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Poésie

Posts Tagged ‘effort’

La Venoge (Jean Villard-Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
On a un bien joli canton :
des veaux, des vaches, des moutons,
du chamois, du brochet, du cygne ;
des lacs, des vergers, des forêts,
même un glacier, aux Diablerets ;
du tabac, du blé, de la vigne,
mais jaloux, un bon Genevois
m’a dit, d’un petit air narquois :
– Permettez qu’on vous interroge :
Où sont vos fleuves, franchement ?
Il oubliait tout simplement
la Venoge !

Un fleuve ? En tout cas, c’est de l’eau
qui coule à un joli niveau.
Bien sûr, c’est pas le fleuve Jaune
mais c’est à nous, c’est tout vaudois,
tandis que ces bons Genevois
n’ont qu’un tout petit bout du Rhône.
C’est comme : «Il est à nous le Rhin !»
ce chant d’un peuple souverain,
c’est tout faux ! car le Rhin déloge,
il file en France, aux Pays-Bas,
tandis qu’elle, elle reste là,
la Venoge !

Faut un rude effort entre nous
pour la suivre de bout en bout ;
tout de suite on se décourage,
car, au lieu de prendre au plus court,
elle fait de puissants détours,
loin des pintes, loin des villages.
Elle se plaît à traînasser,
à se gonfler, à s’élancer
– capricieuse comme une horloge –
elle offre même à ses badauds
des visions de Colorado !
la Venoge !

En plus modeste évidemment.
Elle offre aussi des coins charmants,
des replats, pour le pique-nique.
Et puis, la voilà tout à coup
qui se met à fair’ des remous
comme une folle entre deux criques,
rapport aux truites qu’un pêcheur
guette, attentif, dans la chaleur,
d’un œil noir comme un œil de doge.
Elle court avec des frissons.
Ça la chatouille, ces poissons,
la Venoge !

Elle est née au pied du Jura,
mais, en passant par La Sarraz,
elle a su, battant la campagne,
qu’un rien de plus, cré nom de sort !
elle était sur le versant nord !
grand départ pour les Allemagnes !
Elle a compris ! Elle a eu peur !
Quand elle a vu l’Orbe, sa sœur
– elle était aux premières loges –
filer tout droit sur Yverdon
vers Olten, elle a dit : «Pardon !»
la Venoge !

«Le Nord, c’est un peu froid pour moi.
J’aime mieux mon soleil vaudois
et puis, entre nous : je fréquente !»
La voilà qui prend son élan
en se tortillant joliment,
il n’y a qu’à suivre la pente,
mais la route est longue, elle a chaud.
Quand elle arrive, elle est en eau
– face aux pays des Allobroges –
pour se fondre amoureusement
entre les bras du bleu Léman,
la Venoge !

Pour conclure, il est évident
qu’elle est vaudoise cent pour cent !
Tranquille et pas bien décidée.
Elle tient le juste milieu,
elle dit : «Qui ne peut ne peut !»
mais elle fait à son idée.
Et certains, mettant dans leur vin
de l’eau, elle regrette bien
– c’est, ma foi, tout à son éloge –
que ce bon vieux canton de Vaud
n’ait pas mis du vin dans son eau…
la Venoge !

(Jean Villard-Gilles)

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Si nous savions le néant nous nous aimerions à mort (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


aimer

Quelle futilité, quelle absurdité
de s’indifférer l’un l’autre quand
le néant nous attend!
Si nous savions la mort,
si nous ne faisions pas tous ces efforts
pour ne pas la voir, alors
nous serions frère et soeur, et ma peine et la tienne
fondraient dans le creuset de la commune peine.

Si nous savions le néant
nous nous aimerions
à mort.

(Henri-Frédéric Blanc)

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CHANSON DU JOUR QUI S’EN VA (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

Carol Bernier

CHANSON DU JOUR QUI S’EN VA

Ce m’est un crève-coeur
de te laisser partir, ô jour !

Tu pars tout plein de moi
et reviens sans me connaître.
Ce m’est un crève-coeur
de laisser sur ton sein
les possibles réalités
de minutes impossibles !

Vers le soir un Persée
lime tes chaînes
et tu fuis sur les monts
en te blessant les pieds.
Ni ma chair ni mes pleurs
ne peuvent te séduire
ni les fleuves sur lesquels
tu fais ta sieste d’or.

D’orient en occident
portant ton feu sphérique
ton grand feu que soutient
mon âme tendue dans l’effort,
D’orient en occident
ce m’est un crève-coeur
de t’emporter avec tes oiseaux
et avec tes bras de vent !

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Carol Bernier

 

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Ils ne croient pas que la vie les aime (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



Illustration: Josephine Wall
    
«Ils ne croient pas que la vie les aime,
qu’elle est capable de se répandre entière :
il suffirait pourtant que le regard qu’ils posent soudain sur elle
soit réellement ému, et appelle. »

«Quel effort serait-ce pour eux de desserrer enfin les lèvres
et de prononcer : « bien aimée » ?
Dites-moi. »

[…]

«Tout variera, simplement, d’un auditeur à l’autre. »

« Un qui commencera par ne pas comprendre,
car il sera frappé de plein fouet, trop directement,
pourra quelques instants plus tard se mettre à entendre. »

«Alors, immédiatement, je serai sur sa bouche. »

« Et j’ouvrirai mon ciel entier. »

« À la circulation d’amour. »

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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Il n’est rien de si beau (François de Malherbe)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



 

Olga Naletova   - (13)

Il n’est rien de si beau …

Il n’est rien de si beau comme Caliste est belle :
C’est une oeuvre où Nature a fait tous ses efforts :
Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,
S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle.

La clarté de son teint n’est pas chose mortelle :
Le baume est dans sa bouche, et les roses dehors :
Sa parole et sa voix ressuscitent les morts,
Et l’art n’égale point sa douceur naturelle.

La blancheur de sa gorge éblouit les regards :
Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards,
Et la fait reconnaître un miracle visible.

En ce nombre infini de grâces, et d’appas,
Qu’en dis-tu ma raison ? crois-tu qu’il soit possible
D’avoir du jugement, et ne l’adorer pas ?

(François de Malherbe)

Illustration: Olga Naletova

 

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Parce que ce matin tout est sourire (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



Parce que ce matin
tout est sourire et que les choses
n’en finissent pas d’amitié
l’avenir sans effort se disperse
en nuages et en graines les rives
cheminent au pas de nos paroles
le verger est lumière et l’on voit
briller les eaux de ses consentements
tandis que la tendresse
publique du jour
fait chanter dans la chambre
en connivence d’odeurs
les ruisseaux tièdes d’une robe abandonnée

(Georges Bonnet)

Illustration

 

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CHANSON DE L’AMANT (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

CHANSON DE L’AMANT

l’oiseau soupire après le grand air,
La pensée après je ne sais quel lieu,
La semence après la matrice.
A présent le même repos
Descend baigner l’esprit, le nid,
Et les cuisses épuisées par l’effort.

***

THE LOVER’S SONG

Bird sighs for the air,
Thought for I know not where,
For the womb the seed sighs.
Now sinks the same rest
On mind, on nest,
On straining thighs.

(William Butler Yeats)

Illustration: Takahiro Hara

 

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Seule (Gerty Dambury)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

Seule

Seule à la table
Dans la nuit qui s’emplit d’ombres
La mère écoute
Des notes, une voix souvent.
Elle aime la séduction qui s’échappe
De cette voix
Elle aime et s’en veut à la fois.
Tout à portée de main
Sans efforts, sans souffrances
Pour celle-là, l’autre, l’étrangère
L’ennemie quelquefois,
Sa fille.
Seule à la table
La mère lisse le ciré bleu
D’une main distraite
Et lourde
Elle aime et souffre
Immensément seule parmi ses huit enfants.

(Gerty Dambury)

Illustration: Dominique TREMOIS-CHAZOT

 

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LE ROI DES AULNES (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Illustration: Carl Gottlieb Peschel
    
LE ROI DES AULNES

Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ?
C’est le père, le père avec son enfant.
Il tient le garçon dans ses bras serré
Pour le protéger, pour le réchauffer.

Mon fils, pourquoi donc cacher ton visage ?
– Père, vois-tu pas venir le Roi des Aulnes?
Avec ses cheveux, avec sa couronne ?
Mon fils, ce n’est rien qu’un léger nuage.

Petit enfant, viens, viens donc avec moi !
Que de jolis jeux jouer avec toi !
Et combien de fleurs brillent sur nos bords!
Ma mère, chez elle, a des habits d’or!

— Mon père, mon père, n’entends-tu pas
Ce que me promet, ce que dit le Roi?
Calme-toi mon fils, mon fils sois tranquille
Dans les feuilles mortes c’est le vent qui file.

Ne veux-tu donc pas venir avec moi ?
Mes filles sauront si bien t’accueillir
Elles qui conduisent la ronde des bois
Te feront danser, chanter et dormir.

Mon père, mon père, vois-tu là-bas
Les filles du Roi dans ce lieu sans fleurs?
Mon fils, mon garçon je vois bien cela :
Les saules sont vieux, grise est leur couleur.

Je t’aime, je t’aime, enfant, tu me plais !
Si tu ne veux pas, je te forcerai.
Mon père, mon père, il va m’emporter
Le Roi m’a fait mal, le Roi m’a blessé !

Le père a grand’peur, il chevauche vite
Il tient dans ses bras l’enfant qui gémit.
Il atteint la cour, un dernier effort :
Déjà dans ses bras l’enfant était mort.

***

ERLKÖNIG

Wer reitet so spat durci, Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn Bicher, er halt ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ?-
Siehst, Vater, du den Erlkönig nicht ?
Den Erlenkönig mit Kron und Schweif ?-
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif.-

»Du liebes Kind, komm, geh mit mir!
Gar schöne Spiele spiel ici, mit dir;
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gulden Gewand.

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht ?-
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind;
In dürren Blättern säuselt der Wind.-

»Willst, Feiner Knabe, du mit mir gehn ?
Meine Richter sollen dich warten schön ;
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singen dich

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Richter am düstern Ort ?-
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh es genau :
Es scheinen die alten Weiden so grau.-

»Ich Liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt;
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt. «
Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an!
Erlkönig hat mir ein Leids getan

Dem Vater grausets, er reitet geschwind,
Er halt in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Müh und Not;
In seinen Armen das Kind war tot.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

    

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Le vers est partout dans la langue (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



    

Le vers est partout dans la langue où il y a rythme,
partout, excepté dans les affiches et à la quatrième page des journaux.

Dans le genre appelé prose, il y a des vers,
quelquefois admirables, de tous rythmes.

Mais en vérité, il n’y a pas de prose :
il y a l’alphabet et puis des vers plus ou moins serrés :
plus ou moins diffus.

Toutes les fois qu’il y a effort au style,
il y a versification.

(Stéphane Mallarmé)

 

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