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Poésie

Posts Tagged ‘effaré’

La voix du miroir (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
La voix du miroir

Ainsi passe la vie, comme un bizarre mirage.
La rose azur qui enfante et donne le jour au chardon!
À côté du dogme du fardeau
fatal, le sophisme du Bien et de la Raison!

On a saisi, au hasard, ce que la main a frôlé;
les parfums se sont envolés, et parmi eux on a senti
la moisissure qui à mi-chemin a poussé
sur le pommier sec de la morte Illusion.

Ainsi passe la vie,
avec les cantiques trompeurs d’une bacchante fanée.
J’avance tout effaré, en avant… en avant,
faisant gronder ma marche funèbre.

Avancent au pied de brahmaniques éléphants royaux,
au son du sordide bourdonnement d’une ardeur mercurielle,
des amants qui lèvent leurs coupes sculptées dans la roche,
et des crépuscules oubliés, une croix sur la bouche.

Ainsi passe la vie, vaste orchestre de Sphinx
qui jettent dans le Vide leur marche funèbre.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Un papillon est un pastel (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



J’admire les papillons frêles
Dans les ronces du vieux castel;
Je ne touche point à leurs ailes.
Un papillon est un pastel.

Je suis un fou qui semble un sage.
J’emplis, assis sans le printemps,
Du grand trouble du paysage
Mes yeux vaguement éclatants.

O belle meunière de Chelles,
Le songeur te guette effaré
Quand tu montes à tes échelles,
Sûre de ton bas bien tiré.

(Victor Hugo)


Illustration

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Bouche endeuillée (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
bouche endeuillée
énumérant mes morts

bouche sans langue
prière à nul

se succèdent en ma personne
des générations
de passagères sans destin
oscillent étranges

pleure-moi d’être ici
pleure-moi et attache-moi aux roses
à la source qui a cessé
présage-moi des lumières effarées

conversation des exterminateurs
qui viennent à mon visage
paré à vivre

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Puisque j’étais si lasse (Marie NDiaye)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Dominique Zehrfuss
    
Puisque j’étais si lasse, remords froid, peine solitaire
Une poule circonspecte et irréprochable, la cascade des émotions cède au lac paisible
Aucun petit jamais n’a suspendu nos accouplements de son oeil effaré
Comment t’avouer que je ne savais plus t’aimer

Une poule vigilante est inattaquable quand elle veut complaire
Gentille poule, j’avais eu longtemps ce visage-là
Comment t’avouer que je ne savais plus te désirer
J’espérais de ta main même et sans chagrin être affranchie

(Marie NDiaye)

 

Recueil: Vingt-huit bêtes: un chant d’amour
Traduction:
Editions: Gallimard

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La cascade (Anonyme)(maître Meng)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Illustration: Virginie Trabaud
    
La cascade effarée
Remonte en tremblant
Au-dessus d’elle-même.

(Anonyme)(maître Meng)

 

Recueil: Le livre des vingt et un poèmes
Traduction:
Editions: William Blake

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L’abîme avait fini par entrer dans sa forme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018




L’abîme avait fini par entrer dans sa forme.
La condamnation, lourde, lépreuse, énorme,
S’était, sur cet archange à jamais rejeté,
Lentement déposée en monstruosité.
L’impur typhus sortait de son haleine amère.
Parfois, dans ce puits sombre et rempli de chimère
Que la vision seule aperçoit et connaît,
Quelque ruissellement de lueur dessinait
Son dos ou la membrane immonde de son aile.
La rondeur de sa rouge et luisante prunelle
Semblait, dans la terreur de ces lieux inouïs,
Une goutte de flamme au fond du puits des nuits.
Sa face était le masque effaré du vertige.
A de certains moments, phases du noir prodige,
Un flamboiement, sortant de lui, glissait sur lui ;
L’abîme aveugle était brusquement ébloui ;
Alors, une vision noire à travers l’insondable,
A travers l’inconnu qui n’est pas regardable,
Dans l’étrange épaisseur du gouffre devenu
Glauque autour du colosse inexprimable et nu,
Satan apparaissait dans toute sa souffrance ;
Le démon fulgurant, dans cette transparence,
Horrible, se tordait comme un éclair noyé.
Puis la nuit revenait, glacée et sans pitié ;
La vaste cécité refluait sous la voûte
De l’éternel silence et l’engloutissait toute ;
Et l’enfer, un instant montré, se refermant,
Lugubre, s’emplissait d’évanouissement.

(Victor Hugo)

Illustration

 

 

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PLURIEL FÉMININ (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Parc de Bagatelle, Bois de Boulogne, Paris 16e (75), mai 2012

PLURIEL FÉMININ

Je suis encombré des amours perdues,
Je suis effaré des amours offertes.
Vous voici pointer, jeunes feuilles vertes.
Il faut vous payer, noces qui sont dues.

La neige descend, plumes assidues.
Hiver en retard, tu me déconcertes.
Froideur des amis, tu m’étonnes, certes.
Et mes routes sont désertes, ardues.

Amours neuves, et vous amours passées,
Vous vous emmêlez trop dans mes pensées
En des discordances éoliennes.

Printemps, viens donc vite et de tes poussées
D’un balai d’églantines insensées
Chasse de mon coeur les amours anciennes !

(Charles Cros)

Illustration

 

 

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L’ouragan (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
L’ouragan

Rauque le vent mugit, un taureau qu’on égorge!
Tout s’effondre et se brise; au fond du ciel béant
Résonnent les marteaux de quelque horrible forge,
S’effrènent les galops des esprits du néant.

Les corbeaux effarés et battus par l’averse
Tourbillonnent perdus aux creux des noirs sillons
Qui labourent le ciel et que l’éclair traverse
Avec un craquement de verdâtres rayons.

Tout un choeur inconnu semble chanter des stances,
L’ardente Volonté y clame son tourment,
Son éternel désir et ses douleurs intenses
Et l’amour qui promet et la mort qui dément.

Il s’exhale du sol une odeur sulfureuse
Ainsi que d’un trépied, mais l’oracle exilé
N’explique plus l’énigme et la raison la creuse
En vain. – Les dieux sont morts et leur secret scellé.

(Marie Dauguet)

 

 

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Je suis sans être (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
Je suis sans être

Je suis sans être — ailleurs quand je suis là,
partout perdu, dans la marche immobile,
dans le sommeil voyageant, voyageant.

Je me recherche et ne sais si je brûle
ou si le froid se cache sous ma cendre,
le vieux désir enfermé dans mon âtre.

M’avez-vous vu ? Je cherche, je me cherche.
Connaissez-vous ce malfaiteur ? Il vole
son propre corps à sa personne même.

Je suis dans l’être — et l’être n’est pas là.
L’identité qu’on me donne est aux autres.
Ne m’appartient qu’un reste de frayeur.

Ce que je cherche ici, c’est ma recherche,
mon petit poids d’invisible, de doute,
qui construit mon moi sans être moi.

Sois cet oiseau qui chantait la naissance
en élevant ses ailes sur le feu,
sois du néant le seul ordonnateur
et sois l’aède effaré du Pourquoi.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Réveil (Ernest Raynaud)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



Illustration: Andrew Murray
    
Réveil

Un rêve que suscite un espoir illusoire
Ainsi qu’un bel été dispense son azur,
Au coeur pauvre que doit élire le Futur
A donné tout ce qu’il pouvait donner de gloire.

On a tenu l’Armide nue aux seins d’ivoire,
Dont la lèvre est aussi saignante qu’un vin pur.
Alors que vous venaient des lointains, roulés sur
Les mers, les cris d’un peuple acclamant la Vicloire,

Hélas ! voici l’instant farouche du réveil,
Les yeux s’ouvrant dans la nuit de notre soleil
Tout effarés de ne voir plus la douce Armîde ;

Voici la vie, hélas ! revenue, et la main
Tendue encore à l’or fréquent d’un songe vain,
Qui se referme avec tristesse sur le vide.

(Ernest Raynaud)

 

Recueil: Chairs profanes
Editions: Léon Vanier

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