part, on frappe à une porte (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018




    
Quelque part, on frappe à une porte
et l’on sait déjà

qu’elle ne s’ouvrira
jamais plus, quelque part

un homme se réveille et découvre
que par-delà ses rêves

il ne reste rien, puis
se rendort, quelque part une fleur

monte vers le soleil
mais elle est si petite qu’un insecte

s’en empare et qu’il piétine
sa couleur

quelque part, c’est un autre
qui cherche des mots pour le dire

qui sait déjà que tout
est écrit.

(Claude Esteban)

 

Recueil: La mort à distance
Traduction:
Editions: Gallimard

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SCRIBE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



 

SCRIBE

Le nom
jamais ne s’échappera de ses lèvres : il s’est parlé
jusqu’à s’éprouver dans un autre corps : il a retrouvé
sa place
dans Babel.

C’était écrit.
Une fleur
tombe de son oeil
et s’épanouit dans la bouche d’un étranger.
Une hirondelle
rime avec faim
et ne peut quitter son oeuf.

Il invente
l’orphelin en haillons,

il tiendra
un petit drapeau noir
criblé d’hiver.

C’est le printemps,
et sous sa fenêtre
il entend
cent pierres blanches
se changer en phlox furieux.

(Paul Auster)

 

 

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Frais ô ruisseau du regard (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



    

Frais ô ruisseau du regard glissant sur nous
Où brille vive ablette un temps nouveau comme
Le premier rire de l’été vers les rives.
Qui dira si la vasque se nommait hasard
Moins rencontre dans le jeu que souterrain désir
Ou si par la nuit l’ordre était écrit.
Que longtemps se poursuive en nous secret l’accord
Et que luise au-delà un silence rêvé.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pardonnez-moi (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    
Pardonnez-moi

Pardonnez-moi de n’être qu’une lettre,
un code écrit, pardonnez-moi de n’être
que mon mystère et non celui du monde.

J’étais lexique, on feuilletait mes pages
pour y trouver des signes oubliés.
Qui me lisait devenait vite aveugle.

Effacez-moi. S’il se peut soyez gomme
pour ce fusain qui dessine un visage
dont je ne sais s’il est silence ou cri.

Éperdument l’ombre, l’oiseau, la femme
et ma tristesse, amour éperdument
pour me brûler dans l’absence du feu.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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