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Posts Tagged ‘effort’

L’Amour de Jérusalem (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



L’Amour de Jérusalem

Il y a une rue où l’on ne vend que viande rouge
et une rue où l’on ne vend qu’habits et parfums.
Il y a des jours où je ne vois qu’êtres jeunes et beaux,
et des jours où je ne vois qu’infirmes, aveugles,
lépreux, faces convulsées et rictus.

Ici on construit une maison et là on détruit
ici on creuse la terre
et là on creuse le ciel,
ici on s’assoit et là on marche
ici on hait et là on aime.

Mais celui qui aime Jérusalem
dans les guides touristiques ou les livres de prières
ressemble à celui qui aime une femme
selon le Kama sutra.

Parfois Jérusalem est une ville de couteaux :
même les espoirs de paix sont affûtés pour trancher dans
la difficile réalité, ils s’émoussent ou se cassent.

Les cloches des églises font tellement d’efforts de paix
qu’elles deviennent lourdes, comme un pilon qui broie
dans le mortier
des voix lourdes, graves et remuantes.

Et lorsque
le chantre et le muezzin entonnent leur chant
surgit le cri tranchant :
notre seigneur notre Dieu à tous est un Dieu
un et affûté.

(Yehuda Amichai)

 

 

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L’Aurore (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017




L’Aurore est l’effort
De la Face Céleste
Pour à Nos yeux feindre
L’Ignorance du parfait.

(Emily Dickinson)

Illustration

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Embrasse-moi, mon coeur … (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



 

Carmen Tyrrell  c.t.Lovers Je te Aime 1500

Embrasse-moi, mon coeur…

Embrasse-moi, mon coeur, baise-moi, je t’en prie,
Presse-moi, serre-moi ! À ce coup je me meurs !
Mais ne me laisse pas en ces douces chaleurs :
Car c’est à cette fois que je te perds, ma vie.

Mon ami, je me meurs et mon âme assouvie
D’amour, de passions, de plaisirs, de douceurs,
S’enfuit, se perd, s’écoule et va loger ailleurs,
Car ce baiser larron me l’a vraiment ravie.

Je pâme ! Mon ami ! mon ami, je suis morte !
Hé ! ne me baisez plus, au moins de cette sorte.
C’est ta bouche, mon coeur, qui m’avance la mort.

Ote-la donc, m’amour, ote-la, je me pâme !
Ote-la, mon ami, ote-la, ma chère âme,
Ou me laisse mourir en ce plaisant effort !

(Rémy Belleau)

Illustration: Carmen Tyrrell

 

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A UNE FLEUR DE SOUCI (Gilles Durant)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



 

A UNE FLEUR DE SOUCI

J’aime la belle violette
L’oeillet et la pensée aussi ;
J’aime la rose vermeillette,
Mais surtout j’aime le souci.

Belle fleur, jadis amoureuse
Du Dieu que nous donne le jour,
Te dois-je nommer malheureuse
Ou trop constante en ton amour ?

Ce Dieu qui en fleur t’a changée
N’a point changé ta volonté ;
Encor, belle fleur orangée,
Sens-tu l’effort de ta beauté.

Toujours ta face languissante
Aux rais de son oeil s’épanit
Et quand sa lumière s’absente,
Soudain la tienne se ternit.

Je t’aime, souci misérable,
Je t’aime, malheureuse fleur,
D’autant plus que tu m’es semblable
Et en constance et en malheur.

J’aime la belle violette
L’oeillet et la pensée aussi ;
J’aime la rose vermeillette,
Mais surtout j’aime le souci.

(Gilles Durant)

 

 

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Tout s’enfle contre moi, tout m’assaille, tout me tente (Jean de Sponde)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017




Tout s’enfle contre moi, tout m’assaille, tout me tente,
Et le Monde et la Chair, et l’Ange révolté,
Dont l’onde, dont l’effort, dont le charme inventé
Et m’abîme, Seigneur, et m’ébranle, et m’enchante.

Quelle nef, quel appui, quelle oreille dormante,
Sans péril, sans tomber, et sans être enchanté,
Me donneras-tu ? Ton Temple où vit la Sainteté,
Ton invincible main, et ta voix si constante ?

Et quoi ? Mon Dieu, je sens combattre maintes fois
Encor avec ton Temple, et ta main, et ta voix,
Cet Ange révolté, cette Chair, et ce Monde.

Mais ton Temple pourtant, ta main, ta voix sera
La nef, l’appui, l’oreille, où ce charme perdra,
Où mourra cet effort, où se rompra cette onde.

(Jean de Sponde)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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C’est comme un arc-en-ciel (Lama Guendune)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



C’est comme un arc-en-ciel

Le bonheur ne se trouve pas
avec beaucoup d’effort et de volonté,
mais réside là, tout près,
dans la détente et l’abandon.

Ne t’inquiète pas, il n’y a rien à faire.
Tout ce qui s’élève dans l’esprit
n’a aucune importance,
parce que n’a aucune réalité.

Ne t’y attache pas.
Ne te juge pas.
Laisse le jeu se faire tout seul,
s’élever et retomber, sans rien changer,
et tout s’évanouit, et recommence à nouveau,
sans cesse.

Seule cette recherche du bonheur
nous empêche de le voir.

C’est comme un arc-en-ciel
que l’on poursuit sans jamais le rattraper.
Parce qu’il n’existe pas, et a toujours été là,
et t’accompagne à chaque instant.

Ne crois pas à la réalité des expériences
bonnes ou mauvaises,
elles sont comme des arcs-en-ciel.

À vouloir saisir l’insaisissable,
on s’épuise en vain.

Dès lors qu’on relâche cette saisie,
l’espace est là, ouvert, hospitalier, et confortable.

Alors profites-en.
Tout est à toi, déjà. Ne cherche plus.

Ne vas pas chercher dans la jungle inextricable
l’éléphant qui est tranquillement à la maison.

Rien à faire.

Rien à forcer.

Rien à vouloir.

Et tout se fait tout seul.

(Lama Guendune)

Illustration: Laszló Mindszenti

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J’ai beau courir comme un lapin (Jean-Hugues Malineau)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



J’ai beau courir
comme un lapin
la lune me suit sans effort.

(Jean-Hugues Malineau)

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TRAVAUX (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



Kunisada samourai shamisen G [1280x768]

TRAVAUX

Chaque jour, après ma sieste, je bois deux tasses de thé.
Je vais, ensuite, me promener dans mon jardin.

Au printemps, je cause avec les jeunes filles
qui cueillent des pâquerettes dans la prairie voisine.

En été, je regarde les hirondelles qui se baignent, au vol, dans la rivière.

En automne, je protège contre le brouillard mes chrysanthèmes.

En hiver, avec un miroir,
j’envoie un rayon de soleil aux impatientes anémones qui se sont trompées de place.

Quelquefois, je pose mon luth entre deux branches, et je m’assieds,
laissant à la brise le soin de faire vibrer ses cordes.
Alors se répand une musique suave, qui ne me coûte aucun effort.

(La Flûte de Jade)

 Illustration: Kunisada

 

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Crois-moi (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



 

Carol Carter 20656

Crois-moi

Si ta vie obscure et charmée
Coule à l’ombre de quelques fleurs,
Ame orageuse mais calmée
Dans ce rêve pur et sans pleurs,
Sur les biens que le ciel te donne,
Crois-moi :
Pour que le sort te les pardonne,
Tais-toi !

Mais si l’amour d’une main sûre
T’a frappée à ne plus guérir,
Si tu languis de ta blessure
Jusqu’à souhaiter d’en mourir,
Devant tous, et devant toi-même,
Crois-moi :
Par un effort doux et suprême,
Tais-toi !

Vois-tu ! Les profondes paroles
Qui sortent d’un vrai désespoir
N’entrent pas aux âmes frivoles
Si cruelles sans le savoir !
Ne dis qu’à Dieu ce qu’il faut dire,
Crois-moi :
Et couvrant ta mort d’un sourire,
Tais-toi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carol Carter

 

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D’abord régnait la nuit (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



D’abord régnait la nuit. Des inconnus
bougeaient dans l’ombre, tu sentais
des ailes et des mains te questionner
dans un langage obscur.
L’oeil premier se leva.
De cette terre alors nul souvenir
hors d’une branche écarlate
embrasée sur le rivage.
Rien d’autre ne survit. Les témoins se sont tus.
La longue marche commençait,
le silence et l’effort contre le vent,
sous les plis de cette indestructible flamme.

(Jean Joubert)


Illustration: Sabin Balasa

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