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PRECEDE D’OMBRES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018



PRECEDE D’OMBRES

La main de l’enfant se tend
vers une ombre qui la prend.
La main de l’homme se tend
vers une ombre qui la prend.
Nous marchons, nous marchons

Plaignez le long troupeau des hommes
toujours précédés de leurs ombres.

Des mains de l’enfant au berceau
l’enfant mûri prend le témoin
qu’il donne à l’homme de demain
et l’homme trouve devant lui
un moi vieilli qui lui succède
d’autres effigies de lui-même
jusqu’au vieillard en son défi.

Nous marchons, nous marchons,
Plaignez le long troupeau des hommes
toujours précédés de leurs ombres
le long troupeau qui loin se fond
et toujours prêt se renouvelle
le Temps l’efface à l’horizon
mais l’enfant germe, l’enfant germe,

Nous marchons, nous marchons,
Plaignez le long troupeau des hommes
toujours précédés de leurs ombres
l’enfant crie qu’il ne veut pas vivre
et l’homme aussi crie dans l’enfant
et tous les cris s’oublient en cris
dans la marche du mouvement.

Nous marchons, nous marchons.
Plaignez le long troupeau des hommes
toujours précédés de leurs ombres.

La main se tend un homme tombe
et l’absent devient un enfant
qui vient bientôt combler le vide.
Le jour s’en va coiffé de nuit
la nuit s’en va coiffée de jour.

Nous marchons, nous marchons.
Plaignez le long troupeau des hommes
toujours précédés de leurs ombres.
Des mains de l’enfant au berceau
l’enfant mûri prend le témoin
qu’il donne à l’homme de demain
et l’homme trouve devant lui
l’ombre vieillie qui lui succède
d’autres effigies de lui-même
jusqu’au vieillard du dernier cri.

Nous marchons, nous marchons.
Plaignez le long troupeau des hommes
toujours précédés de leurs ombres
car vient le temps des mains tendues
vers une ombre qu’on ne voit plus.
On a porté se transformant
de relayeur en relayeur
le don malingre de la vie
mais vient le temps où l’ombre meurt.

(Pierre Béarn)

 

 

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A UN MORT (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



 

Bill Viola  Le seuil

A UN MORT

Ou dit que tu as rendu l’âme.
Rendue à quoi, ton âme, dis ?

Je sais : L’eau qui gonfle et grandit
Les jacinthes et les jonquilles,
L’eau des ruisseaux et l’eau des larmes
A l’océan sera rendue,
Rendue avec exactitude.

Mais ces limites adorables ?
Mais ces façons, ah ! sans doute à jamais uniques
De capter, de régir l’immuable trésor,

De prendre part à l’aventure,
De refléter cette lumière en marche ?

Je sais, d’autres viendront, pareils à toi ;
Pareils ? Comme le sont tous les fruits du même arbre :
Il n’y en a pas deux qui aient exactement
Même couleur, même forme et même parfum.

On dit que tu as rendu ton âme…

La médaille au creuset rendue
N’est plus que poids et que métal.

Ton esprit n’est plus que l’Esprit.

Ah ! que l’or brut soit éternel., peu nous importe !
Nous aimions ce lingot frappé
A ton effigie,
Et dont rien ne reste qu’une empreinte
— Déjà changée ! —
Dans nos mémoires.

(Charles Vildrac)

Illustration: Bill Viola

 

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EFFIGIES (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



 

môle-brouillard

EFFIGIES

1.
Routes d’eucalyptus : ce qui reste du ciel pâle
frémissant dans ma gorge. A travers le ballast
le bourdonnement de l’été

les herbes folles ce silence
ton pas même.

2.
Innombrables rendez-vous de la lumière.
Et chaque chose perdue — mémoire

de ce qui n’a jamais été. Les collines. Les impossibles
collines

perdues dans l’éclat de la mémoire.

du fil de fer barbelé.

3.
Comme si tout cela était

encore à naître. Survivant dans l’oeil,
là où l’oeil s’ouvre aujourd’hui sur le bruit

de la chaleur : une guêpe, un chardon suspendu aux griffes

4.
Toi qui demeures. Et toi
qui n’es pas là. Parole d’extrême nord, dispersée

dans les heures blêmes du monde sans image —

comme une simple parole

que le vent lance et anéantit.

5.
Albe. La lumière immense, alluviale. Le carillon
de nuages à l’aube. Et les bateaux
amarrés dans le brouillard du môle

sont invisibles. Et s’ils sont là

ils sont invisibles.

(Paul Auster)

Illustration

 

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J’ai dit, je me souviens (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



Illustration: Ron Mueck
    
J’ai dit, je me souviens, que je n’en pouvais plus
de tout le malheur du monde

et je ne savais rien encore, je parlais
pour moi

cette effigie de cire, ces mains
rigides sur le drap, ce n’était pas assez

il fallait que le cri
traverse, de part en part, l’espace

et que je l’entende, que je voie
tout le sang versé.

(Claude Esteban)

 

Recueil: La mort à distance
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jamais l’amour ne fut plus loin (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Jamais l’amour ne fut plus loin
les femmes cachent leur sexe de leurs mains sanglantes
et leur visage blanc n’est plus le soleil
ni même la dernière étoile errante.

La nuit est pleine comme le cour d’un fruit sans graine
et tourne une couronne noire trop grande pour mon front
les femmes ne se couchent plus pour la joie
les femmes ne tendent plus de pièges
les femmes ne vêtent plus leurs entrailles
ne voilent plus leurs lèvres du cri de leur désir
les femmes sont en silence.

Où sont les bien-aimées de ma jeune journée
les enfants du matin, les filles transparentes
les fileuses d’amour sous leur quenouille blonde
la saison neuve durcit son poing sur mon écorce
voici l’été et le bateau croulant dans un soir de galère
vieilles amies de ma chair, restez dans le passé
qui vous garde si belle.

Qu’êtes-vous devenues, embarquées avec moi dans les plis de la mort ?
que la voile noire nous tienne serrés
je ne vois plus qu’elle et votre odeur n’a plus de trouble
je découvre sous l’eau qui troue votre visage
et fait jouer le ciel sous vos cils de combat
l’effigie même de notre reine.

Votre fard coule de chair, votre tunique est décousue de sang
vos os sont nus que le plaisir a nettoyés
comme un chacal aux dents précises
vous êtes nues, hottes d’ivoire, berceaux d’entrailles
doux autrefois de mon amour.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Comment parler de sa vie (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
Comment parler de sa vie
ce vertige
La grande traînée
Qu’a-t-on fait tous ces temps
On avait bien la tête quelque part
tandis qu’on jouait
à vivre
S’est-on contenté de fantasmagories

On n’avance pas
Temps plombé
A peine quelques effigies
entre deux lames d’oubli
comme en apesanteur

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Les moineaux (Issa)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2017


moineaux

les moineaux aussi sont à l’heure
pour la sortie matinale
de l’effigie du Bouddha

 

(Issa)

 

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LOGE ÉTROITE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



LOGE ÉTROITE

Plus près, plus près. Je suis très bien.
Il pleut ; il fait une limitation cruelle.
Avance, avance le pied.

Jusque quand ces mains simulant la ronceraie
laisseront-elles les courtines baissées?
Tu vois? Les autres, quelle facilité, quelle effigie.
Plus près, plus près.

Il pleut. Et ce soir une autre nef glissera
chargée de crêpe ;
comme l’aréole noire et difforme
arrachée à l’illusion sphingique.

Plus près, plus près. Tu es au bord
et la nef peut t’entraîner sur la mer.
Ah, courtines immobiles, symboliques…
Mes applaudissements sont un festin de roses noires :
te céder ma place!
Et dans le fracas de mon renoncement
saignera un fil d’infini.

Je ne dois pas être si bien;
avance, avance le pied!

***

EL PALCO ESTRECHO

Más acá, más acá. Yo estoy muy bien.
Llueve; y hace una cruel limitación.
Avanza, avanza el pie.

Hasta qué hora no suben las cortinas
esas manos que fingen un zarzal?
Ves? Los otros, qué cómodos, qué efigies.
Más acá, más acá!

Llueve. Y hoy pasará otra nave
cargada de crespón;
será como un pezón negro y deforme
arrancado a la esfíngica Ilusión.

Más acá, más acá. Tú estás al borde
y la nave arrastrarte puede al mar.
Ah, cortinas inmóviles, simbólicas…
Mi aplauso es un festín de rosas negras:
cederte mi lugar!
Y en el fragor de mi renuncia,
un hilo de infinito sangrará.

Yo no debo estar tan bien;
avanza, avanza el piel!

(César Vallejo)

 

 

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VERS LE POÈME (Jorge Guillén)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



 

VERS LE POÈME

Je sens un rythme en moi qui se détache
De ce vacarme où je vais sans chemin
Et m’accordant au charme neuf, soudain
J’accède à la clarté d’une terrasse,

Où quelque main me guide et vient tracer
Limpide un ordre où je puis me déprendre
Du démon murmurant plus malicieux
Que le silence pur sous la menace.

Et se rejoignent maintenant à la surface
Du mauvais songe les paroles résolues
À s’éclairer lucides en un volume.

Le son m’invente une effigie de chair.
La forme redevient ma sauvegarde.
Vers un soleil mes peines se consument.

***

HACIA EL POEMA

Siento que un rimo se me desenlaza
De este barullo en que sin meta vago,
Y entregándome todo al nuevo halago
Doy con la claridad de una terraza,

Donde es mi guía quien ahora traza
Limpido el orden en que me deshago
Del murmullo y su duende, más aciago
Que el gran silencio bajo la amenaza.

Se me juntan a flor de tanto obseso
Mal soñar las palabras decididas
A iluminarse en vívido volumen.

El somme da un perfil de carne y hueso.
La forma se me vuelve salvavidas.
Hacia una luz mis penas se consumen.

(Jorge Guillén)

Illustration: Evgeni Gordiets

 

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Il faudrait déjà avoir envie de vivre (Astrid Waliszek)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2016



il faudrait déjà avoir
envie de vivre
avant de vouloir
mesurer l’espace que
prend la douleur
de la torturante
absence et savoir
quelle est l’exacte
mesure du
temps enfoui
sous les vagues de
terre à modeler
à ton effigie quand
vivre est devenu si
étrange

(Astrid Waliszek)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

 

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