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Poésie

Posts Tagged ‘effort’

Chanson à boire (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2017



Pieter_Bruegel_

 

Tant d’efforts, tant d’efforts
pour un jour être mort…
Le désespoir s’arrose,
bois du vin, bois du vin
à la santé des roses
car tout le reste est vain.

(Henri-Frédéric Blanc)

Illustration: Pierre Bruegel

 

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Le tigre (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



 

Illustration

    
Le tigre entier est l’effort
et le résultat du tigre
Il est en lui
la masse de son bond

(Laurent Albarracin)

 

Recueil: Le Secret secret
Editions: Flammarion

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La Venoge (Jean Villard-Gilles)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017




    
On a un bien joli canton :
des veaux, des vaches, des moutons,
du chamois, du brochet, du cygne ;
des lacs, des vergers, des forêts,
même un glacier, aux Diablerets ;
du tabac, du blé, de la vigne,
mais jaloux, un bon Genevois
m’a dit, d’un petit air narquois :
– Permettez qu’on vous interroge :
Où sont vos fleuves, franchement ?
Il oubliait tout simplement
la Venoge !

Un fleuve ? En tout cas, c’est de l’eau
qui coule à un joli niveau.
Bien sûr, c’est pas le fleuve Jaune
mais c’est à nous, c’est tout vaudois,
tandis que ces bons Genevois
n’ont qu’un tout petit bout du Rhône.
C’est comme : «Il est à nous le Rhin !»
ce chant d’un peuple souverain,
c’est tout faux ! car le Rhin déloge,
il file en France, aux Pays-Bas,
tandis qu’elle, elle reste là,
la Venoge !

Faut un rude effort entre nous
pour la suivre de bout en bout ;
tout de suite on se décourage,
car, au lieu de prendre au plus court,
elle fait de puissants détours,
loin des pintes, loin des villages.
Elle se plaît à traînasser,
à se gonfler, à s’élancer
– capricieuse comme une horloge –
elle offre même à ses badauds
des visions de Colorado !
la Venoge !

En plus modeste évidemment.
Elle offre aussi des coins charmants,
des replats, pour le pique-nique.
Et puis, la voilà tout à coup
qui se met à fair’ des remous
comme une folle entre deux criques,
rapport aux truites qu’un pêcheur
guette, attentif, dans la chaleur,
d’un œil noir comme un œil de doge.
Elle court avec des frissons.
Ça la chatouille, ces poissons,
la Venoge !

Elle est née au pied du Jura,
mais, en passant par La Sarraz,
elle a su, battant la campagne,
qu’un rien de plus, cré nom de sort !
elle était sur le versant nord !
grand départ pour les Allemagnes !
Elle a compris ! Elle a eu peur !
Quand elle a vu l’Orbe, sa sœur
– elle était aux premières loges –
filer tout droit sur Yverdon
vers Olten, elle a dit : «Pardon !»
la Venoge !

«Le Nord, c’est un peu froid pour moi.
J’aime mieux mon soleil vaudois
et puis, entre nous : je fréquente !»
La voilà qui prend son élan
en se tortillant joliment,
il n’y a qu’à suivre la pente,
mais la route est longue, elle a chaud.
Quand elle arrive, elle est en eau
– face aux pays des Allobroges –
pour se fondre amoureusement
entre les bras du bleu Léman,
la Venoge !

Pour conclure, il est évident
qu’elle est vaudoise cent pour cent !
Tranquille et pas bien décidée.
Elle tient le juste milieu,
elle dit : «Qui ne peut ne peut !»
mais elle fait à son idée.
Et certains, mettant dans leur vin
de l’eau, elle regrette bien
– c’est, ma foi, tout à son éloge –
que ce bon vieux canton de Vaud
n’ait pas mis du vin dans son eau…
la Venoge !

(Jean Villard-Gilles)

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A l’amour (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

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A l’amour

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.

Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.

Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C’est que j’ai cru te voir sous ces traits que j’abhorre.
Oui, j’ai cru rencontrer le regard d’un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.

Ciel ! On peut donc mourir à l’aspect d’un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;

Je rougis d’oublier qu’enfin tout nous sépare ;
Mais je n’en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s’expriment avec peine !
Amour… que je te hais de m’apprendre la haine !

Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !

Cache au moins ma colère au cruel qui t’envoie,
Dis que j’ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.

Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
Il voulut essayer sa cruauté novice
Sur un coeur simple et malheureux.

Quand tu voudras encore égarer l’innocence,
Quand tu voudras voir brûler et languir,
Quand tu voudras faire aimer et mourir,
N’emprunte pas d’autre éloquence.

L’art de séduire est là, comme il est dans son coeur !
Va ! Tu n’as plus besoin d’étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.

Ne change rien aux aveux pleins de charmes
Dont la magie entraîne au désespoir :
Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes…

Il n’ose me répondre, il s’envole… il est loin.
Puisse-t-il d’un ingrat éterniser l’absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
J’aime mieux souffrir sans témoin.

Il ne reviendra plus, il sait que je l’abhorre ;
Je l’ai dit à l’amour, qui déjà s’est enfui.
S’il osait revenir, je le dirais encore :
Mais on approche, on parle… hélas ! Ce n’est pas lui !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Otto Lohmuller

 

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L’arbre (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2017



 

L’arbre

L’arbre semble tirer l’arbre de sa nouosité,
qu’il étire comme une essence dure et lente,
un principe de bois dont il fait du bois.

Il est l’arbre abstrait de l’arbre,
le bouquet d’un seul poing serré sur son absence.

Il est l’effort récompensé dans l’effort,
la force lâchée dans la force.

Planté comme une lave de bois
où frémit la pluie de cendre de son vert.

Car l’arbre est surtout beau et puissant
d’offrir en bout de verticalité
la légère versatilité de ses feuilles.

(Laurent Albarracin)

 

 

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Elle avait un sourire égal au goéland (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2017




Elle avait un visage
Comme sont les visages
Ouverts et refermés
Sur le calme du monde.

Dans ses yeux j’assistais
Aux profondeurs de l’océan, à ses efforts
Vers la lumière supportable.

Elle avait un sourire égal au goéland.
Il m’englobait.

(Guillevic)

Illustration: Calirezo

 

 

 

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L’Amour de Jérusalem (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



L’Amour de Jérusalem

Il y a une rue où l’on ne vend que viande rouge
et une rue où l’on ne vend qu’habits et parfums.
Il y a des jours où je ne vois qu’êtres jeunes et beaux,
et des jours où je ne vois qu’infirmes, aveugles,
lépreux, faces convulsées et rictus.

Ici on construit une maison et là on détruit
ici on creuse la terre
et là on creuse le ciel,
ici on s’assoit et là on marche
ici on hait et là on aime.

Mais celui qui aime Jérusalem
dans les guides touristiques ou les livres de prières
ressemble à celui qui aime une femme
selon le Kama sutra.

Parfois Jérusalem est une ville de couteaux :
même les espoirs de paix sont affûtés pour trancher dans
la difficile réalité, ils s’émoussent ou se cassent.

Les cloches des églises font tellement d’efforts de paix
qu’elles deviennent lourdes, comme un pilon qui broie
dans le mortier
des voix lourdes, graves et remuantes.

Et lorsque
le chantre et le muezzin entonnent leur chant
surgit le cri tranchant :
notre seigneur notre Dieu à tous est un Dieu
un et affûté.

(Yehuda Amichai)

 

 

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L’Aurore (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017




L’Aurore est l’effort
De la Face Céleste
Pour à Nos yeux feindre
L’Ignorance du parfait.

(Emily Dickinson)

Illustration

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Embrasse-moi, mon coeur … (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



 

Carmen Tyrrell  c.t.Lovers Je te Aime 1500

Embrasse-moi, mon coeur…

Embrasse-moi, mon coeur, baise-moi, je t’en prie,
Presse-moi, serre-moi ! À ce coup je me meurs !
Mais ne me laisse pas en ces douces chaleurs :
Car c’est à cette fois que je te perds, ma vie.

Mon ami, je me meurs et mon âme assouvie
D’amour, de passions, de plaisirs, de douceurs,
S’enfuit, se perd, s’écoule et va loger ailleurs,
Car ce baiser larron me l’a vraiment ravie.

Je pâme ! Mon ami ! mon ami, je suis morte !
Hé ! ne me baisez plus, au moins de cette sorte.
C’est ta bouche, mon coeur, qui m’avance la mort.

Ote-la donc, m’amour, ote-la, je me pâme !
Ote-la, mon ami, ote-la, ma chère âme,
Ou me laisse mourir en ce plaisant effort !

(Rémy Belleau)

Illustration: Carmen Tyrrell

 

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A UNE FLEUR DE SOUCI (Gilles Durant)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



 

A UNE FLEUR DE SOUCI

J’aime la belle violette
L’oeillet et la pensée aussi ;
J’aime la rose vermeillette,
Mais surtout j’aime le souci.

Belle fleur, jadis amoureuse
Du Dieu que nous donne le jour,
Te dois-je nommer malheureuse
Ou trop constante en ton amour ?

Ce Dieu qui en fleur t’a changée
N’a point changé ta volonté ;
Encor, belle fleur orangée,
Sens-tu l’effort de ta beauté.

Toujours ta face languissante
Aux rais de son oeil s’épanit
Et quand sa lumière s’absente,
Soudain la tienne se ternit.

Je t’aime, souci misérable,
Je t’aime, malheureuse fleur,
D’autant plus que tu m’es semblable
Et en constance et en malheur.

J’aime la belle violette
L’oeillet et la pensée aussi ;
J’aime la rose vermeillette,
Mais surtout j’aime le souci.

(Gilles Durant)

 

 

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