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La Guêpe Tardive (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



La Guêpe Tardive

Tu as réfléchi durant tout l’été mourant,
Tu as visité, chaque matin, notre table,
Baladin solitaire et célibataire,
Et tu t’es nourri de confiture
Si loin dans le pot que toutes tes forces parvenaient à peine
À t’extraire du trou sucré que tu avais creusé,
Toi et la terre, vous avez mûri maintenant
Et tes voies de passage ont ressenti le changement ;
Elles se sont refroidies ;
C’est étrange
Comme ces familières avenues de l’air
S’effritent désormais, s’effritent ; le bon air ne tiendra pas,
Toutes éclateront d’un bruit sec ; toutes périront sous le froid ;
Et déjà tu plonges dans le rien et dans le désespoir.

***

The Late Wasp

You that through all the dying summer
Came every morning to our breakfast table,
A lonely bachelor mummer,
And fed on the marmalade
So deeply, all your strength was scarcely able
To prise you from the sweet pit you had made —
You and the earth have now grown older,
And your blue thoroughfares have felt a change;
They have grown colder;
And it is strange
How the familiar avenues of the air
Crumble now, crumble; the good air will not hold,
All cracked and perished with the cold;
And down you dive through nothing and through despair.

(Edwin Muir)

 

 

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LE VISAGE (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



LE VISAGE

Regardez-moi avec toutes les terreurs de mon destin,
Les épaves rouillées qui pourrissent dans mes océans,
Et l’ovale impassible de mon visage
Qui suit vaguement les usages de la lune
Et complait inexplicablement par sa forme
Simple ornement fugace de l’os anguleux.

J’aurais dû porter un masque de terreur, dissuader
Effrayer l’espoir et la foi,
À moitié chair, à moitié champ de bataille et d’ornières.
Au contraire, je suis mer estivale, souriante
Endormie tandis que le soleil, de l’une à l’autre
De mes rives et les tueurs à forme d’étoiles s’empiffrent et jouent.

***

The Face

See me with all the terrors on my roads,
The crusted shipwrecks rotting in my seas,
And the untroubled oval of my face
That alters idly with the moonlike modes
And is unfathomably framed to please
And deck the angular bone with passing grace.

I should have worn a terror-mask, should be
A sight to frighten hope and faith away.
Half charnel field, half battle and rutting ground.
Instead I am a smiling summer sea
That sleeps while underneath from bound to bound
The sun- and star-shaped killers gorge and play.

(Edwin Muir)

Illustration: Constantin Brancusi

 

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Enfance (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



Enfance

Le long du Temps il se tenait sous le soleil de la colline,
…Au-dessus de la maison, dans la sérénité du père.
Très loin, la rumeur changeante, indistincte ne menaçait pas
…Ni ses îles noires dans l’épaisse distance.

Il pouvait voir chaque cime, chaque nuance vague,
…Où les îles amassées roulaient dans la brume étrangère,
Et même si toutes couraient vers son regard
…Il savait qu’elles celaient d’invisibles détroits.

Souvent il se demandait quelles rives nouvelles il y découvrirait.
…En pensée il voyait la tendre lumière du sable,
L’eau claire sans profondeur dans l’air calme,
…Et il la traversait, joyeux, de grève en grève.

Au-dessus de la rumeur un navire très lent pouvait passer
…Qui semblait s’enfoncer dans la colline au crépuscule.
Le soir, la rumeur était douce comme un verre trop plein,
…Et le Temps semblait finir avant que le navire disparaisse.

De petits rocs grisâtres dormaient tout autour de lui,
…Immobiles comme eux, de plus en plus calmes avec le soir,
Les herbes renvoyaient de hautes ombres au loin,
…Et de la maison sa mère criait son nom.

(Edwin Muir)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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La confirmation (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



La confirmation

Oui, ton visage, mon amour, est le visage exact de l’humain:
Celui qu’en esprit j’attendais depuis longtemps,
Voyant bien le faux, cherchant le vrai,
Te rencontrant comme un voyageur son répit
Soudain après tant de fausses routes et de vallées
De rocaille. Oui, soudain, tu fus devant moi.
Mais Comment te nommer ? Une source parmi les eaux usées,
Un puits ouvert dans un pays de sécheresse,
Ou tout ce qui est honnête et bon, un œil
Oui rend le monde enfin lumineux. Ton cœur
Offre simplement, offre le premier don,
Le premier monde de bonté, la moisson, la graine
Fleurie, l’âtre, la terre constante, la mer vagabonde,
Ni beaux, ni rares en aucune façon,
Mais, comme toi, au diapason de la Création.

(Edwin Muir)

Illustration: Jonathon Earl Bowser

 

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Le poète (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



 

Le poète

Et dans la stupéfaction
ma langue racontera
ce que l’esprit n’a jamais signifié
ce que la mémoire n’a jamais conservé.
La parabole de l’Amour
fut envoyée au monde
pour que nous puissions bégayer son nom.

Ce que jamais je ne saurai
c’est ce que je dois enseigner.
Là où jamais ne fut nul voyageur
là est mon voyage.
Chère désincarnation
à travers toi sont montrées
les formes passagères
qui vont et viennent.

Doute: envoyé-du-Paradis
si la pensée pouvait dérober
un seul mot du mystère
tout serait faussé.
Imagination, tu es bien plus fidèle
toi qui peut croire en l’Immortalité
et composer un chant!

(Edwin Muir)

 

 

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Alors (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



Alors

Alors il n’y avait ni hommes ni femmes,
La seule chair,
Et des ombres coléreuses sur un mur
Qui de temps en temps lançaient un grognement,
Enfouies dans le limon et la pierre,
Et suintantes comme bois torturé
De grosses gouttes qui ressemblaient et non à du sang.
Et pourtant à chaque goutte, une ombre s’effaçait,
S’évadait du mur.

Il y avait une accalmie
jusqu’à la prochaine goutte,
Au prochain combat qui laissait sa trace sur le mur
Et c’était tout ; le sang était tout.
Si les femmes étaient survenues là, elles auraient pleuré
Pour le pauvre sang, innommé, indésiré,
Blanc comme le Poème oublié.
Le mur était hanté
De muettes présences maternelles dont les soupirs
Battaient contre les ombres et contre le mur
Comme si la furie de la mort elle-même pouvait mourir.

(Edwin Muir)

Illustration

 

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Les Absents (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



arbre généalogique [800x600]

Les Absents

Ils ont disparu. Et nous, nous sommes les Autres,
Nous marchons, inconnus nous-mêmes, dans le soleil
Qui brille pour nous et pour nous seuls.
Eux, Ils ont disparu.
Et Ils se font connaître de nous dans cette grande absence
Qui s’étend sur nous et entre nous
Depuis qu’Ils ont disparu.
À présent, dans notre royaume d’été insouciant,
Où nous rêvons, extasiés de soleil, où nous errons
Dans l’oubli profond de la clarté
Et où nous nous dissipons dans l’air
– C’est l’absence qui nous accueille ;
Nous ne nous atteignons pas ; nos âmes s’exhalent dans l’absence
Qui s’étend sur nous et entre nous.
Car nous sommes les Autres.

Et nous pleurons Ceux qui ne sont pas avec nous,
Sans comprendre notre chagrin ni la nature de notre chagrin,
Qui est au-delà de la pensée, de la mémoire et du deuil,
Nous pleurons la perte de ce que nous n’avons jamais
Possédé, les inconnus, les sans-nom,
Les toujours présents qui dans leur absence même
Sont avec nous (avec nous, les héritiers,
Les usurpateurs du soleil et du royaume du soleil)
Sans comprendre que chagrin et solitude
Sont peut-être la voie d’une bénédiction.

(Edwin Muir)

 

 

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Un million d’Éden tombe (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2016



un million d’Éden tombe,
un million d’Adam
se sont noyés dans les ténèbres

(Edwin Muir)

Illustration

 

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Double absence (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2016



lune rouge nuage rose  [800x600]

Double absence

La lune rouge de rouille dessus le nuage rouge de rose,
Présents, dans l’éther, du soleil qui s’éclipse,
Qui brille pleinement sur d’autres terres à présent
Et bientôt tracera son chemin des centaines de miles
Par-delà le paisible Atlantique, ce sein tranquille.
La fumée s’élève, solide, arbre de cendres
Issu de la haute cheminée de l’abbaye. Un sycomore
Porte sur sa plus haute branche une grive qui chante,
La poitrine offerte à l’adieu du soleil enseveli.
Ces bonheurs si rares, le hasard ne les porte
Que là où l’esprit ingénieux ne se risque déjà plus,
Où l’étrange a dépassé le sens, et les laisse, seuls, à leur place.
A présent la lune s’échappe, claire, pâle, fiévreuse,
Hors de la nuée dispersée de cendres à la dérive,
Tandis qu’en mon esprit est suspendue, double absence,
La lune rouge de rouille dessus le nuage rouge de rose.

***

Double absence

The rust-red moon above the rose-red cloud,
Ethereal gifts of the absconding sun
That now is shining full on other lands
And soon will draw its track a hundred miles
Across the quiet breast of the hushed Atlantic.
The smoke grows up, solid, an ashen tree
From the high Abbey chimney. A sycamore
Holds on its topmost tip a singing thrush,
Its breast turned towards the sign of the buried sun.
Chance only brings such rare felicities
Beyond contrivance of the adventuring mind,
Strange past all meaning, set in their place alone.
Now the moon rises clear and fever pale
Out from the cloud’s dissolving drift of ashes,
While in my mind, in double absence, hangs
The rust-red moon above the rose-red cloud.

(Edwin Muir)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 Illustration

 

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Souvenir (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2016



Souvenir

Ce n’est pas moi qui, du matin jusqu’à midi
Parcourais la route blanche jusqu’à la ville pâle et bruyante
Il y a tant d’années. Cette lumière a vécu
Et qui la vit, depuis longtemps déchu.

(Edwin Muir)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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