Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘écriture’

Tracer (Dominique Lauzon)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021


Muse

La plus réelle des fictions c’est elle

Tu es une fête rebelle du désir
tu es vibrante comme un texte délivré
de toutes les formes inavouables des codes
tu es la riposte vive du feu
un besoin d’aimer qui fait violence
à tout ce qui simple écho des censures
ne peut se dresser en une suite
de petits désordres déterminés
capables de tracer profondément
ta ligne de vie au milieu de mon poème

Sans ta voix pour la porter
mon écriture ne serait plus jamais la même

(Dominique Lauzon)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

VILLE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2021



VILLE

La nuit se renverse comme une bouteille d’encre sur la page du jour.
La tache s’étale que n’arrête pas l’horizon
sur l’écriture des êtres et des choses.
Un rayon de lune glisse sur les tuiles.
Un toit miaule.
Les réverbères éclaboussent les trottoirs
où défilent les platanes, raides comme à la parade,
et qui longent une alternance de pavillons et de terrains vagues, pas encore bâtis.
La chaussée ne me renvoie que l’écho de mes pas, accompagné
par le souvenir des liens, sur de hauts talons.
J’irai jusqu’au bout de la ville,
jusqu’à cette aube de lait et de rosée
qui accrochera des chants d’oiseaux
sur les arbres du quai et les poutrelles du pont Eiffel.

(Jean-Baptiste Besnard)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Écrire (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2021



Illustration: Xavier Maitre
    
Écrire c’est convertir le trop en peu, l’excès en manque.
Aucun livre ne devrait être plus pesant qu’une lumière.
Aucune écriture ne devrait faire plus de bruit qu’un sourire.

(Christian Bobin)

 

Recueil: La vie passante
Traduction:
Editions: Fata Morgana

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Langages (Jean Moraisin)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



Langages

Mots effleurés,
cristal de la pensée,
jaillissement du coeur,
encre liquide et versée
dans le calice avec douceur.
L’émotion défait les codes
et conjugue l’instant
d’écriture éphémère.

Mots blessés,
cloués sur une porte
comme un oiseau maudit
aux ailes transpercées.
Injustes jugements,
censuré dans le sang,
le poème agonise
sous un trait de rature.

Mots d’amour,
battant à crève-tambour.
Étreintes et soupirs
musiquent le poaime
où la rime frissonne
en regards pétillants.
L’écriture caresse
l’ange qu’elle amadore.

(Jean Moraisin)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

COL EN DENTELLES BLANCHES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



    

COL EN DENTELLES BLANCHES
à Roumiana

Nous émottons les années et elles se mettent à respirer.
Les non-partagées, on les couvre soigneusement
avec des toiles d’araignées
pour qu’elles ne saignent plus.
Le rouge n’est pas une couleur d’ange, dit-elle,
en dessinant des triangles dans l’air
pendant que j’essaie de trouver la place juste
d’un morceau du puzzle.
J’ai emmuré l’une des portes,
c’est pourquoi tu ne réussis pas à faire rentrer
la table au milieu du salon.

Les reflets de la bougie lèchent les nacres
incrustées dans l’ancien fauteuil viennois,
arrachent des runes bleuâtres
et les effacent tout de suite.
C’est le baiser du temps,
ajoute-t-elle à l’aube
et son doigt suit la ligne blanche
au creux de l’accoudoir
ayant amassé la poudre des ailes
de ce papillon mystique
qui avait survolé nos têtes
une nuit de février
comme s’il voulait démentir les saisons
et éclairer l’écriture secrète
dans l’âme de chacune de nous.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PIERRE OUVERTE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2020


 


 

Richard Texier 3

(sur une « pierre trouée » de Richard Texier)

PIERRE OUVERTE

je parle de la pierre ouverte
écriture innombrable

chambre d’échos
de la voix de la pensée
à la rumeur du monde

parcours ébloui
traversée des voix
et des signes

je parle de la pierre ouverte
plongée dans le blanc
du temps
happée vers son propre centre
comme un dieu sans visage

je parle de la pierre ouverte
dans la nuit des filons
je parle de sa pensée
qui remonte les fleuves
de sa morsure
d’éternité

je parle de la pierre
où s’écrit
la passion des étoiles
noyau de tendresse
élégance à vif

je parle d’une pierre
qui me dit
laisse-toi guider
par mon chaos
laisse-toi toucher
par l’immensité

je parle de la pierre ouverte
qui met le cap
au seul vertige
je parle de la pierre
qui apprivoise
tous les hasards

dans le déploiement
de sa nuit solide
en son très lent foudroiement
creusant sans fin
son exil intérieur

je parle d’une pierre
qui est depuis toujours
ce qu’elle veut devenir

je parle de cette pierre
où se déchiffre encore
la fournaise des jeunes soleils

je parle
d’une boussole éperdue
qui me dit
il n’y a jamais
de pourquoi
quand la création
commence à chaque seconde

je parle de la pierre ouverte
comme d’une empreinte
imprimée
par le coeur
piège à rosée
séisme alangui

je parle de la pierre ouverte
pour aimanter les comètes
faire ricocher
l’infini

je parle d’une pierre
aux yeux de lune brûlée
égarée
dans le pur frémissement
de ses syllabes nocturnes

je parle d’une pierre
qui me demande
de quel côté le cosmos
est-il posé
de quel côté le vertige
de quel côté la brèche

je parle de la pierre ouverte
qui pense
en eau profonde
qui prie
au fond des mondes

je parle de la pierre ouverte
en chute libre
vers la lumière

(Zéno Bianu)

Illustration: Richard Texier

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

ESPECE DE CHANSON (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



 

ESPECE DE CHANSON

QUE le serpent attende sous
sa mauvaise herbe
et l’écriture
ait des mots lents et rapides, prompts
à frapper, patients,
éveillés.

— que la métaphore réconcilie
les hommes et les pierres.
Compose. (Aucune idée
sinon dans les choses) Invente !
Saxifrage est ma fleur qui fend
le roc.

***

A SORT OF A SONG

LET the snake wait under
his weed
and the writing
be of words, slow asid quick, sharp
to strike, quiet to wait,
sleepless.

— through metaphor to reconcile
the people and the stones.
Compose. (No ideas
but in things) Invent !
Saxifrage is my flower that splits
the rocks.

(William Carlos Williams)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Que le serpent attende sous son herbe (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



Que le serpent attende sous
son herbe
et que l’écriture
soit de mots, lents et rapides, prompts
dans l’attaque, patients dans l’attente,
vigilants.

– par la métaphore réconcilier
les êtres et les pierres.
Composer. (il n’est d’idées
que dans les choses.) Inventer!
saxifrage est ma fleur qui fend
les rochers.

(William Carlos Williams)

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

L’envie de vivre (Gérard Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2020



Illustration: Flo DS
    

L’envie de vivre
S’écoule lentement

Derrière les pierres
Une mer d’écritures

Que les vagues effacent
Sous la vague céleste

Est-ce le désir
Qui brouille les cartes

Être le seul n’importe
Cousu dans la déchirure

Dans le grain de poussière
Je trouve mon paradis

Se taire et trembler
Dans l’exubérance des voix

(Gérard Lemaire)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Un poète à hauteur d’homme
Traduction:
Editions: du Contentieux https://lecontentieux.blogspot.com/

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Maison joyeuse (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2020



Maison joyeuse

Mes doigts retiennent la lumière
Qui allonge l’ombre
Des murs de la maison
Qui sombre dans l’herbe

Les arbres posent des taches vertes
Sur la page de la plaine
Où court l’écriture du silence

Quel cri pousse la maison
Heureuse de me revoir
Elle me regarde de tous ses carreaux
Puis baisse ses volets
Sous un toit silencieux
Qui frotte ses ardoises

Une brise venue d’ailleurs
Lèche la façade
Et j’entends comme des rires
Dans le nylon des rideaux.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :