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Poésie

Posts Tagged ‘effrayé’

Mésopotamie (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2020




Mésopotamie

Un tigre du cirque échappé
est entré dans le poulailler
une poule fort effrayée
en a pondu un oeuf brouillé…

Moralité

Mésopotamie (?)*

* Entre le tigre… et l’oeuf rate!

(Francis Blanche)

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Pour écrire un seul vers (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Pour écrire un seul vers

il faut se souvenir de cent ans de sommeil
et des vies qui précédèrent, de la piqûre des roses
et de l’aïeule qui voulait voir la mer,
de l’homme au large dos couvert de ventouses
et de ses enfants effrayés par les méduses.
Des objets magiques et des formules
où s’enroulent des fleurs autour des lettres gothiques.

Puis abandonner à son sort
cet homme en nous qui se noie dans ses souvenirs,
pour renouer avec la magie sans accessoires
et la jonglerie sans rien, mais avec des gestes
suspendus en l’air et la réalité
qui se retourne comme un gant.

Avec les êtres et les choses
attirant les mots comme des aimants.

(Gérard Macé)


Illustration: Sylvie Lemelin

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Geng-lou-zi (Wen Ting-yun)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
Geng-lou-zi

Longues tiges de saules
Fine pluie de printemps
Par-delà les fleurs, lointains échos de la clepsydre
Effrayées : oies sauvages hors des passes
Envolées : corneilles sur les remparts
Surgi du paravent peint, un couple de perdrix d’or

Brume parfumée
Infiltrée dans la gaze
Pavillon sur l’eau où rôdent les plaisirs d’antan
Tourne la bougie rouge
Le rideau brodé est baissé
Long rêve de toi : tu ne le sais pas !

(Wen Ting-yun)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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LE PAS QUI RÉSONNE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2020



 

Zdzislaw Beksinski 001993

LE PAS QUI RÉSONNE

Le pas qui résonne dans cette nuit morne,
Même heureux ne sonne pas;
Dans l’âme sont le silence et l’angoisse
— Où ces yeux effrayés, fixes, regardent-ils ?

Ont-ils peur de voir plus avant,
Le pas craint-il de résonner dans l’ombre ?
Et ce coeur n’est-il plus Prométhée
Rebelle à Dieu, démolisseur ?

Etranges, étranges sont les temples du coeur,
Que j’aimerais fermer au monde
Et mourir au tremblement,
Créer une nouvelle forme
— Mais l’aile malade se met à tressaillir,
Tu ploies et tombes à genoux sur le chemin.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Le Temps retrouvé (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2019


 


 

clochette

Tout s’était décidé au moment où ne pouvant plus supporter d’attendre au lendemain pour poser mes lèvres sur le visage de ma mère,
j’avais pris ma résolution, j’avais sauté du lit et étais allé, en chemise de nuit, m’installer à la fenêtre par où entrait le clair de lune jusqu’à ce que j’eusse entendu partir M. Swann.
Mes parents l’avaient accompagné, j’avais entendu la porte s’ouvrir, sonner, se refermer.

A ce moment même, dans l’hôtel du prince de Guermantes, ce bruit de pas de mes parents reconduisant M. Swann,
ce tintement rebondissant, ferrugineux, interminable, criard et frais de la petite sonnette qui m’annonçait qu’enfin M. Swann était parti et que maman allait monter,
je les entendais encore, je les entendais eux-mêmes, eux situés pourtant si loin dans le passé.

Alors, en pensant à tous les événements qui se plaçaient forcément entre l’instant où je les avais entendus et la matinée Guermantes,
je fus effrayé de penser que c’était bien cette sonnette qui tintait encore en moi, sans que je pusse rien changer aux criaillements de son grelot,
puisque, ne me rappelant plus bien comment ils s’éteignaient, pour le réapprendre, pour bien l’écouter,
je dus m’efforcer de ne plus entendre le son des conversations que les masques tenaient autour de moi.

Pour tâcher de l’entendre de plus près, c’est en moi-même que j’étais obligé de redescendre.
C’est donc que ce tintement y était toujours et aussi, entre lui et l’instant présent, tout ce passé indéfiniment déroulé que je ne savais pas que je portais.

Quand il avait tinté j’existais déjà et depuis, pour que j’entendisse encore ce tintement,
il fallait qu’il n’y eût pas eu discontinuité, que je n’eusse pas un instant pris de repos, cessé d’exister, de penser, d’avoir conscience de moi,
puisque cet instant ancien tenait encore à moi, que je pouvais encore le retrouver, retourner jusqu’à lui, rien qu’en descendant plus profondément en moi.
C’était cette notion du temps incorporé, des années passées non séparées de nous, que j’avais maintenant l’intention de mettre si fort en relief dans mon œuvre.

Et c’est parce qu’ils contiennent ainsi les heures du passé que les corps humains peuvent faire tant de mal à ceux qui les aiment,
parce qu’ils contiennent tant de souvenirs, de joies et de désirs déjà effacés pour eux, mais si cruels pour celui qui contemple
et prolonge dans l’ordre du temps le corps chéri dont il est jaloux, jaloux jusqu’à en souhaiter la destruction.

Car après la mort le Temps se retire du corps et les souvenirs – si indifférents, si pâlis – sont effacés de celle qui n’est plus
et le seront bientôt de celui qu’ils torturent encore, eux qui finiront par périr quand le désir d’un corps vivant ne les entretiendra plus.
Profonde Albertine que je voyais dormir et qui était morte.

(Marcel Proust)

 

 

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Bagarre (Célie Diaquoi-Deslandes)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2019



 

palmiers

Bagarre

La lune se cache
Le visage couvert de balafres
Derrière le palmiste irrité
Des chevaux de nuage
S’enfuient effrayés
Sous le fouet de la pluie

(Célie Diaquoi-Deslandes)

Illustration

 

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La danseuse espagnole (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
La danseuse espagnole

Ainsi qu’une allumette qui avant de flamber
darde autour d’elle des langues blanches de lumière;
ainsi commence, — enserrée dans le cercle
des spectateurs , — nerveuse et ronde, brûlante et claire
à s’étendre saccadée sa danse.

Et tout à coup elle est flamme tout à fait.

D’un regard elle allume ses cheveux
et d’un geste révélant un art téméraire
elle lance sa robe toute dans l’incendie
d’où les bras tels des serpents effrayés
s’élancent vifs et claquants.

Puis, comme si le feu lui semblait trop étroit,
elle le ramasse tout entier et le jette,
fière, avec des gestes hautains
et regarde : il est là furieux par terre,
flambant toujours et ne se rendant point.

Cependant victorieuse et sûre d’elle-même
elle lève son visage, d’un doux sourire saluant
et le piétine de ses petits pieds fermes.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Je crois que tout souffre dans cette vie (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Je crois que tout souffre dans cette vie.
Ne soyez pas trop effrayé par cette phrase,
je pourrais aussi bien dire, et ce serait aussi vrai:
tout se réjouit dans cette vie.

(Christian Bobin)

 

Recueil: La grande vie
Traduction:
Editions: Folio

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LE DÉSIR (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
LE DÉSIR

Quand les yeux du désir, plus sévères qu’un juge, vous disent d’approcher,
Que l’âme demeure effrayée
Par le corps aveugle qui la repousse et s’en va tout seul
Hors de ses draps comme un frère somnambule,
Quand le sang coule plus sombre de ses secrètes montagnes,
Que le corps jusqu’aux cheveux n’est qu’une grande main inhumaine
Tâtonnante, même en plein jour…
Mais il est un autre corps,
Voici l’autre somnambule,
Ce sont deux, têtes qui bourdonnent maintenant et se rapprochent,
Des torses nus sans mémoire cherchent à se comprendre dans l’ombre,
Et la muette de soie s’exprime par la plus grande douceur
Jusqu’au moment où les êtres
Sont déposés interdits sur des rivages différents.
Alors l’âme se retrouve dans le corps sans savoir comment
Et ils s’éloignent réconciliés, en se demandant des nouvelles.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Où est-il mon visage (Ricardo E. Molinari)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration
    
(Les jours meurent dans le ciel,
comme les poissons assoiffés, semblables à la peau
grise sur les êtres,
sur la bouche détruite d’aimer).

Où est-il mon visage, cet autre, que
quelqu’un a tenu entre ses mains
le regardant comme un fleuve effrayé.

Mon corps a désiré son sang et mon âme
a visité quelques morts,
comme une fontaine où arrive parfois
le soir avec un lys

(Ricardo E. Molinari)

 

Recueil: Analecta
Traduction:
Editions:

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