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Posts Tagged ‘(Edward Stachura)’

LETTRE À CEUX QUI RESTENT (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018


 


Gaspare Traversi    url [1280x768]

LETTRE À CEUX QUI RESTENT

Je meurs
pour mes fautes et pour mon innocence
pour le manque ressenti dans chaque parcelle de mon corps
et de mon âme
pour le manque qui me déchire en lambeaux tel un journal
souillé de mots criards muet de sens
pour la possibilité de s’unir à ceux qui n’ont pas de nom,
au sens dissimulé des mots, à l’inconnu
pour une merveilleuse journée
pour un merveilleux égarement
pour les paysages sublimes
pour une illusion réelle
pour un point au-dessus de l’ypsilon
pour le mystère de la mort
[…]

(Edward Stachura)

Illustration: Gaspare Traversi

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Le brouillard autour (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Euan Macleod SMOKED_OUT__Euan_MACLEOD_b_1956_front

Le brouillard autour

Combien de temps encore le vagabondage m’est destiné?
Ah! Petite étoile – feu follet de mes jours
Fais arrêter enfin cette souffrance
Et conduis moi, pousses moi vers la porte tendre!

Mais où est cette maison, comment peut-on la trouver?
Où est ce refuge, ou est ce foyer?
Là il y a un pont sur le fleuve, et derrière il y a un jardin
Là le vide disparaît et le monde commence.

Mais où est ce fleuve et où est ce pont?
Ce jardin blanc et ses pommiers, où se trouvent-ils?
Le vent nous sert les fruits de ces arbres
Une main comme une fleur les ramasse dans le panier.

Ce pays existe quelque part, loin, derrière le brouillard
Je marche donc, et je me déchire toujours
Les oiseaux se rassemblent et partent sur le chemin
Ils volent déjà, tout droit, ils n’errent pas comme moi.

Combien de temps encore le vagabondage m’est destiné?
Ah! Petite étoile – feu follet de mes jours
Fais arrêter enfin cette souffrance
Et conduis moi, pousse moi vers la porte tendre!

(Edward Stachura)

Illustration: Euan Macleod

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L’amour est… (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



 

Francesco Clemente  Kiss, 1983

L’amour est…

L’amour est donner l’amour bénévolement
Comme le soleil est le rayonnement bénévole d’ensoleillement
Le Soleil est un soleil dans le monde de Hélios
L’amour est un soleil dans le monde de la Lune
Le Soleil est un soleil dans le monde de la clarté
L’amour est un soleil dans le monde de l’obscurité

S’il y a quoi que ce soit entre les hommes qui se termine
C’est à dire que ça ne se soit jamais commencé
Si ça s’était véritablement commencé,
Ce ne se serait jamais terminé
C’est terminé parce que ça n’a jamais commencé
S’il y a quoi que ce soit qui s’est véritablement commencé
Ne se terminera jamais

(Edward Stachura)

Illustration: Francesco Clemente

 

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Tu peux soupirer après l’inconnu… (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2015



Carlos Schwabe   la Mort_du_fossoyeur. wikijpg [1280x768]

Tu peux soupirer après l’inconnu, mais ne te l’imagines jamais
Parce que tu ne pourras jamais t’imaginer l’inconnu
Parce que imaginer veut dire se souvenir
Tu ne te souviendras jamais de l’inconnu
parce que l’inconnu n’a jamais été dans ton âme
il n’a jamais fait partie intégrante du toi
parce que toi tu n’as jamais fait parti de l’inconnu
tu es en dehors de l’inconnu
tu es le temps, pleinement et seulement le temps
et l’inconnu est en dehors du temps, en dehors de toi
sois toi-même, sois le temps
et prends conscience pleinement et videment
qu’il n’y a rien dans le temps, donc en toi,
rien, sauf la vieillesse, les souvenirs et les rêves
et en ce moment viendra le nouveau, le jeune,
l’incomparable, l’inconnu
il viendra sans le vouloir
sans hasard mais en même temps
merveilleusement inopinément

(Edward Stachura)

Illustration: Carlos Schwabe

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Communion (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2015



Communion

Et si c’est une chose spontanée
Et si c’est une chose évidente
Et si c’est une chose naturelle

Prends

Ce qu’on donne ici
Au nom du Soleil
Et de son avant-coureur
Le rossignol chanteur, amen

***

Komunia

I jeżeli spontaniczna to rzecz
I jeżeli oczywista to rzecz
I jeżeli naturalna to rzecz

Weź

To co się tu daje
W imię słońca
I jego gońca:
Skowronka gwiżdżącego, amen

(Edward Stachura)

Illustration: Heiko Müller

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Comme… (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2015



 

Euan Macleod x [1280x768]

Comme…

comme sur le ciel de nuit, les nuages glissent au dessus de la forêt
comme sur le cou du vagabond, un foulard battu par le vent
comme tendus vers là-haut vos bras étoilés
et ici sont les nôtres, et ici sont les nôtres

comme les sanglots sans larmes dans la nuit pluvieuse

comme coupable-non-coupable remords de conscience
qu’on vit et les morts sont si nombreux, nombreux

comme les sanglots sans larmes dans la nuit pluvieuse

comment soigner les blessures faites avec précision
comment recoller le coeur écrasé en poussière

comme les sanglots sans larmes dans la nuit pluvieuse

la pierre énorme, la pierre énorme
je vais monter sur elle, elle va monter sur moi
elle va monter sur moi, je vais me lever de dessous d’elle

comme les sanglots sans larmes dans la nuit pluvieuse

comme une sphère en or au dessus des eaux
comme l’aube en dessous des yeux gonflés
comme les belles aurores, les prés merveilleux
comme la poitrine de Soleil
comme porter sa bosse
comme ce chant de lamentation
pour vous mes soeurs nébuleuses

comme courir jusqu’à la fin, tu te reposeras plus tard
les détours merveilleux, les détours merveilleux

(Edward Stachura)

Illustration: Euan Macleod

 

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Tout ce que tu possèdes (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

Fidel Garcia 128e

Tout ce que tu possèdes et tout ce que tu possèderas
Tu perdras tout cela
Tu t’apercevras tôt ou tard, rapidement ou lentement
Mais pas forcément douloureusement
Parce que tu peux perdre tout entièrement sans douleur
Même avec joie merveilleuse
Et tu seras illuminé par l’évidence
Que tu n’avais pas et tu n’as pas besoin
De posséder quoi que ce soit
Quoi posséder et pourquoi posséder
Quand tout est donné
Le corps est donné
La terre entière et tout ce qui vit sur la terre
Le ciel entier et tout ce qui vit dans le ciel
Tu peux posséder seulement le malheur
Et ce malheur est faux
Parce qu’il faut que tu saches
Que le malheur véritable n’existe pas
C’est le bonheur qui existe véritablement
Mais tu n’as pas besoin de posséder le bonheur
Parce qu’on est le bonheur

(Edward Stachura)

Illustration: Fidel Garcia

 

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Préface (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

Catherine Réault-Crosnier  boyl-mai02-19

Préface
Vraiment, il est juste et bon
De rire aux éclats
Pleurer doucement
La pluie s’arrête
Les jardins sont en fleurs
Et il faut s’accrocher à cela

Vraiment, il est juste et bon
De marcher et de tomber
Et se lever après la chute
La guerre est passée
L’herbe se lève
Et il faut s’accrocher à cela

Vraiment, il est juste et bon
De suivre les étoiles
De jouer du violon
L’astronomie
Et la musique
Et il faut s’accrocher à cela

Vraiment, il est juste et bon
De faire attention
D’être plein de passion
Carpe diem
Les chevaux au galop
Et il faut s’accrocher à cela

Vraiment, il est juste et bon
Pour que l’homme
Dans sa vie unique
Soit juste
Et bon

Pour que l’homme
Soit l’homme
Les feuilles volent
La forêt murmure
Le vent tresse
Les nuages
Et il faut s’accrocher à cela

(Edward Stachura)

Illustration: Catherine Réault-Crosnier

 

 

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Quand elle est partie sous les nuages (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015


 


Konstantin Kacev (71)

Quand elle est partie sous les nuages

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Je faisais tout tomber par terre
Touches la main avec la main – bravo
Mais dix doigts c’est trop peu
Mes dix doigts n’existent plus

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche

Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Je m’appuyais contre le mur
Elles ne voulaient pas me porter
Elles étaient fragiles comme deux fleurs
Elles rêvaient, pauvres, la force disparue

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche

Comme sans la bouche j’étais avec la bouche
Elle était comme immobilisée par un pansement
Elle était comme engloutie dans le plâtre
Je me noyais dans l’air
Je pensais que j’étais fini, fini

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche
Comme un cadavre j’étais devant vous

Quand elle est partie sous les nuages

(Edward Stachura)

Illustration: Konstantin Kacev

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Je vais bénir toujours ce jour heureux (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

Je vais bénir toujours ce jour heureux,
Quand je renaîtrai de nouveau,
Même si c’est le jour de ma mort.
Mais j’espère que je renaîtrai plus tôt.

Mon ombre ne va pas me poursuivre,
Quand je renaîtrai de nouveau,
Horrible et carbonisée, mon ombre noire:
Un arbre foudroyé dans la forêt.

Je vais dormir dans la nuit et non dans la journée,
Quand je renaîtrai de nouveau,
Mon sommeil sera clair et sans cauchemars
Et réveillé je ne vais pas moisir

J’irai en avant, très loin, sans me retourner,
Quand je renaîtrai de nouveau;
Je serai sourd et aveugle pour l’amour,
Et je vais cueillir des cerises dans le jardin.

(Edward Stachura)

 

 

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