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Poésie

Posts Tagged ‘effort’

LE ROI DES AULNES (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Illustration: Carl Gottlieb Peschel
    
LE ROI DES AULNES

Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ?
C’est le père, le père avec son enfant.
Il tient le garçon dans ses bras serré
Pour le protéger, pour le réchauffer.

Mon fils, pourquoi donc cacher ton visage ?
– Père, vois-tu pas venir le Roi des Aulnes?
Avec ses cheveux, avec sa couronne ?
Mon fils, ce n’est rien qu’un léger nuage.

Petit enfant, viens, viens donc avec moi !
Que de jolis jeux jouer avec toi !
Et combien de fleurs brillent sur nos bords!
Ma mère, chez elle, a des habits d’or!

— Mon père, mon père, n’entends-tu pas
Ce que me promet, ce que dit le Roi?
Calme-toi mon fils, mon fils sois tranquille
Dans les feuilles mortes c’est le vent qui file.

Ne veux-tu donc pas venir avec moi ?
Mes filles sauront si bien t’accueillir
Elles qui conduisent la ronde des bois
Te feront danser, chanter et dormir.

Mon père, mon père, vois-tu là-bas
Les filles du Roi dans ce lieu sans fleurs?
Mon fils, mon garçon je vois bien cela :
Les saules sont vieux, grise est leur couleur.

Je t’aime, je t’aime, enfant, tu me plais !
Si tu ne veux pas, je te forcerai.
Mon père, mon père, il va m’emporter
Le Roi m’a fait mal, le Roi m’a blessé !

Le père a grand’peur, il chevauche vite
Il tient dans ses bras l’enfant qui gémit.
Il atteint la cour, un dernier effort :
Déjà dans ses bras l’enfant était mort.

***

ERLKÖNIG

Wer reitet so spat durci, Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn Bicher, er halt ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ?-
Siehst, Vater, du den Erlkönig nicht ?
Den Erlenkönig mit Kron und Schweif ?-
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif.-

»Du liebes Kind, komm, geh mit mir!
Gar schöne Spiele spiel ici, mit dir;
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gulden Gewand.

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht ?-
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind;
In dürren Blättern säuselt der Wind.-

»Willst, Feiner Knabe, du mit mir gehn ?
Meine Richter sollen dich warten schön ;
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singen dich

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Richter am düstern Ort ?-
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh es genau :
Es scheinen die alten Weiden so grau.-

»Ich Liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt;
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt. «
Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an!
Erlkönig hat mir ein Leids getan

Dem Vater grausets, er reitet geschwind,
Er halt in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Müh und Not;
In seinen Armen das Kind war tot.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

    

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Le vers est partout dans la langue (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



    

Le vers est partout dans la langue où il y a rythme,
partout, excepté dans les affiches et à la quatrième page des journaux.

Dans le genre appelé prose, il y a des vers,
quelquefois admirables, de tous rythmes.

Mais en vérité, il n’y a pas de prose :
il y a l’alphabet et puis des vers plus ou moins serrés :
plus ou moins diffus.

Toutes les fois qu’il y a effort au style,
il y a versification.

(Stéphane Mallarmé)

 

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Regard frais (Jean Esponde)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018



Illustration: René Magritte
    
regard frais,
étranger de souche,
et partout
essayer de
se sentir chez soi
comme les efforts
de la bûche
pour s’enflammer
toute seule.

(Jean Esponde)

 

Recueil: COULEURS HARAR et autres sujets d’inquiétude
Traduction:
Editions: Atelier de l’Agneau

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Le corps fait effort (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



Illustration: Otto Lohmuller
    
le corps fait effort
pour s’annuler
on le sent s’efforçant

c’est trop d’être là

le poids d’un corps

quand il s’efface
sans bien savoir comment
on reste tranquille

(Antoine Emaz)

 

Recueil: Caisse claire
Traduction:
Editions: Points

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Vivre, permanente surprise ! (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018




    
Vivre, permanente surprise !

Vivre, permanente surprise !
L’amour de soi, quoi que l’on dise !
L’effort d’être, toujours plus haut,
Le premier parmi les égaux.
La vanité pour le visage,
Pour la main, le sein, le genou,
Tout le tendre humain paysage !
L’orgueil que nous avons de nous,
Secrètement. L’honneur physique,
Cette intérieure musique
Par quoi nous nous guidons, et puis
Le sol creux, les cordes, le puits
où lourdement va disparaître
Le corps ivre d’éternité.

– Et l’injure de cesser d’être,
Pire que n’avoir pas été !

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: L’honneur de souffrir
Traduction:
Editions:

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SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018


 


 

Alexander Maranov (18)

SONNET
À Madame Fanny A. P.

Pour le surnaturel éclat des cheveux blonds,
Pour la neige du cou, l’aurore de la bouche,
Je rêve une peinture où, frêle, chaque touche
Soit un sourire, prix d’efforts fervents et longs.

Le fond, ciel de septembre où le soleil se couche,
Serait de saphirs bleus, de rubis vermillons.
Ma palette serait l’aile des papillons
Et mes pinceaux des brins de huppe d’oiseau mouche.

Je graverais d’abord avec un diamant,
En traits fins, le sourcil, l’oeil, la joue et l’oreille,
Conque rose écoutant mes vers malignement.

Puis la poussière d’or et de nacre, pareille
Aux éclairs de l’émail, au velours du pastel,
Teinterait ce portrait, pâle auprès du réel.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Maranov

 

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J’ai de toi une image (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018



 

Koh Sang Woo 1978 - Korean photographer -  (11) [1280x768]

J’ai de toi une image
Qui ne vit qu’en mon coeur.
Là, tes traits sont si purs
Que tu n’as aucun âge.

Là, tu peux me parler
Sans remuer les lèvres,
Tu peux me regarder
Sans ouvrir les paupières.

Et lorsque le malheur
M’attend sur le chemin,
Je le sais par ton coeur
Qui bat contre le mien.

Vers le soir, tu me parles parfois de la mort
Comme si tu étais déjà un peu absente,
Comme si ton coeur se détachait sans effort
De la vie dont tu fus la docile servante.

Tu me parles paisiblement de la maison
Qu’il ne faudra pas vendre et des vieux groseilliers
De ton jardin qu’on ne devra pas arracher,
Et des miettes de pain à donner aux pinsons
Qui viennent dès l’hiver picorer dans la cour,
Et de tous ces simples travaux de tous les jours
Que tes mains dénouées auront abandonnés.

Et ta voix coule alors, pareille à un ruisseau
Qui s’en va humblement, comme le veut sa pente,
Mais qui, sans le savoir, fait refleurir la menthe
Et met au creux des prés des morceaux de ciel bleu.

(Maurice Carême)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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LA ROSE DE PÉPÉ (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration
    
LA ROSE DE PÉPÉ

C’est quand nous prenons le café
sur les deux marches du perron
que tu me parles surtout des fleurs du jardin.

Tu me les montres d’assez loin
pour me dire d’où elles viennent
(« les primevères tu te souviens
où nous les avions prises ? »).

Et je me surprends souvent
à répondre à tes questions
sans faire beaucoup d’efforts
(« oui c’était en revenant de… »).

Mais quand tu te penches et prends
entre ton pouce et ton index
tous ces moments d’ailleurs
transplantés ici même
j’entrevois dans ton geste
— si simple si parfait —
une réponse que j’entends mieux encore
dans le langage que tu emploies
quand tu dis :
« Tu as vu le pin de la Tour
il a pris » ou
« Regarde la rose de pépé
elle est bien repartie.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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GALATÉE ET PYGMALION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy Trioson
    
GALATÉE ET PYGMALION

Pygmalion, sculpteur, a travaillé la pierre
Si bien que Galatée idéale apparaît.
Il a mis tout son coeur à cet effort secret
Toute son âme émue et toute sa lumière.

Là voilà, blanche dans l’atelier solitaire,
Finie aux yeux, finie aux reins et l’on croirait
Que le pied délicat quitte le socle, prêt
A courir dans la vie. Et même la paupière

A remué! Ce n’est pas une illusion…
Le marbre devient chair! Pourquoi, Pygmalion,
As-tu fait si charmeurs ces seins et ces épaules?

Elle vit. Écrasé sous sa mignonne main
Tu subis nos douleurs d’hier et de demain :
L’épine de la rose et la neige des pôles.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Que comprendre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2018



    
que comprendre

comment rendre compte

parfois c’est le dégoût
la détresse

cette fureur du sang
parce que tout avorte

que chaque effort est vain

que rien n’échappe à la faux

ou parfois
c’est cette vénération cette joie
jubilante cette suffocante
lumière

et chaque visage m’émeut
alors jusqu’aux larmes

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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