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Posts Tagged ‘effrayant’

LE REFUS (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2019



 

Xue Jiye (6)

LE REFUS

Retire-toi. Tel quel. Ferme tes lèvres.
Extrais le chant du fond de tes racines.
De la durée enivre la parole
Et si l’oiseau s’envole, retiens-le.

Je suis silence où se gâche le plâtre.
Un vieux concile est entré dans mes os.
Sois mon ivoire et la première pierre
D’un édifice effrayant les années.

Sois le gardien de la troupe verbale.
Rassemble-toi. Chaque Babel contemple
Un long babil, en marque l’agonie.
Tue la raison et tue la déraison.

Non pas l’écrin : le cristal recélant
La goutte d’eau pour les soifs d’avenir.
Le grain de blé germera dans l’histoire
Pour un seul mot par tes mots retenu.

(Robert Sabatier)

Illustration: Xue Jiye

 

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Âpre amour (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019



Âpre amour, ma violette à couronne d’épines,
buisson parmi tant de passions hérissé,
lance des douleurs, corolle de la colère,
comment, par quel chemin as-tu trouvé mon âme

D’où précipitas-tu le feu de ta douleur,
soudain, parmi les feuilles froides de ma route ?
Qui t’enseigna les pas qui t’ont mené vers moi ?
Pierre, fumée ou fleur, qui t’apprit ma demeure ?

Mais moi je sais : la nuit effrayante a tremblé,
l’aube remplit toutes les coupes de son vin,
le soleil instaura sa présence céleste.

Cruel et sans répit quand l’amour m’assiégeait,
me déchirant de ses épées, de ses épines,
il ouvrait en mon coeur un chemin de brûlure.

***

Aspero amor, violeta coronada de espinas,
matorral entre tantas pasiones erizado,
lanza de los dolores, corola de la cólera,
por qué caminos y cómo te dirigiste a mi alma ?

Por qué precipitaste tu fuego doloroso,
de pronto, entre las hojas frías de mi camino ?
Quién te enseñó los pasos que hasta mí te llevaron ?
Quéf lor, qué piedra, qué humo mostraron mi morada ?

Lo cierto es que tembló la noche pavorosa,
el alba llenó todas las copas con su vino
y el sol estableció su presencia celeste,

mientras que el cruel amor me cercaba sin tregua
hasta que lacerándome con espadas y espinas
abrió en mi corazón un camino quemante.

(Pablo Neruda)

 

 

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Mon corps est transparent (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

Danny Quirk g31 [1280x768]

Mon corps est transparent
Et je regarde vivre ma vie
Que mon coeur chronomètre
Mais cela est trop effrayant
Je ne puis regarder ainsi tout l’hiver
J’aperçois le point de fuite
Puisque mon corps est transparent
Je vais passer au travers

Mais les musiciens où sont-ils
A quoi peut penser la feuille qui tombe
Elle qui fut si verte
Et habituée à dominer
Elle doit penser que nous allons marcher sur elle
Et son arbre comme il doit avoir de la peine
Que le méchant lui enlève ainsi une à une toutes ses feuilles
Les arbres ont donné bien des filles à l’automne
Tout au long de leur si longue vie
Que de piteux concubinages
Que de chagrin doit s’amasser au fond de leur vieux coeur
Mais on ne s’aperçoit de rien
L’arbre paraît insensible quand le vieux lui prend ses filles
Et les feuilles tombent en tournoyant aimablement
Elles finissent sur une figure de ballet
En vérité
Les feuilles savent mieux tomber que nous

(Pierre-Albert Birot)

Illustration: Danny Quirk

 

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Cerisier (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2019


Te voici devenu
Comme ce fut rêvé,

Rien que cette blancheur
Effrayant l’horizon,

Rien que la fiancée
Préparée pour les noces.

Qui te prendra?
Qui doit venir?

(Guillevic)

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L’AMOUREUSE (Guy Bellay)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2019



L’AMOUREUSE

Aussi mystérieuse en sa blancheur qu’une bête en son pelage,
elle attend l’effrayant plaisir. La douceur de ses seins ne la protège plus.

Pour qu’il ne regarde que ses yeux elle les fait radieux,
suppliant qu’elle ne soit pas une vision tenue à bout de hanches.

Elle a tant fait pour être présente et que le malheur soit comblé…
Elle se renverse dans son double, d’un bloc, comme une pelletée de terre dans un fossé.

La ville peut refermer son dos sur eux.
Elle sortira par les petits guichets du matin,
la peau à vif couverte jusqu’au menton.

(Guy Bellay)

 

 

 

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Obscur est l’ordre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
obscur
est l’ordre

imprévisible
le chemin

effrayante
la nuit
où descendre

se perdre

où quêter
cette autre
lumière
qui opère
la mutation

octroie
l’inespéré

(Charles Juliet)

 

Recueil: une joie secrète
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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SONNET AU SOLEIL (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration
    
SONNET AU SOLEIL

Sur le divan se vautre un grand soleil joueur.
Étudiant usé que nul plaisir ne tente,
Oh ! que je suis heureux ! Sa visite m’enchante.
Il semble tout empli d’une sylvestre odeur.

Il s’étire coquet, il s’étire trompeur.
Son or couvre mon front d’une caresse lente.
Qu’il est doux, le baiser, sur ma lèvrе tremblante!
Je mets sur ses genoux ma tête avec bonheur.

Ton baiser, grand Soleil, me redonne la vie.
Tes longs cheveux soyeux laissent l’âme ravie.
Et mes nerfs maladifs retrouvent leurs instincts.

La nuit tombe, j’ai peur. Reste toujours, je t’aime.
Les ombres de la nuit ont d’effrayants desseins.
Et je ne puis hélas m’incendier moi-même.

(Attila József)

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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SILENCE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Stéphane Pencréac’h
    
SILENCE

Il s’étale, effrayant: c’est la mer murmurante,
C’est un champ infini de toutes parts neigeux.
C’est la Mort déguisée attrapant mes cheveux,
Chagrine et qui fait peur. La Mort caracolante.

Je dépose à ses pieds mon âme pantelante.
Mon coeur bat-il encor? Je l’écoute, anxieux.
Musique monotone… et pourtant — justes cieux ! —
J’aime l’entendre vivre au sein de ma tourmente.

Je marche, dirait-on, sur un frêle terrain.
Quand le sol se défait sous mon pied incertain,
Je prétends résister comme fou qui s’éveille.

Puis je baisse la tête au comble de l’émoi.
Car la vase, déjà, vient boucher mon oreille.
Interdit, je me rends. Qu’adviendra-t-il de moi?

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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LE CHANT DU CYGNE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



 

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LE CHANT DU CYGNE

Muet, il a ployé son col blanc
En arc au-dessus de l’eau,
Dans l’eau, les buissons, le clocher, le château,
Il a fermé l’oeil.

Et au milieu du lac il ne pouvait couler,
C’était un ordre effrayant :
Vivre, souffrir, sans fin regarder
Sa face brisée.

Dans la douleur qui ne cesse jamais, jamais
Et comme au miroir des eaux
En soi sans fin regarder (vivre contre son gré)
Avec la douleur au coeur du coeur.

(Srecko Kosovel)

Illustration

 

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Parfois (Sarah Kane)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
Parfois je me retourne et retrouve votre odeur
et je ne peux pas continuer je ne peux pas continuer putain
sans exprimer ce terrifiant ah putain cet effrayant
ce blessant putain de besoin physique que j’ai de vous.
Et je ne peux pas croire que je peux ressentir ça pour vous
et que vous, vous ne ressentiez rien. Vous ne ressentez rien ?

Silence.

Vous ne ressentez rien ?

Silence.

(Sarah Kane)

 

Recueil: Psychose

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