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L’ESPÉRANCE MORTE (Edmond Pilon)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



troi sreines

L’ESPÉRANCE MORTE

Sur le bord du bassin trois Reines se penchent :
Trois Reines, la Bleue et la Rouge et la Blanche :
Sur le bord du bassin de verte espérance
Trois Reines se penchent vers l’attirance
De leurs beaux visages mirés dans l’eau,
Trois Reines se penchent sur le bateau…

Trois Reines se penchent, et la première
Laisse tomber ses bagues dans le courant.

Ses bagues, ses roses, ses bagues d’argent,
Laisse tomber ses bijoux dans la rivière…
Trois Reines se penchent, la Reine Bleue
S’approche et se penche et se courbe un peu…

Trois Reines se penchent, et la seconde,
La Rouge, et puis celle aux deux mains si blondes…
Trois Reines se penchent, la Reine Rouge
Regarde l’Etoile dans l’eau qui bouge,
Laisse choir des lys, et sa sœur aux yeux bleus
Laisse choir l’éclat de ses beaux cheveux :

Au bord du bassin, trois Reines se penchent,
Trois Reines : la Rouge, et la Bleue, et la Blanche,
Trois Reines se penchent vers l’Espérance…
Mais l’Espérance est morte, et l’eau la balance,
Et les trois Reines voient sur son front qui dort
Passer les poissons roses dans les joncs d’or…

(Edmond Pilon)

 

 

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LES ROSES TRÉMIÈRES (Edmond Pilon)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



LES ROSES TRÉMIÈRES

Les roses trémières brillent aux haies,
Le linge léger flotte près des toits,
Les fermes sont claires et la plaine s’égaie
De tout un éveil de ses pousses lentes,
Et pourtant tout se fait sommeil en moi
Puisque la bien-aimée est absente ;

De jeunes enfants rient aux seuils du village,
De vieilles femmes filent la laine des troupeaux,
Des charrettes qui passent emportent les fourrages
Vers la grange rustique, et, dans les bois nouveaux,
S’exhale un parfum tendre d’aube et de lilas ;
Mais que me font les fleurs et les femmes des hameaux,
Puisque la bien-aimée n’est pas là ;

Le jeune matin m’accueille de son soleil ;
Ses meules sont élevées comme des maisons ;
Sa plaine est verdoyante et ses coteaux vermeils ;
Tout est prospère et beau dans la saison
De ses blés, de ses bois et de ses champs de foins.
Pour moi, je n’aime ni ses fruits ni ses moissons,
Car ma bien-aimée est au loin.

(Edmond Pilon)

 

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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LE JAVELOT DE JOIE (Edmond Pilon)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



LE JAVELOT DE JOIE

Le javelot de joie a défoncé la porte ;
Un chanteur inconnu est passé dans le bois
Qui est passé en chantant de sorte
Que les oiseaux riaient vers sa voix
Et que les fleurs naissaient pareilles
A des essaims vifs d’abeilles
A ouïr sa voix !
Les jougs sont teints de pourpre aux taureaux de l’automne
Et les filles qui mènent les taureaux entonnent
Des dithyrambes à entendre le chanteur,
Dont la lyre d’or s’alourdit de fleurs,
Dont les pas foulent l’aube,
Dont le geste cueille les roses
Et dont la haute main
Au vieux sapin
Suspend le luth !
Des songes sont entrés par des portes d’ivoire
Et par des portes de corne d’autres songes ;
Le javelot a défoncé la porte noire,
Son dard a découvert la porte sombre,
Et la voix du Printemps et de l’Automne
Avec celle des rossignols d’été
Et celle de la brise dans les fleurs,
Toutes les voix sont entrées
Dans ma Demeure.

(Edmond Pilon)

Illustration

 

 

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