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Poésie

Posts Tagged ‘écueil’

Nombreux (René Char)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2019



Nombreux sont ceux qui attendent
que l’écueil les soulève,
que le but les franchisse,
pour se définir.

(René Char)

Illustration: Lina Davidov

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PAYSAGE DE L’EXIL (Michel Manoll)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



 

PAYSAGE DE L’EXIL

Pour la face inconnue, le visage indicible,
Pépite insaisissable en les mailles du crible ;

Pour les matins, hampe brisée, où l’oriflamme
Laisse suinter la lie au travers de sa trame ;

Pour la gerbe de feu dans l’aube moissonnée
Et qui s’est obscurcie, en l’ombre abandonnée ;

Pour l’églantier, paraphe des matins vogueurs,
Sauf-conduit des saisons, aux mains du voyageur ;

Pour la source glanée, ce qu’il en reste alors
Que le fanal du temps s’éteint, sur l’autre bord ;

Pour la vague hauturière à l’oiseleur offerte,
Bourgeon d’écume ardente et floconneuse mouette ;

Pour la harpe tendue à la proue de l’espace,
Aux cordes lacérées par des couteaux de glace ;

Pour les pas effacés sur la pierre du seuil
Et les astres déchus, brisés par les écueils ;

Pour l’éphémère pain pétri par le silence
Et ce poids d’ailes, de duvet, sur la balance.

(Michel Manoll)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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JE MÊLE MES SANGLOTS… (Yves Morel)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018




JE MÊLE MES SANGLOTS…

Je mêle mes sanglots aux flots de la mer
Pour que ma douleur au quotidien
Ne soit plus qu’embruns
Balayant les rochers d’une pluie amère.
Mon coeur est un voilier en détresse,
L’âme toutes voiles déchirées dehors
Et, la proue, une sirène aveuglée de chagrin.
Accrochée au mât de grande hune,
Je cherche dans ma nuit sans lune
Un havre de paix et de sagesse
Où je pourrais m’échouer et trouver le réconfort.
Comme un phare, ton étoile soudain m’apparut
Pour guider à bon port mon bateau en déroute
À travers les écueils de la vie
Et m’aider à poursuivre seule ma route

Vers un rivage ami…

(Yves Morel)

Illustration: Odilon Redon

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HAMLET (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

HAMLET

Être ou ne pas être, telle est la question.
Est-il plus noble pour l’esprit de souffrir
Les coups et les flèches d’une injurieuse fortune,
Ou de prendre les armes contre une mer de tourments,
Et, en les affrontant, y mettre fin? Mourir, dormir,
Rien de plus, et par un sommeil dire : nous mettons fin
Aux souffrances du coeur et aux mille chocs naturels
Dont hérite la chair; c’est une dissolution
Ardemment désirable.-Mourir, dormir,
Dormir, rêver peut-être, ah! C’est là l’écueil.
Car dans ce sommeil de la mort les rêves qui peuvent surgir,
Une fois dépouillée cette enveloppe mortelle,
Arrêtent notre élan. C’est là la pensée
Qui donne au malheur une si longue vie.
Car qui voudrait supporter les fouets et la morgue du temps,
Les outrages de l’oppresseur, la superbe de l’orgueilleux,
Les affres de l’amour dédaigné, la lenteur de la loi,
L’insolence du pouvoir, et les humiliations
Que le patient mérite endure des médiocres,
Quand il pourrait lui-même s’en rendre quitte
D’un coup de dague ? Qui voudrait porter ces fardeaux,
Pour grogner et suer sous une vie harassante,
Si la terreur de quelque chose après la mort,
Contrée inexplorée dont, la borne franchie,
Nul voyageur ne revient, ne déroutait la volonté
Et ne nous faisait supporter les maux que nous avons
Plutôt que fuir vers d’autres dont nous ne savons rien?

[…]

***

HAMLET

To be or not to be, that is the question:
Whether ’tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them? To die: to sleep;
No more; and by a sleep to say we end
The heart-ache, and the thousand natural shocks
That flesh is heir to,’tis a consummation
Devoutly to be wished. To die, to sleep;
To sleep: perchance to dream; ay, there’s the rub;
For in that sleep of death what dreams may come,
When we have suffled off this mortal coil,
Must give us pause: there’s the respect
That makes calamity of so long, life,
For who would bear the whips and scorns of time,
The oppressor’s wrongs, the proud man’s contumely,
The pangs of despised love, the law’s delay
The insolence of office, and the spurns
That patient merit of the unworthy takes,
When he himself might his quietus make
With a bare bodkin? Who would fardels bear,
To grunt and sweat under a weary life,
But that the dread of something after death,
The undiscover’d country, from whose bourn
No traveller returns, puzzles the will,
And makes us rather bear those ills we have
Than fly to others that we know not of?

[…]

(William Shakespeare)

 

 

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L’APOCALYPSE (Kôichi Kihara)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



 

L’APOCALYPSE
MOKUJI

(En 1945, en même temps que beaucoup
de gens une jeune fille a été tuée par la
bombe atomique larguée sur Hiroshima.
Une partie de son corps est restée sur la
Terre, reflet fidèle du visage de la victime.)

Je ne suis pas un visage humain
épinglé à un morceau de gaze à pansement
nul n’a besoin de me faire taire

l’uranium m’est resté entre les dents
le plutonium grouille au bout de mes narines
l’hélium brille dans les orbites de mes yeux invisibles
des pluies de poison ont inondé
le monde d’aujourd’hui
à peine un petit écueil

je ne suis qu’une cendre d’un bout d’homme
dormant sur un morceau de gaze à pansement
mes autres parties perdues m’appellent par-delà l’horizon

regarde les nuages d’uranium
qui transpercent la terre et la mer de ténèbres
écoute la pluie d’hélium
qui tombe sur les toits et les fenêtres de silence

enfant d’homme
ne péris pas de ta propre main

les êtres vivants d’aujourd’hui
sauterelles qui s’avancent dans les champs dévastés

(Kôichi Kihara)

 

 

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Mémoire (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Illustration: René Magritte
    
Mémoire

De figues se nourrisse le coeur
en qui l’heure se souvient
de l’oeil-amande du mort.
Qu’il se nourisse de figues.

Escarpé,
sous le souffle marin,
le front échoué,
frère des écueils.

Blanche,
augmentée de tes cheveux,
la toison
du nuage paissant.

***

Remembrance

Nourished by figs be the heart
wherein an hour thinks back
on the deadman’s almond eye.
Nourished by figs.

Steep, in the seawind’s breath,
the shipwrecked
forehead,
the cliff-sister.

And full-blown by your white hair
the fleece
of the grazing cloud.

***

Andenken

Feigengenährt sei das Herz,
darin sich die Stunde besinnt
auf das Mandelauge des Toten.
Feigengenährt.

Schroff, im Anhauch des Meers,
die gescheiterte
Stirne,
die Klippenschwester.

Und um dein Weißhaar vermehrt
das Vlies
der sömmernden Wolke.

(Paul Celan)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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L’île d’Ulysse (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Firmin Girard
    

L’île d’Ulysse

L’île d’Ulysse était-elle mon île ?
La retrouvant, je ne la reconnus,
terre étrangère où je n’étais moi-même
qu’en reniant le voyage et le Temps.

Ne vivait là qu’une troupe d’aveugles.
Je connaissais ma propre cécité,
je ne voyais que d’anciennes lumières.

Oh ! repartir, retrouver l’onde et l’âme,
le flot changeant, les dangers qui nous sauvent
et cette étrave où la mer se déchire.

C’était hier. J’oubliais les écueils,
celui de vivre et celui de mourir,
maître d’exil et roi de mon errance.

J’entends au loin le chant vert des sirènes.
J’ai tant rêvé d’être bu par ces bouches,
jamais le sort n’aura si beau visage.

Contre l’appel de l’énigme, des liens !
Ce corps tendu, ce cri dans mes cavernes,
l’étouffement de l’être dans mon être.

Tu le savais : jamais plus l’aventure.
Que devenir sur cette terre morne ?
Nul monument ne voit tourner son ombre.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Le ruisseau aux fleurs de pêchers (Tchang Hiu)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2017



Le ruisseau aux fleurs de pêchers

Vague, lointain, derrière la brume des champs, l’arc-en-ciel se cache.
A l’ouest d’un écueil, j’interroge un pêcheur dans sa barque:
«Des fleurs de pêchers, le long du jour, descendent le courant.
Où trouver donc la Grotte, au bord du ruisseau limpide?».

(Tchang Hiu)

 

 

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SOMBRER (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



Titanic

SOMBRER

Ah! cette volupté sans bornes de périr
De sombrer dans la mer de la désespérance,
Dans un océan noir de morbide souffrance
Où la raison s’enlise et se comprend mourir!

Sentir, sentir, qu’on disparaît dans l’ombre immense
Et puis, sombrer toujours, ne pas se retenir,
Entendre au fond de soi quelque chose frémir,
Croire que c’est la mort peut-être qui commence…

Le navire a frappé quelqu’invisible écueil :
Penché dessus le gouffre noir comme un cercueil,
Il frémit dans la nuit qui l’environne : il sombre…

Le capitaine est là, superbe sur le pont :
Il n’a pas voulu fuir. Ivre, de son oeil sombre,
Il regarde monter les abîmes sans fond!

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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MARIA MARINA (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



MARIA MARINA

Tu es à la fois si jeune et si vieille,
Maria Marina, l’amour t’émerveille
et t’emporte au loin de sa voile blanche
sur la grande mer bleue où tu te penches.

On croit que tu rêves, mais ton esprit veille :
tu vois d’un coup d’oeil l’écueil qui sommeille
et la barque frêle et l’onde mouvante,
l’amant délié des bras de l’amante

Maria Marina

Les matelots chantent et tu appareilles,
le coeur tendu vers cette île vermeille,
sommet du bonheur sur la mer immense…
Mais tu sais la peur, l’ombre, le silence.

Tu es à la fois si jeune et si vieille,
Maria Marina, l’amour t’émerveille
et ta voile s’ouvre au vent toute grande,
mais tu sais bien les peines qui t’attendent…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

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