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Poésie

Posts Tagged ‘effort’

GALATÉE ET PYGMALION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy Trioson
    
GALATÉE ET PYGMALION

Pygmalion, sculpteur, a travaillé la pierre
Si bien que Galatée idéale apparaît.
Il a mis tout son coeur à cet effort secret
Toute son âme émue et toute sa lumière.

Là voilà, blanche dans l’atelier solitaire,
Finie aux yeux, finie aux reins et l’on croirait
Que le pied délicat quitte le socle, prêt
A courir dans la vie. Et même la paupière

A remué! Ce n’est pas une illusion…
Le marbre devient chair! Pourquoi, Pygmalion,
As-tu fait si charmeurs ces seins et ces épaules?

Elle vit. Écrasé sous sa mignonne main
Tu subis nos douleurs d’hier et de demain :
L’épine de la rose et la neige des pôles.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard
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Que comprendre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2018



    
que comprendre

comment rendre compte

parfois c’est le dégoût
la détresse

cette fureur du sang
parce que tout avorte

que chaque effort est vain

que rien n’échappe à la faux

ou parfois
c’est cette vénération cette joie
jubilante cette suffocante
lumière

et chaque visage m’émeut
alors jusqu’aux larmes

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Ô filles-fleurs (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    
Ô filles-fleurs, que l’art profond de la luxure
inventa des secrets tropiques, l’oeil frémit,
abeille! de frôler le satin noir et rose,
l’adorable pistil des cuisses haut lancées,
vibrant d’effort dompté jusqu’à la pointe extrême
l’orteil serti dans les étoiles : et, corolles
que froisse l’alizé fougueux, vous entrouvrez
(par feinte) un paradis de pollen que l’abeille
jamais n’atteint tant la déroute l’ivre envol
de couleur vénéneuse et d’ombre, — vos pétales.

(Pierre Emmanuel)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: L’Âge d’Homme

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Le chant (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



choeur1
Le chant
Ne contourne pas.
Il affronte.

Le chant
Donne à vivre
L’effort qui repose.

Le chant
Cherche à combler
Ceux qu’il occupe.

Le chant veut porter
Un plus que lui-même
Qui se dérobe.

Toujours
Il laisse percer:

Qui suis-je?
Où vais-je?

Jamais
Il ne se pose la question:
A quoi bon?

(Guillevic)

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Le poète (René Char)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2017



Le poète en traduisant l’intention en acte inspiré,
en convertissant un cycle de fatigues en fret de résurrection,
fait entrer l’oasis du froid par tous les pores de la vitre de l’accablement
et crée le prisme, hydre de l’effort, du merveilleux, de la rigueur et du déluge,
ayant tes lèvres pour sagesse et mon sang pour retable.

(René Char)

Illustration

 

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Il ne faudrait pas aimer les hommes pour leur être d’un réel secours (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



Illustration
    
Il ne faudrait pas aimer les hommes pour leur être d’un réel secours.
Seulement désirer rendre meilleure telle expression de leur regard
lorsqu’il se pose sur plus appauvri qu’eux,
prolonger d’une seconde telle minute agréable de leur vie.

À partir de cette démarche et chaque racine traitée,
leur respiration se ferait plus sereine.

Surtout ne pas entièrement leur supprimer ces sentiers pénibles,
à l’effort desquels succède l’évidence de la vérité
à travers pleurs et fruits.

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le Pion (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017




    
Le Pion

Devant une partie d’échecs, souvent,
je suis des yeux la progression d’un Pion
qui pas à pas chemine vers l’avant
et touche enfin à la ligne du fond.
Il marche vers son but de si bon coeur
qu’on peut penser que l’attendent là-bas
on ne sait quels plaisirs et récompenses.
En route il doit subir plus d’une épreuve.
Des fous lui jettent leurs lances de biais ;
il est frappé par des tours qui avancent
en ligne droite ; et de vifs cavaliers
à l’intérieur de leurs carrés s’efforcent
de l’amener à tomber par la ruse ;
tandis que çà et là, menace oblique,
un pion se place en travers de sa route,
envoyé là par le camp ennemi.

Mais il échappe aux dangers qui l’assaillent
et touche enfin à la ligne du fond.

Toucher au but, quel triomphe pour lui,
sur cette ligne ultime, et si terrible !

Car c’est ici que le Pion va mourir
et ses efforts n’ont servi à rien d’autre.
C’est pour la reine, qui va nous sauver,
qui grâce à lui va sortir de la tombe,
qu’il descendra dans l’Hadès des échecs.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Et s’il ne fallait plus rien dire (Mathieu Brosseau)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2017



Illustration: Vladimir Kush
    
Et s’il ne fallait plus rien dire que les signes sans trace
Seuls les signes dissimulent
Eux seuls percent la vie d’une seconde vie

Seuls les signes forcent l’existence
Il n’y a pas d’art, seule vanité
Les moustaches du rat le disent
Contre la paroi, bien avant, seul,

Mer, le mouvement est en contre-jour,
Seul, la perle me figure, poussée contre,
L’effort dit bien qu’il ne faut plus rien dire que l’étreinte
L’effort dit bien qu’il n’y a plus de lieu sous la paroi
Et je vois l’absence à reculons.

[…]

Et s’il ne fallait plus dire
Que les signes du silence

[…]

Et s’il fallait dire l’absence
Quels seraient les signes du silence ?

(Mathieu Brosseau)

 

Recueil: L’espèce
Traduction:
Editions: Mots Tessons

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L’INSTANT (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
L’INSTANT

Mais où sont-ils passés, les siècles et les rois?
Et l’herbe exterminée aux sabots du barbare,
Et les sabots exterminants? et la cithare
Héroïque, et l’arbre d’Adam, et l’autre Bois?
Seul est vrai le présent, ce désert. La mémoire
Bâtit le temps. L’horloge et le calendrier
Ont la succession et le dol pour métier.
L’année est simulacre aussi bien que l’histoire.
Entre l’aube et la nuit un abîme d’efforts
S’ouvre, et de soins et de lumières et de morts;
Faussement il se croit le même, ce visage
Qui se cherche aux miroirs fatigués de la nuit.
Pas d’autre ciel, et d’autre enfer pas davantage,
Que la mince seconde à tout jamais qui fuit.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Elle préférait s’asseoir (Louis Hémon)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017



Illustration: Salvador Dali
    
Elle préférait s’asseoir près de la fenêtre
et laisser couler les minutes et les heures sans penser à rien,
avec le sentiment obscur que chaque moment représentait quelque chose de gagné,
un peu de vie passée sans ennuis graves, une étape de plus accomplie sans effort
vers cette chose qu’elle attendait et qui ne pouvait manquer de venir.

(Louis Hémon)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Lizzie Blakeston
Editions: Phébus

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