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Poésie

Posts Tagged ‘effort’

Monsieur Monsieur aux bains de mer (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2017



Illustration: René Magritte
    
Monsieur Monsieur aux bains de mer

Un jour près de la mer
Monsieur et Monsieur seuls
parlaient tranquillement
et mangeaient une pomme
en regardant les cieux.

— Voyez donc, dit l’un d’eux,
l’agréable néant!
et quel apaisement
quand l’abîme sans bord
mélange sans effort
les choses et les gens!
Pour qui ressemble à Dieu
les jours particuliers
ne sont pas nécessaires.

La question n’est pas là
Monsieur (répond Monsieur)
nous sommes éphémères,
or la totalité
de la grande Unité
nous étant refusée,
c’est par la quantité
que nous nous en tirons.
Et nous additionnons
et nous thésaurisons!
Donc la diversité
pour nous sur cette terre
est la nécessité.
Regardez ce poisson
qui n’est pas un oiseau
qui n’est pas une pomme
qui n’est pas la baleine
qui n’est pas le bateau…

— Ah, pour moi c’est tout comme,
interrompit Monsieur,
la baleine et la pomme
devant l’éternité

A ces mots le vent souffle
emportant leurs chapeaux
et les deux personnages
dans le ciel bleu et beau
s’effacent aussitôt.

(Jean Tardieu)

 

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Pour délivrer ma vie de l’immobilité (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2017



Illustration: Folon
    
Pour délivrer ma vie
de l’immobilité
j’ai fait de grands efforts, —
couvert de mes cordages
de mes voiles tombées
je gagnerai le port
que je n’ai pas quitté.

lmage de moi-même
oiseau forme cruelle
qui pars et qui reviens
dans l’odeur de la mer,
chaque tour de ton aile
m’accable de liens.
Couvert de mes cordages
de mes voiles tombées
je gagnerai la mort
qui ne m’a pas quitté.

(Jean Tardieu)

 

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S’agripper à la pomme quand tu parles d’une pomme (Israël Eliraz)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



s’agripper à la pomme
quand tu parles d’une pomme.

Vérifier si le vers paisible (comme
un principe) ne t’a pas précédé.

Trouver une langue qui
suscitera un intérêt
et sans effort.

Montre tes mains vides
et enfouis-toi dans
le réel

où se trouve toujours une
chose simple, un objet
éclaté dans l’après-midi.

Chercher toujours à retenir quelque chose.

*******

le temps d’aller vers l’ouvert

le temps de se taire

le temps de prendre le souffle
de le perdre

dans les jours qui viennent

(avant que tout cela ne devienne
trop abstrait)

(Israël Eliraz)

Découvert chez Lara ici

Illustration: George Pyatigorets

 

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BELLE QUI M’AVEZ BLESSÉ (Pierre Guédron)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2017



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
BELLE QUI M’AVEZ BLESSÉ

Belle qui m’avez blessé d’un trait si doux,
Helas ! pour – quoy me laissez vous ?
Moy qui languis d’un cruel désespoir
Quand je suis sans vous voir.

Las ! vous emportez en ce triste départ
De mon cœur la meilleure part,
Et vous laissez l’autre en proye aux douleurs
Aux soupirs et aux pleurs.

Ou me rendez l’une, ou belle par pitié
Ne laissez pas l’autre moytié :
On bien donnez d’un pitoyable effort
A toutes deux la mort.

Le ciel se troublant et changeant de couleur
M’assiste à plaindre mon malheur,
Et de ses eaux mon deuil accompagnant,
Ces déserts va baignant.

Si de mes ennuis que je ne puis cacher
Quelque regret vous peut toucher,
Consolez-moy belle d’un doux espoir
De bien tost vous revoir.

***

Fair lady who had wounded me with so sweet an arrow,
Alas! why are you leaving me?
I who languish in cruel despair
When I do not see you.

Alas! In this sad departure you carry away
The best part of my heart
And leave the other in the grip of suffering
With sighs and tears.

Either give me back one half or, my beauty,
For pity’s sake, do not leave the other:
Or else, with a pitiful effort,
Give death to both.

The sky, becoming cloudy and changing colour,
Helps me lament my misfortune,
And with its waters accompanying my mourning,
Bathes these deserts.

If, of my worries, which I cannot hide,
Some regret might touch you,
Console me, fair lady, with the sweet hope
Of seeing you again soon.

***

Ihr Schöne, die so zart verletzt‘t mich,
Ach! Warum verlasst ihr mich?
Ich, der ich mich gar verzehre vor grausamer Verzweiflung,
Wenn ich kann nicht Euch seh‘n.

Ach weh, bei Eurem tristen Abschied
Mein bestes Herz Ihr mit Euch nehmt,
Und übereignet so den andren der Qual,
Den Seufzern und dem Tränental.

So gebet mir entweder die eine oder, meine Schönste, aus Mitleide
Lasset nicht die andre Hälfte.
Oder aber mit erbarmender Bemühung
Gebt beiden dann den Tod!

Der Himmel in sein‘ Verwirrung und Wechsel der Couleur
Mir hilft beklagen also mein eigenes Malheur,
Und mit seinen Wassern begleitet meinen Kummer
Und auch dies Elend er benetzt.

Wenn von mein‘ Nöten, die ich nicht kann verhehlen,
Bedauern Euch mag doch berühr‘n,
Dann, Schönste, tröstet mich gar sanfte mit Hoffnung
Auf ein zeitig‘ Wiederseh‘n.

(Pierre Guédron)

 

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La tension vers le succès (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



 

La tension vers le succès

Quand je faisais tous mes efforts pour réussir,
Pour marquer le monde de mon empreinte,
Je commettais beaucoup de péchés.
J’exploitais beaucoup de gens
Afin d’atteindre mes buts.
Quand j’avais mauvaise conscience, je disais :
« Tout se justifiera quand ma tâche sera accomplie. »

Maintenant que j’ai fini de faire des efforts
Et ne désire plus marquer le monde de nouvelles empreintes,
Je désire seulement être pur
Et vivre en harmonie avec le monde.
Je ne vois aucune différence entre l’acte et le but :
L’acte est le but, le but l’acte.
« Tout doit se justifier ici et maintenant. »

(Pensées celtiques)

 

 

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



    

Illustration: Lisa G

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (I)

Passé le genou où la main se creuse
comme une semence qui germe
en soulevant un peu la terre,
je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie.

Plus haut ta peau est si claire
que les jambes en sont nues pour tout le corps
et mon regard s’y use
comme au plus tranchant d’un éclat de soleil.

Au-delà, il y a ta lingerie qui sert à t’offrir
et à colorer mon désir.
Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent
et je vois la ligne de partage de ta chair.

Géants de la sensation,
mes doigts vont se fermer
sur le seul point du monde
où se carbonisent des hauteurs entières de jour.

Et c’est enfin la pleine rivière
que je remonte sans effort,
parce que tes seins s’y élèvent
comme deux cailloux à fleur d’eau.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Chauve-Souris (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




    
Chauve-Souris

Vampire sans horreur et Monstre sans effroi,
Chimère sans beauté, Chauve-Souris, ô toi
Qui vas heurtant du front les ténèbres divines,
Ivre d’ombre et d’horreur, de nuit et de ruines,

Comment ne pas t’aimer en pleurant, ô ma soeur ? —
Ta laideur de sabbat éloigne la douceur, —
Ton pitoyable élan se brise dans le vide
Tant l’effort maladroit de ton lourd vol stupide

T’affolle et te tourmente, et ne t’élève pas ! —
Et tes regards meurtris sont aveugles et las
D’avoir trop adoré les astres et la lune…
Tu sembles apporter la sinistre infortune

Et les pressentiments du danger et de la mort
Tandis que l’univers se délasse et s’endort.
Ta muette souffrance erre et rôde et s’égare.
Plein de tâtonnements, ton passage bizarre

Mêle l’inquiétude et la fièvre aux beaux soirs.
C’est toi le frôlement d’étranges désespoirs,
Furtifs, enveloppés de terreur et de haine.

Passe, spectre éperdu, pareil à l’âme humaine
Dans ce qu’elle a de triste et d’ignoble et de beau,
Avec ton corps de bête et tes ailes d’oiseau !

(Renée Vivien)

 

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Voile impatiente (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Andreas Franke
    
Voile impatiente

La voile est lente et lourde, attardée en ce port.
Elle qui sut braver les plus fortes tempêtes,
Et qui connaît leurs cris et leurs plaintes secrètes,
Pour elle, le repos est pareil à la mort…

La voile est lente et lourde, attardée en ce port…

O le charmant péril du magnifique orage,
De son retentissant tonnerre, de l’éclair
Qui déchire la nuit en un rayon trop clair…
Défiant la folie ou l’effort du courage…

O vieux marins, veillez ! … Le temps est à l’orage !

Mais la voile s’agite, au, fond morne du port…
Elle appelle le vent des plus grandes tempêtes,
Car les mâts sont hissés… Toutes ses soeurs sont prêtes…
Nulle ne craint le vent qui menace la mort…

Mais la voile pourrit dans la vase du port…

(Renée Vivien)

 

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Vois se rapprocher l’Aurore Vénérable (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Vois se rapprocher l’Aurore Vénérable,
Apportant l’effroi, la souffrance et l’effort,
Et le souvenir dont la langueur accable,
La vie et la mort.

(Renée Vivien)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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La porte est ouverte (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Renaud Baltzinger
    
La porte est ouverte entre les murs du soir,
les trappes cèdent sous mes pas haletants.
Au vent sans effort, souffle ta main légère,
suicide simple comme le regard de l’eau.

Le dernier matin de ta vie passe auprès de toi,
écoute battre le dernier jour de la terre,
happe au passage la dernière tige de vent.
Le ciel n’est plus sur tes yeux qu’un peu de buée.

N’appelle personne parmi les hommes :
on ne meurt bien que dans la solitude.
La lumière n’a plus de prises sur ton corps.
Sous ton corps, la terre monte à coups d’épaule.

Pas un mort ne te voit, pas un mort ne te cherche.
L’univers est seul comme une main coupée.
L’éternité s’affole, s’écarte de ta route,
mesure d’étoile en étoile ce qui la sépare de toi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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