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Poésie

Posts Tagged ‘édifice’

ODE À LA CASCADE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Illustration: Jean-Joseph Chevalier
    
ODE À LA CASCADE

Soudain, un jour
je me suis levé tôt
et t’ai donné une cascade.
Entre tout
ce qui existe
sur la terre,
pierres,
édifices,
oeillets,
entre tout
ce qui vole dans l’air,
nuages,
oiseaux,
entre tout
ce qui existe
sous la terre,
minéraux,
morts,
il n’y a
rien d’aussi fugitif,
rien qui chante
comme une cascade.

La voici :
elle rugit
comme lionne blanche,
brille
comme la fleur du phosphore,
rêve
avec chacun de tes rêves,
chante
dans mon chant
et me donne
un argent passager.
Mais
elle travaille
et meut
la roue
d’un moulin
et n’est pas seulement
chrysanthème blessé,
mais réalisatrice
aussi de la farine,
mère du pain que tu manges
chaque jour.

(Pablo Neruda)

 

Recueil: Nouvelles odes élémentaires
Traduction: Jean-Francis Reille
Editions: Gallimard

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Arguments (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Arguments

Avec la Raison
Qui avive les arêtes
Défriche les rêves
Ajuste le regard
Brocarde les hiatus du coeur
Machine l’avenir

Le sens est-il plus évident?

Avec la Passion
Les buées du songe
Les édifices du rêve
La surprise des sens
Les tumultes de l’âme
L’avenir sans desseins

Le sens est-il plus évident?

(Andrée Chedid)

Illustration

 

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Il existe une trappe secrète (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018




    
Il n’y a pas de péché originel
ni de déluge
le Christ n’a jamais sauvé personne

Dans chaque édifice de paroles
il existe une trappe secrète

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le poème (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le poème, le danseur
ont besoin de grands espaces
pour leurs édifices.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE MUR PAR DÉFAUT (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
LE MUR PAR DÉFAUT

Une fleur de givre entre deux rafales
Ne l’arrête pas.

Ô cendre éprise sous la langue,
Brèche dans l’horizon

Entre ce roc bondé d’étoiles et son sosie le gouffre,
L’édifice du souffle est une seconde prison.

A la place du coeur
Tu ne heurteras, mon amour, que le luisant d’un soc
Et la nuit grandissante…

(Jacques Dupin)

 

Recueil: Le corps clairvoyant
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’effrayant (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Charlie Chaplin
    
L’effrayant c’est que des systèmes, en se développant,
dépassent les hommes
et les enserrent dans leur poigne satanique,
leurs auteurs aussi bien que leurs victimes,

de même que de grands édifices ou des tours,
pourtant bâtis par la main de l’homme,
s’élèvent au-dessus de nous, nous dominent
et peuvent s’écrouler sur nous et nous ensevelir.

(Etty Hillesum)

 

 

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Nocturne entre les musaraignes (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



&

Illustration: Antoine Picard
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Nocturne entre les musaraignes

Corps de pierre, corps triste
Entre laines comme murs d’univers,
Identique aux races à leur anniversaire,
Aux édifices les plus innocents,
Aux cataractes les plus pudiques,
Blanches comme la nuit, tandis que la montagne
Déchiquète des formes en folie
Déchiquète comme doigts les douleurs,
Les joies comme des ongles.

Ne savoir où aller, où revenir,
En quête de vents pieux
Détruisant les rides du monde,
Bénissant les désirs coupés à la racine
Avant de donner leur fleur,
Leur fleur grande comme un enfant.

Les lèvres désirent cette fleur
Dont le poing, baisé par la nuit,
Ouvre les portes de l’oubli lèvre après lèvre.

***

Nocturno entre las musarañas

Cuerpo de piedra, cuerpo triste
Entre lanas con muros de universo,
Idéntico a las razas cuando cumplen años,
A los más inocentes edificios,
A las más pudorosas cataratas,
Blancas como la noche, en tanto la montaña
Despedaza formas enloquecidas,
Despedaza dolores como dedos,
Alegrías como uñas.

No saber donde ir, donde volver,
Buscando los vientos piadosos
Que destruyen las arrugas del mundo,
Que bendicen los deseos cortados a raíz
Antes de dar su flor,
Su flor grande como un niño.

Los labios quieren esa flor
Cuyo puño, besado por la noche,
Abre las puertas del olvido labio a labio.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Elle avait quinze ans (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Richard S. Johnson
    

Elle avait quinze ans. Mais son coeur ne battait
Pas encore comme celui d’une fiancée.
Quand en riant je lui offris ma main,
Elle rit à son tour et partit.

C’était il y a longtemps. Depuis sont passés
Des années et des temps de tous ignorés.
Nos rencontres étaient rares, et si peu disertes,
Mais profonds étaient nos silences.

Par une nuit d’hiver, à mon songe fidèle,
Je quittai les salles peuplées et lumineuses,
Où des masques étouffants souriaient aux chansons,
Où mon regard avide allait l’accompagnant.

Alors, obéissante, elle me suivit,
Ignorant elle-même ce qui allait arriver,
Et seule la nuit noire de la ville
Vit passer les époux, passer et s’éclipser.

En un jour de givre, de soleil, de carmin —
Nous nous rencontrâmes dans le silence du temple :
De ces années muettes nous vîmes l’évidence,
Et ce qui s’accomplit — s’accomplit dans le ciel.

L’histoire de cette longue et bienheureuse quête
Déborde ma poitrine, et roule dans ce chant.
J’ai puisé dans ce chant pour bâtir l’édifice,
Quant aux autres chansons — c’est pour un autre jour.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Entre ce roc (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



 

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Entre ce roc bondé d’étoiles et son sosie le gouffre,
L’édifice du souffle est une seconde prison.

(Jacques Dupin)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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L’édifice (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2016



L’édifice

Le mot dormant qui nous appelle à l’aide
Et le secours que l’on demande au mot,
Chacun cherchant le plus lointain des frères
Pour fondre au feu d’un unique creuset.

Serait-ce là toute notre aventure :
Chercher demeure et soi-même logeant
des pèlerins venus des antipodes
Et des amis de l’autre bout des mots.

Je prétends qu’aube est contraire de l’aube
Selon le lieu de leur couronnement.
L’aube dans l’aube est une poupée russe
Et deux miroirs reflétant l’infini.

Dans cet enfer de me chercher toujours,
Je me voudrais jeune comme un vieux mot
Qui va jaillir de mon lexique en flammes
Étincelant le temps de le nommer.

Je le repère et le déguste, lui
Qui m’envahit, fait de moi nourriture
Et m’édifie en miracles concrets,
La solitude émigrant de mon corps.

Ainsi je fus mon propre vêtement
Et ma parure et chacun de mes os
Comme une lettre étayant l’édifice
Et lui donnant la grâce du voyage.

Astre si clair qu’il m’éclaire au dedans,
Que je suis lampe et qu’il m’offre son huile.
Petite flamme, il te fallait bien naître
Pour que la mort ne me rejoigne pas.

Je sais encore un tout autre prodige,
Celui du mot à son commencement,
Et je suis source en quête de ma source
Pour trouver l’eau de mes métamorphoses.

(Robert Sabatier)

 

 

 

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