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Du sable au creux d’une main… (Extrait) (William J.-F. Syad)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2020




    

Du sable au creux d’une main… (Extrait)

Comme
le Khamsine
du désert
Tu as passé
dans ma vie
et pour toute
trace
Tu n’as laissé
que des sillons
vagues
et ce répit
de grâce

Je ne suis
je Te prie de croire
ni poète
ni écrivain
et pourtant quelque esprit
me pousse
à prendre la plume
griffonner les quelques pensées
palpables
que j’essaie
dans ma hantise rêverie
de toucher du doigt

Je ne suis
je Te prie de croire
ni poète
ni écrivain
et pourtant Tu vibres en moi
comme une pensée
insolite
qui vient déranger
l’instant
où je vis

je Te prie de croire
Je ne suis
ni poète
ni écrivain
mais une pensée
vouée à l’éternel néant
où tout est vibration
dans l’engrenage transitoire
où tout est rien
je ne suis
qu’une vibration
dans la myriade des mortels

(William J.-F. Syad)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LA SOLUTION (Bertolt Brecht)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Akbar Behkalam 
    
LA SOLUTION

Après l’insurrection du 17 juin
Le secrétaire de l’union des écrivains
Fit distribuer des brochures dans l’avenue Staline.

On pouvait y lire que le peuple
Avait perdu la confiance du gouvernement

Et ne pouvait le regagner

Que grâce à un travail redoublé. Ne serait-ce
Pas plus simple que le gouvernement

Liquide le peuple et en
Choisisse un autre ?

***

DIE LÖSUNG

Nach dem Aufstand des 17. Juni
Ließ der Sekretär des Schriftstellerverbands
In der Stalinallee Flugblätter verteilen
Auf denen zu lesen war, dass das Volk
Das Vertrauen der Regierung verscherzt habe
Und es nur durch verdoppelte Arbeit
zurückerobern könne. Wäre es da
Nicht doch einfacher, die Regierung
Löste das Volk auf und
Wählte ein anderes?

***

Soluția

Urmare a răscoalei de pe 17 iunie
Secretarul Uniunii Scriitorilor a dispus
Să se împartă broșuri pe Aleea Stalin
În care se putea citi că poporul
Și-ar fi jucat încrederea guvernului
Și că numai prin muncă dublă
O va putea recâștiga.
N-ar fi mai simplu dacă guvernul
Ar dizolva poporul și
Ar alege altul?

(Bertolt Brecht)

 

Recueil: ITHACA 585
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg /

Editions: POINTS

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Tableau de Paris à cinq heures du matin (Marc-Antoine Désaugiers)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
Tableau de Paris à cinq heures du matin

L’ombre s’évapore
Et déjà l’aurore
De ses rayons dore
Les toits alentours
Les lampes pâlissent,
Les maisons blanchissent
Les marchés s’emplissent :
On a vu le jour.

De la Villette
Dans sa charrette,
Suzon brouette
Ses fleurs sur le quai,
Et de Vincenne,
Gros-Pierre amène
Ses fruits que traîne
Un âne efflanqué.

Déjà l’épicière,
Déjà la fruitière,
Déjà l’écaillère
Sautent au bas du lit.
L’ouvrier travaille,
L’écrivain rimaille,
Le fainéant baille,
Et le savant lit.

J’entends Javotte,
Portant sa hotte,
Crier : Carotte,
Panais et chou-fleur !
Perçant et grêle,
Son cri se mêle
A la voix frêle
Du noir ramoneur.

L’huissier carillonne,
Attend, jure, sonne,
Ressonne, et la bonne,
Qui l’entend trop bien,
Maudissant le traître,
Du lit de son maître
Prompte à disparaître,
Regagne le sien.

Gentille, accorte
Devant ma porte
Perrette apporte
Son lait encor chaud ;
Et la portière,
Sous la gouttière,
Pend la volière
De Dame Margot.

Le joueur avide,
La mine livide,
et la bourse vide,
Rentre en fulminant ;
Et sur son passage,
L’ivrogne, plus sage,
Rêvant son breuvage,
Ronfle en fredonnant.

Tout, chez Hortense,
Est en cadence ;
On chante, on danse,
Joue, et cætera…
Et sur la pierre
Un pauvre hère,
La nuit entière,
Souffrit et pleura.

Le malade sonne,
Afin qu’on lui donne
La drogue qu’ordonne
Son vieux médecin ;
Tandis que sa belle,
Que l’amour appelle,
Au plaisir fidèle,
Feint d’aller au bain.

Quand vers Cythère,
La solitaire,
Avec mystère,
Dirige ses pas,
La diligence
Part pour Mayence,
Bordeaux, Florence,
Ou les Pays-Bas.

« Adieu donc, mon père,
Adieu donc, mon frère,
Adieu donc, ma mère,
– Adieu, mes petits. »
Les chevaux hennissent,
Les fouets retentissent,
Les vitres frémissent :
Les voilà partis.

Dans chaque rue,
Plus parcourue,
La foule accrue
Grossit tout à coup :
Grands, valetaille,
Vieillards, marmaille,
Bourgeois, canaille,
Abondent partout.

Ah ! quelle cohue !
Ma tête est perdue,
Moulue et fendue,
Où donc me cacher !
Jamais mon oreille
N’eut frayeur pareille…
Tout Paris s’éveille…
Allons nous coucher.

(Marc-Antoine Désaugiers)

 

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Le but de l’instruction (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2019



    
Le but de l’instruction est la fin de l’instruction, c’est-à-dire l’invention.
L’invention est le seul acte intellectuel vrai, la seule action d’intelligence.

Le reste ?
Copie, tricherie, reproduction, paresse, convention, bataille, sommeil.
Seule éveille la découverte.

L’invention seule prouve qu’on pense vraiment la chose qu’on pense,
quelle que soit la chose.

Je pense donc j’invente, j’invente donc je pense :
seule preuve qu’un savant travaille ou qu’un écrivain écrit.

(Michel Serres)

 

Recueil: Le Tiers-Instruit
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les poèmes sont difficiles à faire taire (Stephen Greenblatt)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

Sarolta Bán 9jho1_500

Les poèmes sont difficiles à faire taire.
Il y a des moments rares et puissants où un écrivain disparu
depuis longtemps semble se tenir devant vous et vous parler
directement, comme s’il portait un message a votre intention.

(Stephen Greenblatt)

Illustration: Sarolta Bán

 

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L’HÉRITIER (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

lune-hiver

L’HÉRITIER

Pendant que de lune en froidure
Décembre se dépense en vain,
Mon coeur ce soir manque de vin
Et mon âme dort sur la dure.

Mon vieil oncle le temps qui dure,
M’ayant laissé comme écrivain
Vers les mil sept cent quatre vingts
Son héritage de rature,

Je mets à le dilapider
L’entêtement des sédentaires
Qui vont de mystère en mystère,

Sans rien faire pour éluder
Ni les échos ni les empreintes
Par qui chantent les labyrinthes…

(Gilles Vigneault)

 

 

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L’expérience du désert (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



L’expérience du désert a été, pour moi, dominante.
Entre ciel et sable, entre le Tout et le Rien,
la question est brûlante.

Elle brûle et ne se consume pas.
Elle brûle pour elle-même, dans le vide.
L’expérience du désert, c’est aussi l’écoute, l’extrême écoute
(…)

J’ai, comme le nomade son désert,
essayé de circonscrire le territoire de blancheur de la page ;
d’en faire mon véritable lieu ;
comme, de son côté, le Juif qui, depuis des millénaires,
du désert de son livre, a fait le sien ;
un désert où la parole, profane ou sacrée, humaine ou divine
a rencontré le silence pour se faire vocable ;
c’est-à-dire parole silencieuse de Dieu et ultime parole de l’homme.

Le désert est bien plus qu’une pratique du silence et de l’écoute.
Il est une ouverture éternelle.
L’ouverture de toute écriture,
celle que l’écrivain a, pour fonction, de préserver.

Ouverture de toute ouverture.

(Edmond Jabès)

Illustration: Leila Horchani Destination Désert

 

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Vivement que je sois écrivain (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
Vivement que je sois écrivain.
C’est mon voeu le plus cher.

Je ne sais pas
si c’est simplement
pour être connue et célèbre,

mais je sais
que le seul fait d’écrire
me procure un sentiment de bien-être.

(Hannah Senesh)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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L’écrivain véritable (Philippe Claudel)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



l’écrivain véritable est un parleur.
En sa compagnie,
la conversation prend le tour amical
d’une immédiate intimité

(Philippe Claudel)

 

 

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Retouche à l’imagination (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



retouche à l’imagination

jours aussi fermés que livres d’ameublement
l’écrivain n’a plus que cuirs et dorures
où sont allées ses créatures
sans doute à des obligations de parlement

(Daniel Boulanger)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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