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Posts Tagged ‘effrayant’

Mon corps est transparent (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

Danny Quirk g31 [1280x768]

Mon corps est transparent
Et je regarde vivre ma vie
Que mon coeur chronomètre
Mais cela est trop effrayant
Je ne puis regarder ainsi tout l’hiver
J’aperçois le point de fuite
Puisque mon corps est transparent
Je vais passer au travers

Mais les musiciens où sont-ils
A quoi peut penser la feuille qui tombe
Elle qui fut si verte
Et habituée à dominer
Elle doit penser que nous allons marcher sur elle
Et son arbre comme il doit avoir de la peine
Que le méchant lui enlève ainsi une à une toutes ses feuilles
Les arbres ont donné bien des filles à l’automne
Tout au long de leur si longue vie
Que de piteux concubinages
Que de chagrin doit s’amasser au fond de leur vieux coeur
Mais on ne s’aperçoit de rien
L’arbre paraît insensible quand le vieux lui prend ses filles
Et les feuilles tombent en tournoyant aimablement
Elles finissent sur une figure de ballet
En vérité
Les feuilles savent mieux tomber que nous

(Pierre-Albert Birot)

Illustration: Danny Quirk

 

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Cerisier (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2019


Te voici devenu
Comme ce fut rêvé,

Rien que cette blancheur
Effrayant l’horizon,

Rien que la fiancée
Préparée pour les noces.

Qui te prendra?
Qui doit venir?

(Guillevic)

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Obscur est l’ordre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
obscur
est l’ordre

imprévisible
le chemin

effrayante
la nuit
où descendre

se perdre

où quêter
cette autre
lumière
qui opère
la mutation

octroie
l’inespéré

(Charles Juliet)

 

Recueil: une joie secrète
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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SONNET AU SOLEIL (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration
    
SONNET AU SOLEIL

Sur le divan se vautre un grand soleil joueur.
Étudiant usé que nul plaisir ne tente,
Oh ! que je suis heureux ! Sa visite m’enchante.
Il semble tout empli d’une sylvestre odeur.

Il s’étire coquet, il s’étire trompeur.
Son or couvre mon front d’une caresse lente.
Qu’il est doux, le baiser, sur ma lèvrе tremblante!
Je mets sur ses genoux ma tête avec bonheur.

Ton baiser, grand Soleil, me redonne la vie.
Tes longs cheveux soyeux laissent l’âme ravie.
Et mes nerfs maladifs retrouvent leurs instincts.

La nuit tombe, j’ai peur. Reste toujours, je t’aime.
Les ombres de la nuit ont d’effrayants desseins.
Et je ne puis hélas m’incendier moi-même.

(Attila József)

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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SILENCE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Stéphane Pencréac’h
    
SILENCE

Il s’étale, effrayant: c’est la mer murmurante,
C’est un champ infini de toutes parts neigeux.
C’est la Mort déguisée attrapant mes cheveux,
Chagrine et qui fait peur. La Mort caracolante.

Je dépose à ses pieds mon âme pantelante.
Mon coeur bat-il encor? Je l’écoute, anxieux.
Musique monotone… et pourtant — justes cieux ! —
J’aime l’entendre vivre au sein de ma tourmente.

Je marche, dirait-on, sur un frêle terrain.
Quand le sol se défait sous mon pied incertain,
Je prétends résister comme fou qui s’éveille.

Puis je baisse la tête au comble de l’émoi.
Car la vase, déjà, vient boucher mon oreille.
Interdit, je me rends. Qu’adviendra-t-il de moi?

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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LE CHANT DU CYGNE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



 

mort du cygne_1 [1280x768]

LE CHANT DU CYGNE

Muet, il a ployé son col blanc
En arc au-dessus de l’eau,
Dans l’eau, les buissons, le clocher, le château,
Il a fermé l’oeil.

Et au milieu du lac il ne pouvait couler,
C’était un ordre effrayant :
Vivre, souffrir, sans fin regarder
Sa face brisée.

Dans la douleur qui ne cesse jamais, jamais
Et comme au miroir des eaux
En soi sans fin regarder (vivre contre son gré)
Avec la douleur au coeur du coeur.

(Srecko Kosovel)

Illustration

 

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Parfois (Sarah Kane)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
Parfois je me retourne et retrouve votre odeur
et je ne peux pas continuer je ne peux pas continuer putain
sans exprimer ce terrifiant ah putain cet effrayant
ce blessant putain de besoin physique que j’ai de vous.
Et je ne peux pas croire que je peux ressentir ça pour vous
et que vous, vous ne ressentiez rien. Vous ne ressentez rien ?

Silence.

Vous ne ressentez rien ?

Silence.

(Sarah Kane)

 

Recueil: Psychose

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L’effrayant (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Charlie Chaplin
    
L’effrayant c’est que des systèmes, en se développant,
dépassent les hommes
et les enserrent dans leur poigne satanique,
leurs auteurs aussi bien que leurs victimes,

de même que de grands édifices ou des tours,
pourtant bâtis par la main de l’homme,
s’élèvent au-dessus de nous, nous dominent
et peuvent s’écrouler sur nous et nous ensevelir.

(Etty Hillesum)

 

 

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Ô ma vraiment peu sage et catégorique dame (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



Illustration
    
ô ma vraiment peu sage et catégorique
dame aux mains de poupée mélancolique

(dont la nudité est pressée d’entourer
son dernier geste exquisément lubrique
d’un certain décorum acceptable et
petit)ô ma dame entièrement faite
pour l’amour
(et ce qui de moi subsiste
tes seins m’embrassant timidement le compliquent)

seul ton baiser toujours me saisira vraiment.

Toujours mes bras ne serrent complètement
dans la nuit effrayante et radieuse
que ta passionnante nudité affolée

—toujours je ressors seulement de quelque chose

de toi négligé magnifique et sans geste

***

o my wholly unwise and definite
lady of the wistful dollish hands

(whose nudity hurriedly extends
its final gesture lewd and exquisite,
with a certain agreeable and wee
decorum)o my wholly made for loving
lady
(and what is left of me
your kissing breasts timidly complicate)

only always your kiss will grasp me quite.

Always only my arms completely press
through the hideous and bright night
your crazed and interesting nakedness

—from you always i only rise from something

slovenly beautiful gestureless

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Parfois je suis vivant (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



Illustration: Irina Karkabi
    
parfois je suis vivant parce qu’avec
moi dort son corps d’arbre alerte
que je sentirai lentement s’aiguiser
par amour plus distinct lentement,
qui dans mes épaules plonge de douces dents
pour que nous atteignons l’odorant printemps
intense et vaste instant coloré de nous

le moment agréable et effrayant

où,sa bouche soudain dressée,se met toute
entière à taquiner férocement la mienne
(et de mes cuisses qui s’agitent haletantes
une pluie meurtrière atteint bondissante
la profonde fleur singulière qu’elle
emporte d’un mouvement de ses hanches)

***

sometimes i am alive because with
me her alert treelike body sleeps
which i will feel slowly sharpening
becoming distinct with love slowly,
who in my shoulder sinks sweetly teeth
until we shall attain the Springsmelling
intense large togethercoloured instant

the moment pleasantly frightful

when,her mouth suddenly rising,wholly
begins with mine fiercely to fool
(and from my thighs which shrug and pant
a murdering rain leapingly reaches the
upward singular deepest flower which she
carries in a gesture of her hips)

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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