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Poésie

Posts Tagged ‘effleurer’

Orange (Diana Burazer)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2021



    

Orange
(ou poème d’amour)

Grosse et mûre, je la prends dans ma main gauche,
je la caresse de la droite,
mon index effleure presque tous ses plis.
Les noeuds,
où demeure sa tristesse durcie,
me surprennent toujours par leur taille.
De mes ongles, je fais une première incision.
Pas de résistance particulière,
pas de révolte.
En silence
une larme jaune
marque notre consentement
mutuel au pénible processus qui s’ensuit
et annonce le début.
Le reste en découle:
je lui dénude une épaule,
puis l’autre.
Ensuite la taille.

Bientôt entièrement nue
dans une fine chemisette transparente,
elle tremble devant nos yeux.

Vas-y, partage-la, elle a l’air bonne —
en attendant à une distance d’où
tout a l’air bon.
Je retarde mes derniers gestes
car je sais
qu’une fois nue et partagée
il sera difficile de garder
ne fût-ce que la mémoire
de sa beauté intégrale.

(Diana Burazer)

Traduit du croate par Vanda Miksic

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Nous reverrons-nous un jour ? (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2020


Accorde-nous de boire l’eau céleste
Aussi pure que les perles de crapaud
sous l’éclair de la lune

De surgir une fois encore du sol
Des chairs meurtries au gré de la tige
du bambou réduite aux os

De ne pas oublier le cou du cygne
Plus tendre qu’un rêve de paradis
au cœur de la foule en perdition

De perpétuer les mots non dits à jamais
Lèvres d’iris effleurées par la brise
émanant du volcan d’origine

« Nous reverrons-nous un jour ? » « Mais… »

(François Cheng)

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La beauté est une rencontre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2020


La beauté est une rencontre
Mais nous ramassons le caillou
Sur le chemin
Le tenant à peine dans la main
Puis sans y penser
le jetons plus loin

Pendant que le couchant
Effleurant le mont
S’attarde un bref instant
Puis sans se retourner
va son chemin

(François Cheng)

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UNE BOUCLE D’OREILLE, GARDEE EN MAIN (Taeko Uemura)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Johannes Vermeer 
    
UNE BOUCLE D’OREILLE, GARDEE EN MAIN

Tout le temps j’entendais
Leur voix qui fredonnait
Mais je ne les confondais pas
Avec mes soupirs
Parce qu’elles effleuraient mes oreilles
Je les portais avec prudence
D’émoi elles ont un jour
Changé de couleur
L’une a disparu en mer
Mais je garde l’autre en main
Comme souvenir à cette boucle d’oreille avec perle
Que j’ai dû perdre une nuit.

***

AN EARRING LEFT IN MY HAND

All the time I heard
their whispering voice.
But I didn’t mix it
with my sighs.
Because they touched my ears,
I wore them carefully.
Once they changed colour
for excitement.
One of them disappeared in the sea,
but the other I hold in my hand
as memory of a pearl earring
I must have lost some night.

***

ΣΚΟΥΛΑΡΙΚΙ ΣΤΗΝ ΠΑΛΑΜΗ ΜΟΥ

Άκουγα για πολύ καιρό
τον ανεπαίσθητο ψίθυρο τους
που δεν ανάμειξα
με τον αναστεναγμό μου.
Επειδή άγγιζαν τ’ αυτιά μου
πρόσεχα πώς τα φορούσα
μια φορά άλλαξαν χρώμα
από ενθουσιασμό.

Έχασα το ένα στη θάλασσα
αλλά κρατώ το άλλο στην παλάμη μου

ανάμνηση μαργαριταρένιου σκουλαρικού
που με κράτησε άϋπνη μερικές νύχτες

***

EIN OHRRING, GEBLIEBEN IN MEINER HAND

Ständig hörte ich
Ihre flüsternde Stimme
Aber ich vermischte sie nicht
Mit meinen Seufzern
Weil sie meine Ohren berührten
Trug ich sie vorsichtig
Eines Tages änderten sie
Vor Aufregung ihre Farbe
Einer verschwand im Meer
Aber den anderen halte ich in meiner Hand
Als Erinnerung an einen Perlenohrring
Den ich eines Nachts verloren habe.

***

一只耳环留在我手里

我一直听到
他们低语的声音
但我没把它和我的
叹息混在一起
因为它们接触我的耳朵
我小心地戴上它们。
一旦它们因兴奋
而变色
其中一只消失在海里
但另一只我拿在手里
作为一只珍珠耳环的记忆
我一定丢失了某个夜晚。

***

UN PENDIENTE QUEDA EN MI MANO

Todo el tiempo escuché
Su voz susurrante
Pero no se mezclaba
Con mis suspiros
Porque tocaron mis orejas
Los llevé con cautela.
Una vez cambiaron de color
Por la excitación
Uno de ellos desapareció en el mar
Pero el otro permanece en mi mano
Como recuerdo de un pendiente con perla
Que debí perder alguna noche.

***

N’ARICCHINA LASSATA NTA LA MANU

Sempri sinteva la so vuci
Ca mi murmuriava
Ma non la cunfunnìa chî me suspiri

Vistu ca mi tuccavanu l’aricchi
Li purtava cu cautela.

Na vota canciaru di culuri
Pi l’emozioni

Una d’iddi mi spiriu dintra lu mari
Ma l’autra la tegnu nta la manu
Comu ricordu di dd’aricchina di perli
C’appi a perdiri quacchi nuttata.

***

KOLCZYK, KTÓRY POZOSTAŁ W DŁONI

Cały czas słyszałam
ich szepczący głos.
Ale nie pomyliłam go
z moimi westchnieniami.
Ponieważ dotykały moich uszu
Nosiłam je troskliwie.
Pewnego razu zmieniły barwę
z podniecenia.
Jeden z nich zniknął w morzu,
ale drugi trzymam w dłoni
jako pamiątkę perłowego kolczyka
który musiałam zgubić pewnej nocy.

***

CERCEL RĂMAS ÎN PALMA MEA

Neîncetat le-am ascultat
Firavul glas, ușor șoptit
Dar nu l-am confundat
Cu propriile mele suspine.
Urechile, duios atinse,
Cu gingășie i-au purtat
Însă cândva, când s-au decolorat
Într-un moment de excitație intempestivă
Unul din ei s-a rătăcit în ocean
Iar cel de-al doilea mi-a rămas în palmă.
E amintirea unui anumit cercel perlat
Pierdut în iureșul unei nopți agitate.

(Taeko Uemura)

 

Recueil: ITHACA 573
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Anglais Mariko Sumikura – Germain Droogenbroodt / Grec Manolis Aligizakis / Allemand Mariko Sumikura – Germain Droogenbroodt –
Wolfgang Klinck / Néerlandais Mariko Sumikura – Germain Droogenbroodt / Chinois Mariko Sumikura-Joman Zhugenbrut-Stanley Bakan / Espagnol Rafael Carcelén / Sicilien Gaetano Cipolla / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Editions: POINT

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TU ME REPROCHES… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



    

TU ME REPROCHES…

Tu me reproches d’effleurer ta lèvre à peine
Comme un vent caressant les feuilles en chemin
Et d’enfoncer ensuite avidement mes mains
Dans la terre vers les racines qui l’étreignent.

J’aime bien le feuillage au murmure enivrant,
Pourtant c’est la racine que je lui préfère :
Elle, qui n’a pas le baiser de la lumière,
Transmet à l’arbre son frisson en gémissant.

Ce qui se passe en nous, en nos jeux passionnés,
Certes ni toi ni moi nous ne le savons guère;
Mais je comprends que tu voudrais te dominer,
Pour ne pas me céder m’être plus étrangère.
Une force inconnue et qu’on ne peut soumettre
Nous couche tous les deux au sol et nous pénètre.
Notre amour, ce frère jumeau de la folie,
Etait un feu, c’était un immense incendie.
Et, sachant bien qu’il ne pouvait que nous détruire,
Qu’à ce maudit éclatement aucun de nous
Ne saurait échapper, comme dans la forêt
En flammes, sans aucun espoir de se sauver,
Toutes les bêtes vont périr épouvantées,
Hurlant et s’entre-déchirant, luttant à mort,
Cherchant en vain de quel côté prendre la fuite,
Alors que sur les eaux passe un courant de feu —
Nous deux, serrés l’un contre l’autre, restons là,
Ainsi que dans un conte, ne comprenant rien.
Nous avons mis le feu au bois de la sagesse
Et brûlons vifs, dans les flammes, dans la fumée.

(Mihai Beniuc)

 

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La pierre et la jeune fille (Michael Edwards)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



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Tu danses, et la frise immobile
Tremble du souvenir. Des jeunes filles avancent
Et lèvent les épaules au soleil du matin,
Tourbillons de jupes dans des parfums de pomme.
Les mains des yeux sentent le froid
Du marbre se chauffer dans les plis,
Touchent les cheveux tressés, effleurent
La joue solennelle prête pour l’amour.

***

Stone and Girl

You dance, and the immobile frieze
Trembles with memory. Stepping girls
Lift their shoulders to the morning sun,
Turning their skirts in the apple wind.
The hands of the eye feel the cold
Marble warming in the draperies,
And touch the braided hair, and brush
The solemn cheek ready for love.

(Michael Edwards)

Illustration: Miki de Goodaboom

 

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Arrivant la nuit devant le logis d’un pêcheur (Zhang Ji)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
Arrivant la nuit devant le logis d’un pêcheur

A l’entrée du fleuve, un logis de pêcheur
L’eau du lac effleure la porte de bois
Le voyageur frappe pour la nuit, nulle réponse :
Le maitre n’est pas encore de retour

Un sentier se perd au profond des bambous
Surgit la lune, éclairant peu de barques…
Soudain, sous son manteau de jonc mû par la brise
Là-bas, le pêcheur qui cherche la berge de sable

(Zhang Ji)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



Illustration

    
BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL

Tes doigts distraits, à force d’indolence,
de se dénouer, d’effleurer tes cheveux,
tes doigts légers, écheveau d’impatience,
ont inventé un pelage et deux yeux.

Un écureuil se glisse auprès de moi,
courtois et roux comme un bois en automne
sensible aux mots, aux regards, à la voix,
un écureuil, attentive personne.

Il me regarde et je regarde ailleurs.
Comment répondre à son appel discret ?
La vie est là, et moi toujours ailleurs,
pas plus que lui je ne sais le secret.

Être écureuil est un jeu difficile
hors des forêts, très loin des noisetiers.
Notre lit n’est pas arbre ni asile,
être écureuil ici devient très malaisé.

Tes doigts distraits, à force d’innocence,
ont effacé en peignant tes cheveux
cet écureuil, ce timide non-sens
qui vit ici – parce que je le veux.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Nos ombres devant nous (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020




    
Nos ombres devant nous, sur le chemin,
Avaient couleur, par la grâce de l’herbe,
Elles eurent rebond, contre des pierres.
Et des ombres d’oiseaux les effleuraient
En criant, ou bien s’attardaient, là où nos fronts
Se penchaient l’un vers l’autre, se touchant presque
Du fait de mots que nous voulions nous dire.

(Yves Bonnefoy)

 

 

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Le pur silence (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020


coeurenterr

 

Avoir tout dit
et ne plus rien dire
Accéder enfin au chant
par le pur silence
T’ouvrant là
sans retenue
A l’appel d’un geai
Aux cris des cigales
Au pin jailli de toi
te brisant les entrailles

Sous le ciel uni
Qu’effleure seul
un nuage

(François Cheng)

Illustration

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