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Posts Tagged ‘écrivain’

LA SOLUTION (Bertolt Brecht)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2019



Illustration: Akbar Behkalam 
    
LA SOLUTION

Après l’insurrection du 17 juin
Le secrétaire de l’union des écrivains
Fit distribuer des brochures dans l’avenue Staline.

On pouvait y lire que le peuple
Avait perdu la confiance du gouvernement

Et ne pouvait le regagner

Que grâce à un travail redoublé. Ne serait-ce
Pas plus simple que le gouvernement

Liquide le peuple et en
Choisisse un autre ?

***

DIE LÖSUNG

Nach dem Aufstand des 17. Juni
Ließ der Sekretär des Schriftstellerverbands
In der Stalinallee Flugblätter verteilen
Auf denen zu lesen war, dass das Volk
Das Vertrauen der Regierung verscherzt habe
Und es nur durch verdoppelte Arbeit
zurückerobern könne. Wäre es da
Nicht doch einfacher, die Regierung
Löste das Volk auf und
Wählte ein anderes?

***

Soluția

Urmare a răscoalei de pe 17 iunie
Secretarul Uniunii Scriitorilor a dispus
Să se împartă broșuri pe Aleea Stalin
În care se putea citi că poporul
Și-ar fi jucat încrederea guvernului
Și că numai prin muncă dublă
O va putea recâștiga.
N-ar fi mai simplu dacă guvernul
Ar dizolva poporul și
Ar alege altul?

(Bertolt Brecht)

 

Recueil: ITHACA 585
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg /

Editions: POINTS

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Le but de l’instruction (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2019



    
Le but de l’instruction est la fin de l’instruction, c’est-à-dire l’invention.
L’invention est le seul acte intellectuel vrai, la seule action d’intelligence.

Le reste ?
Copie, tricherie, reproduction, paresse, convention, bataille, sommeil.
Seule éveille la découverte.

L’invention seule prouve qu’on pense vraiment la chose qu’on pense,
quelle que soit la chose.

Je pense donc j’invente, j’invente donc je pense :
seule preuve qu’un savant travaille ou qu’un écrivain écrit.

(Michel Serres)

 

Recueil: Le Tiers-Instruit
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les poèmes sont difficiles à faire taire (Stephen Greenblatt)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

Sarolta Bán 9jho1_500

Les poèmes sont difficiles à faire taire.
Il y a des moments rares et puissants où un écrivain disparu
depuis longtemps semble se tenir devant vous et vous parler
directement, comme s’il portait un message a votre intention.

(Stephen Greenblatt)

Illustration: Sarolta Bán

 

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L’HÉRITIER (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

lune-hiver

L’HÉRITIER

Pendant que de lune en froidure
Décembre se dépense en vain,
Mon coeur ce soir manque de vin
Et mon âme dort sur la dure.

Mon vieil oncle le temps qui dure,
M’ayant laissé comme écrivain
Vers les mil sept cent quatre vingts
Son héritage de rature,

Je mets à le dilapider
L’entêtement des sédentaires
Qui vont de mystère en mystère,

Sans rien faire pour éluder
Ni les échos ni les empreintes
Par qui chantent les labyrinthes…

(Gilles Vigneault)

 

 

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L’expérience du désert (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



L’expérience du désert a été, pour moi, dominante.
Entre ciel et sable, entre le Tout et le Rien,
la question est brûlante.

Elle brûle et ne se consume pas.
Elle brûle pour elle-même, dans le vide.
L’expérience du désert, c’est aussi l’écoute, l’extrême écoute
(…)

J’ai, comme le nomade son désert,
essayé de circonscrire le territoire de blancheur de la page ;
d’en faire mon véritable lieu ;
comme, de son côté, le Juif qui, depuis des millénaires,
du désert de son livre, a fait le sien ;
un désert où la parole, profane ou sacrée, humaine ou divine
a rencontré le silence pour se faire vocable ;
c’est-à-dire parole silencieuse de Dieu et ultime parole de l’homme.

Le désert est bien plus qu’une pratique du silence et de l’écoute.
Il est une ouverture éternelle.
L’ouverture de toute écriture,
celle que l’écrivain a, pour fonction, de préserver.

Ouverture de toute ouverture.

(Edmond Jabès)

Illustration: Leila Horchani Destination Désert

 

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Vivement que je sois écrivain (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
Vivement que je sois écrivain.
C’est mon voeu le plus cher.

Je ne sais pas
si c’est simplement
pour être connue et célèbre,

mais je sais
que le seul fait d’écrire
me procure un sentiment de bien-être.

(Hannah Senesh)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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L’écrivain véritable (Philippe Claudel)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



l’écrivain véritable est un parleur.
En sa compagnie,
la conversation prend le tour amical
d’une immédiate intimité

(Philippe Claudel)

 

 

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Retouche à l’imagination (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



retouche à l’imagination

jours aussi fermés que livres d’ameublement
l’écrivain n’a plus que cuirs et dorures
où sont allées ses créatures
sans doute à des obligations de parlement

(Daniel Boulanger)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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Nous écrivons souvent par les interstices (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2016



Il s’agit moins d’illustrer une démarche
que de cerner un regard.

Nous écrivons souvent par les interstices dans les œuvres des autres.
Aussi bien celles d’un peintre ou d’un musicien que d’un écrivain.

« La mise au clair du monde dans son resplendissement d’or » (Heidegger),
la chambre avec lumière « pareille à un cube d’argent évidé » de Musil,
ou « l’art de passer les eaux sous la lumière feue » du nocher de Jouve.

Mais aussi : les murs éblouis de Morandi dans les collines de Grizzana,
les doigts du soleil posés sur une nappe par Bonnard, les brisures du ciel
que sont les femmes bleues de Matisse.
Et en musique, certains intermezzi de Brahms,
la sonate opus III de Beethoven,
les chants de l’aube de Schumann.

Des présences dont la grandeur
tient dans la douceur mortelle
de leur effacement.

(Heather Dohollau)

Illustration: Henri Matisse

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La demeure entourée (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



 

La demeure entourée

Le corps de la montagne hésite à ma fenêtre :
 » Comment peut-on entrer si l’on est la montagne,
Si l’on est en hauteur, avec roches, cailloux,
Un morceau de la Terre, altéré par le Ciel ?  »
Le feuillage des bois entoure ma maison :
 » Les bois ont-ils leur mot à dire là-dedans ?
Notre monde branchu, notre monde feuillu
Que peut-il dans la chambre où siège ce lit blanc,
Près de ce chandelier qui brûle par le haut,
Et devant cette fleur qui trempe dans un verre ?
Que peut-il pour cet homme et son bras replié,
Cette main écrivant entre ces quatre murs ?
Prenons avis de nos racines délicates,
Il ne nous a pas vus, il cherche au fond de lui
Des arbres différents qui comprennent sa langue.  »
Et la rivière dit :  » Je ne veux rien savoir,
Je coule pour moi seule et j’ignore les hommes.
Je ne suis jamais là où l’on croit me trouve
Et vais me devançant, crainte de m’attarder.
Tant pis pour ces gens-là qui s’en vont sur leurs jambes.
Ils partent, et toujours reviennent sur leurs pas.  »
Mais l’étoile se dit :  » Je tremble au bout d’un fil,
Si nul ne pense à moi je cesse d’exister.  »

(Jules Supervielle)

 

 

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